Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 5 (n° 55)

L'extrême gauche au Japon

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 5 (n° 55) · 24 décembre 1972 · p. 29-41 · 11 631 mots

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C'est du Parti Communiste Japonais que sont sorties les directions des organisations d'extrême gauche au Japon. Les crises internes de ce parti lui sont spécifiques, peu de PC staliniens dans les pays capitalistes développés, ont été traversés par des crises politiques de l'ampleur de celles qu'il a connues. Il est vrai que son histoire au sein du mouvement stalinien mondial est un peu particulière, et que ses particularités sont decisives dans l'apparition des organisations d'extrême gauche des la fin des années 50, alors que celles d'Europe occidentale ne prennent réellement leur essor que vers la seconde moitié de La formation de l'avant-garde japonaise dans le PC De la capitulation du Japon en 1945, au début du boom de l'économie japonaise, le PCJ est passé par trois phases politiques marquées par des tournants brusques. Elles correspondent aux tournants imposés par la direction de Staline aux différents Partis Communistes dans cette période, mais la politique du PCJ au cours de ces phases a pris une tournure bien nette. De la fin de la 2ème guerre mondiale à la victoire de la révolution chinoise, le PCJ suit un cours ultra-droitier : notamment, l'armée américaine est baptisée libératrice et démocratique. Cette opération grossièrement opportuniste, si elle est d'une nature semblable à celle qu'effectue le PCF, n'a pu prendre cette tournure qu'en l'absence d'une résistance ouvrière au militarisme japonais au cours de la guerre. Ceci s'explique par : - 1) la répression, - 2) la faiblesse politique et organisationnelle de son implantation avant la montée du militarisme japonais. - 3) La faiblesse du mouvement ouvrier. - 4) la dispersion par la guerre de la classe ouvrière utilisée comme chair à canon au service du capitalisme nippon. Aux yeux du PC japonais nanti d'une ligne réformiste imposée par la direction stalino-menchévique de Moscou, l'armée américaine devait réaliser la transformation bourgeoise-démocratique du pays qui luimême ne pouvait la réaliser seul. Mais la motivation déterminante de cette orientation politique provenait de Moscou, à la suite des accords de Yalta, signés par Staline, Churchill et Roosevelt et qui situaient le Japon dans la zone américano-britannique. Dans l'immédiat après-guerre, le PCJ applique une ligne de collaboration de classe avec l'impérialisme. || le fait avec d'autant plus de facilités qu'il n'est pas soumis à la formidable pression des masses en armes, comme en France ou en Italie où pour le PCF et le PCI, l'application de cette ligne fut parfois problématique. Durant cette période, l'armée américaine de Mac-Arthur était célébrée par le PCI, dans les écrits et dans les actes, comme une bienfaitrice. La politique de l'appareil alla bien au-delà dans ses manifestations la décennie suivante. de ce que les PC d'Europe occidentale commirent dans le domaine de la trahison. Mais aucune opposition dans le PCJ, aucune tradition révolutionnaire ou de luttes de classes antérieures n'existant, le PCJ suivit à sa manière le cours imposé par Staline aux PC du monde entier. Cette immersion dans le marais de la collaboration de classe a été le premier axe de travail politique des militants et des cadres du PCJ dans la légalité retrou-

. Pour beaucoup, tout neufs dans le PCJ, c'était là leur seule expérience politique. La totalité ou la quasi-totalité de cette organisation n'était nullement préparée à subir de brusques changements de ligne politique de l'opportunisme ultra-droitier à l'aventurisme ultra-gauchiste. Comment pouvait-elle l'être, alors que la direction du PCJ n'était nullement impliquée dans les décisions manipulatoires de Staline qui parvenaient sur le bureau des secrétaires généraux comme des ukazes. C'est ce qui se produisit soudainement en 1950 quand la fin du flirt de Staline avec les impérialismes US et britanniques consécutivement à la victoire de la révolution chinoise et surtout au déclenchement de la guerre de Corée, obligea les directions du PC dans les pays capitalistes à prendre un cours ultra-gauche. De la même façon qu'il avait appliqué la ligne ultradroitière de collaboration de classe, le PCJ appliqua avec une outrance courageuse la ligne ultra-gauche aventuriste nouvellement lancée à Moscou par Staline et sa clique. Avant ce changement de ligne, le PCJ connut une