Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 5 (n° 55)

Grèce : un équilibre instable

M. Vlachos · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 5 (n° 55) · 24 décembre 1972 · p. 11-12 · 1 973 mots

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M. VLACHOS le 25 octobre 1972

Dans un article paru il y a quelques mois, nous évoquions l'évolution des forces politiques grecques depais le coup d'Etat. Dans cet article, nous étudierons le climat politique actuel en rapport avec les possibilités de réveil du mouvement populaire. Contrairement aux « démocrates » de tous poils qui se lamentent sur le sort l'une « démocratie » qu'ils ont été incapables de défendre; contrairement à une gauche qui masque difficilement ses échecs et sa crise profonde en promettant un paradis de « démocratie véritable » pour demain, nous pensons ase le regime etati a en demantelant putes la ganie ande memen tue le régime dictatorial, en démantelant toutes les organisations de masse. er transformé la carte politique de la Grèce. Que face aux exigences avancées par l'incorporation de la Grèce dans la CEE, le régime bonapartiste de Papadopoulos entreprenait l'institutionalisation de la dictature. Mais que simultanément, cette nouvelle orientation permettait la reconstitution d'un mouvement de masse.

Le 21 avril, une manifestation de cent étudiants à Athènes suivie d'une longue période d'effervescence politique parmi les étudiants, allait perturber les plans de la bourgeoisie. Origine et rôle des mobilisations étudiantes Le pouvoir cap italiste issu du coup d'Etat n'a jamais pu rétablir la domination idéologique de la bourgeoisie sur les masses populaires. Son instauration sanctionna au contraire l'affaiblissement de cette domination à la suite des mobilisations populaires qui ont suivi le coup d'Etat royal de juillet 65. D'autre part, la poursuite de la modernisation des structures du capitalisme grec a introduit dans le pays tous les problèmes qui, dans les années 60 ont atteint le système d'éducation des pays capitalistes avancés ; crise d'une université qui par le passé déjà n'avait jamais réellement assuré l'approvisionnement en cadres supérieurs de l'économie du pays, laissant la formation de l'élite aux universités étrangères : prise de conscience par les jeunes travailleurs intellectuels du fait que la promotion sociale ne leur est pas assurée mais que leur avenir est soumis aux lois de l'offre et de la demande. Comme par ailleurs le contexte politique ne permettait pas et ne permet toujours pas des initiatives spectaculaires sur le terrain des transformations des rapports enseignants-enseignés comme au niveau du contenu des cours (on commence seulement à introduire timidement la sociologie dans les écoles industrielles supérieures), on comprend l'immobilisme des autorités malgré les cris d'alarme de la presse économique « indépendante ». Dans un tel contexte, la moindre revendication corporatiste prend directement une dimension politique, la liaison entre le problème partiel et l'attitude du pouvoir se faisant automatiquement. La revendication principale pendant toute la période qui a suivi le 21 avril 72 jusqu' aux examens concernait la possibilité d'élire librement les directions des associations étudiantes. Ainsi, les étudiants en maths-physiques, partis en grève pour obtenir un changement dans le programme des cours, ont refusé de cesser leur grève lorsque leurs « représentants » (désignés et non élus) ont trouvé un arrangement avec le ministère de l'Education. Une grève des cours est survenue également chez les élèves d'instituts de Génie Civil et d'Electronique, concernant directement leur statut professionnel. Ces grèves avaient donc un caractère ouvertement politique, l'exigence d'élections libres a été reprise dans chaque faculté par un grand nombre d'étudiants et le mouvement a débouché sur la contestation de la place assignée aux futurs diplômés dans l'économie du pays. Profitant d'un relâchement tout relatif de la répression, des revendications démocratiques, corporatives et des manifestations politiques (21 avril mais aussi 1er Mai) ont surgi simultanément, débouchant sur une manifestation de 3.000 jeunes après un concert de musique populaire à Athènes. Cette manifestation fut sauvagement réprimée par la police. La manœuvre du gouvernement consistant à limiter le débat politique à une discussion (dans la presse) entre lui et les « libéraux » notamment sur l'application de la