La question de la guerre a toujours divise dans le mouvement ouvrier, les réformistes partisans de la défense nationale et les marxistes-révolutionnaires qui prônent le défaitisme révolutionnaire. En Août 1914, la lème Internationale sombre dans le chauvinisme de l'Union Sacrée que dénonce une poignée d'internationalistes.
Face à la guerre 1939-1945, le Parti Communiste Français a pris toutes les positions possibles. A chaque fois, elles lui étaient imposées par l'Internationale Communiste. L'intérêt de cette période troublée est donc double: connaître le PCF l'attitude du PCF face à la guerre, mais aussi et surtout, étudier les rapports de ce parti avec le Komintern. pendant la second guerre A l'approche de la guerre, le parti communiste mène une intense propagande pour dénoncer le danger hitlérien. Au moment mondiale de Munich, il n'avait pas crié à la victoire de la paix comme l'ensemble des forces politiques, mais à la capitulation devant les exigences de Hitler. Cette ligne anti-fasciste n'est pas si ancienne Jusqu'en 1935, le PCF était contre la défense nationale. Maurice Thorez déclarait à la Chambre des députés le 15 juin 1934 : « Nous ne voulons pas croire un seul instant à la défense natiorale. Nous en sommes restés, nous communistes, à la phrase du Manifeste Communiste de Marx : les prolétaires n'ont pas de patrie ».(1) Le 15 mars 1935, il faisait une déclaration analogue : « Les communistes ne s'en tiendront naturellement pas à une simple propagande contre la guerre. Nous sommes résolus à accomplir sans défaillance et en dépit de la répression la tâche anti-militariste. Nous sommes résolus à préparer les conditions des futures fraternisations ».(2) Quinze jours plus tard, il annonçait toujours à la tribune de la Chambre : « Nous invitons nos adhérants à pénétrer dans l'armée afin d'y accomplir la besogne de la classe ouvrière qui est de désagréger cette armée ». Un mois après cette fracassante déclaration, Laval est à Moscou pour signer un pacte franco-soviétique d'assistance en cas d'agression allemande. Après avoir mené par sa politique criminelle la classe ouvrière allemande à la capitulation sans combat devant le nazisme triomphant, la direction de l'Internationale Communiste commence à s'inquiéter du danger hitlérien pour l'Union Soviétique. Le tournant est pris. L'URSS entre à la Société des Nations (1934), Staline passe des alliances avec les démocraties bourgeoises. Le communiqué final des enPatrick FRESNEL tretiens Laval-Staline déclare : « M. Staline e comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité ». Pour le PCF c'est la fin de la politique de défaitisme révolutionnaire. Il proclame : Staline a raison. D'ailleurs l'anti-fascisme rencontre un puissant écho dans les masses populaires. C'est l'un des principaux ferments de la constitution du Front Populaire. Jusqu'à la guerre, le parti communiste va être à l'avant-garde de la lutte anti-fasciste. Il y va de son intérêt (cette politique provoque un fort développement du parti) et de celui de l'URSS (puisqu'il s'agit de la défense de la patrie du socialisme). Le pacte germano-soviétique Craignant, non sans raison, que les démocraties bourgeoises, la France et l'Angle terre passent un compromis avec Hitler, et laissent l'Union Soviétique seule face à l'Allemagne, Staline prend les devants. Le 23 août 1939, un pacte de non-agression est signé par Ribbentrop et Staline qui déclare en levant son verre « Je sais combien la nation allemande aime son Führer, c'est pourquoi j'aurai plaisir à boire à sa santé ». (3) Le PCF a toujours affirmé que la signature du pacte était une manœuvre tactique destinée à faire gagner du temps à l'Union Soviétique. Les travaux des jeunes historiens soviétiques, le rapport Kroutchev au XXème Congrès ont montré que loin de considérer le pacte comme provisoire, Staline croyait à une entente prolongée avec l'Allemagne hitlérienne. On ne peut comprendre autrement l'impréparation totale de l'Armée Rouge lors de l'attaque allemande ou les accords commerciaux aux termes desquels l'URSS livrait à Hitler de l'acier et du blé ! Mais plus grave, le pacte
Moscou montre la la PAIX!
voie de
L'U.R.S.S. vient de signer un traité de commerce très avantageux pour elle arec l'Allemagne et celle-ci s'appréte à signer avec l'Union Soviétique un pacte de nos-agression.
