Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 6

Les élections américaines

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 6 · mars-avril 1973 · p. 42-49 · 6 993 mots

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Les années 60 ont connu un processus de radicalisation qui a commencé par la révolte des noirs américains et s'est approfondi avec le développement du mouvement contre l'agression américaine au Vietnam. La guerre devint le centre de la vie politique américaine, exacerbant les au res contradictions économiques et sociales des USA. La montée du mouvement anti-guerre, remettant en cause le droit des impérialistes US, à décider de la guerre, créa une ambiance politique qui conduisait à se mobiliser et à lutter aussi sur d'autres objectifs.

Le résultat des élections de 72, pourtant, parait, au moins superficiellement, démentir cette radicalisation ou indiquer que peut-être le processus a été renversé. La presse bourgeoise a interprété les résultats électoraux comme une victoire SIDENT • OF THE triomphale de Nixon l'homme qui a déclenché la campagne de bombardements MINO la plus brutale de l'histoire, contre le Vietnam, l'homme qui s'est vanté, pendant une conférence de presse en juillet, du fait que les USA « pouvaient raser définitivement le Nord-Vietnam en une après-midi», l'homme qui est détesté pour sa politique réautionnaire par des milliers de travailleurs, de noirs, de femmes.

D'autre part, ces élections ont marqué une défaite retentissante du démocrate Mac Govern, qui s'était présenté au départ comme le candidat de la paix et le champion des jeunes, des noirs, des femmes et des pauvres.

Est-ce que la victoire de Nixon signifie que le peuple américain a évolué à droite ? est devenu plus pro-guerre, ou plus raciste?

Qu'à été l'orientation des marxistes révolutionnaires pendant ces élections ? Le SWP a-t-il eu raison d'être la seule organisation de gauche à s'opposer de façon résolue à Mac Govern, de se situer, devant la classe ouvrière comme une alternative aux Démocrates et aux Républicains ?

Pour répondre à ces questions, il faut d'abord comprendre le degré limité dans lequel les élections aux USA reflètent le rapport de forces entre les classes et le niveau de conscience des travailleurs. Les partis démocrates et républicains, qui monopolisent le champ politique aux USA, représentent tous les deux les intérêts de la bourgeoise et sont explicitement classe pro-capitalistes dans leur idéologie. Bien que les travailleurs américains aient construit de puissants syndicats avec lesquels ils peuvent se battre sur le terrain économique, ils n'ont pas de parti de masse qui se batte et les représente en tant que classe dans l'arène politique. Il n'y a pas de parti réformiste ouvrier comme le parti travailliste en Angleterre, ni de parti stalinien de masse comme en France ou en Italie. Les noirs américains non plus ne disposent pas d'un tel instrument politique indépendant, solidement implanté dans les masses.

Ainsi, la somme des voix recueillies par les candidats des partis démocrates et républicains ne donne-t-elle qu'une image très déformée de la conscience politique de la classe ouvrière américaine.

Un des exemples les plus clairs est peut-être la campagne de Edward Hanrahan pour le poste de « State Attorney » de Chicago. Hanrahan est honni par la communauté noire pour avoir dirigé l'attaque de la police contre le local du Black Panther Party au cours de laquelle, les leaders des Panthères Fred Hampton et Mark Clark furent assassinés. Bien que soutenu par la puissante machine démocrate du maire Richard Daley Hanrahan perdit l'élection parce qu'il avait perdu des voix noires (33 % de la population de Chicago est noire). Les noirs qui habituellement votent démocrate votèrent plutôt pour le candidat républicain : un ancien agent du FBI. En effet, ils ne voyaient pas d'autre voie, sur le terrain électoral, pour exprimer leur haine de la politique raciste de Hanrahan.

Le SWP présenta un candidat noir contre Hanrahan mais il ne put être inscrit sur les listes à cause du système anti-démocratique de ces élections qui exige 100 000 signatures pour le seul droit de présenter un candidat officiellement.

Mais même dans les Etats où le SWP réussit à figurer sur les listes, ses ressources limitées l'empêchèrent de faire connaître son programme et ses candidats à une échelle de masse.

Si on a ces considérations à l'esprit on peut analyser plus finement les résultats électoraux de Nixon.

D'abord, il est trompeur d'appeler sa victoire un « raz de marée ». 55,4 % seulement des américains en âge de voter ont pris part aux élections de 1972. Nixon a obtenu 61 % de ces 55 %, c'est-à-dire 33,7 % des voix. Cela signifie qu'un tiers des américains en âge de voter a voté pour lui; les autres sont restés chez eux ou ont voté pour quelqu'un d'autre.

L'abstention en 72 fut la plus forte depuis 1948.

Les sondages ont clairement montré que les masses américaines n'aimaient pas les candidats: à un sondage, ou on demandait aux gens quel candidat ils trouvaient le plus sympathique, 33% répondirent Nixon, 23 % Mac Govern et 37 % dirent : aucun. De surcroit l'analyse des résultats ne montre aucun renversement de confiance du parti Démocrate vers le parti Républicain. Il y a eu un grand nombre de « ticket splitting » (1), c'est à dire que les électeurs ont choisi Nixon comme président mais un candidat démocrate pour présider le Sénat. Les Démocrates ont gardé le contrôle des deux chambres du Congrès et vu une augmentation du nombre de leurs gouverneurs.

