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Congrès de la Ligue communiste : 22 thèses sur la construction du parti

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 6 · mars-avril 1973 · p. 7-12 · 7 195 mots

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Section française de la IV° Internationale

22 SHESES

LA CONSTRUCTION

I.- TACHES POLITIQUES DANS LA PERIODE

1) Après une longue période d'expansion économique accélérée qui a suivi la crise révolutionnaire de l'après-guerre en Europe occidentale, le système impérialiste international connaît une crise profonde. La croissance économique des pays impérialistes connaît un ralentissement général. Le SMI fondé à Bretton Woods sur les rapports de forces issus de la guerre ne correspond plus aux rapports de forces actuels au sein du camp impérialiste. La crise du SMI risque aujourd'hui de freiner l'expansion du commerce mondial. Les contradictions sociales s'aggravent et une crise sociale globale se manifeste dans plusieurs pays européens.

2) La longue expansion économique a réduit, jusque dans les années 60, l'armée industrielle de réserve des pays capitalistes développés et créé un prolétariat massif diversifié, en même temps qu'elle nécessitait un large appel aux travailleurs immigrés durement exploités.

DU PARTI

Dans ces conditions, la bourgeoisie ne peut pas espérer que les travailleurs accepteront sans riposte ses tentatives d'augmenter le taux d'exploitation. Pas plus qu'elle ne peut espérer infliger une défaite rapide et écrasante à la classe ouvrière qui dispose de forces considérables et qui, en France, vient de connaître une expérience de lutte généralisée en Mai 68.

D'autre part, la bourgeoisie française éprouve déjà les limites d'une politique d'intégration du mouvement ouvrier, doublée d'une répression sélective. Les diverses tentatives de politique des revenus, de participation, d'intéressement, se heurtent à la combativité et à l'indépendance d'un mouvement ouvrier au sein duquel le parti stalinien, lié à l'URSS, demeure hégémonique. Quant à la répression sélective, elle court en permanence le risque d'outrepasser ses propres objectifs et de provoquer, dans la mesure où l'avant-garde n'est pas isolée du mouvement ouvrier traditionnel, des ripostes de masse. Les réponses à la loi anti-casseurs, à l'assassinat de Pierre Overney ont illustré la difficulté de ce problème pour la bourgeoisie.

Dans cette situation, l'hypothèse la plus probable est celle d'une instabilité politique prolongée. Dans l'immédiat, cette instabilité favorisera l'implantation des révolutionnaires dans la classe ouvrière. Mais si elle se prolonge sans qu'apparaisse, une solution politique centrale, elle aura aussi à terme pour résultat contradictoire d'user la combativité des masses. Dans ce contexte, l'apparition et le développement d'organisations révolutionnaires capables d'impulser et de diriger le débordement des appareils réformistes du mouvement ouvrier va devenir pour la bourgeoisie une menace réelle.

3) La nécessité d'accumuler toujours plus, et de se restructurer, par des concentrations notamment, a aiguisé les contradictions que connaît le système capitaliste, fournissant par là même les bases objectives à une remontée de la combativité ouvrière.

Des grèves belges de 61, à celles des mineurs et des dockers, des émeutes ouvrières d'Espagne au mai rampant italien, en passant par la grève générale française, une nouvelle génération ouvrière fait l'apprentissage de la lutte de classes. De plus la période récente a vu l'entrée en lutte de

7 L couches surexploitées de la classe ouvrière, jeunes, femmes, travailleurs immigrés.

Parallèlement, les bouleversements de la division du travail ont provoqué une explosion universitaire avec pour résultat, dans les années 60, l'apparition d'un mouvement étudiant combatif de masse que les structures du mouvement ouvrier traditionnel, social-démocrate ou stalinien, étaient inaptes à encadrer.

Cette nouvelle vague de radicalisation survient au moment où le carcan du stalinisme éclate ; le conflit sino-soviétique a ouvert une première brèche considérablement élargie par le développement de la révolution indochinoise et la montée des luttes anti-bureaucratiques dans les

Etats ouvriers.

4) L'ensemble de ces facteurs, objectifs et subjectifs, concourt à l'apparition d'une nouvelle avant-garde à caractère de masse qui échappe au contrôle des organisations traditionnelles. C'est là le fait majeur du point de vue de la construction du parti.

Mais il ne suffit pas à offrir une base saine et disponible à la construction du parti. En effet, les modalités de la crise internationale du stalinisme produisent une grande inégalité du niveau de conscience au sein de cette avant-garde : la rupture envers le stalinisme ne s'opère pas spontanément et directement en faveur du marxisme révolutionnaire.

La crise aigüe de la bourgeoisie et le rejet du stalinisme engendrent des courants ultra-gauches qui ont pu prendre temporairement, sous l'influence de la révolution culturelle, la forme du mao-spontanéisme. D'autre part, la transformation des rapports entre les masses et les appareils bureaucratiques, les profonds processus de recomposition du mouvement ouvrier ramènent à la surface des courants conseillistes ou syndicalistes révolutionnaires.

La crise du stalinisme n'est donc pas à concevoir seulement comme une crise interne aux organisations staliniennes proprement dites, mais comme une donnée globale de la période affectant la structure du mouvement ouvrier dans son ensemble : transformations au sein du mouvement syndical, rapports entre l'ensemble des classes sociales et le prolétariat, modifications des forces politiques face à l'Etat fort. C'est dans ce cadre général que doivent être définis les rapports entre le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier, entre l'extrême-gauche et le mouvement ouvrier traditionnel, entre la CGT et la CFDT, entre le PC et le PS.

5) La crise conjointe de l'impérialisme et du stalinisme se traduit notamment par un double phénomène de radicalisation dans la jeunesse scolarisée et dans la classe ouvrière.