CELA SIGNIFIE....
URS. A LE Républiques Salistes Soviétiques
- Que le fameux " pacte d'acier anti-komintern " est MIS EN PIECES par la volonté puissante de Moscou !
- Que la lacheté, les compromissions, les capitulations aggravent et augmentent les dangers de guerre, alors que la fermeté les éloigne...
L'U.R. S. S. a fait reculer Hitler parce qu'elle ne s'est jamais compromise, qu'elle n'a jamais capitulé. Ce n'est pas elle qui est allée à Munich! Et, Von Ribbentrop prenant l'avion pour Moscou, est contraint d'aller signer un pacte par lequel Hitler s engagera à ne pas agresser l'U. R. S. S.
Moscou nous montre la voie de la PAIX !
L'U.R.S.S. n'a jamais trahi, ni "encerclé ", ni agressé qui que ce soit. Elle a été calme, MAIS ENERGIQUE ! Le Japon en sait quelque chose !
Français,
Nous voulons la Paix. Elle ne s'obtient pas par des suicides à la Munichoise
La preuve en est maintenant faite ! Répudiez toutes manœuvres et campagnes d'affolement. Soyez calmes!
AVEC L'U.R. S.S., L'ANGLETERRE ET LA FRANCE DOIVENT SERRER LES
RANGS !
Et maintenant, que nos Ministres aillent vite à Moscou signer le Pacte
Anglo-Franco-Soviétique !
Cinq mois ont déjà été perdus PAR LA FAUTE DES NEGOCIATEURS
FRANCO-ANGLAIS !
Exigez que l'on signe, ET VITE.
L'U.R.S.S avec nous et la Paix est sauvée !
Adhéres à l'Association trançaise des Amis de l'Union Soviétique (Promotion du Front de la Paix).
Tous les mois lisez " Russie d'Aujourd'hui" - le auméro 1 tr. 25.
de ce trast : Aides notre actios pour la Paix, envoyez-nous 4 irs es timbres-poste, vous recevrez 100 tracts de ce modèle que vous
Lecteur pourrez diffuser dans votre entourage. (a M°' Suzanne Cagé, 24, rue des Augustías, Lille, Nord).
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PI. VII proprement dit était accompagné d'un protocole secret qui fut révélé au procès de Nuremberg et qui ne prête à aucune équivoque. C'était bel et bien un traité qui prévoyait le partage des zones d'influence entre l'URSS et l'impérialisme hitlérien. La signature du pacte surprend complètement la direction du PCF. Dans le parti, c'est le désarroi complet. Dans un premier temps, le parti communiste approuve le pacte qui est présenté comme une victoire de la paix. Le 25 août, on lit dans l'Humanité : « L'action de /'Union Soviétique, par le pacte de non-agression avec /'Allemagne, concourt à raffermir la paix générale ». Cependant la ligne de défense nationale est maintenue. L'Humanité du 26 août rapporte les propos qu'a tenus Thorez à la réunion du groupe parlementaire communiste. « Si Hitler, malgré tout, déclenchait la guerre, qu'il sache bien qu'il trouverait devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples. C'est pourquoi notre parti approuve les mesures prises par le gouvernement pour garantir nos frontières ». Le 2 septembre, le groupe parlementaire publiait un communiqué qui allait dans le mêmesens. « Réuni sous la présidence de Maurice Thorez, # a proclame, unanimement, la résolution inebranlable de tous les communistes de se placer au premier rang de la résistance à l'oppression hitlérienne ».(4) Le même jour, les députés communistes votent les crédits de guerre. Cet épisode sera d'ailleurs jugé différemment suivant les périodes. En janvier 1940, après la rectification de ligne, le vote des crédits de guerre est analysé dans l'éditorial des « Cahiers du Bolchévisme » comme une faute grave. Après la libération au contraire, le PCF prendra pour preuve de son patriotisme de la première heure, le fait d'avoir voté les crédits de guerre ! Toujours est-il que le pacte a plongé le PCF Tract publié à Lille, 23 aout 1939.