Ainsi le grand nombre d'abstentions et de votes contradictoires reflète-t-il une désillusion significative envers les deux 44

Un autre facteur qui limite la signification des résultats électoraux américains est la proportion relativement faible de la population autorisée à voter à cause du système anti-démocratique d'inscription sur les listes électorales. Pour pouvoir voter, un travailleur doit généralement aller s'inscrire dans un bureau lointain et difficile d'accès ; et ce pendant ses heures de travail plusieurs semaines avant les élections. Les registres électoraux sont installés dans le voisinage pendant quelques jours seulement, mais bien avant les élections.

Chaque Etat à sa propre réglementation qui inclut des critères d'alphabétisation et d'habitation ; critères qui visent à limiter le nombre de noirs et de membres d'autres minorités opprimées comme celui des travailleurs les moins stables et les moins fortunés.

Ainsi, en 68, près d'1/3 des américains en âge de voter, près de 44 000 000, étaient « interdits de vote » parce que non inscrits.

De plus, les élections ont toujours lieu un jour ouvrable, facteur qui décourage des masses de travailleurs de prendre parti. Pour la première fois, cette année, le droit de vote était accordé à partir de 18 ans pour l'élection présidentielle ; mais le New York Times estime que 63 % seulement des jeunes nouvellement autorisés à voter étaient inscrits sur les listes. partis bourgeois. Même les retentissants scandales de l'ITT et de Watergate (2) n'aidèrent pas beaucoup Mac Govern, dans la mesure où bien des américains pensent que le parti Démocrate est aussi corrompu que le parti Républicain.

Nixon, « le candidat de la paix ».

Le grand nombre de voix recueillies par Nixon reflète pourtant, même de façon déformée un soutien populaire sa politique, principalement à sa politique vietnamienne. Mais cette victoire de Nixon ne signifie pas une baisse du sentiment anti-guerre dans le peuple américain. Elle reflète plutôt les illusions des masses sur le fait que Nixon arrêterait la guerre et oeuvrait à des relations plus pacifiques avec la Chine et l'URSS. En bref, Nixon et non Mac Govern, en arriva à être considéré par beaucoup comme le candidat de la paix.

Cette conclusion est confirmée et illustrée par un éminent analyste des sondages, D. Yankelovich qui dirigea une enquête à l'échelle nationale sur l'attitude des américains face à la guerre, enquête menée par le « New York Times ».

« Début avril » écrit-il, « avant le blocus d'Haiphong, les sondages montraient que sa politique vietnamienne (celle de Nixon) était en difficulté sérieuse devant les élections. A ce moment là, quand l'Institut Harris (3) demanda « est-ce-que Nixon (vous) inspire confiance ? » les gens interrogés répondirent non. La question vietnamienne était généralement considérée comme l'atout principal de Mac Govern ». Ceci, malgré le fait que Nixon avait déjà rapatrié 500 000 soldats US du Vietnam, sous la pression du mouvement anti-guerre.

Yankelovitch continue : « Ensuite vint le minage d'Haïphong. Il faut se souvenir que cette décision intervenait à un moment où la situation militaire au Vietnam se détériorait sérieusement. Nos interviews, faites juste apres, montraient que les gens s'attendaient au pire. Les jours qui suivirent rappelaient aux électeurs la « crise des missiles » avec Cuba. Les gens étaient anxieux, « comment vont réagir les russes ? ».«Allaient-ils annuler le sommet? » « Allait-on vers une confrontation nucléaire ? »Quand les russes annoncèrent que le sommet se tiendrait comme prévu, le public, ainsi que le montre notre sondage plus tard, fut largement rassuré. Lentement, presque imperceptiblement, cette idée traversa le public américain : Nixon avait affronté les russes et le danger de mettre les USA en guerre. Le danger d'une confrontation des grandes puissances avait été écarté. Donc la guerre du Vietnam serait bientôt finie. Ou même si elle ne finissait pas tout de suite, elle n'apparaîtrait plus longtemps comme une menace militaire pour les Américains. L'assentiment sino-soviétique au minage d'Haïphong a aidé Nixon à obtenir une immense victoire diplomatique contenant immense victoire diplomatique contenant en germe sa victoire politique chez lui ».

Le Vietnam était bien le point central d'intérêt du peuple américain et dans son esprit, tout se passait comme si la guerre s'était arrêtée au sommet de Moscou.

Les résultats du voyage à Moscou se reflétèrent de façon dramatique dans les sondages d'opinion.

Debut juillet Nixon avait retrouvé la confiance du public pour sa politique vietnamienne dans une proportion de 60 %

Comme l'éditorialiste du New York Times le dit: « La campagne électorale américaine se polarise sur la question de savoir qui pourra partir du Vietnam le plus vite...».

Mais tandis que Mac Govern parlait beaucoup de « paix », Nixon apparaissait à bien des américains comme celui qui était en train de faire réellement quelque chose pour terminer le conflit.

Les quelques différences entre les positions de Nixon et de Mac Govern à propos de la guerre s'évanouirent quand Mac Govern salua l'accord en 9 points passé par Nixon, rendu public en octobre. Mac Govern avait proposé le retrait de toutes les troupes du Vietnam en 90 jours et Nixon proposait de le faire en 60 !