Les courants politiques qui se dégagent dans la jeunesse scolarisée correspondent à divers niveaux de conscience qu'expriment les réponses différentes apportées à la question centrale de la liaison avec la classe ouvrière et le mouvement ouvrier organisé.

Dans la classe ouvrière même, le processus de différenciation au sein de l'avant-garde est plus lent. Elle apparaît en masse dans les luttes avec des niveaux de conscience très variables : de la jeunesse ouvrière non-syndiquée aux militants actifs de la CGT en passant par un certain nombre de cadres CFDT. Le recours à des formes de lutte radicales ne suffit pas à la définir, l'un des problèmes clés étant l'écart entre la forte combativité et le faible niveau de conscience général.

Le PCF, en effet, en même temps qu'il a développé (en la déformant) la conscience de classe du prolétariat, a laminé des générations militantes et constitue un frein puissant à la formation de 8 cadres ouvriers capables, lors de luttes dures et prolongées ou d'une crise pré-révolutionnaire, d'impulser l'auto-organisation de la classe. Il y a là une spécificité de la domination stalinienne sur le mouvement ouvrier français par rapport au mouvement ouvrier italien ou espagnol.

Notre but est d'organiser et recruter cette avant-garde hétérogène qui se manifeste dans les luttes pour former à partir d'elle, d'authentiques cadres organisateurs de la classe.

6) La loi du développement inégal et combiné, caractéristique du processus d'accumulation du capital, donne lieu au sein de la formation sociale française, à l'existence de régions qui cumulent : une extériorité par rapport aux grands centres de production, qui engendre le sous-emploi chronique et la déportation massive de main d'œuvre ; un étouffement culturel au profit de la culture bourgeoise dominante. Ces phénomènes se traduisent aujourd'hui sur le terrain politique du fait que l'Etat fort a laminé les institutions politiques tampons de la république parlementaire.

Dans ces régions, les rapports de classes prennent une physionomie particulière. Dans certains cas, en Bretagne notamment, la classe ouvrière des industries traditionnelles voit apparaître à ses côtés une classe ouvrière liée à la croissance des services et aux implantations industrielles des années 60 qui se caractérise par une extraction paysanne récente, une quasi absence de traditions organisationnelles, et un faible degré d'encadrement par les bureaucraties réformistes. Cette nouvelle génération ouvrière, soumise à la surexploitation qu'autorise le sous-emploi permanent, passe de la prostration à des mobilisations radicales qui déséquilibrent les directions ouvrières traditionnelles. La paysannerie, condamnée par la réorganisation capitaliste de l'agriculture (plan Vedel), ou déjà en proie aux désillusions face à la modernisation capitaliste, qui, dans certains secteurs, la rapproche en masse de la condition salariale, voit se dégager en son sein une large avant-garde, qui n'entrevoit d'issue que dans la transformation socialiste de la société et recherche activement sa jonction avec la classe ouvrière, au point de basculer l'écran des directions réformistes.

Enfin, la jeunesse, confrontée à l'absence de débouchés, connaît une scolarisation massive. Elle ressent avec acuité le sous-emploi, l'inéluctabilité de l'exode, et l'écrasement culturel. Elle est donc disponible pour des mobilisations dures et prolongées contre la politique universitaire du pouvoir, et elle se lie facilement et massivement aux luttes de la classe ouvrière.

L'ensemble de ces données permet d'envisager un essor combiné de la radicalisation des différentes couches sociales autour du prolétariat. Dès aujourd'hui, dans la construction du parti, nous nous efforçons de réunir les conditions d'une contribution spécifique de ces régions à la mutation et au dénouement d'une crise révolutionnaire. Nous nous efforcons de différencier notre intervention ouvrière afin d'avoir prise sur les couches de formation récente. Nous combattons au sein des franges d'avant-garde ouvrière et paysanne liées à la radicalisation régionale les tentations de repli régionaliste ou nationaliste.

Dans le pays Basque, le problème ne se limite pas à une question régionaliste. Du fait des tra. ditions de lutte en Espagne et de la situation politique actuelle s'est opérée une radicalisation posant le problème de l'oppression du peuple basque en tant que minorité nationale. Nous devons donc clairement affirmer notre soutien à la revendication du « droit à l'autodétermination »; en même temps contre les illusions interclassistes nous devons affirmer que seul le prolétariat peut résoudre le problème de minorités et son aspect national dans le cadre des Etats-Unis Socialistes d'Europe.

Nous nous fixons pour tâche de leur démontrer dans la lutte, la nécessité d'une jonction avec la lutte du prolétariat à l'échelle nationale. Cette tâche peut nécessiter dans un avenir assez proche des formes organisationnelles propres déterminées par notre degré d'implantation dans la classe ouvrière et par les rapports de forces au sein de l'extrême-gauche.

7) Le développement depuis 1967 de mouvements de femmes contre leur oppression, tant en Amérique du Nord que dans les divers pays d'Europe, l'impact de masse de leurs thèmes, reflètent une crise en profondeur du système capitaliste, de ses institutions et valeurs traditionnelles. Il rend compte d'une élévation qualitative des aspirations de larges secteurs d'intellectuelles et de travailleuses à une transformation radicale de la société : le développement des sciences et des techniques, l'éducation croissante des femmes, contrastent avec le rôle qui leur est dévolu au sein de la famille et dans la production. Ceci ouvre la possibilité de gagner ces femmes radicalisées à la cause d'une société socialiste qui verrait la socialisation des tâches domestiques et de l'éducation des enfants, la libération des rapports sexuels hors du cadre oppresseur du mariage bourgeois, une égalité sociale effective de l'homme et de la femme. Une lutte dès aujourd'hui sur ces thèmes doit permettre une accentuation des contradictions du système capitaliste, une critique corrosive de ses valeurs, mais aussi le début d'une lutte consciente de l'avantgarde contre les manifestations les plus ancrées de l'aliénation imprimée par la société de classes à partir des différenciations sexuelles.

