La course du gouvernement Andreotti vers l'Etat fort est caractérisée par le cynisme et le froid calcul avec lequel il opère dans les secteurs les plus divers du pays.
Il accorde des augmentations fabuleuses, aux hauts fonctionnaires de l'Etat, ce qui a engendré un mouvement d'insatisfaction et de colère ; mais, il s'assure de la sorte, une plus grande fidélité et efficacité dans un secteur clé du pouvoir.
Il propose et il fera tout pour faire approuver une loi aux termes de laquelle, un policier peut arrêter un citoyen (et le garder à vue 48 h) sur la base du simple soupçon de son intention de commettre des délits, et une autre loi qui autorise de fait les perquisitions de la police, non seulement en l'absence d'un avocat mais même sans l'autorisation d'un magistrat
Il essaye de supprimer d'un coup les conquêtes obtenues par les étudiants dans les écoles et les universités au cours d'actions politiques.
Il humilie et ricirulise les enseignants avec l'institution d'un statut juridique.
Il déchaîne la répression contre les secteurs de la magistrature qui tentent de s'y opposer.
Tout en provoquant les protestations de certains courants de la coalition gouvernementale et de la gauche démocrate-chrétienne, Andreotti poursuit son chemin en se faisant passer pour celui qui va droit devant lui, qui rétablit l'ordre directement, sans déléguer cette tâche aux fascistes et meme en châtiant les initiatives trop poussées de ces derniers.
Un mépris assez évident pour le parlement et pour les partis est la touche finale de cette ligne de conduite qui vise tout droit au renforcement de l'exécutif.
Le no. breuses et récentes déclarations publiques des patrons de la FIAT, les frères Agnelli, vont dans le même sens, tout en s'efforcant de laisser percer une certaine différence avec la ligne adoptée par le gouvernement.
Ils recommandent aux industriels de faire preuve de plus d'indépendance et de courage, de faire une politique personnelle et de ne pas déléguer de pouvoir aux parlementaires qui ont leur confiance mais qui, comme ils le disent expressement, comptent bien peu.
Bien que les récentes élections partielles (qui concernent 10 % de l'électorat) aient été défavorables à la composante la plus à droite du gouvernement, à savoir le parti liberal, et encourageantes pour les sociaux-démocrates, les républicains et le parti socialiste, on ne peut dire qu'on se trouve à la veille d'une relance de la formule de centre-gauche.
La décision d'enterrer cette combinaison politique désormais sclérosée, n'a été ni rapide, ni facile pour les centres de décision du capitalisme et pour leurs représentants parlementaires.
Le passage au gouvernement Andreotti et la mise au point de ses nouvelles caractéristiques, ont engagé sérieusement la classe dominante qui maintenant ne peut pas dire : « revenons en arrière».
Par ailleurs, la reprise des mobilisations étudiantes dans le pays ne suffit pas pour favoriser la reprise d'une nouvelle expérience de gauche avec le PSI, même si elle était de nature à neutraliser le PC.
La bourgeoisie, qui l'écrit en toutes lettres, estime que la radicalisation présente devrait se révéler plutôt éphémère. Elle correspond, une fois de plus, à la période de renouvellement des conventions et elle pourrait se défaire et se désagréger rapidement dans le cas d'une victoire même partielle du patronat sur ce terrain.
D'autre part, la chance principale de la bourgeoisie italienne dans cette phase est que les réformistes manquent encore plus qu'en 1968-1969 d'une stratégie globale.
Face à l'inexistence d'alternatives radicales et d'un certain souffle réformiste (que la faible reprise conjoncturelle ne permet d'aucune façon), il reste que le
ITALIE gouvernement Andreotti et son œuvre de restauration se renforcent.
De son côté, le PC prend des initiatives et mobilise les masses comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps mais il ne fait aucune proposition réelle en ce qui concerne les fameuses réformes qu'il ne définit que d'un seul titre mais sans les détailler.
Il ne donne pas plus de solution sur le plan gouvernemental, alors qu'une bonne partie de la gauche extrémiste sent les dangers d'une violente répression et tend à sortir de l'isolement où elle s'était fourvoyée en s'accrochant aux syndicats ou meme aux partis réformistes y compris le Manifestation étudiante en décembre 1970 parti socialiste.
En dernière analyse, ce qui compte le plus à court terme, c'est la classe ouvrière qui aujourd'hui se bat avec une force exceptionnelle, comme elle avait commencé hier et non il y a 4 ans cette série ininterrompue de luttes et qui voit se former dans son sein de nouveaux noyaux radicalisés, souvent fortement critiques à l'égard des bureaucraties.
Mais, si elle ne trouve pas un point de repère et de rassemblement, même l'avant-garde ouvrière sera obligée de reculer.
C'est pour cette raison, que la section italienne de la lVème Internationale a établi un programme précis d'intervention pour la phase actuelle de manière à pouvoir faire agir au maximum les forces dont elle dispose. Celles-ci, toutefois, sont absolument disproportionnées par rapport aux tâches gigantesques qu'il faudrait affronter actuellement.
Gagner la bataille des conventions collectives, engager la bataille contre la hausse des prix avec un renouvellement du système de l'échelle mobile et le contrôle ouvrier sur les prix au moment de leur formation et par la suite; réclamer une forte réd. ction des horaires de travail sans réduction des salaires pour s'attaquer au problème de l'emploi.
Proposer le front unique des organisations politiques et syndicales classe et organiser l'auto-défense militante contre les attentats et les agressions fascistes: tels sont les mots d'ordre principaux.
Dans quelques secteurs, ces mots d'ordre ont eu des échos favorables et l'adhésion de militants ouvriers d'avant-garde, des camarades désormais convaincus de l'inconsistance politique des groupes majoritaires de l'extrême-gauche
Mais nous sommes encore loin de pouvoir jouer un rôle important. Si nous ne réussissons pas à acquérir une certaine hégémonie dans l'extrême-gauche en utilisant les forces globales pour les jeter dans la bataille avec cohérence, le danger de l'instauration d'un Etat fort en Italie, vue la politique balbutiante de la gauche officielle, deviendra beaucoup plus concret.