Ainsi en 72 le peuple américain a voté pour la fin de la guerre au Vietnam pour la 3ème fois ! En 64 il a voté pour Johnson comme « candidat de la paix » contre le candidat d'extrême-droite Goldwater. En 68, il a voté pour Nixon qui proclamait avoir un plan pour finir la guerre et contre

Un raz de marée électoral ?

Un raz de marée électoral ?

Humphrey qui était lui, lié à la guerre puisqu'il était vice-président de Johnson. Et en 72 Nixon fut réélu parce qu'il avait mené son plan à bien: obtenir l'aide de Moscou et de Pékin pour forcer les Vietnamiens à « mettre les pouces ».

Un autre facteur décisif dans la victoire de Nixon a été son appel aux sentiments racistes des américains blancs. Ce facteur a pris une importance prééminente dans la campagne parce qu'il y avait très peu de différences entre Nixon et Mac Govern sur tous les autres points.

Tous deux étaient pour le contrôle des salaires et n'avaient pas de divergences nettes sur la façon de lutter contre l'inflation.

En politique extérieure chacun surenchérissait sur l'autre pour l'engagement militaire US aux côtés d'Israël.

En l'absence de divergences claires sur les questions économiques ou extérieures, les positions les plus ouvertement racistes de Nixon lui permirent d'obtenir le soutien des couches les plus racistes et les plus privilégiées des travailleurs; ainsi que le soutien du Sud. Il gagna les voix de la majeure partie des partisans de G. Wallace, le défenseur de la suprématie blanche.

Wallace se présenta aux présidentielles de 68 comme candidat du Parti Indépendant Américain, un troisième parti bourgeois qui obtint, nationalement 13,5 % des voix. Le pourcentage de Nixon en 1972 (61 %) est de 4 points plus élevé que son pourcentage de 68 (43,4) ajouté à celui de Wallace en 68 (13 ,5). Donc la décision de Wallace de ne pas faire campagne pour un ème parti explique le score de Nixon, et relativise ce qu'on a appelé le « raz de marée électoral » de 72.

En s'opposant au « Busing » (4), destiné à achever l'intégration scolaire, en s'opposant à l'augmentation des dépenses médicales, et en exaltant la « loi et l'ordre». Nixon fit explicitement appel aux sentiments racistes que secrète la société bourgeoise.

Dédaignant complètement les voix noires, Nixon ne fit pas une seule campagne dans une communauté noire en 72. C'est pour cela que les noirs ont voté à 79,21 % contre Nixon, si l'on en croit un sondage Harris du 24 novembre. De plus Nixon obtint le soutien des plus grands financiers et hommes d'affaires du pays, ainsi que de 600 journaux ; 38 seulement appuyèrent Mac Govern. La campagne Nixon coûta au moins 50 millions de dollars et il est publiquement connu qu'il a reçu au moins deux « dons » d'au moins 1 million de dollars chacun. On estime que Mac Govern dépensa 25 millions de dollars pour sa campagne. Le sens de la campagne Mac Govern.

Tandis que Nixon réussissait à apparaître comme le vrai « candidat de la paix ». Mac Govern lui aussi mystifiait les grandes masses américaines, particulièrement pendant la période des élections primaires. Dès les premiers mois de sa course à l'investiture « démocrate ». il rallia une partiesignificative de la jeunesse en prenant des positions nettement plus à gauche que tous les politiciens bourgeois américains, spécialement ceux qui briguent un poste d'importance nationale. || annonça le retrait inconditionnel des troupes américaines dans les 90 jours qui suivraient son investiture; un revenu garanti de 1000 dollars par personne (hommes, femmes, enfants) ; des projets de travaux publics; une plus grande taxation des riches ; et des coupes dans le budget militaire.

Un exemple des sommets de démagogie politique que put atteindre Mac Govern dans son appel aux jeunes et aux noirs fut une suggestion dans une interview à

« Life » : que tous les juges fassent 10 à 15 jours de prison avant de s'installer dans la fonction afin qu'ils sachent ce que signifient les peines qu'ils prononcent.

La force principale de Mac Govern résidait dans la question de la guerre. Sur ce thème il réussit, au moins au début de sa campagne à gagner le soutien de nombreux jeunes, de militants anti-guerre, de militantes féministes, de noirs et de chicanos.

L'impression générale était que si il était élu, au moins il arrêterait la guerre, même si il revenait sur d'autres points.

Pourtant, comme il approchait de son investiture par le parti démocrate, Mac Govern commença à revenir sur ses positions.

L'évolution de sa campagne mina d'ailleurs largement la base de soutien qu'il avait gagné parmi les jeunes et ceux qui désiraient des changements sociaux. Dés son investiture à la convention démocrate de juillet Mac Govern commença à battre en retraite sur tous les points, espérant gagner le soutien, ou au moins neutraliser tous ceux qui ont du pouvoir dans le parti démocrate.

Ses hésitations sur son programme, sa duplicité dans le remplacement de Eagleton, premier colistier choisi, tout cela convainquit qu'il n'était pas plus honnête, qu'il n'avait pas plus de principes que les autres politiciens, démocrates ou républicains.

Cependant ses critiques acerbes à la guerre du Vietnam, et à la campagne de bombardements de Nixon réussirent à persuader beaucoup de gens qu'il fallait le soutenir, même à contre-coeur.