constitution de 68, se trouvait fortement compromise. Le secteur le moins contrôlable, la jeunesse étudiante, venait d'aborder la « discussion » à sa manière : en sortant dans la rue. La peur des gouvernants, bien que justifiée, fut disproportionnée par rapport à l'ampleur de ce mouvement malgré tout limité. La réaction du pouvoir Sa première réaction fut d'annoncer clairement la couleur. Un décret-loi vint spécifier que tout rassemblement de rue serait dissout par tous les moyens y compris l'usage des armes à feu. Sa seconde. fut de dissoudre deux organisations légales, la Société d'Etude des problèmes grecs et le Mouvement grcoeuropéen des jeunes ; toutes deux pouvant être qualifiées de démocratiques bourgeoises, développant une politique libérale certes, mais qui s'insère parfaitement dans les projets de la bourgeoisie grècque: l'entrée dans la CEE notamment. On monta contre elles un procès où elles furent accusées de poursuivre des buts inavoués. Des personnalités qui y appartenaient, comme l'ancien directeur de la Banque de Grèce, J. Dermazoglou ont dû prendre le chemin des villages montagneux de l'exil... Ce n'est pas le caractère subversif de ces organisations qui a motivé ces interdictions mais le fait qu'à travers elles et les discussions qu'elles organisaient, la radicalisation de la jeunesse trouvait une structure pour s'exprimer, discuter et s'éprouver. A travers la contestation démocratique bourgeoise de la dictature se faufilait la subversion sans que les promoteurs de cette sage opposition n'y puissent quoi que ce soit. Aux yeux de certains, la normalisation se trouvait ainsi définitivement compromise. Les staliniens, notamment, toujours à la recherche d'une bourgeoisie démocratique et inquiets des discussions amicales des « libéraux » grecs avec le gouvernement, se sont empressés de renouveler leurs appels unitaires aux politiciens bourgeois (sans succès), tout en continuant de développer leur conception absurde d'une junte fasciste et tyrannique complètement isolée. Une fois de plus, les bureaucrates remplaçaient l'analyse politique par la phraséologie. Il serait en effet totalement erroné de voir dans les réactions* affolées de Papadopoulos l'indice que toute perspective de « normalisation » est abandonnée. Le fonctionnement d'un minimum d'institutions démocratiques est un besoin pour la survie du régime capitaliste en Grèce. Non seulement il lui est nécessaire d'acquérir une base populaire minimale, mais encore, se trouvant dans une phase de mutation structurelle, il ne peut fonctionner que dans la mesure où les intérêts contradictoires des diverses couches de la bourgeoisie trouvent des canaux d'expression légaux. Le rattachement à la CEE, question centrale pour la bourgeoisie grecque, implique un certain nombre de contraintes de cet ordre. Ayant besoin d'une façade démocratique et d'un mode de fonctionnement aligné sur celui de ses futurs partenaires, le capitalisme grec doit, pour se présenter à la porte des marchés européens, passer par des mutations où la bourgeoisie dans son ensemble veut avoir son mot à dire. Le désarroi du gouvernement, coincé entre le danger perpétuel d'une explosion populaire et les intérêts bourgeois dont il est le tenant, est tout à fait visible. Quelques semaines avant un remaniement ministériel, le journal officieux « Elefteros Kosmos » proposait dans un éditorial la mise en place d'un pouvoir de transition vers une a nouvelle démocratie », à savoir un régime plus souple où l'application de la constitution 12 de 68 serait garantie par un appareil policier considérable, mais plus discret. Papadopoulos a pris la peine d'expliquer la signification du remaniement qui a suivi (considéré comme dur) devant le nouveau conseil des ministres. Il a été très clair : justifiant la perpétration de son pouvoir par la nécessité de faire face à la crise mondiale du capitalisme conjuguée à une montée de l'a anarchisme », il a avoué les difficultés rencontrées pour asseoir plus solidement le régime, il a mis en garde contre les insuffisances de l'éducation nationale : il a fait montre enfin d'une tolérance toute chrétienne à l'endroit des brebis égarées tout en insistant sur sa ferme volonté de ne tolérer aucune subversion. La reconstitution du mouvement populaire et l'attitude du pouvoir En effet, malgré ses projets « démocratiques », le régime du 21 avril ne compte absolument pas laisser se développer des organisations pouvant exprimer politiquement les