période intermédiaire de luttes de fractions. Les raisons de ce revirement si elles résident dans les intrigues du Kremlin, ont été considérablement renforcées par l'impact des critiques formulées par le PC chinois au pouvoir depuis quelques mois alors, à l'encontre du PCJ ; la direction du PCC s'en prenait aux compromis que passaient le PCJ avec l'impérialisme. Le poids moral et prestigieux du PCC sur le PCJ avait un effet direct que Moscou ne pouvait contrôler. Et comme aucune divergence de vue publique n'opposait Pékin à Moscou à cette époque, le poids politique spécifique du PCC sur les PC d'Asie et notamment coréen et japonais (le PC vietnamien aussi bien) était déterminant. Ces critiques du PCC, engendrèrent dans le PCJ une période de confusion que la direction réus- sit à contenir dans les sphères dirigeantes. Deux fractions se démarquèrent, l'une majoritaire et l'autre minoritaire. La fraction majoritaire se tenait ferme sur la ligne critiquée par les Chinois. Elle était dirigée par Sanzo Nozaka qui se retrouva président du PCJ à la fin des années 60 et par Kyuichi Tokuda qui occupait alors le poste de secrétaire général du PCJ. La fraction minoritaire qui prit le nom de Fraction Internationaliste, faisait écho aux critiques en provenance de Pékin. Cette fraction internationaliste, bien que minoritaire representait les forces vitales du parti, car elle regrou pait la presque totalite des dirigeants jeunes du parti ; parmi ses membres figuraient nombre de dirigeants du Zengakuren (Fédération nationale de tous les comités des campus universitaires). Les militants qui occupaient des postes dirigeants à divers niveaux de l'appareil du Parti, avaient commencé à réagir à la ligne opportuniste ultra-droitière du PCJ quand les critiques du PCC s'étaient fait connaître. Les critiques a sexpose Mais la orion antion de ce ... avaient poussé une opposition, minoritaire et latente, sition confuse et latente en une Fraction Internationaliste fut principalement rendue possible par l'attitude critique du PCC. II est très loin d'être exclu que le PCC n'agit pas fractionnellement au sein même du PCJ pour dégager une tendance ou fraction. L'actuel secrétaire du PCJ, Kenji Miyamoto et une majorité des militants du PCJ qui occupaient des positions dirigeantes dans les organisations de masse, faisaient partie de cette Fraction Internationaliste. Mais les principaux dirigeants et postes de direction du PCJ et de ses organisations de masse demeuraient sous le contrôle central de la fraction majoritaire qui la maintenait dans la ligne en vigueur. Deux lignes s'opposaient, l'une pacifiste et droitière qui tirait sa force et sa raison d'être du pacifisme des masses japonaises assommées par les conséquences de la guerre et la frayeur qui résulta des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. L'autre défendait indirectement un cours actif de lutte contre l'impérialisme US (2) au Japon et le régime capitaliste Japonais, en adressant ses critiques à la ligne majoritaire du PCJ, qui recoupaient celles de Pékin à l'égard de la direction du PCJ Cette période intermédiaire de luttes de fractions entre la période ultra-droitière et le cours ultra-gauche concomittant à la guerre de Corée et la guerre froide prit fin une année seulement après son éclosion. En 1951, la fraction entreprit de se dissoudre, en même temps que la fraction majoritaire qui présidait aux destinées du PCJ abandonnait son cours ultradroitière et pacifiste. Ainsi l'unité du PCJ était restaurée, mais sur la base d'un cours ultra-gauchiste et aventuriste qui fut payé très cher peu après. La résorbtion des fractions en une unité retrouvée fut dûe à l'intervention des Partis frères dans la situation interne du PCJ. Cette intervention ne se limitait pas seulement à des « conseils » en vue de cimenter l'unité du PCJ, elle se produisit au moment de l'ouverture de la guerre froide, de l'intensification en Corée des combats avec l'entrée en lice des troupes chinoises ; elle exprimait la décision prise par la direction stalinienne de réagir à l'offensive de l'impérialisme. Dans ce but, des déplacements furent opérés au sein des appareils du parti et des organisations qu'il contrôlait. Dans la même année 1951, conséquement au changement de ligne, la direction du PCJ changea 30 celle du Zengakuren en totalité et imposa la « ligne dure » avec une nouvelle direction. Cette opération était capitale, car les secteurs de la jeunesse étudiante manifestaient une disponibilité et une volonté de s'opposer radicalement à l'impérialisme