Savoir si on pouvait faire confiance à Mac Govern pour arrêter la guerre, si il était élu, fut peut-être la question la plus posée à Lynda Jenness, la candidate du SWP. Quelles que soient les limites de Mac Govern, demandaient les jeunes, si il arrête la guerre, ne doit-on pas le soutenir pour aider les vietnamiens? Pour répondre à cette question le comité pour la campagne du SWP avait publié une brochure appelée « La vérité sur Mac Govern », qui fut vendue à 53.000 exemplaires pendant la campagne. Elle montrait que Mac Govern avait voté la résolution sur le Golfe du Tonkin en 1964 (qui avait offert à Johnson une base légale pour son escalade de Février 65) et contre la condamnation de cette résolution en 1967

Elle insistait sur le fait que Mac Govern avait refusé de rendre public les papiers du Pentagone auxquels il avait accès alors que Daniel Ellsberg le lui avait demandé en janvier 71.

A travers sa campagne électorale, le SWP s'efforça d'éduquer les jeunes sur la nature de l'impérialisme et de la politique bourgeoise. Il montrait que Nixon, Mac Govern, Johnson, JF Kennedy et les autres leaders des partis démocrates et républicains n'avaient qu'un but en politique étrangère : maintenir, défendre les droits de l'impérialisme à exploiter et à dominer les nations capitalistes moins 46 développées. Aucun d'eux n'a d'objection de principe aux agressions que les USA commettent un peu partout dans le monde pour défendre leurs intérêts impérialistes. Les quelques désaccords portent sur des questions tactiques : jusqu'à quel degré de violence ouverte peut-on aller sans provoquer trop de tensions sociales chez soi, ou éventuellement une riposte de Pékin ou de Moscou? Les candidats du SWP expliquèrent que le programme de Mac Govern était absolument un programme pro-impérialiste ; que son but était de devenir le chef de l'exécutif du capitalisme américain.

Comme notre candidat à la vice présidence, Andrew Pulley le dit à ses auditoires « Mac Govern n'est pas l'homme qui a le pouvoir dans ce pays. Général Motors ne lui appartient pas. Il travaillera pour ces gens si il est élu. C'est exactement comme avoir un nouveau gardien dans une prison, ou un nouveau patron à la Général Motors ; le système lui ne change pas ».

Quand, après la convention démocrate les rapports en provenance d'Hanoi semblaient indiquer un soutien à Mac Govern on demanda au SWP pourquoi il ne suivait pas les vietnamiens qui, eux, pensaient que Mac Govern arrêterait la guerre. Lynda Jenness, à un meeting répondit : « Vous savez, beaucoup de cubains en 60 pensaient que Kennedy serait un moindre mal face à Nixon (qui se présentait déjà en 60) en ce qui concerne les relations avec la révolution cubaine. Le SWP soutenait les cubains mais il était en désaccord avec leurs analyses sur le système bipartite américain. Deux ans après Kennedy envahissait Cuba ». LYNDA JENNESS

A la fin des années 60 et jusqu'à maintenant sous la pression du mouvement anti-guerre, des divergences tactiques sur la guerre apparurent au sein des classes dirigeantes américaines. Des politiciens bourgeois, dont Mac Govern pensaient que la guerre devait diminuer d'intensité à cause de ses répercussions internes répercussions économiques et aussi création d'un puissant mouvement anti-guerre qui rongeait même l'armée US

Les « colombes » proposaient périodiquement au Congrès des motions réclamant l'arrét de la guerre, comme celles de Hatfield et Mac Govern en 70. Pourtant soit elles ne passaient pas, soit elles étaient formulées de façon si inoffensive que Nixon pouvait les ignorer. La seule résolution du Congrès qui eut un effet fut celle qui interdisait aux troupes d'élite US de rentrer au Cambodge et au Laos ; et elle fut votée sous la pression de l'énorme explosion anti-guerre que provoqua l'invasion du Cambodge en 70.

L'intention première de ces timides protestations des « colombes » était de donner d'eux mêmes une image de candidats de la paix afin d'être réélus ; mais aussi de tenter de sortir le mouvement anti-guerre de la rue et de le remettre sur la voie responsable... La voie électorale. Les parlementaires, aussi bien démocrates que républicains, n'attaquérent jamais Nixon de front sur la politique de guerre. Et le retrait graduel des troupes américaines qu'a commencé Nixon, courronné par ses récents accords avec Moscou et Pékin, ont fait taire toute critique sur la guerre de la part du Congrès. Les candidats du SWP ont martelé l'idée que la politique étrangère de l'impérialisme était bien celle des deux partis • afin de contrer la croyance largement répandue qu'il faut choisir le « moindre mal », du républicain ou du démocrate, parce qu'il prétend être plus « pour la paix ». Ils montrèrent l'unité de la politique étrangère américaine depuis la deuxième guerre mondiale menée aussi bien par un parti que par l'autre ; comment Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon furent élus en promettant la paix et continuent tous la politique sanglante d'agression dès leur victoire assurée. Le SWP insista sur le fait que la guerre ne serait jamais stoppée par un individu « candidat de la paix » - encore moins par un représentant du pro-impérialiste Parti Démocrate ; que les USA ne partiraient du Vietnam, ne cèderaient que sous la pression de forces sociales, assez puissantes pour empêcher l'impérialisme de dominer le monde à sa guise - des forces telles que la lutte de libération du peuple vietnamien, le mouvement anti-guerre américain ou international et la politique de l'URSS et de la Chine. Et ces forces sociales auraient un effet aussi bien sur Nixon que sur Mac Govern. Nixon par exemple avait été forcé de retirer des troupes d'Indochine sous la pression du sentiment anti-guerre aux Etats-Unis même. Les changements dans le Parti Démocrate