Les MLF larges sont nécessairement marqués par des différenciations politiques considérables qui peuvent aller jusqu'à les balayer : ils se sont développés en effet à la fois en dehors, voire contre, les organisations ouvrières traditionnelles incapables de prendre en charge les aspirations anti-capitalistes les plus radicales ; mais ces mouvements sont également marqués par les conditions actuelles d'émergence des nouvelles avant-gardes et de construction des partis révolutionnaires dans les pays capitalistes avancés : c'est-à-dire dans un contexte de faiblesse des organisations marxistes révolutionnaires encore insuffisamment affirmées comme organisations implantées dans la classe ouvrière. Les MLF sont donc souvent nés indépendamment de l'influence des ces organisations, sinon en hostilité à leur égard (hostilité souvent liée aux limites et carences des organisations marxistes révolutionnaires sur ces problèmes). Les marxistes révolutionnaires seront donc confrontés à de multiples courants: depuis les diverses manifestations petites-bourgeoises et leur variante féministe anti-mâle et anti-marxiste ; jusqu'aux courants réformistes bourgeois plus ou moins forts selon le dynamisme et les traditions propres des divers secteurs des bourgeoisies nationales; en passant par les tentatives ouvriéristes.

En France, le MLF s'est développé en marge du mouvement ouvrier et alors que l'organisation marxiste révolutionnaire n'est pas solidement implantée dans la classe ouvrière; c'est pourquoi il voit apparaître en son sein de grandes différenciations politiques et principalement des tendances petites-bourgeoises de type sexistes (opposition de la lutte des sexes à la lutte des classes), mais aussi des courants ouverts au débat avec les marxistes révolutionnaires. L'impact des initiatives MLF, ainsi que celles de mouvements tels que « Choisir » témoigne de l'immense potentiel d'énergie militante (que nous avons jusqu'ici négligé) qui peut être mis en action sur les mots d'ordre de lutte contre l'oppression spécifique des femmes, dans une dynamique authentiquement révolutionnaire, à condition d'être orienté par l'intervention des marxistes révolutionnaires.

8) L'importance numérique des travailleurs immigrés, la nécessité d'unifier la classe ouvrière, les répercussions au niveau de la construction de l'Internationale, déterminent l'importance actuelle d'une intervention en direction des travailleurs immigrés.

Les luttes récentes des immigrés sur les conditions de travail, de logement, et contre le racisme créent un terrain favorable à une telle intervention.

9) Le problème central demeure pour nous celui de la rencontre politique et organisationnelle entre la lVème Internationale et les nouvelles générations révolutionnaires dans leurs formes d'émergence propres. Malgré les progrès décisifs réalisés depuis 10 ans, c'est encore cette tâche qui détermine le caractère de notre travail de masse à l'étape actuelle.

Au niveau international, le congrès de réuni: fication de la IVème Internationale, en 1963, a aussi marqué de fait un pas décisif en ce sens, rejetant aussi bien le sectarisme conservateur de type lambertiste que l'adaptation opportuniste de type pabliste. En sanctionnant la rupture avec une stratégie entriste de construction du parti, en adoptant une orientation de lutte armée pour les sections latino-américaines, le IXème Congrès Mondial de 1969 a marqué un nouveau pas en avant dans la liaison de l'Internationale avec les nouvelles forces révolutionnaires.

Aujourd'hui, face aux divers courants engendrés par la crise du stalinisme, la tâche essentielle est de conquérir l'hégémonie au sein de la nouvelle avant-garde et de diriger sectoriellement des luttes ouvrières de masse qui nous permettront de vérifier en pratique nos orientations programmatiques, aux yeux de franges plus larges de travailleurs.

10) Notre effort, dans la période actuelle, vise à débarasser l'avant-garde ouvrière de l'éducation réformiste dont le stalinisme a imbibé le mouvement ouvrier. Ce qui signifie notamment :

a - Développer les revendications transitoires, amplifier et populariser les formes d'auto-organisation de la classe qui y sont liées : assemblées de grévistes souveraines, comités de grève démocratiquement élus, délégués d'atelier et conseils de délégués. Dans cette perspective, le contrôle ouvrier n'est pas un thème parmi d'autres : il est la charnière même entre les revendications immé. diates et la remise en cause de la souveraineté patronale dans l'entreprise, il implique nécessairement l'auto-organisation. Or, l'orientation et la force du PCF constituent en France un obstacle important aux expériences de contrôle ouvrier et de construction d'organismes de double pouvoir. C'est pourquoi, dans notre bataille pour le programme de transition, nous devons donner aujourd'hui une place d'autant plus privilégiée à la propagande en faveur de toutes les manifestations organisées de la démocratie ouvrière.

b - Éduquer systématiquement la nouvelle avant-garde ouvrière et les travailleurs avancés dans une perspective non-électoraliste et non parlementaire de conquête du pouvoir. Dans ce but sera développée notre propagande du gouvernement des travailleurs. Donner à ce thème la forme concrète de gouvernement des organisations ouvrières par rapport à une simple échéance électorale ne pourrait que nourrir et entretenir les illusions électoralistes des travailleurs. C'est pourquoi il n'est envisageable de lui donner une forme concrète que dans trois hypotheses : celle de transformation des rapports de force entre réformistes et révolutionnaires qui ferait de la formule de gouvernement le couronnement d'une politique de front unique de classe ; celle d'une crise pré-révolutionnaire type mai 68 où nous pourrions appeler les organisations ouvrières à prendre le pouvoir; ou celle d'une crise révolutionnaire qui se marquerait par la constitution d'organes de double pouvoir pour lesquels nous réclamerions tout le pouvoir.