revendications économiques et démocratiques des masses. D'autant plus que ce qui permet en dernière analyse ses ouvertures n'est que l'inexistence de toute organisation digne de ce nom. C'est pour cette raison que le régime s'efforce systématiquement de discréditer politiquement tous les groupes arrêtés. Dernièrement, au procès de quatre militants du « Mouvement du 20 octobre », le tribunal s'est acharné à les présenter comme des « anarchistes » sans perspectives ni positions politiques précises. Malheureusement pour les juges militaires, l'attitude courageuse de ces militants, refusant l'étiquette ambigüe d'anarchistes, exprimant clairement leurs positions anticapitalistes et antibureaucratiques, dénonçant aussi les tortures subies à la Sûreté, a déjoué la manœuvre. La sévérité des condamnations, dont la plus élevée est à 17 ans de prison, ont été mesurées à la clarté politique des déclarations. Les flics de Papadopoulos se trompent s'ils croient que quelques arrestations suffiront pour assurer un calme durable. Il est vrai que depuis cinq ans, la seule opposition militante a été celle de petits groupes révolutionnaires. Produits de la crise de la gauche grecque, mais incapables de se lier aux masses justement à cause de la profondeur de cette crise, ils ont étéessouffléspar l'éternisation du vide politique, condamnés à l'isolement ou démantelés par la police. La conjoncture politique actuelle est à un tournant. Elle permet d'envisager le déclenchement de luttes de masse et de rompre l'isolement des groupes révolutionnaires. Dans la phase actuelle, elle leur impose des 'tâches qu'ils sont incapables de remplir dans leur ensemble, même si leur expérience organisationnelle constitue un acquis incontestable pour les révolutionnaires grecs. Si les luttes étudiantes s'amplifient, elles peuvent entrainer d'autres couches populaires et essentiellement la classe ouvrière, victime principale de l'exploitation sans précédent instaurée par le coup d'Etat. Ces luttes qui se déclenchent ont été le résultat d'une longue maturation politique faite à l'abri de l'orthodoxie stalinienne dans une jeunesse assoiffée de connaissance ; depuis un an, les publications marxistes rencontrent de très gros succès de librairie ; le réformisme national du PCG se trouve ainsi laissé en arrière, la jeunesse se tournant de plus en plus vers les références internationales. Pourtant, malgré l'audience considérable du marxisme-révolutionnaire, audience plus idéologique et historique que politique, il n'y a actuellement aucune organisation solidement implantée pouvant se poser en direction des luttes. Une telle direction reste à construire. Récemment, le gouvernement a fait une nouvelle concession significative face à la menace de nouvelles mobilisations à l'université. Il a accepté que des élections se tiennent dans les associations étudiantes. Non sans prendre de précautions bien sür : la date de clôture des listes est très rapprochée, elle se situe en plein dans les examens d'octobre, l'appareil policier veille. Ce mouvement des masses naissant, il ne faut pas l'abandonner aux mains de la police ou à celles des réformistes, qu'ils se situent dans le cadre légal du régime (« libéraux ») ou en dehors de celui-ci (staliniens). La lutte doit absolument partir des revendications démocratiques qu'il faut pousser jusqu'à leurs conséquences ultimes en armant les militants d'une explication claire sur l'attitude du pouvoir, sur le rôle des « démocrates » et du PC, en mettant en place des structures clandestines capables de résister à la répression. Comme par ailleurs le contexte politique ne permettait pas et ne permet toujours pas des initiatives spectaculaires sur le terrain des transformations des rapports enseignants-enseignés (on commence seulement à introduire timidement la sociologie dans les écoles industrielles supérieurs), on comprend l'immobilisme des autorités malgré les cris d'alarme de la presse économique « indépendante ». Une nouvelle période s'ouvre dans la lutte contre la dictature. L'attitude prévisible du pouvoir sera d'utiliser les étroites marges de manœuvres qui lui restent en faisant alterner coups et pseudo-concessions. Mais il ne faut pas se faire d'illusions. Dès les premières manifestations, tous les moyens seront mis en œuvre. La répression s'abattra, plus forte encore que la nuit du 21 avril. Nous devons nous y préparer, en Grèce et en Europe Occidentale.

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