Que Mac Govern remporte la bataille pour l'investiture démocrate reflète quatre chocs qui se sont produits dans le Parti Démocrate. Pour la première fois la convention de ce parti se tint selon un mode de représentativité qui obligeait les délégations d'état à reflèter les proportions de femmes, de noirs et de jeunes dans la population de l'état. Pour la première fois, depuis sa création en 1955 la bureaucratie de AFL-CIO refusa de soutenir le candidat du Parti Démocrate. Pour la première fois depuis les années 30 le candidat républicain gagna tous les états du sud bastion traditionnel des démocrates. Pour comprendre le sens de ces changements, il faut comprendre ce qu'est la nature des grands partis américains, très différente de celle des partis politiques européens, par exemple. Ces partis sont des coalitions destinées à capter les voix de secteurs variés de la population, au moyen de concessions oude promesses. Leur idéologie de base n'est pas différente, mais ils avancent des nuances d'appréciation rhétoriques destinées aux électeurs. Tous deux sont fondamentalement pro-capitalistes dans leur idéologie, financés et finalement contrôlés par la haute finance. Ils ne s'appuient pas non plus sur des fractions distinctes de la bourgeoisie ; en fait il est courant, dans la grande bourgeoisie de financer les deux partis. Ils ne se distinguent pas non plus autour d'un axe « libéral » ou « conservateur » ; chacun ayant plutôt son aile droite et son aile gauche. Le Parti Démocrate a ses libéraux -le sénateur Mac Govern et le millionnaire Edward Kennedy, lui aussi sénateur -comme ses réactionnaires Wallace, gouverneur d'Alabama et James Eastland sénateur du Mississipi. Le Parti Républicain a ses « libéraux » - le député Pau Mac Closkey et le millionnaire gouverneur Nelson Rockfeller - et ses réactionnaires, Barry Goldwater et Spiro Agnew.

Le Parti Démocrate a longtemps été considéré comme « majoritaire » parce que les masses travailleuses ont voté pour lui depuis les années 30 et le considèrent souvent comme leur parti. Cela tient au fait que la bureaucratie syndicale est partie prenante de cette coalition destinée à capter des voix, ce qui a permis aux démocrates d'être au pouvoir pendant 20 ans sur les 32 dernières années.

La coalition informelle « syndicat - Parti Démocrate » fut forgée en 1935 par le Président Franklin Roosevelt avec l'aide de John L. Lewis, leader du CIO (Congress of Industrial Organisations) nouvellement constitué, au moment de la préparation de la campagne pour la réélection de Roosevelt en 1936. Auparavant le mouvement syndical avait tenté d'obtenir des concessions en soutenant les candidats des deux partis bourgeois.

En donnant l'impression aux syndicats qu'ils auraient une influence et un contrôle sur une telle coalition les démocrates réussirent à canaliser la radicalisation ouvrière des années 30 dans les cadres politiques bourgeois, alors qu'un sentiment diffus poussait à la création d'un parti ouvrier indépendant.

Outre la bureaucratie syndicale les autres composantes de la coalition démocrate étaient la couche dirigeante du sud, qui défend la « suprématie blanche » et les appareils politiques des grandes villes du nord, comme celui de Richard Daley, maire de Chicago.

Dans les années 50-60 des mutations sociales profondes ont miné cette coalition. En 72 l'ancienne coalition était brisée et les démocrates essayaient d'en construire une nouvelle.

Le premier facteur a été le poids croissant des votes noirs. On a en effet assisté à une concentration croissante des noirs dans les grands centres urbains. Ils fournissent une part de plus en plus grande de la force de travail des industries de base. Les appareils politiques à la Daley ont commencé à s'effondrer le jour où les municipalités démocrates ont été obligées mate des mone n" de prendre des mesures destinées à gagner l'électorat noir. On a même vu des villes comme Newark (New Jersey) Cleveland (Ohio) ou Gary (Indiana) ou l'administration locale a été gagnée par des démocrates noirs. Le deuxième facteur a été l'impact de la radicalisation des noirs, des chicanos, des jeunes et des femmes. Les mouvements proprement politiques, indépendants des partis démocrates ou républicains, qui sont nés dans les années 60 (le mouvement anti-guerre, le mouvement de libération des noirs, . de libération des femmes, le mouvement chicano, le mouvement étudiant etc...) ont donné une base à la contestation et ont modifié les attitudes de larges couches du peuple américain. Ces mouvements ont encouragé le militantisme dans la jeunesse ouvrière, surtout chez les noirs ou chicanos, et les femmes ouvrières. Ils ont aussi attisé les préoccupations sociales dans la classe ouvrière, pour la fin de la guerre, contre le militarisme, pour la justice raciale, pour un meilleur environnement et pour en finir avec la misère.