c - Rééduquer systématiquement, y compris par l'exemple, l'avant-garde ouvrière sur la nécessité de la violence révolutionnaire et de l'autodéfense contre la violence légalisée ou extra-légale du capital. C'est notamment cette préoccupation qui permet de comprendre la campagne d'agitation que nous avons menée en défense des luttes ouvrières, notre politique anti-fasciste, la poursuite d'actions propagandistes minoritaires et radicales sur des thèmes qui évitent l'isolement de l'avant-garde, la perspective de réintroduction de la violence de masse dans le mouvement de soutien à la révolution indochinoise.

d - Redonner à l'avant-garde ouvriere une conscience clairement internationaliste du rôle que le prolétariat doit jouer face à la réaction internationale :

- en organisant le soutien aux luttes ouvrières des autres pays d'Europe et en popularisant le mot d'ordre des Etats Unis Socialistes d'Europe ;

- en organisant la solidarité avec les luttes révolutionnaires menées dans le monde. La campagne de masse de soutien à la révolution indochinoise - comme l'intervention politique propre de la Ligue sur la question de la révolution permanente, du stalinisme et de la coexistence pacifique - joue ici aussi un rôle aujourd'hui irremplaçable :

- en organisant la solidarité avec les luttes menées par les travailleurs des Etats Ouvriers bureaucratiques et la défense des militants socialistes emprisonnés .

e - Opposer inlassablement notre conception du socialisme à sa caricature stalinienne.

C'est en nous acquittant de ces tâches que nous parviendrons à réduire l'écart entre le haut niveau de combativité ouvrière et le faible niveau de conscience. C'est ainsi que la prochaine crise pré-révolutionnaire trouvera dans le mouvement ouvrier, même à une échelle réduite, une avant-garde implantée et éduquée, capable d'orienter la lutte vers l'objectif central de la conquête du pouvoir.

11) L'organisation révolutionnaire doit, pour se construire, répondre à des processus de radicalisation différenciés. Elle doit tenir compte à la fois de la modification des rapports de force entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, entre les masses et les directions bureaucratiques du mouvement ouvrier, entre l'avant-garde et le mouvement ouvrier traditionnel. La complexité même de la tâche favorise les simplifications.

La première simplification consiste à se détourner du mouvement ouvrier traditionnel avec l'illusion de pouvoir reconstruire, à côté et contre lui, un nouveau mouvement ouvrier. La variante ultra-gauche de cette tentative consiste à impulser toutes les formes de regroupement extrasyndicales en essayant de les stabiliser pour en faire une alternative aux syndicats. La variante centriste consiste à prendre appui sur certaines formes de recomposition du mouvement syndical pour les présenter comme une alternative globale au syndicalisme bureaucratique : ce serait la logique d'une position qui, face à la CGT, privilégierait la CFDT. Une troisième variante consiste à refuser un cadre de travail national dans les syndicats tout en envisageant la construction du parti à travers des regroupements locaux, dans et hors les syndicats.

La seconde simplification consiste au contraire à se débarasser verbalement des formes différenciées, y compris ultra-gauches, que revêt la nouvelle avant-garde. Elle s'appuie sur une interprétation fallacieuse du Front Unique Ouvrier comme stratégie et méthode de construction du parti ; interprétation qui conduit à condamner l'extrême-gauche comme un phénomène petit-bourgeois et à minimiser la radicalisation politique du mouvement étudiant.

12) Les courants de radicalisation et les organisations d'extrême-gauche qui les expriment, dans la jeunesse étudiante notamment, constituent une donnée structurelle de la période et non un phénomène passager qui serait lié aux retombées de mai,68. Les composantes (ultragauches, centristes ou sectaires droitières) de l'extrême gauche subsisteront durablement, aussi longtemps que ne s'affirmera pas en son sein l'hégémonie d'une organisation révolutionnaire implantée dans la classe.

Le mouvement syndical bureaucratisé n'est pas une création de la bourgeoisie ou d'une poignée de bureaucrates pour soumettre et encadrer la classe ouvrière. Il trouve sa base sociale dans les masses ouvrières que l'exploitation capitaliste rend vulnérables aux mystifications de tous ordres. Mais, il organise des milliers de travailleurs avancés, investis de la confiance de leurs camarades de travail et sans lesquels la conquête révolutionnaire du pouvoir et sa consolidation sont inconcevables. C'est pour gagner dans la pratique leur confiance, qu'il faut développer un travail systématique dans les syndicats et en direction du mouvement ouvrier dans son ensemble. En accomplissant cette tâche, les jeunes travailleurs combattifs deviendront des cadres organisateurs capables d'assurer pleinement leur rôle d'avantgarde.

En outre, l'un des principaux dangers de la période serait de voir s'aggraver encore l'éclatement des niveaux de conscience et s'approfondir le fossé entre la nouvelle avant-garde et le mouvement ouvrier traditionnel. La bourgeoisie pourrait ainsi réprimer la première en comptant sur la passivité du second, ce qui sera l'une des préoccupations importantes dans la période qui s'ouvre. Nous devons au contraire tout faire pour combler ce fossé et renforcer les racines de l'avant-garde au sein du mouvement ouvrier organisé.

13). Le processus de radicalisation en France passe principalement en dehors du PCF, même s'il y produit en retour des répercussions importantes qui peuvent encore s'amplifier dans les périodes de luttes intenses.

Notre but stratégique face à la bourgeoisie est d'unifier la classe ouvrière. Les mots d'ordre que nous avançons (échelle mobile, augmentations égales pour tous, par exemple), ainsi que les formes de lutte que nous préconisons (comités de grève élus, comités de soutien) vont dans le sens de cette unification. La poursuite de ce but se traduit par une recherche systématique de l'unité d'action dont procède également le travail dans les syndicats et la propagande pour l'unité syndicale avec droit de tendance.