dans une crise profonde. Un tiers des parlementaires communistes quittent le parti. La plupart tourneront mal. Les grands journalistes du PCF, Gabriel Péri, Paul Nizan sont désorientés. Nizan quitte le parti ce qui lui vaudra d'être accusé par Thorez et Aragon d'appartenir à la police. Le 20 octobre, Raymond Guyot, de retour de Moscou, ramène dans ses bagages la nouvelle ligne : la défense nationale est condamnée. La guerre est une guerre impérialiste. Les communistes doivent lutter pour la paix immédiate. La politique stalinienne Le discours que prononce Molotov devant le Soviet Suprême le 31 octobre et qui sera publié dans les « Cahiers du Bolchevisme » de janvier 1940, donne le cadre de la politique stalinienne. La situation internationale a changé déclare Molotov. « Si l'on parle aujourd'hui des grandes puissances européennes, l'Allemagne se trouve dans la situation d'un Etat qui aspire à voir la cessation la plus rapide de la guerre et à la paix, tandiş que l'Angleterre et la France qui, hier encore, s'affirmaient contre l'agres sion, sont pour la continuation de la guerre et contre la conclusion de la paix. Les rôles changent comme vous le voyez ».(5) Les causes de la guerre ne sont pas dans une prétendue lutte idéologique contre le fascisme. « L'idéologie de l'hitlérisme, déclare encore Molotov, comme tout autre système idéologique, peut être reconnue ou rejettée - c'est une question d'opinions politiques. Mais n'importe qui comprendra qu'on ne saurait détruire une idéologie par la force, qu'on ne saurait en finir avec elle par la guerre. C'est pourquoi, il est insensé voire criminel, de mener une semblable guerre pour l'anéantissement de l'hitlérisme en la couvrant du faux chapeau de la lutte pour la « démocratie ».(6) Les centaines de milliers de communistes parqués dans les camps de concentration, le massacre des juifs, les chambres à gaz, tout cela n'est qu'« une question d'opinion politique ». Toute cette rhétorique n'avait d'autre fonction que de faire oublier aux militants communistes l'action menée contre le fascisme. Pendant des années, on avait expliqué que la lutte contre Hitler était une lutte démocratique contre la barbarie. Du fait du pacte, la guerre devenait impérialiste. Il fallait donc détourner les masses de la guerre. Ce qui justifiait cette nouvelle analyse, n'était pas la volonté de profiter de la guerre pour préparer la révolution socialiste , mais bien de défendre les intérêts de l'Union Soviétique. Molotov le déclare crûment : « nous en venons aux changements qui se sont produits dans la situation internationale de /'Union Soviétique elle-même. Ses rapports avec l'Allemagne, comme je l'ai déjà dit, se sont foncièrement améliorés. Ici, les choses ont évolué dans le sens du renforcement des relations amicales, du développement de la collaboration pratique et du soutien politique de l'Allemagne dans ses aspirations à la paix. Nous avons toujours été de cette opinion qu'une Allemagne forte est une condition nécessaire de la paix solide en Europe ».(7) Fin octobre, Dimitrov, secrétaire général du Komintern, publie un article dans « L'Internationale Communiste ». Publié en brochure, il sert de guide aux militants communistes français. La guerre est une guerre impérialiste injuste. Les communistes doivent mener une grande campagne contre la guerre et dénoncer les buts impérialistes de l'Angleterre. Il faut «démolir la légende du prétendu caractère de guerre anti-fasciste juste ». Telle va bien être la politique du Parti Communiste français jusqu'à l'invasion de l'URSS. La politique du PCF jusqu'en juin 41 Le Parti Communiste croyait fermement à une paix durable entre l'URSS et l'Allemagne. Sous la protection du pacte, il comptait bien reprendre une activité légale. Ainsi, il est conseillé aux militants de se
I Humanité
CONTRE
CONTRE
/PARTCOMMUNISTE (S.F.I.C.)
