Supplément à Politique Hebdo paru au lendemain de la dissolution de la Ligue Communiste.
« Le monde actuel est porté par un mouvement profond vers la tyrannie. Nous nous acharnons à sauver la liberté.
La défense de la liberté suppose la fermeté ».
Pompidou parle de tyrannie, de mouvement profond vers la tyrannie. Et il ne veut pas étre en retard sur le mouvement ! La Ligue Communiste est dissoute par décret. Un pas de plus est franchi, dans le sens du mouvement.... Lorsque Debré a voulu parfaire l'embrigadement et le décervelage de la jeunesse, les militants de la Ligue sont descendus dans la rue, avec la jeunesse le 22 mars. Lorsque Druon a voulu mettre aux ordres la création artistique et culturelle, les militants de la Ligue sont descendus dans la rue, avec les artistes et les intellectuels, le 12 mai. Face à la multiplication des interventions policières contre les travailleurs, face à l'utilisation des milices patronales (Peugeot St Etienne), face à un pouvoir qui érige l'espionnage intérieur (surveillance du courrier, écoutes téléphoniques) en système de gouvernement, les militants de la Ligue sont descendus dans la rue le 20 juin avec ceux du PCF, du PSU, de la CGT. Enfin, contre la campagne raciste et anti-sémite d'Ordre Nouveau, les militants de la Ligue sont encore descendus dans la rue, avec ceux d'autres groupes d'extréme-gauche, le 21 juin. Aujourd'hui, pour justifier son décret, Marcellin veut jouer les arbitres entre les extrêmes. Il décrit les militants de la Ligue comme des émeutiers professionnels. Il fignole la mise ne scène. Conte met pour cela la télé à sa disposition. S'ils insistent tous sur la manifestation anti-fasciste du 21, si une campagne de presse est orchestrée en ce sens, c'est qu'elle permet de dissimuler les véritables raisons. Ce qu'ils font payer à la Ligue Communiste, ce n'est pas la manif du 21. Ce sont les insomnies de Galley, les humiliations de Fontanet, les colères de Massu, l'entonnoir de Debré! Ce qu'ils font payer, c'est la mobilisation de la jeunesse, c'est le développement de l'action anti-militariste, c'est la présence de soldats en uniforme dans les cortéges du ler mai. Ce qu'ils font payer, c'est l'influence croissante auprés des travailleurs, c'est la présence dans les luttes ouvrières, c'est la conférence de plusieurs centaines de militants ouvriers révolutionnaires tenue le 11 juin. Ce qu'ils font payer en un mot, ce sont leurs propres angoisses, leur impuissance face à l'avenir. C'est la
Pompidou (AFP 28 juin) revanche puérile et bestiale de tous les mouchards, les médiocres, les inquisiteurs, les policiers bafoués; la revanche des Druon, des Royer, des Fontanet, des Massu, des Galley, des Marcellin. Et la revanche reste béte, et idiote. Car la Ligue Communiste est pour quelque chose dans toutes ces luttes et ces mobilisations, de plus en plus. Mais elle n'en est pas la cause ni la seule force participante. Ce qui hante les nuits de ces ministres, c'est un mouvement dont les racines plongent au plus profond de leur société pourrie, dont l'ampleur dépasse la volonté d'individus ou de groupes. On n'arrête pas le mouvement de la mer en capturant une vague !
Il reste que la dissolution de la Ligue constitue un évènement très grave. Très grave. Par ce qu'il signifie. Il illustre et concrétise le durcissement de ce régime apeuré depuis sa courte victoire électorale. Hier, la loi anti-casseurs était présentée comme une arme anti-gauchiste. Aujourd'hui, elle est appliquée aux syndicalistes de Berliet. Aujourd'hui, la Ligue Communiste est dissoute. Demain, le pouvoir frappera plus profondément encore dans les rangs du mouvement ouvrier. Déjà, sa complaisance envers les fascistes, la protection qu'il leur accorde, encouragent des comportements fascisants chez certaines fractions de la police: « la perquisition » du local de la Ligue a plutôt été une mise à sac, le sol jonché de livres piétinés, rappelant de sinistres souvenirs. La bourgeoisie en difficulté est pressés de mâter la classe ouvrière, d'écraser l'avant-garde. Sa dureté face aux grèves, la dissolution de la Ligue le prouvent. Il faut réagir ! Vite ! Il faut développer, élargir, renforcer un front uni du mouvement ouvrier contre la répression. A l'heure où la bourgeoisie a besoin d'un Etat de plus en plus fort pour gouverner, il faut dire clairement que la défense conséquente des libertés doit aller jusqu'à la destruction de l'Etat policier, l'abolition de l'exploitation capitaliste, bref la transformation révolutionnaire de la société, la révolution socialiste.
28.6.73