Mais, dans la mesure où la classe ouvrière est déjà organisée par les partis réformistes, il faut, non seulement unifier la classe , mais encore la soustraire à l'emprise réformiste. C'est à cette question que répond la tactique du Front Unique Ouvrier qui, pour atteindre son but, suppose un certain rapport de forces entre réformistes et révolutionnaires, sans quoi, il se réduit à un front réformiste du mouvement ouvrier ou à la subordination des organisations révolutionnaires aux partis réformistes. nous sommes aujourd'hui trop forts pour pouvoir nous contenter d'une propagande générale en faveur d'un FUO dont nous ne serions pas partie prenante : cela équivaudrait à une capitulation devant les appareils réformistes. Nous n'avons pas encore regroupé l'avant-garde large et conquis en son sein une hégémonie qui nous permettrait d'imposer le front unique aux organisations réformistes.

C'est pourquoi, compte tenu des caractéristiques de la périodé et des rapports de forces au sein du mouvement ouvrier, une tactique spécifique liée à l'état de notre développement : une tactique d'unité d'action et de débordements.

14) Cette tactique s'exprime notamment dans le domaine des rapports unitaires. Nous ne cherchons pas une alliance exclusive avec le mouvement ouvrier traditionnel. Nous développons l'initiative de l'extrême-gauche sur des bases justes pour imposer l'unité d'action du mouvement ouvrier organisé dont nous sommes partie prenante. Mais la vulnérabilité des rapports de forces dans l'extrême gauche nous impose une bataille tactique prolongée sur le front des rapports unitaires. C'est pourquoi, nos alliances varient. Dans certaines grèves ou dans la riposte à l'assassinat de Pierre Overney, le caractère même de la lutte peut permettre une alliance avec des courants de type ultra-gauche sur une base compréhensible pour une partie au moins du mouvement ouvrier. En revanche, dans certaines luttes à caractère démocratique, comme la loi anti-casseurs, nous nous adressons lensemble du mouvement ouvrier alors que l'ultra-gauche lui tourne le dos, ce qui détermine un déplacement de l'axe d'alliances. II.- QUEL TRAVAIL DE MASSE ?

15) Pour construire le parti révolutionnaire, nous ne pouvons pas compter essentiellement nous ne pouvons pas compter essentiellement réformer des cadres éduqués par le PC. Nous devons combiner les rythmes inégaux de radicalisation entre le mouvement ouvrier et le mouvement étudiant, entre jeunes travailleurs combatifs et est dres problème que répond la dialectique des cadres expérimentés, secteurs d'intervention. De même, nous devons être capables de saisir les transformations sociales et les phénomènes de radicalisation spécifiques que produit à l'échelle nationale la loi du développement inégal et combiné, en particulier l'imbrication des problèmes régionaux dans la lutte de classe.

Ignorer ces différenciations signifierait rester à l'écart des formes concrètes que prend la naissance de l'avant-garde. Nous y adapter provoquerait, en revanche, une dispersion de nos forces. Nous devons donc combiner l'ensemble de ces facteurs en gardant fermement la barre sur le centre de gravité de notre intervention : l'avantgarde ouvrière. Nous ne sommes pas à même, comme un parti déjà construit, d'apporter une réponse organisationnelle aux niveaux de conscience les plus élémentaires, dans une perspective alternative à celle des directions réformistes. Nous ne pouvons nous contenter non plus, comme un groupe propagandiste marginal d'une simple activité de fraction dans les organisations de masse dominées par le PCF.

Nous en sommes à un point où notre tâche centrale est de regrouper l'avant-garde tout en l'éduquant à un réel travail de masse. De là découle l'ambiguité des structures que nous impulsons pour ce travail. Elles doivent être à la fois un instrument de travail de masse et un cadre de politisation rigoureux (lutte contre le réformisme et l'ultra-gauchisme).

La nature de ces organisations de masse que nous construisons dépend d'une part de l'état de développement de la Ligue et de ses rapports avec le mouvement ouvrier organisé, d'autre part des milieux dans lesquels nous intervenons et de leurs formes d'organisation spécifiques. Ainsi, dans les facultés et les lycées, l'absence d'organisation de masse du milieu et le type de radicalisation nous amènent à construire des courants de masse où se regroupent les militants en accord avec la pratique de la Ligue dans leur milieu. En revanche, dans le mouvement ouvrier, nous défendons la perspective de tendances de masse sur des bases de lutte de classe.

Les rythmes inégaux de radicalisation rendent formelle et inadéquate aujourd'hui une réponse organisationnelle uniforme qui s'efforcerait de faire se correspondre toutes nos structures de masse pour dégager une direction de rechange au sein du mouvement ouvrier traditionnel.

Le lien entre ces structures ne peut se réaliser que conjonturellement dans les luttes, ou au niveau de la Ligue même par la dialectique des secteurs d'intervention.

16) Dans le mouvement ouvrier, nous luttons pour la construction de tendance intersyndicale dans la perspective d'unification syndicale avec droit de tendance. C'est la meilleure façon d'éduquer aussi bien une large frange de travailleurs à une certaine pratique de la démocratie ouvrière que l'avant-garde elle-même à un travail de masse au sein du mouvement ouvrier.

Mais notre intervention concrète illustre bien la tension permanente entre le projet que nous avons en point de mire et la forme que prend notre liaison actuelle avec l'avant-garde ouvrière. Ainsi, nous tendons à un système organisationnel appuyé sur les cellules d'entreprise et un travail de tendance dans les syndicats. Mais, pour toute une période encore, la structure d'organisation demeurera majoritairement la cellule mixte (c'est-à-dire non composée exclusivement de militants d'entreprise) qui permet une importante apparition autonome face à la domination stalinienne dans le mouvement ouvrier.