On mesure l'impact de ces mouvements à l'émergence des « caucusses ». le « National Womens political Caucus » (femmes) le « Youth Caucus » (jeunes) et la « National Black Assembly» (noirs). Le but avoué de ces formations était d'accroître le poids des femmes, des noirs ou des jeunes dans les deux grands partis. En fait elles ne réussirent qu'à fourvoyer des militants dans le soutienaux deux partis bourgeois, au lieu de forcer ces partis a prendre en charge les revendications des femmes, des noirs et de la jeunesse.

Tandis que les voix des noirs, des chicanos ou d'autres couches en pleine radicalisation prenaient plus d'importance dans le Parti Démocrate, les vieux éléments de sa coalition disparaissaient ou perdaient leur pouvoir « d'attraper des voix ». L'industrialisation croissante du sud, et la radicalisation des noirs firent comprendre à la couche dirigeante de ces états qu'il lui fallait trouver des moyens de domination plus sophistiqués que la règle du parti unique et la « suprématie blanche ». Ainsi, depuis la décade 1950-1960, le sud est progressivement devenu une région ou les deux partis existent.

La bureaucratie syndicale, elle aussi a ressenti l'impact du mouvement noir et de la radicalisation générale. Une de ses fractions, emmenée par George Meany. président de l'AFL-CIO a maintenu une opposition frontale à ce processus de radicalisation. Meany à même accusé Mac Govern d'être un « apologiste du monde communiste » à cause de sa position sur le Vietnam. Il a aussi dénoncé la représentation accrue des jeunes, des femmes et des noirs à la Convention Démocrate disant qu'il y avait « trop de barbes et pas assez de cigares ».

Une autre fraction de l'appareil syndical - tout aussi réformiste et bureaucratique que l'autre • a cherché à s'adapter aux revendications et aux réactions nouvelles de la jeunesse et des noirs.

L'appareil syndical n'était donc plus une composante solide de la « coalition attrappe-voix » démocratique.

De plus les appareils politiques classiques du Parti Démocrate ont disparu dans les grandes villes du nord, seul restait celui de Chicago dirigé par Daley. La base de ces appareils était constituée par les travailleurs des « minorités blanches », c'est-à-dire des ouvriers dont la famille arrivait d'Europe ou d'Europe de l'Est. Mais la diminution de l'immigration a accéléré l'intégration de ces minorités dans la société américaine. La migration des noirs vers les grandes villes n'a fait qu'accentuer ce phénomène.

En 68, à la convention démocrate de Chicago - qui se tenait dans la tempête des manifestations de masse contre la guerre et en faveur de Mac Carthy « candidat de la paix » - les dirigeants du Parti Démocrate avaient déjà décidé que le parti devait prendre des mesures pour sauver sa crédibilité et capter les voix noires et jeunes. C'est ainsi que juste après 68 les démocrates adoptèrent un nouveau mode de fonctionnement pour que la convention de 72 apparaisse plus représentative, plus démocratique. On annonça donc en 72 que le Parti Démocrate allait construire une nouvelle « coalition pour le changement » un parti qui représenterait les intérêts de la majorité plutôt que ceux de la minorité privilégiée. Par sa campagne démagogique au moment des élections primaires, par ses travaux pour le choix des délégués le Parti meunes tenant Démocrate réussit à donner l'illusion à toute une partie de la jeunesse qu'on pouvait changer la société en soutenant le Parti Démocrate. Pourtant, nombre de délégués furent déçus parce qu'ils n'avaient aucun pouvoir à la convention. Tout ce qu'ils purent faire, c'est élire Mac Govern qui eut ensuite les mains libres pour déplacer l'axe de sa campagne vers la droite. Ils eurent bien une influence sur la plate-forme, mais celle-ci n'a que peu de signification puisque les candidats ne sont pas tenus de l'appliquer.

Cette nouvelle « coalition pour le changement » est beaucoup moins stable que l'ancienne qui avait ses racines dans des appareils bureaucratiques solidement implantés. On peut illustrer cette instabilité par le mal qu'a le Parti Démocrate à convaincre les noirs et les chicanos de lui renouveler son appui. Malgré ses efforts pour les gagner, le passé raciste du Parti Démocrate a convaincu beaucoup de ces militants qu'il fallait sérieusement envisager de rompre avec lui pour former leurs propres partis.

Pour la première fois en 70, un parti chicano autonome, le Raza Unida Party (Parti du peuple uni) s'est formé dans un comté du Texas. Il réussit à conquérir la municipalité de Crystal City, une ville de 10 000 habitants dont 85 % sont chicanos.

Dans ces deux dernières années, le RUP s'est développé très inégalement en Californie, au Nouveau Mexique et au Colorado. En 72, le RUP a présenté sa première liste, sur tout l'état du Texas. Il a obtenu 6% des voix pour le poste de gouverneur et 35 % pour le parlement de l'état. On a même vu des pourcentages de 13 ou 18% en Californie ou dans le Colorado : ce sont des chiffres énormes pour un parti si jeune. Malgré une pression énorme pour soutenir Mac , Govern, le congrès du RUP, début septembre, refusa de soutenir Mac Govern ou Nixon. Le leader Rodolfo « Corky » Gonzales exprima le sentiment des militants quand il dit que le Parti Démocrate et le Parti Républicain étaient « un monstre à deux têtes qui mangent dans la même écuelle ».

