Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 5 (n° 55)

Où en est le panafricanisme ?

C. Gabriel · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 5 (n° 55) · 24 décembre 1972 · p. 13-17 · 4 036 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Un vieux thème politique accompagne toute l'histoire des peuples africains en lutte contre l'impérialisme : l'unité africaine. Lorsque l'impérialisme pénètre dans le continent africain, celui-ci est loin d'être une entité. Cette notion d'entité africaine est d'ailleurs défendue par les apologistes du colonialisme qui veulent voir dans l'Afrique pré-coloniale un univers de sauvages et de mangeurs de racines. En fait le développement inégal des régions les échanges à longue distance vers le Maghreb ou l'Océan Indien ont diversifié le continent OU noir. Lorsque débute la traite, l'Afrique noire est un enchevêtrement de royaumes, d'empires et de peuples en osmose. Les razzias esclavagistes augmentent cette confusion en provoquant exodes et massacres.

Les nations en gestation, le développement des forces productives sont bloqués par le processus colonial. C'est alors que par delà les diversités d'hier, au travers de l'oppres sion commune se dégage le profona mouvement pour l'unité négro-africaine. L'actuelle unité telle que la représente, l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) (1), s'entend comme un rassemblement des nations africaines y compris arabes. Cependant, la genèse du mouvement pan-africain, ses aspects modernes aussi , nous autorisent à en rester ici au niveau de l'unité de l'Afrique noire et à considérer comme absolument fondamentale la distinction entre pan-africanisme et pan-arabisme. L'unité négro-arabe au sein de l'OUA ne représente qu'une nécessité tactique pour l'impérialisme à l'heure où l'éclatement du monde arabe sert le sionisme et la réaction arabe. Par ailleurs considérer l'unite africaine dans son seul cadre géographique (d'Alger au Cap), élimine d'emblée ce qui nous apparaît essentiel : un problème politique lié à la question nationale nègre et un problème stratégique lié à la particularité de la domination impérialiste dans cette partie du monde. Avant de procéder à un bref historique de la pensée pan-africaine, il faut rappeler l'importance du débat pour le mouvement révolutionnaire international. Tout d'abord cette question et ses différentes interprétations permettent un diagnostic détaillé du mouvement nationaliste africain, de ses tendances et de ses spécificités. Etudier l'histoire contemporaine de l'Afrique noire oblige à commenter longuement les expériences guinéennes, ghanéenne, malienne et tanzanienne. Sur la pensée politique de ces régimes et leur comportement par rapport aux luttes de classes qui se mènent chez eux sont indissolublement liés à leur vision ethno-centrée. Le refus de l'idée de classe sociale en Guinée par Sékou Touré pendant les premières années ou dans « Ujamaa, the basis of african socialism » de Nyerere (2), sont les produits du caractère bonapartiste de ces régimes tant sur le plan intérieur que sur le plan diplomatique (neutralisme positif). Le nationalisme petit-bourgeois, attaqué par une droite avide d'accumulation et poussé par les masses dans leur volonté d'émancipation trouve dans l'idéologie pan-africaine, la pierre philosophale susceptible de résoudre les problèmes du développement économique. Toujours sur l'intérêt de ce débat, relevons que la lutte des Toubous au Tchad, du mouvement Anya Nya au Sud Soudan, le cas casamansais au Sénégal, l'épisode biafrais ou celui du Katanga (3) nécessitent une vision claire de la part des révolutionnaires afin d'éviter tout opportunisme (reconnaissance du Biafra) ou toute attitude gauchiste (refus de reconnaître la question coloniale). La question du panafricanisme est indissolublement lié à celle de la question nationale en Afrique Noire.