Quant à la tendance syndicale, dans la CFDT notamment, elle ne peut dans l'immédiat exister qu'à l'échelle locale. Nous combattons le projet de la direction CFDT de transformer le syndicat en un syndicat-parti qui ne peut conduire qu'à la minorisation. Nous refusons donc d'engager dans les syndicats CFDT et CGT une bataille ligne contre ligne, mais nous opposons aux bureaucrates une plate-forme lutte de classes. Par ailleurs, nous participons dans la CFDT aux regroupements politico-syndicaux de gauche, oppositionnels aux directions, dans l'optique d'y porter le débat et la pratique militante de clarification, en particulier sur les rapports parti-syndicat. Dans la CGT, nous tentons de réaliser des

CAPITALISME C

GOUVERNEMENT

EXPROPR

RES TRAVİD regroupements circonstanciels de militants d'extrême-gauche sur un certain nombre de points précis, conformes à notre plate-forme de lutte de classes.

Les Groupes Taupes regroupent des travailleurs avancés qui peuvent être, selon les cas des jeunes travailleurs non syndiqués ou des syndicalistes en rupture avec les directions réformistes. C'est par la formation politique et la pratique militante que nous pouvons réduire cette disparité et former le futur noyau communiste de l'entreprise.

En plus, nous impulsons, quand cela est possible, des structures spécifiques sur un thème précis, du type des comités armée, ou des comités FSI.

Les FJT sont un lieu de regroupement privilégié de la jeunesse ouvrière. En conséquence le travail en direction de ces foyers, au centre de la dialectique travail ouvrier, jeune et du travail quartier, doit être systématisé

17) a - la tendance syndicale révolutionnaire dans la FEN, l'Ecole Emancipée, joue bien par sa présence systématique et la bataille qu'elle mène dans toutes les instances de la FEN, le rôle d'une tendance syndicale de masse. Mais parce qu'une telle tendance doit opposer aux stratégies réformistes un embryon d'alternative stfatégique révolutionnaire, elle a obligatoirement le caractère double, qu'il serait faux de vouloir résorber, d'une tendance syndicale de masse, regroupant des militants révolutionnaires d'horizons politiques différents.

b - Le caractère particulier de la période (crise du stalinisme et absence de parti révolutionnaire) nous a amené refuser de construire une tendance sur l'entièreté de notre programme, pour au contraire participer au développement et au renforcement de l'Ecole Emancipée. Ceci implique une alliance prioritaire avec certains courants de l'extrême-gauche, pour autant qu'ils acceptent la contrainte politique que représente la lutte contre le réformisme dans la FEN : le clivage fondamental dans l'Ecole Emancipée est donc pour nous l'acceptation du cadre syndical comme cadre de lutte permanent contre les réformistes et les staliniens. Le développement de la tendance révolutionnaire ne peut se faire qu'au travers du combat politique que nous devons mener contre toutes les entreprises qui cherchent à faire sortir l'Ecole Emancipée du syndicat à l'utiliser comme partie prenante d'un projet de construction d'organisation politique centriste, ou à refuser son apparition centrale au niveau des instances syndicales.

C'est par ce combat que nous assumons consciemment le caractère double de l'Ecole Emancipée, sous condition qu'il ne soit ni contra. dictoire avec notre projet d'utiliser l'insertion de la FEN dans le mouvement ouvrier, dans la perspective de l'unité syndicale, ni à fortiori contradictoire avec notre présence dans le syndicat. Mais nous ne devons pas croire pour autant que nous pouvons dans la période actuelle réduire de façon décisive cette ambiguité de l'Ecole Emancipée. c - Les débordements locaux, régionaux, voire nationaux, des directions syndicales nous permettent (dans des conditions strictement définies) de valider concrètement l'orientation syndicale que nous proposons. Nous pouvons ainsi nous appuyer sur des courants révolutionnaires actuellement hors de l'Ecole Emancipée (militants de Renovation Syndicale et du SGEN-CFDT), voire hors du syndicat, dans des structures conjoncturelles qui permettent d'accueillir les enseignants non syndiqués (comités de lutte, comité M.A. etc...), ce qui implique le développement de l'implantation syndicale dans les sections de base, qui seule permet de capitaliser cette lutte dans le cadre syndical y compris vis-à-vis des staliniens.

d - Placés à la charnière du syndicalisme ouvrier et du syndicalisme enseignant, les enseignants des CET membres de la Ligue, militent au sein de la CGT, prioritairement, de la CFDT ou de la FEN pour la construction de la tendance intersyndicale, dans la perspective de l'unification syndicale avec droit de tendance.

e - Parallèlement à notre travail de masse, il est nécessaire de développer l'intervention autonome de la Ligue dans le milieu enseignant et de systématiser notre politique de recrutement. Non seulement parce qu'il est correct d'affirmer l'organisation en tant que telle, mais encore parce que c'est le garde-fou indispensable contre les déviations syndicalistes, opportunistes, ou sectaires.

Cette intervention autonome de la Ligue passe par trois canaux :

- la diffusion de la propagande communiste sur l'ensemble des problèmes politiques d'une part, sur les problèmes spécifiques de l'Ecole d'autre part.

- une politique systématique, de cercles ouverts sur l'analyse de l'institution scolaire, de sa crise, la critique des diverses stratégies s'affrontant sur ce terrain, quelle école en société de transition ?

- l'organisation des enseignants sympatisants de la Ligue dans des Comités Rouge. Ces comités Rouges peuvent être strictement composés d'enseignants, ou pas. Cela dépend des conditions locales de notre implantation et de notre développement.