Dans le mouvement noir la formation du « Congressional Black caucus » (Assemblée des membres noirs du congrès) est le reflet sur les démocrates noirs, de la pression que les masses noires font pour une organisation et des luttes noires indépendantes.

Le « Congrès national noir » tenu à Gary (Indiana) en mars dernier draina 8000 militants. L'idée d'un parti noir indépendant y fut favorablement accueillie bien que les démocrates aient réussi à reporter, au moins pour le moment, toutes les initiatives en ce sens.

On peut donc dire que les élections de 72 ne signifient pas la fin du processus de radicalisation aux USA. Elles n'ont fait que montrer, une fois encore, qu'il n'a pas atteint le point de rupture de masse avec la politique bourgeoise. Là est le principal obstacle au développement de la radicalisation aux USA: le fait qu'une fraction écrasante des américains conserve ses illusions sur les élections mais même sur la capacité des partis bourgeois à la représenter. La campagne du SWP.

L'existence de ces illusions envers la politique bourgeoise est une des raisons pour lesquelles le SWP a utilisé chaque possibilité, dans la mesure de ses moyens pour mener sa propre campagne électorale. Le thème principal de cette campagne était que les masses ouvrières devaient mettre leurs forces dans une pratique politique indépendante des partis bourgeois - aussi bien dans les rues que dans l'arène électorale.

C'est pour concrétiser le concept de lutte politique autonome de la classe 48 ouvrière que le SWP appelle à la formation d'un parti du travail, basé sur les syndicats. Les candidats du SWP ont expliqué que si les travailleurs disposent d'organisations puissantes pour défendre leurs intérêts économiques, ils ont aussi besoin d'un outil politique. Ce mot d'ordre prend une valeur d'autant plus grande que les principales questions économiques auxquelles la classe ouvrière est confrontée • blocage gouvernemental des salaires, chômage, inflation - sont de plus en plus clairement des questions politiques. De plus le SWP appelle à la création d'un parti noir de masse contrôlé par la communauté noire, et soutient le RUP. Un parti noir de masse serait composé par une majorité écrasante de noirs : cependant il est différent d'appeler à la constitution d'un parti noir ou d'un parti ouvrier noir. Le SWP appelle à la constitution d'un parti organisant les noirs en tant que nationalité opprimée. Son analyse est que la révolution socialiste américaine combinera deux aspects : une révolution sociale renversant les rapports de propriété capitalistes, et une révolution politique qui permettra la libre auto-détermination du peuple afro-américain opprimé. La création d'un parti noir indépendant aurait des conséquences explosives sur la politique américaine parce qu'elle mobiliserait cette partie la plus exploitée de la classe ouvrière.

En 72, le SWP a présenté 94 candidats pour des postes locaux, et Lynda Jenness avec Andrew Pulley à la présidence. Cette campagne a été la plus importante, la plus large campagne électorale socialiste révolutionnaire de l'histoire américaine ; et celle qui a connu le plus grand succès depuis celle du leader socialiste Eugène Debs, au début du siècle.

Le premier problème pour mener une campagne socialiste est celui-ci : comment forcer les états à inscrire le nom des candidats ? La bataille pour le droit à l'inscription permet déjà de montrer aux masses que la campagne socialiste est une

ANDREW PULLEY affaire sérieuse, et permet de montrer les restrictions anti-démocratiques que le Parti Démocrate et le Parti Républicain utilisent pour conserver leur monopole.

En 72, le SWP a mené la plus grande bataille pour l'inscription de ses candidats, parmi les partis de gauche.

Il obtint de pouvoir se présenter dans 24 états, c'est-à-dire 5 de plus qu'en 68. Le PCA n'était présent, lui, que dans 14, le Socialist Labor Party dans 12 et le People's Party (ou Peace and Freedom Party) dans 10.

Pour en arriver là le SWP a dû faire signer ses pétitions à 500 000 personnes dans tout le pays, pour défendre le droit des candidats socialistes à se présenter. En même temps le SWP menait une bataille légale pour faire abroger, comme contraire à la constitution, ces lois électorales.

Depuis 1969 le SWP a engagé 24 procès contre les restrictions légales dans 16 états différents; pour abolir des clauses comme les « serments de loyauté » anti-communistes, comme le nombre parfois exorbitant de signatures requises (en Californie, il y a une loi que le SWP n'a jamais réussi à attaquer en justice qui exige 600 000 signatures pour présenter un candidat 1), comme la caution que doivent verser les candidats, comme l'âge minimum d'éligibilité. Cette dernière restriction fait des jeunes des citoyens de seconde zone : ils peuvent voter à 18 ans, mais ne peuvent se présenter pour tous les postes. Cette question des droits politiques de la jeunesse a été un point fondamental de la campagne puisque Andrew Pulley avait 21 ans et Lynda Jenness 31 ans, alors que d'après la constitution le président et le vice-président doivent avoir au moins 35 ans pour entrer en fonction.

Une autre bataille légale menée • et gagnée • par le SWP a été celle de pouvoir mener campagne à l'intérieur des casernes (distribuer sa presse, tenir des réunions...). Après avoir obtenu ce droit devant quatre tribunaux, Jenness et Pulley ont tenu un meeting à Fort Dix (New Jersey, une des plus grosses bases militaires) et furent chaudement accueillis par les Gl's. Ces batailles furent parfois menées de façon unitaire avec le PCA ou le People's Party.