GENESE DE L'UNITE NEGRO-AFRICAINE Y. Bénot dans son livre « Idéologies des indépendances africaines » (Maspéro), fait remonter fort justement l'origine du débat au début du siècle avec Sylvester William et Web, Dubois puis Padmore (4). L unité négro-africaine s'élabore, au depart, aux USA et aux Caraibes. C'est la question nationale nègre aux Amériques qui soulève le problème du retour au pays ou du moins du rattachement culturel à la terre africaine. Partant, la lutte, de Bâton Rouge à Accra (5) est la même et se situe au niveau de la défense de la personnalité nègre. L'idée sera reprise de l'autre côté de l'Atlantique par l'intelligentsia africaine dont la prise de conscience anti-coloniale,est d'ordre culturel. Il est intéressant de noter que les pays les plus pénétrés par l'idée pan-africaine, sont ceux où le colonialisme a développé plus qu'ailleurs les couches urbaines et l'intelligentsia. Le mouvement nationaliste africain nait de ce mouvement politico-culturel et prend en charge, peu à peu, l'ensemble des tâches politiques et syndicales. Nous passons alors d'une volonté de reconnaissance de la personnalité nègre à la volonté de reconnaissance de l'Etat africain, de la souveraineté africaine. La stabilisation du mouvement nationaliste se fit parallèlement au renforcement de la petite bourgeoisie urbaine, base de l'administration coloniale. Cette petite bourgeoisie se développe avant le prolétariat. Lorsque les premières luttes ouvrières éclatérent, les travailleurs à demi prolétarisés n'arrivèrent pas à se constituer en force autonome par rapport à la petite bourgeoisie nationaliste. C'est cette dernière qui canalisera les luttes de masses sous forme de pression sur les gouvernements colonialistes. Le néo-colonialisme permettra plus tard l'apparition d'un prolétariat jeune et stable. C est lui qui aujourd'hui de Dakar à Tananarive mène des luttes dures. C'est là que la problématique de Padmore : « Pan-africanisme ou communisme » s'effondre à mesure que la petite bourgeoisie trahit et que le mouvement révolutionnaire se construit. 14

Curieusement, le mouvement pan-africain se renforça dans la période coloniale en se démarquant du mouvement communiste. Des gens comme Padmore ou CLR James (6) ont rompu avec le Komintern sur la base de l'anti-bureaucratisme et d'une critique de l'attitude de Staline envers la révolution coloniale. Mais l'anti-stalinisme les mena à une théorisation hâtive de la spécificité de la question nègre. Padmore fonde le « Bureau de Service Africain International » et oppose pan-africanisme et communisme. Le repli sur des positions nationalistes et sur une vision politique éthnocentrée s'explique en partie par l'attitude de partis tels que le PCF ou le PC portugais qui n'offraient pas d'autres perspectives que le suivisme par rapport à leur politique dans la métropole et faisaient le silence sur les crimes coloniaux de la social-démocratie. L'association entre le congrès pan-africain de Dubois et le Bureau de Service de Padmore donne naissance au Mouvement du Congrès Panafricain dont le congrès de Manchester en 1945 marque le départ de la lutte décisive pour l'indépendance des colonies britanniques. « Un programme d'« action positive » basé sur la technique de Ghandi de non-violence et de non-coopération, fut adopté par le 57ème Congrès Pan-africain en 1945 et mis en œuvre pour la première fois en 1950 en Côte de l'or par K Nkrumah, qui fut un des secrétaires internationaux du congrès » (Padmore). LE NATIONALISME AFRICAIN FACE AU PAN-AFRICANISME Le nationalisme africain se diversifie très rapidement, en fonction des différentes formations sociales et des différentes attitudes impérialistes. Houphouet Boigny, représentant les planteurs riches de la Côte d'Ivoire incarne la droite du nationalisme africain des années 45-60. Sékou Touré, N'Krumah en représentent la gauche réformiste Leurs attitudes par rapport au probleme de tunité furent totalement opposées. La contre-offensive impérialiste au moment des indépendances, permise par la trahison prévisible de la majeure partie du mouvement nationaliste, allait obscurcir le débat puisque l'impérialisme lui-même parlait d'unite africaine (sous sa botte !). Pour la droite nationaliste, le problème du pan-africanisme n'a jamais été bien important. Tout au plus parlait-on d'unité dans un cadre régional lorsque le développement de la bourgeoisie bureaucratique passait par l'échange inégal entre son territoire et celui du voisin. Ce fut le cas de la Fédération du Mali de Senghor (Sénégal et Mali aujourd'hui) ou des velléités d'H Boigny pour faire de la Haute-Volta un réservoir de main-d'œuvre pour la Côte d'Ivoire. L'impérialisme reste encore fortement attaché à ces rassemblements régionaux qui tentent de résoudre la crise économique des Etats néo-coloniaux et qui sont nécessaires à une stratégie contre-révolutionnaire commune.