Mais dans tous les cas de figures les CR sont la structure d'accueil et d'intégration à la Ligue et ne doivent aucunement se substituer à la tendance sous peine d'un rétrécissement catastrophique de notre travail de masse. 18) A l'Université, nous regroupons et centralisons notre courant politique dans la FNCL. Dans les périodes de luttes, marquées par l'apparition d'organes unitaires conjoncturels que nous impulsons, notre courant joue le rôle d'une tendance de masse. En dehors de ces périodes de mobilisation massive, il joue un rôle d'éducation et de propagande révolutionnaires globales, allant de la critique de l'institution à la polémique avec les orientations réformistes et ultra-gauches. L'oscillation de notre front de masse à l'Univer. sité, entre un rôle de tendance dans le mouvement et un rôle de fraction politique, dépend des fluctuations du mouvement étudiant lui-même. Toute autre conception de la FNCL ne pourrait qu'en faire une organisation étudiante corporatiste, un groupe centriste ou l'organisation des sympathisants stricts de la Ligue.

Dans les lycées, nous organisons nos sympathisants actifs dans un front des comités rouges relié à la Ligue, conçus comme des structures d'intervention dans le milieu et éventuellement dotés d'organes de presse épisodiques. Quand la lutte ou la mobilisation du milieu le permet, nous impulsons ou participons à la création d'organes plus larges, comités de grève ou de lutte, qui peuvent être centralisés conjoncturellement, mais non de facon permanente à l'échelle nationale, dans la mesure où leur nature dépend fondamentalement des rapports de force locaux.

Dans les CET, nous regroupons nos sympathisants actifs dans les CR ou Groupes Apprentis Enchainés dont les liens avec la Ligue sont clairs. Ces comités s'organisent autour de feuilles locales ou régionales de la Ligue. Quand la lutte ou la mobilisation du milieu le permet, nous impulsons ou participons à la création d'organes plus larges, comités de grève ou de lutte qui peuvent être centralisés conjoncturellement, mais en aucun cas de façon permanente à l'échelle nationale 19; - 1. Avec le FSI, nous dégageons un courant radical susceptible de développer son action en fonction des intérêts de la Révolution Indochinoise sans se laisser lier les mains par le jeu de la coexistence pacifique. Autour de ce courant viennent s'agréger des forces politiques diverses, qui face à la passivité du mouvement ouvrier traditionnel et convaincues de la nécessité du soutien se déterminent d'abord sur des critères d'activités réelles et d'efficacité (chrétiens radicalisés, pacifistes, etc...).

- 2. Pour assurer le développement de l'activité de masse du FSI, nous avons lutté contre une conception visant à dissoudre le FSI, dans un mouvement anti-impérialiste général et refusant l'unité d'action avec le mouvement stalinien. D'autre part nous avons lutté pour dépasser la conception d'un FSI réduit à un centre d'initiatives plus ou moins conjoncturelles. Les Assises du FSI ontconsacré l'existence autonome d'une organisation fondée sur des comités de base et régie par des règles démocratiques.

- 3. La spécificité du FSI comme strusture de masse tient à l'importance et au poids de la Révolution Indochinoise pour les luttes de classe dans le monde. C'est ce poids qui permet au FSI de réaliser sur la question du soutien une unité d'action permanente de plusieurs composantes de l'extrême-gauche. C'est ce poids qui nous permet de nous battre pour étendre cette unité à toutes les composantes de l'extrême-gauche et par delà celle-ci. C'est ce poids qui nous permet de jouer un rôle moteur dans la radicalisation et l'élargissement de l'ensemble du mouvement de soutien.

- 4. De ce fait le FSI, outre son rôle objectif de soutien aux révolutionnaires Indochinois, joue un rôle de clarification politique au sein de l'extrême-gauche. Il est un terrain privilégié et spécifique d'application de notre tactique d'unité-débordement et nous permet de poser le cadre d'une politique de Front Unique crédible.

- 5. L'évolution de la situation sur le terrain et sur l'arène internationale, la signature d'un accord type celui d'Octobre qui ouvrirait au Sud Vietnam une période de « paix armée» et de luttes politiques de masse intense comme la poursuite d'une escalade US à outrance, exige du FSI un approfondissement politique et une intensification de son action, et rend celle-ci plus que jamais nécessaire, ce que soulignent les appels réitérés et le soutien des Révolutionnaires Indochinois au FSI.

20) Dans la conjoncture actuelle marquée par un accroissement des tensions sociales et le développement parmi de larges couches de la jeunesse d'un dégout croissant de l'embrigadement militaire, la Ligue Communiste met à l'ordre du jour la mise en place d'un travail anti-militariste permanent.

Le travail s'organise selon deux axes. D'une part, la Ligue Communiste popularise et s'efforce de concrétiser ses positions marxistes-révolutionnaires en matière d'antimilitarisme : à savoir l'effort permanent pour diffuser les idées révolutionnaires dans le contingent, de façon à créer un terrain favorable à son refus massif à tirer sur ses frères ouvriers dans les épreuves révolutionnaires. Les militants de la Ligue Communiste appelés jouent donc un rôle d'animateurs politiques dans le contingent, propageant les analyses marxistesrévolutionnaires du militarisme bourgeois, se tenant à la tête des luttes revendicatives des appelés lorsqu'elles éclatent.

D'autre part, la Ligue Communiste envisagera la possibilité de développer chez les civils un mouvement de masse de soutien aux luttes des appelés et de mobilisation contre l'armée du capital. III.- QUELLE ORGANISATION ?

21) Le type de tâches que nous avons à ré soudre, le caractère du travail de masse que nous pouvons développer mettent en évidence le rôleclef des directions centrales, à tous les niveaux, dans la construction de l'organisation. C'est de leur capacité de centralisation et de synthèse politiques que dépend notre propre capacité à maîtriser les dangers d'écartèlement entre l'extréme gauche et le mouvement ouvrier traditionnel, entre un repli sectaire et un travail de masse audessus de nos moyens.