On peut mesurer l'impact de cette campagne en citant quelques résultats. Par exemple Jenness et Pulley parlèrent devant plus de 250 000 personnes en tout dans les meetings contre la guerre du Vietnam. Jenness prit la parole à la manifestation du 20 novembre à Washington pour l'abrogation des lois contre l'avortement. Elle parla aussi au Mexique, au Pérou, en Argentine, à plus de 8000 personnes. Pulley quant à lui, alla en Islande, en Allemagne de l'Ouest, ou il rencontra les GI's noirs qui militent contre le racisme dans l'armée US. Pour la première fois un candidat bourgeois, Paul Mac Closkey, républicain libéral dut accepter un débat public contre Lynda Jenness.

Mac Govern lui même se sentit obligé de répondre à la campagne de Jenness dans une lettre au SWP dans laquelle il essayait de nier certains faits contenus dans la brochure « la vérité sur Mac Govern ». Le

SWP publia la lettre et une réponse.

On voit mieux la signification de cette campagne si on la compare aux efforts d'autres organisations de gauche. Elle dépassa celle du PCA à tous points de vue :

Hall et Janis Tyner, les candidats du PC ne purent s'inscrire que dans la moitié des

Etats ou le SWP était présenté. Les meetings du SWP étaient en général plus plein que ceux du PC. Les candidats du

SWP étaient plus connus et les militants des mouvements progressistes les appréciaient plus.

Bien que l'on ait pas encore tous les résultats (vu les aspects discriminatoires des élections américaines et que le résultat des campagne Nixon:

illusions de paix, veulerie de la bureaucratie sovié - tique et festivités républicaines.....

En bas : Lynda

Jenness parlant à

Los Angeles pendant une manifestation anti-guerte qui avait reuni

30 000 personnes!

« petits partis » n'est donné que longtemps après les élections et encore de façon peu précise), les premiers montrent que le SWP a partout plus de voix que le PC.

Bien que cette campagne ait été la plus grosse menée par le PC depuis 1949, elle a été plus menée sur le thème « battre Nixon » que sur celui du soutien au parti. Gus Hall se vantait de ses discours : « Nous avons apporté plus de voix à Mac Govern que Shriver » (Shriver était le candidat à la vice présidence de Mac Govern).

Le People Party, petit parti réformiste des classes moyennes, avait nommé ses candidats (le pédiatre B. Spock et le militant noir Julius Hobson) en attendant la convention démocrate, se réservant la possibilité de soutenir Mac Govern si il était choisi. Après la convention, le People Party appuya Mac Govern dans le sud du pays, mais décida nationalement de présenter Spock et Hobson. Sa campagne avait néanmoins comme axe la pression « gauche » sur Mac Govern.

Le Socialist Labor Party est une secte ossifiée, fondée dans les années 70. || reste totalement en dehors de tous les mouvements progressistes actuels. •

L'hebdomadaire d'extrême-gauche : « The Guardian » (« maoïsant », lié à aucune organisation), n'apportait de soutien officiel à aucun des candidats. En fait il soutenait tacitement Mac Govern en déclarant par exemple: « nous ne nous opposons pas à la tendance croissante, dans les masses à voter Mac Govern ».

La Workers Leage (tendance Healy) apportait un soutien critique à la campagne du SWP dans leur journal mais n'y prit aucune part active. Les « International Socialist » appelaient à un vote de protestation en faveur du SWP ou du SLP.

En 1972 le SWP et le YSA ont progressé à grands pas vers la construction du parti révolutionnaire et de l'organisation de la jeunesse. Six équipes de jeunes camarades ont sillonné le pays au printemps dernier, et 17 autres pendant l'automne, diffusant les publications de la campagne socialiste, provoquant des débats contre les représentants de Nixon et de Mac Govern, recueillant des adhésions à la YSA et vendant des abonnements à l'hebdomadaire révolutionnaire « The Militant ». Une campagne d'abonnements au « Militant », conduite parallèlement à la campagne électorale en septembre, octobre et novembre, a amené 35 000 nouveaux lecteurs à la presse trotskyste. NOTES : (1) « ticket splitting » : le vote pour l'élection présidentielle est couplé avec d'autres votes; particulièrement la présidence du Sénat, ou même la rectification de telle ou telle loi. On peut donc assister à des votes contradictoires sur un ticket, c'est-à-dire un ensemble de choix. (2) Scandale de l'ITT: révélation sur des complots que l'ITT, un des plus gros trusts américains, avait fomentés contre l'unité populaire chilienne en accord avec l'administration républicaine. Scandale de Watergate : un siége du parti démocrate fut cambriolé, l'enquête montra que des personnalités très proches de Nixon l'avait préparé et réalisé. (3) Institut Harris : un des plus grands instituts de sondage américain. (4) « Busing » : pour « achever » l'intégration scolaire un pourcentage de noirs et de blancs est imposé à certaines écoles. Ce qui oblige à déplacer des enfants blancs vers des écoles noires (ou réciproquement) d'un quartier à l'autre. Ces transports ce font en « bus ». D'où le nom de «busing ».

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