ORGANE CENTRAL O
LA GUERRE IMPÉRIALISTE
LE GOUVERNEMENT DALADIER
Fondateur: Jean JAURES Paul VAILLANT COUTURIER Vive l'Union des Masses Laborieuses de France! La Bourgeoisie abroge elle-même la légalité qu'elle a créée (Lenine) Florimond BONTE expulsé de la Chambre et ensuite arrêté ne peut lire la déclaration communiste. L'Immunité parlementaire des Députés Communistes est levée avec le concours des Députés Socialistes.
POUR LE PAIN, LA LIBERTÉ, LA PAIX
ViVE BE PARTI GOROMEMISTE, DÉFERSEUR
DES TRAMAIBBEURS AP BES SOLOATS!
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALiSTE!
PAiX İMMEDiATAP
Bas du tract distribué aux armées, février 1940.
L'Humanité, décembre 1939.
Noid
LES SOLDATS
NUMERO SPECIAL l'Hugenite ущо
CONTRE LA GUERRE
À Bas la guane, à bes & fordrement" after pervenis a
Numéro un poldat c'est per es ort, qu'en 1926,
ІГЕВЖЕСТ,
1r1 eclu du Parlement a 1914, envoyé dane une section d'exalue de l'arco et Tenu en perle elon, ressemblait le population sur l'Aleader Plats à berlin, Arrôté, fut condonné l 6 ana de degne. lala son mo: d'ordre aret posté loin.
dane les usines et à l'armée.
est par co móme ezi de sa baa la guettia gare de 1'7st, mouvernement 1ª qu'un soir de fórria: 1940, numero 3, mars 1940.
Soldat, sous 1'uniforme
Rédaction et impression:
Kars
1940 - N° tu restes un travailleur.
Quelque part sur le front.
Ne l'oublie jaunis!
D'UHLM
LE TRAIT
SOLDAT - OUVRIER -
PAYSAN
000000000000006000060006000C6GUQGU006600M sation méthodique d'un vaste front de lutte pour préparer l'action de chaque jour, les mouvements de masse qui balaieront la clique capitaliste de Vichy et feront place au peuple, au gouvernement du peuple ». Le Parti Communiste se fixe comme perspective la révolution socialiste. Mais il n'envisage nullement la lutte contre l'armée d'occupation. Parler de prise du pouvoir par le peuple, sans poser le problème de la guerre de libération, n'avait pas de sens. Le PCF croyaitil que les nazis toléreraient ce « gouvernement du peuple » qui prendrait la place de Pétain ? On peut le croire quand on lit le deuxième alinéa du paragraphe sur la politique extérieure que propose le Parti Communiste dans cet « Appel au peuple de France ». « Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand, en rappelant /'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple par un autre peuple ». (9) Il était fort louable de vouloir établir des « rapports fraternels avec le peuple allemand ». Mais par quel miracle cela aurait-il été possible, puisque le document ne dit pas un mot de la nécessité de renverser le régime hitlérien ? Toute la politique du Parti Communiste Français pendant cette période est étroitement calquée sur celle de l'URSS. Et cette politique résidait dans la certitude de Staline que la coexistence avec l'Allemagne hitlérienne serait durable. La guerre impérialiste Dans cette guerre impérialiste, le Parti Communiste ne veut pas prendre position. Dans la « Lettre aux militants communistes » publiée au début de 1941, on lit : « la guerre pour la domination du monde capitaliste continue et sa fin n'apparaît pas prochaine. L'Allemagne et l'Italie d'une part, et d'autre part l'Angleterre, aidée par les Etats-Unis, continuent à se battre. C'est pourquoi on tentera peut-être d'entraîner à nouveau notre malheureux pays dans la guerre impérialiste. Les traîtres Doriot et Gitton voulant que les Français mettent « sac au dos » pour faire la guerre à l'Angleterre afin d'aider l'Allemagne, les agents de de Gaulle voulant faire tuer des Français pour aider l'Angleterre dans sa lutte contre l'Allemagne. De même qu'il a combattu hier la guerre impérialiste, le Parti Communiste combattra toute tentative, quelle qu'elle soit, de jeter à nouveau la France dans la guerre impérialiste ». (10) Cependant, le PCF évite les attaques contre le nazisme pour ne pas nuire au pacte germano-soviétique. De fait, ce sont surtout l'impérialisme anglo-saxon et de Gaulle qui sont visés par la propagande du PCF. « L'Humanité » de février 1941 proclame : « de Gaulle veut la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt ». Cette politique sera maintenue, au niveau
DÉFFNDE Z VoS ELLIS montrer. Les élus municipaux doivent faire de la propagande ouverte. De nombreux communistes qui apparaissent publiquement, arrêtés à ce moment-là, seront fusillés plus tard. Des démarches sont entreprises en juin 40 auprès des autorités allemandes pour demander la parution légale de « L'Humanité ». La demande est justifiée ainsi : « L'Humanité publiée par nous se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié francosoviétique, qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable ».(8) Les illusions étaient totales. Aux militants emprisonnés qui en avaient l'occasion, la direction du parti refuse l'autorisation de s'évader. Beaucoup, qui avaient obéi à ces directives, seront plus tard exécutés. En mai 1941, le parti édite une carte postale destinée à « Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur Otto Abetz » qui était le représentant d'Hitler auprès de Vichy. Cette carte demandait la libération des députés communistes emprisonnés. Il était demandé aux militants de signer et d'indiquer leur 20
VIVE LA PAIX! adresse. Des communistes paieront de leur vie d'avoir suivi cette consigne insensée. Autre exemple de la politique menée à ce moment-là par le PCF. En octobre 1940, Pétain décida de faire juger les « responsables de la défaite ». La direction du Parti demanda aux députés emprisonnés d'écrire à Pétain pour demander à témoigner contre les anciens présidents du conseil Blum, Daladier. Le 19 décembre 1940, Billoux écrivit à « Monsieur le Maréchal » pour « demander à être entendu comme tous mes amis en qualité de témoin par la Cour Suprême de Riom ». Le Parti Communiste croyait à la validité et la durée du pacte germano-soviétique. Sans faire référence à l'occupant nazi, le PC avance le mot d'ordre de « Thorez au pouvoir » . En mars 1941, est diffusé un document « Pour le salut du peuple de France ». On peut y lire : « les communiste disent aux ouvriers, aux paysans, aux classes moyennes, aux intellectuels, à tous les Français qui ne se résignent pas à l'esclavage : la tâche à laquelle nous vous appelons à consacrer toutes vos forces, toute votre intelligence, toute votre foi, c'est l'organi- de la direction, jour par jour, jusqu'à l'invasion de l'Union Soviétique par l'armée allemande. « L'Humanité » du 20 juin 1941 rappelle que « ce n'est pas dans la victoire d'un impérialisme sur un autre que réside notre salut commun ». Deux jours plus tard, les soldats allemands franchissent la frontière de l'URSS. Il faut citer longuement « L'Humanité » du 22 juin. Car elle illustre parfaitement la politique d'illusion totale sur le régime hitlérien. Elle permet de vérifier que Staline croyait fermement à l'entente avec Hitler. « Ce numéro de « L'Humanité » était entièrementcomposé lorsque nous avons appris la triste nouvelle du conflit éclaté entre le Reich et /'URSS. Ce qui nous console dans cette douloureuse circonstance, c'est la certitude que notre grand chef Staline a tout fait pour éviter un tel conflit. Encore tout récemment, le 10 avril, une convention avait été signée à Moscou par notre camarade Mikoyan, commissaire du peuple au commerce, pour la livraison d'un million de tonnes d'huiles minérales, en plus des quantités déjà octroyées... Malgré cela, Hitler, par un geste unilatéral, a déchiré le pacte d'amité germanosoviétique, conclu en août 1939 ! C'est lui seul qui porte la responsablité d'une pareille trahison ! C'est lui seul qui a rendu impossible la politique d'amitié germanosoviétique que Staline avait poursuivie avec tant de fermeté et de loyauté ». Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Parti Communiste ne s'attendait pas à une guerre entre l'Allemagne et l'URSS. Non seulement il ne l'attendait pas, mais il ne la souhaitait pas. Staline déclare d'ailleurs le 3 juillet 1941 : « c'est /'Allemagne fasciste qui a violé perfidement et inopinément le pacte de non-agresion conclu entre elle et /'URSS. La guerre nous a été imposée ». La guerre anti-fasciste Pour le PCF, à partir du moment où l'Union Soviétique entrait dans la guerre, celle-ci perdait son caractère impérialiste. La guerre devenait « anti-fasciste ». La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, hier encore ennemis du peuple français, deviennent des alliés. Toute critique cesse dans la presse communiste contre « l'impérialisme britannique » devenu le champion de la démocratie. De Gaulle « agent de la City » devient un grand patriote. Le PCF tordait le baton dans l'autre sens. A cause de la politique de l'URSS il avait refusé de lier le mot d'ordre de libération nationale contre l'occupant hitlérien à la question de la révolution. Désormais, il gommait tout contenu de classe à la résistance. Voulant susciter un vaste rassemblement, le Parti Communiste lance une organisation de masse : le Front National de Lutte pour l'Indépendance de la France, communément appelé Front National. C'est le Front National qui organise les manifestations patriotiques du 14 juillet 1941. Les mots d'ordre « Vive l'URSS ! Vive l'Angleterre ! » se veulent très larges. D'ailleurs le Front National s'adresse à tous les Français pour « délivrer la patrie de l'invasion étrangère . Toutes les catégories sociales sont concernées. Il y aura ainsi un Front National des artistes, un Front National des médecins, un Front National universitaire, un Front National judiciaire, un Front National de la police, etc... Le lancement du Front National en zone sud est annoncé par un manifeste qui donne la composition du comité constitutif. On y trouve : « des catholiques, des protestants, des libre-penseurs, des républicains, des syndicalistes, des gaullistes, des communistes, des techniciens, des travailleurs manuels et intellectuels, des hommes de profession libérale, des militaires ». L'éventail est large. Aux côtés des membres du parti, Marrane, Casanova et des proches sympathisants, Joliot-Curie, Henri Wallon, Pierre Le Brun, figurent Georges Bidault (Combat), Max André (Parti Démocrate Chrétien), Choisnel (PSF) et un moine-soldat qui se rendra célèbre en faisant bombarder Haïphong en 1946, Thierry d'Argenlieu. Au Front National la propagande, aux FTP la lutte armée. Celle-ci n'a pas commencé pour les militants. communistes, loin s'en faut, avec l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht. Dès novembre 1940, des groupes d'« organisation secrète » se constituent à l'initiative de militants. Au départ, groupes d'auto-défense pour protéger les distributions de tracts et les collages d'affiches, ils se transtorment en groupes d'intervention pour la propagande et même pour le sabotage. Des armes sont entreposées qui commencent à servir. Ce sont des groupes de choc, actifs dans le nord et dans la région parisienne, qui constituent les premières unités des francs-tireurs et partisans. C'est Charles Tillon qui est chargé de diriger les FTP. Lui non plus n'a pas attendu juin 41 pour commencer l'action contre l'occupant. Envoyé à Bordeaux en juin 40, pour reconstituer le parti, il publie, le jour où l'armée allemande entre dans la ville, un manifeste appelant à « lutter contre le fascisme hitlérien ». La consigne est d'affecter 20 % des militants communistes à l'encadrement des FTP. Les rapports avec de Gaulle Le Parti Communiste est partisan de l'action immédiate. Les gaullistes préconisent d'attendre le grand jour, en stockant des armes et en faisant du renseignement. Le 8 janvier 1943, Fernand Grenier est envoyé à Londres auprès de de Gaulle. C'est la réhabilitation du parti, mais également la subordination à la bourgeoisie. De Gaulle écrit au comité central du PCF, c'est à dire à Duclos et Frachon : « l'arrivée de Fernand Grenier, l'adhésion du Parti Communiste au Comité National, qu'il m'a apportée en votre nom, la mise à ma disposition, en tant que commandant en chef des Forces Françaises, des vaillantes formations de Francs-Tireurs que vous avez constituées et animées, voilà autant de manifestations de