Ce fut le cas de la fameuse fédération Rhodésie-Nyassaland (ou, aujourd'hui, Zambie, Rhodésie et Malawi). C'est aussi le cas du Conseil de l'entente, de l'UDEAC (Afrique Centrale), de l'OCAM (7), de la Communauté Economique d'Afrique Orientale et de la future Communauté Economique d'Afrique Occidentale pour laquelle Senghor expliqu'« il existe des solidarités verticales entre certains pays africains et des pays européens dans le cadre, cette fois de l'Eurafrique à laquelle j'ai toujours cru». L'intégration de l'Angleterre au Marché Commun implique effectivement de réaliser en Afrique un rassemblement permettant une législation commune vis-à-vis du capitalisme européen. Ces unités sont d'essence réactionnaire, elles s'établissent sur la base des zones monétaires, du néocolonialisme culturel (francophonie) et du quadrillage militaire. Les propositions d'un Marché Commun d'Afrique australe dirigé par l'Afrique du Sud relève des mêmes desseins de l'impérialisme. Ces structures doivent être dénoncées sans relâche comme support de la contre-révolution. La gauche réformiste fit appel aux thèmes unitaires pour d'autres raisons. La pensée politique de ce courant est guidée par la nécessité de développer un état de type bourgeois mais indépendant par rapport aux "pressions impérialistes et doté d'une économie nationale souveraine. Cette pensée politique typiquement petite-bourgeoise heurta - la droite constituée par les commerçants, les bureaucrates accumulant grâce aux prébendes ; cherchant à développer leur capital, ils devaient renouer avec le marché impérialiste. L'incapacité de ces bonapartes à mobiliser les masses par crainte de la dynamique révolutionnaire, poussaient les régimes vers des compromis avec l'impérialisme et vers une répression contre la gauche qui ne saisissait pas les nécessités de s'organiser de manière autonome pour préparer l'affrontement inéluctable (Je Spark au Ghana et aujourd'hui le courant diawariste au Congo) (8). La pensée du bonapartisme ghanéen ou guinéen peut se rattacher à un néo-ricardisme. On sait que Ricardo avançait les idées d'une « spécialisation internationale » et d'un « élargissement de l'espace ». Partant de la constatation que l'économie nationale africaine ne peut exister que si on lui bâtit des entités plus vastes, N'Krumah prend les exemples des USA et de l'URSS. Les Etats africains sont trop faibles politiquement et économiquement pour résister à la pression impérialiste | Le développement économique nécessite une démographie suffisante alors que les Etats africains séparés sont pour la plupart sous-peuplés. Il est nécessaire de planifier une économie africaine unique, de pousser à la spécialisation intensive de ses composantes, de construire un Etat africain unique. Dès lors, le combat de N'Krumah pour l'unité africaine ne cessera pas. Il aboutira à l'unité GhanaGuinée-Mali et aux trois conférences panafricaines des peuples qui se soldérent par un échec avec l'attaire du Congo, la construction de l'OCAM véritable cinquième colonne française dans ce rassemblement et enfin la création de l'OUA, rassemblement à fonction pro-impérialiste. C'est l'époque aussi où l'on discute beaucoup de la nécessité d'un mouvement syndical africain indépendant de la FSM ou de la CISL (10), N'Krumah et Sékou Touré sont les chefs de file de ces initiatives. Quelle utopie pourtant ! Ces initiatives réformistes se heurtent à l'impérialisme mondial qui en coulisses construisait sa propre unité, l'OUA, I'OCAM... La droite nationaliste a cautionné la balkanisation pour s'assurer le pouvoir d'Etat et n'étant pas prête à ouvrir la voie de l'intégration. Nyerere dont le « socialisme africain » n'est pas très éloigné de la « négritude » de Senghor, restera lui aussi méfiant par rapport aux liens entre Moscou et la Conférence Pan-africaine des Peuples. Il se fabriquera dans son coin son unité à lui, au sein du PAFMESCA ((9) tout aussi