Le renforcement de la capacité des directions centrales à diriger le travail ouvrier quotidien passe par le renforcement du comité central en responsables ouvriers et la prise en charge de ce secteur par le BP, par le renforcement de la commission ouvrière nationale.

Dans une période où la clarification au sein de l'extrême-gauche peut aussi se traduire par un recrutement peu sélectif et mal contrôlé, ces directions auront à veiller de façon toute particulière à ce que fonctionne un système de formation nécessaire pour faire face à nos possibilités actuelles de recrutement. Elles devront enfin veiller à ce que ne se relâche en rien la discipline révolutionnaire indispensable plus que jamais à une organisation démocratiquement centralisée.

Des directions régionales, fonctionnant sous contrôle du CC, peuvent être mises en place, prioritairement dans les régions qui constituent d'emblée une unité d'intervention politique. Elles seront chargées de définir une tactique d'implantation, de prendre les initiatives politiques, de concevoir un système de publications adapté aux caractéristiques propres de la radicalisation et de la mobilisation dans leur champ d'intervention.

22) Rouge est l'organe central de la Ligue. Animé par le secrétariat de Rédaction, par la Commission Nationale relevant du CC et du BP. Rouge est lié à l'organisation dans la mesure où il se fait porteur de son projet stratégique. Renforcer Rouge, accroitre son écho, ce sont des tâches déterminantes pour l'implantation de l'organisation.

Notre système de presse est directement lié à notre système d'organisation. Rouge s'adresse à des niveaux de conscience divers, il a divers publics. Il s'agit de tenir compte de ce phénomène tout en définissant une cible centrale : en nous adressant prioritairement à l'avant-garde ouvrière, nous pourrons être compris aussi des autres composantes de l'avant-garde. Ce qui ne doit pas signifier pour autant une uniformisation de notre presse centrale.

Une organisation comme la Ligue n'entretient pas avec son organe central les mêmes rapports qu'une organisation clandestine. La colonne vertébrale de l'organisation passe par les directions centrales et leurs directives de travail. Rouge est la clef de voûte de notre système de presse : il doit être secondé par des publications périodiques de secteurs (lycéens, étudiants), par un bulletin ouvrier, par des jeux de brochures, par la parution régulière de la revue IVème Internationale.

Notre première expérience de presse de masse ne se fera pas à partir de l'organe central qui doit tenir compte des inégalités de notre implantation. Elles seront dans un premier temps tentées à l'échelle de villes ou de régions, en fonction de leur unité et de l'effectivité de l'implantation, 12 conditions indispensables d'une presse militante de masse.

23) La période qui s'ouvre est particulièrement favorable au développement de notre implantation dans la classe et à l'éducation d'une avant-garde ouvrière révolutionnaire. La bourgeoisie sait bien qu'à partir du moment où elle ébranlera le mouvement ouvrier réformiste, notre croissance va devenir une donnée objective susceptible de perturber ses plans et de mettre en échec ses mécanismes d'intégration.

C'est pourquoi le problème se posera pour elle de briser l'avant-garde avant que ne se consolident ses liens avec la classe. Mais, pour cela, la répression légale, la dissolution par exemple, a toute chance de rester inefficace tant que l'ensemble du jeu politique n'est pas fondamentalement modifié et que subsiste un mouvement ouvrier de masse légal. Le plus probable demeure donc de voir la bourgeoisie combiner la répression légalisée, notamment par un renforcement de son dispositif juridique et policier, avec la mise en place d'une répression extra-légale confiée à des polices parallèles, des milices patronales, et des bandes semi-fascistes.

Le recours à la répression extra-légale sera d'autant plus rapide que l'érosion politique du pouvoir bourgeois s'accentuera et que le recours au dispositif répressif légal se révélera inadéquat pour briser la montée des luttes et son avant-garde. Nous devons donc nous préparer dès maintenant à faire face aux méthodes de « terreur contrôlée » déjà largement répandues en Amérique Latine par exemple.

Contre ces menaces, la réanimation, par la propagande et par l'exemple, de l'autodéfense de masse des travailleurs et de la défense mutuelle des organisations ouvrières, la préparation des milices ouvrières par les piquets de grève et les détachements ouvriers de combat, constituent la riposte la plus efficace. Mais ces tâches nécessitent une importante activité exemplaire de l'avantgarde elle-même. Or, du point de vue organisationnel, le danger réside dans la croissance d'une organisation qui resterait prisonnière de son cadre de croissance légal. Devant le développement de la répression parallèle, il est indispensable que l'organisation révolutionnaire ait les moyens, y compris par des mesures de clandestinité partielle, de choisir sa riposte. Il importe dès à présent de consacrer davantage d'efforts matériels et humains à la constitution d'un appareil à tous les niveaux.

C'est aussi à cette condition que nous pourrons dès à présent développer notre travail anti-militariste au-delà de la seule propagande et des campagnes démocratiques.

24) Si nous sommes convaincus de ce que le parti révolutionnaire, pas plus que le socialisme, ne se construit pas dans un seul pays, nous serons amenés par la croissance même de l'internationale à consacrer davantage de forces matérielles et humaines à sa construction.

Les tâches actuelles de la lutte anti-impérialiste, le soutien à la lutte des peuples coloniaux et semi-coloniaux (en spécifiant sans sectarisme nos positions vis-à-vis des directions), notamment le soutien aux peuples d'Indochine, de même que les tâches de soutien à la révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés, ne tolèrent pas que ces choix soient différés.

Pour comprendre et assumer en toute conscience ces choix, et parfois les sacrifices que nous serons amenés à faire, nous devons tout faire pour que l'ensemble des militants soient pénétrés au plus haut point de l'idée qu'ils construisent un parti mondial de la révolution.

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