/'Unité Française, voilà une nouvelle preuve de notre volonté de contribuer à la libération de notre pays ». (11) On ne peut être plus clair. De son côté, le Parti Communiste commence à tisser la légende de de Gaulle, « grand résistant », sur laquelle celui-ci assoiera sa popularité à la Libération. Dans « L'Humanité » du 21 janvier 1943, Grenier écrit : « Nous traduisons le sentiment des Français en proclamant notre confiance dans le général de Gaulle, qui, le premier, leva l'étendard de la résistance ». Pour de Gaulle, il s'agit d'utiliser le Parti Communiste pour asseoir son autorité sur l'ensemble de la population, diriger un rassemblement aussi large que possible et apparaître comme le chef de cette « Union Sacrée ». Il aura ainsi suffisamment d'autorité, à la Libération, pour jouer son rôle : sauvegarder l'ordre bourgeois. Pour le Parti Communiste, la caution de de Gaulle lui donne un brevet de patriotisme, mais aussi elle permet au parti d'être présent dans les institutions que de Gaulle met en place. Notamment le Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.) où siegeaient Couve de Murville, qui était encore en 1942 directeur du cabinet du ministère des finances de Vichy et René Mayer, représentant de Rotschild, ancien attaché au cabinet de Laval. Dans une« Histoire de la Résistance » rédigée 20 ans plus tard sous la direction de Jacques Duclos, on lit que le C.F.L.N. groupe « les hommes envoyés par la bourgeoisie pour s'accréditer en tant que « résistants » et veiller à la sauvegarde de ses intérêts ». Cette remarque ne manque pas de clairvoyance. Mais à l'époque, la direction du PCF salue la création du C.F.L.N. : « Tous les Français attendent du Comité Français de Libération Nationale qu'il organise la participation active de la France contre Hitler ». En voulant entrer au C.F.L.N., le Parti Communiste n'entendait pas limiter sa participation à la durée de la guerre « mais aussi être aux premiers rangs de l'action pour rénover la France et préparer l'avènement d'une véritable démocratie ». En entrant au gouvernement provisoire, le Parti Communiste, de fait, faisait le choix de restaurer la démocratie bourgeoise et ses institutions. Le même choix est fait au niveau de la direction de la Résistance. Le 27 mai 1943 est constitué le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) où sont représentées toutes les organisations et tendances. De fait, le seul parti organisé qui existe dans la Résistance est le Parti Communiste, ce que de Gaulle ne pouvait accepter. Il propose donc que les autres partis soient représentés dans le C.N.R. Or, les anciens partis n'existent plus. Ils ont disparu dans la débâcle, ou ont surtout fait preuve d'activité à Vichy. Aucun n'est reconstitué clandestinement dans la Résistance. Au fond, la question était de savoir si la vieille démocratie parlementaire allait être remise sur pied ou si allait se constituer une nouvelle organisation, appuyée sur les comités de base et dirigée par le P.C.F. Or, le Parti Communis- te, en soutenant de Gaulle, choisit la première solution. Duclos l'explique ainsi : « c'est un fait qu'en France la vie politique s'exprime traditionnellement dans de grands courants qui constituent l'un des traits spécifiques de la démocratie bourgeoise française ; l'apolitisme et la condamnation des partis ont toujours été en France des armes aux mains de la réaction. tenantcompte de tout cela et de la nécessité d'arriver rapidement à une union efficace dans le combat national, le Parti Communiste accepta la constitution du C.N.R. sur les bases proposées par Jean Moulin qui, dans un rapport au comité de Londres, rendit hommage à la volonté d'union du Parti Communiste ». Effectivement, les gaullistes pouvaient lui rendre hommage. Car cette « union » fut
UNION ! T'Hun POUR EN FINIR AVEC L'I A chaque Parisi l'Huf ORJANE CENTRAL 14 FONDATEUR + JEAN JAURES extrêmement « efficace » pour restaurer l'Etat bourgeois.