éphémère que l'autre. Les visions des réformistes africains à propos de l'unité est essentiellement économiste. D'une appréhension simpliste de l'impérialisme, ils déduisent la nécessité d'une économie éthnocentrée. Le problème de la lutte des classes au sein de la nouvelle entité africaine est escamoté et la problématique unitaire reste volontariste. Même ceux qui évoquent la nature de classe de cette lutte, comme Pathé Diagne (11), dans « Pour l'unité Ouest-Africaine » n'évitent pas le bourbier économiste et les professions de foi. La nécessité du panafricanisme n'est pas inscrite dans le ciel. ne suffit pas d'imaginer, là, une grande industrie métallurgique, là, un élevage inten- (ESSO sif et ici, une capitale africaine, pour que l'impérialisme renonce à sa volonté de balkanisation et de rassemblements régionaux sous sa tutelle. Lé développement écono- E SHELL mique recherché se trouve par une rupture avec le marché impérialiste, certes, mais la Mobil rupture réelle ne se fera pas en constituant un costume d'arlequin dans lequel se coliés à des fracțions impérialistes. L'addition toieraient des régimes tous plus ou moins Atlantic Richfield mécanique des richesses et des énergies ne pourra pas plus opérer une libération de l'Afrique. Le développement économique passe par une rupture avec le mode de production capitaliste et le problème n'est pas celui de l'accumulation sans distinction mais celui de l'accumulation socialiste. Dans des pays sous-industrialisés, voulant rompre avec le marché impérialiste, il est impossible d'envisager un développement harmonieux du secteur publique et du secteur privé. L'exemple de la révolution russe est là pour l'attester. Mais surtout dans des pays de ce style alors que l'industrie, les transports, les banques sont étatisés, alors que l'agriculture reste privée, la source essentielle de l'accumulation socialiste est le surproduit agricole. Tout dépend donc du transfert en secteur public d'une grosse partie du surproduit agricole. Superstructurellement cela signifie que l'Etat doit savoir exécuter cette opération sans atteindre le niveau de vie des paysans. Seul un Etat ouvrier peut effectuer cette révolution. Seule la gestion démocratique discutée et contrôlée par les travailleurs en collaboration avec la paysannerie pauvre peut garantir l'alliance des deux classes malgré l'échange inégal entre la ville et la campagne. Le transfert du surproduit agricole ne pouvait se réaliser avec des Etats bureaucratiques-bourgeois même si ces régimes défendaient des positions nationalistes et s'évertuaient à construire une a nation indépendante ». De ce point de vue, la dynamique d'unification se pose à nos yeux en termes d'Etats Unis Socialistes d'Afrique et le moteur de l'unification reste essentiellement la lutte de classes. En 1972, que sont devenues toutes les professions de foi de Sékou Touré et consorts ? Le continent africain a connu une décennie de reflux, une décennie de répression et de confusion extrême. Des structures unitaires, il ne reste que celles dont l'impérialisme a besoin pour faire encadrer les Etats néo-colonisés. L'aile réformiste du mouvement nationaliste a été incapable de promouvoir un pan-africanisme véritable au même titre qu'elle a été incapable de bâtir une société nouvelle. La nature de classe et la pensée politique du mouvement nationaliste rendaient inévitable l'échec cuisant de ces expériences. Cependant les années en cours sont grosses d'une remontée des luttes sans précédent en Afrique. La crise de l'économie néo-coloniale et des équipes 16 fantoches, la radicalisation de la jeunesse africaine s'ajoutent aux transcroissances des luttes dans les colonies portugaises . Ces facteurs dont la dynamique augure un saut qualitatif du mouvement révolutionnaire africain, permettent de redéfinir les cadres d'un pan-africanisme révolutionnaire. LA GAUCHE REVOLUTIONNAIRE FACE AU PAN-AFRICANISME Une infime partie du mouvement nationaliste africain se situait au début des années 60, en dehors du bourbier réformiste. !| s'agissait essentiellement de l'UPC (Kamerun) (12) et des organisations des colonies portugaises. Ces organisations confrontées à la violence permanante de l'impérialisme opposaient résolument la violence révolutionnaire tout en restant timidement sur les positions d'un programme minimum. Mais la nécessité de la lutte, les transformations intervenues chez l'adversaire et particulièrement, l'internationalisation du conflit en Angola et au Mozambique, avec pénétration du capitalisme international et intervention militaire de l'Afrique du Sud, ont obligé très rapidement ces militants à radicaliser leur lutte et à en redéfinir les objectifs et les moyens. Dans la mesure où subsiste encore le retard historique de la révolution africaine, les actes et les paroles de ces organisations jouent un rôle extrêmement important pour l'ensemble du mouvement révolutionnaire africain. Objective: ment, leur lutte déborde le cadre national où elle s'exerce. Elles ont permis parfois une réactivation du mouvement antiimpérialiste dans les pays néo-colonisés : mais plus que le rôle objectif, ce sont les paroles mêmes et la pensée politique de ces militants qui nous semblent importantes à l'heure actuelle. Pour bien saisir le débat actuel deux citations suffiront : celle de Woogly Massagla dans a Afrique Bloquée » : « Prendre...profondément conscience du fait qu'aucun pouvoir révolutionnaire digne de ce nom ne pourra exister au Kamerun sans qu'il repose sur la classe ouvrière d'une part et, d'autre part, sur l'essor du mouvement révolutionnaire et ouvrier dans les autres pays d'Afrique Centrale en particulier et du continent en général » et celle de J.O. Monteira au colloque d'Alger sur l'unité africaine : « Ce n'est que le jour où le travailleur kenyen ou sénégalais ou congolais comprendront pleinement que la participation au combat de libération est une façon de porter plus avant leur émancipation économique et celle de leur pays que le combat deviendra réellement et définitivement unitaire. Il faut pour cela rappeler aux masses africaines que, plus encore que dans l'histoire passée de l'oppression commune, c'est dansla présente oppression que se fonde la solidarité active dans la lutte ». Ces ruptures, au moins verbales, de la fameuse règle de l'OUA, la non-ingérence, indiquent bel et bien l'évolution des rapports de forces. Houphouet Boigny ne s'y trompe pas, lui qui engage des négociations avec l'Afrique du Sud pour « barrer la route au communisme » en Afrique Aus, trale. Le développement des luttes, les dangers qu'elles font courir aux régimes fantoches accélèrent la clarification du débat sur l'unité. Il est clair en effet, que Bigeard n'est pas à Madagascar pour la seule défense de cette ile mais pour la défense de l'Océan Indien. Il est aussi évident que la présence américaine en Ethiopie fait de ce pays une tête de pont de la pénétration yankee dans la région. De même pour le Zaire. L impérialisme a balkanisé l'Afrique Noire certes ; mais il pense sa stratégie à l'échelle de régions entières. Les exemples de l'Afrique Australe et de l'Océan Indien sont là pour l'attester. Concrètement, cela signifie que l'impérialisme joue sur l'isolement des luttes alors que de son côté il planifie sa contre-révolution. Concrètement cela signifie aussi que le rapport de forces ne s'établit pas à l'échelle d'un pays mais plutôt à celle d'une région entière. La guerre révolutionnaire en Angola menée par le MPLA (13) sera victorieuse soit en tant que conséquence, soit en tant que génératrice d'une crise révolutionnaire dans toute l'Afrique Australe.. De la même manière comment envisager une victoire au Sénégal sans le développement d'une montée des luttes au Mali, en Mauritanie et sans l'impact de la lutte en Guinée-Bissau ? Comment envisager une victoire au Kamerun