Devant les membres du comité central présents en Algérie, Billoux présenta un rapport en août 1944 sur l'activité du parti au gouvernement. Le bilan est sévère :
« c'est un gouvernement sans programme, ou plutôt ayant un programme : « la peur du peuple », donc en contradiction absolue avec ce que nous demandions à ce gouvernement de réaliser. On peut considérer que l'entrée des communistes au gouvernement n'a pas apporté un changement politique et pratique dans l'orientation du gouvernement pour la libération de la France, mais, malgré tout, la participation communiste aide au rassemblement, en France, de toutes les forces contre l'envahisseur et Vichy.
C'est la France qui doit déterminer notre manité ACTION! CATION PARSEDA ENVAHISSEUR EXECRE en son Boche! danité Pensez aux vacances de Noël des enlant: de nos héros COMYUNISTE THANÇAIS Cm preadr aueriation val interfe peu CIER EN CHEF 1926-1917 - VAILLANT-COUTURIER ICEL CACHIN der attitude » / (12)On aurait pu penser que pour un Parti Communiste l'intérêt de la classe ouvrière dût être déterminant...
De fait, quand la question du pouvoir se pose à la Libération, elle est déjà hypothéquée par l'attitude du Parti Communiste dans la Résistance. En ne garantissant pas le caractère de classe de la Résistance, en se liant les mains avec la bourgeoisie, le P.C.F. avait déjà préparé la défaite. Préférant l'union sacrée et le chauvinisme outrancier (« à chacun son boche ») au socialisme et à l'internationalisme, les dirigeants du Parti Communiste faisaient le choix de restaurer le capitalisme. Il est vrai que, fondamentalement, ils ne faisaient que suivre la politique de Staline. Thorez
ILS ONT FAiM I SIGNEZ UN ACCORD COMMERCIAL AVEC L'U.R.S.S.! AU POuvoiR Affichette, Mai 1940.
VENDREDI 1" DECEMBRE 1844
50.000
TOUT UN PEUPLE A L'ENTHOUSIASME FERVENT entassé au Vél' d'Hiv, dans les rues avoisinantes et sur la boulevard acclame après MARCEL CACHIN et JACQUES DUCLOS
LE PATRIOTE COURAGEUX ET CLAIRVOYANT
MAURICE THOREZ le PCF
(1) Maurice Thorez, Oeu.res complètes, Livre deuxième, Tome sixième p. 125.
(2) Maurice Thorez, Oeuvres complètes, Livre deuxième, Tome huitième p. 165.
(3) A. Rossi, Les Communistes français pendant la drôle de guerre, p. 16.
(4) Histoire du P.C.F , Unir, Tome II, p. 11.
(5) Hi toire du P.C.F., Unir, Tome II, p. 16.
(6) Les Cahiers du Bolchévisme, Janvier 40.
(7) Histoire du P.C.F. Unir, p. 17.
(8) Histoire du P.C.F., Unir, p. 26.
(9) Histoire du P.C.F., Unir P 61.
(10) Histoire du P.C.F., Unir, P 56.
(11) Histoire du P.C.F., Unir, p. 135
(12) Histoire du P.C.F., Unir, p. 239.