ou au Congo sans un essouflement de l'impérialisme aux quatre coins de l'Afrique Centrale ? Le caractère internationaliste de la lutte anti-impérialiste dans ce continent éclaté, bouleversé et redécoupé artificiellement ne fait aucun doute. Mais au niveau des forces révolutionnaires cela implique une fusion des combats permettant l'établissement d'une solidarité concrète, d'une aide politique et matérielle et d'un combat permanent sur la stratégie commune face à l'impérialisme. - L'évidence du caractère anticapitaliste de la lutte ne peut que faciliter cette fusion et le lien doit se réaliser par Jelà les objectifs immédiats de la lutte : ici contre le colonialisme, là contre le néocolonialisme. Par ailleurs les exemples de l'Angola ou de la Guinée-Bissau montrent que la lutte révolutionnaire unifie les différentes populations, brise les rivalités souvent entretenues par l'impérialisme entre ethnies. Le problème de l'unification du Kamerun ou celui de l'éclatement du Congo au début des années 60 montrent bien l'alternative qui existe entre l'unification par la lutte révolutionnaire et le tandem éclatementregroupement de l'impérialisme. La question nationale en Afrique, l'éclatement ethnique sont des questions que retiendra la révolution socialiste africaine, en poussant plus avant la lutte des classes. La lutte révolutionnaire résoudra ce que l'Afrique contemporaine n'a pas réalisé faute d'une véritable révolution bourgeoise. L'avantgarde africaine résoudra donc à la fois les tâches d'une révolution anti-capitaliste et celles de la fantomatique bourgeoisie autochtone incapable de se développer autrement qu'en tant que bourgeoisie compradore c'est-à-dire dans le cadre de l'Afrique balkanisée. Il faut comprendre qu'à l'heure actuelle les mots d'ordre d'un panafricanisme révolutionnaire ne peuvent qu'être extrêmement dangereux pour toutes les couches compradores, bourgeoises bureaucratiques et les nationalistes petits-bourgeois. Ces classes se cramponnent à l'a Etat national » offert par l'impérialisme qui les fait vivre, mais la période où ces politiciens pouvaient mystifier les masses est révolue. Aujourd'hui les conditions sont réunies pour le développement d'un mouvement révolutionnaire débarassé de toute illusion nationaliste ou gradualiste. Déjà à son second congrès en juillet 1920, la Illème Internationale expliquait qu'« il existe dans les pays opprimés deux mouvements qui chaque jour se séparent de plus en plus : le premier est le mouvement bourgeois démocratique nationaliste qui a un programme d'indépendance politique et d'ordre bourgeois, l'autre est celui des paysans et des ouvriers ignorants et pauvres pour leur émancipation de toute espèce d'exploitation. Le premier tente de diriger le second et y a souvent réussi dans une certaine mesure. Mais l'Internationale Communiste et les partis adhérents doivent combattre cette tendance et cherche à développer les sentiments de classe indépendante dans les masses ouvrières des colonies ». Plus que jamais la nécessité d'une lutte anti capitaliste menée par des partis d'avantgarde marxistes révolutionnaires en Afrique facilite une dynamique de rencontre historique entre tous les fronts du continent. Si au départ la lutte s'amorce dans le cadre national, elle se développera très vite au niveau continental. Le principe fédératif des Etats-Unis Socialistes d'Afrique apparaitra comme une forme transitoire vers l'unité complète des travailleurs. La révolution socialiste africaine par sa dynamique panafricaine anticipera sur le principe communiste de l'unité mondiale des travailleurs. Mais ses impératifs stratégiques et politiques, la recherche d'une unité d'action à travers le continent facilitera une compréhension empirique de ce que nous proclamons : la nécessité d'un parti mondial de la Révolution. Les militants africains de la Quatrième Internationale participeront sans aucun doute à ce débat.

C. Gabriel (24.10.72) (1) Organisation de l'Unité Africaine : organisation regroupant plus de 30 Etats africains (Maghreb compris), ceci en mai 1963 lors de la réunion des chefs d'Etats d'Addis-Abéba. Situe son action dans le cadre de la Charte de l'ONU. (2) « Ujamaa, the basis of African socialism »Ujamaa signifie communauté en Swahili. Titre d'un ouvrage, publié en 1962, de l'actuel prósident tanzanien, Julius Nyerere. Ujamaa définissait un a socialisme spiritualiste » fortement teinté d'agrarisme. (3) Toubous : population semi-nomade du Nord du Tchad : bases de la lutte du Frolinat. Anya Nya : populations noires animistes du Sud Soudan en opposition avec le régime de Khartoum. Les différents cas cités (Casamansais au Sénégal, Biafrais au Nigéria et Katangais au Zaire) se réfèrent tous à des mouvements séparatistes. (4) Sylvester Williams : avocat qui fut à l'origine, en 1900, d'une conférence destinée à protester contre l'accaparement des terres coutumières par les Européens. Cette conférence a lança » le terme de panafricanisme. W.E. Burghardt Dubois le a père du panafricanisme ». Organisateur des premières luttes pour les droits civiques NAACP). Georges Padmore. Avocat antillais, militant dans le mouvement ouvrier avant la 20me guerre mondiale, devint à partir de 1945 un dirigeant du mouvement panafricain et le théoricien du régime N'Krumah au Ghana (c Panafricanism or Communism ? »). (5) « De Bâton-Rouge à Accra» : de la Louisianne à l'Afrique. (6) James (CLR) théoricien et militant noir, auteur d'une étude sur les e jacobins noirs ». rompt avec le stalinisme sur des bases proches du trotskysme. (7) Conseil de l'Entente : regroupement de la Huute-Volta, du Niger, du Dahomey et de la Côte d'Ivoire. UDEAC regroupe la République CentreAfricaine, le Tchad, le Congo et le Gabon. OCAM (Organisation de la Coopération Africaine et Malgache) : regroupement (crée en 1965) d'Etats francophones néo-coloniaux. (8) « The Spark » (l'Etincelle) : journal lié à K. N'Krumah, rassemblant l'aile gauche du CPP. Sur le courant diawariste cf Quatrième Internationale No 2 (nouvelle série). (9) FSM. Fédération Syndicale Mondiale (sous hégémonie stalinienne) CISL. Confédération Internationale des Syndicats libres (regroupement des syndicats pro-impérialistes) (10) « Panafrican Federation of Middle, Eastern, Central and Southern Africa ». (11) Pathe Diague : militant et historien sénégalais (auteur de « le pouvoir traditionnel en Afrique noire a). (12) Union des Populations du Cameroun. Organisation luttant pour l'indépendance. Sauvagement réprimée dês 1955. Ses principaux dirigeants seront exécutés soit par le colonialisme français, soit par son successeur le régime Ahidjo. Continue le combat. (13) Mouvement Populaire pour la Libération de l'Angola, dirige la lutte armée depuis 1961. A libéré 1/3

Ernestina Sila, membre du Parti Africain de l'Indépendance en Guinée Cap Vert où elle est dirigeante de la lutte dans le nord du pays.

Une erreur sur cette page ?