US alors que la classe ouvrière japonaise demeurait passive et enfoncée dans un univers idéologique où dominait le pacifisme. Pendant plusieurs mois, jusqu'en 1952, une campagne très violente fut lancée par la direction du PCJ, faite d'attaques à coups de coktails molotov des postes de police, principalement dans les grands centres urbains où le PCJ concentrait ses forces. Tout ce qui tombait dans la catégorie d'agents ou d'agences de l'impérialisme fut soumis à l'épreuve dans l'application de ce cours aventuriste ultra-gauche. Des étudiants furent envoyés dans les campagnes pour organiser les paysans. Le Zengakuren fournit le rythme et les forces militantes de ces actions, et dans une certaine mesure seulement, la masse révolutionnaire des étudiants japonais trouva dans cette période les ori. gines et les moyens d'exprimer son fabuleux potentiel de lutte violente. Les chômeurs, des éléments petits bourgeois, les étudiants et des universitaires furent à la pointe de cette lutte. Les ouvriers commencèrent à quitter le parti en masse. Il a existé dans les dix années qui ont suivi la fin de la guerre en Asie Orientale, une inter-action constante des conditions nationales et internationales dans la vie interne et la pratique du PCJ. La classe ouvrière japonaise est silencieuse et peu active au cours de ces années. Le Zengakuren constituait la force militante principale du PCJ. Il était donc capital que le PCJ maintienne son contrôle sans partage sur le Zangakuren. Aux lendemains de la guerre, le PCJ représentait la seule force politique quelque peu radicale dans l'échiquier politique japonais. Les secteurs radicalisés de la jeunesse étudiante s'y retrouvaient. Aucune organisation ou tendance politique n'existait à la gauche du PCJ, il n'y avait pas de sources idéologiques permettant une critique globale de sa ligne. La victoire de la révolution chinoise n'est intervenue que 4 ans après, et des années de militarisme japonais séparaient et isolaient la jeunesse intellectuelle du mouvement ouvrier international et des débats qui l'avaient traversé. Le PCJ exerça donc une fonction de regroupement et aussi d'éducation élémentaire de nombre de militants étudiants. Il fut le canal essentiel par lequel passèrent toutes les directions des organisations de l'extrême-gauche japonaise dès la fin des années 50. Cette masse étudiante, bien que sujette aux ordres de la direction du PCJ soumise à Moscou, agissait en fonction des rythmes propres de la société japonaise, alors sous l'emprise de l'armée US. C'est en rapport avec la présence de l'armée US d'occupation que la première grande manifestation politique se produisit en 1949-50. Lors d'une cérémonie d'inauguration de l'université de Sendai, un certain Eels fonctionnaire américain qui assumait les responsabilités de l'organisation du système d'enseignement au Japon dans le cadre de l'occupation, émit dans son discours le point de vue selon lequel tout professeur communiste devait être exclu de l'université. Certains professeurs communistes étaient membres du Conseil de Gestion des Universités, élus par le corps professoral, selon le modèle US, transplanté après 1945 par l'armée US. L'ingérence de l'armée d'occupation US dans les affaires universitaires, à la suite de cette provocation, porta au paroxysme la résistance des étudiants à ses manifestations. Une campagne politique à l'échelle nationale se déve loppa comme une trainée de poudre. Meetings et manifestations de protestation partirent de l'université de-Sendai pour se répandre dans toutes les universités du pays. Cette campagne organisée par le Zengakuren culmina dans la mobilisation des étudiants avec celle dés travailleurs japonais employés par l'armée d'occupation US, sous-payés et souvent maltraités (racisme, travaux humiliants) par l'armée US. La conclusion de cette lutte combinée intervint dans la campagne contre la présence des bases militaires d'occupation US. Les forces militantes furent plus particulièrement concentrées sur certaines bases US qui eurent à souffrir d'actions offensives. Les étudiants fournissaient la masse des effectifs militants. Ce furent les premières luttes importantes des étudiants japonais qui firent irruption sur la scène politique au moins une dizaine d'années avant leurs homologues d'Occident. Au sein du PCJ, une situation nouvelle était en cours de maturation à la suite de cette première campagne nationale, militante et offensive. Et comme l'aile marchante de cette campagne était représentée par le Zengakuren, à direction communiste, le PCJ renforça son recrutement étudiant et l'étendit au point que le mouvement étudiant fut complètement aspiré par le Zengakuren. La lutte contre l'anti communisme grossier de l'Américain avait encore renforcé l'audience du PCJ chez les étudiants. La base de masse des étudiants membres du PCJ qui dirigeaient le Zengakuren fut élargie et une politisation de la masse active des étudiants en résulta normalement. La ligne du PCJ demeurait pacifiste, collaborationnistes. Les conditions de l'apparition de contradictions entre les militants communistes étudiants et la direction du PCJ étaient créées. Mais la sous-éducation de l'ensemble des membres du PCJ ne permettait pas à une opposition de se constituer sur une ligne gauche cohérente. La volonté de lutter s'opposait à celle de maintenir le parti dans des cadres ultra-droitiers. La fraction internationaliste trouva sa force et sa base chez ces militants. Cette composante spécifiquement japonaise du PCJ qui échappait à l'histoire et à la réalité conjoncturelle du stalinisme, représentait déjà pour la PCJ un élément inassimilable dans un premier temps et incontrôlable dans un dernier temps (1955-59). Les étudiants du PCJ à la tête du Zengakuren avaient acquis un élan, accumulé une énergie, qui purent s'employer durant le cours ultra-gauche aventuriste de 1952 ; de ce fait les contradictions entre la direction du PCJ et le Zengakuren qui s'étaient formulées indirectement au travers de la fraction internationaliste, furent applanies et ne réapparurent qu'après le cours ultra-gauche aventuriste et la fin de la guerre froide, quand le PCJ reprit son cours droitier antérieur. Le PCJ sortit saigné de l'épreuve ultra-gauche. Il s'isola totalement des masses ouvrières et perdit ses bases. Un nombre important de ses militants quittèrent le parti, affolés, impréparés à une telle orientation soudaine et brusquement mise en application. Aucune structure de clandestinité pour une telle ligne politique ne fut prévue. Un climat de démoralisation pesa sur les militants qui étaient dispersés, se cachaient. Les effets politiques furent désastreux. Une crise latente apparut dans le parti et bien que les tendances objectives à une rupture entre le PCJ et les militants du PCJ à la tête du Zengakuren existassent, l'occasion naturellé de la rupture n'apparut qu'ultérieurement. De 1953 à 1955, l'activité du PCJ fut presque réduite à néant, les structures organisationnelles desorganisées. C'est au cours d'une conférence qui se tint en 1955 que le parti refit un virage à 180° à droite et reprit la ligne opportuniste antérieure à la période aventuriste. A cette conférence, un mot d'ordre ahurissant devait donner le ton : « Chanter, danser pour pénétrer dans la classe ouvrière ». Après les coktail molotov sans effets, le sourire devait étre l'arme nouvelle. La nouvelle ligne adoptée était un cours néo-pacifiste qui s'exprima très vite à la suite de cette conférence dans la constitution d'un front contre la bombe atomique une sorte de mouvement de la paix constitué par un front uni du PCJ, du PSJ, du Sohyo (confédération syndicale ouvrière) et le Zengakuren ; le mouvement, le Gensuikyo se développa fortement à l'échelle nationale, organisa des campagnes, des meetings, des manifestations et regroupa plusieurs millions de personnes. Ce traumatisme des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagazaki était un stimulant pour le mouvement. Au même moment se développaient aussi des mouvements semblables en Allemagne et en Grande-Bretagne. Le Zengakuren était la tendance la plus radicale du Gensuikyo. Malgrès le tournant à droite du PCJ, l'avant-garde étudiante se retrouva au sein du PCJ. Mais les desaccords entre la direction et les étudiants du PCJ se cristallisèrent. Les conditions de la rupture surgirent lors d'une lutte contre la base américaine du Sunagawa près de Tokyo. Au cours de cette opération, les dirigeants du Zungakuren et de très nombreux étudiants du PCJ exprimèrent ouvertement leurs doutes sur la ligne du PCJ. Les dirigeants du PCJ entendaient maintenir toute activité dans le cadre pacifiste fixé. Mais les doutes des étudiants furent étayés par des manœuvres de la direction du PCJ au sujet de la tenue du 7ème Congrès en février 58, soit dix ans après le Gème, en 1948 ! Le 7ème Congrès annoncé depuis septembre 57, devait faire adopter un nouveau programme et provoquer des discussions internes mouvementées. Quand à la fin de 1957, une forte minorité se dégagea contre ce projet de programme, notamment à Tokyo et Osaka, dans les deux plus grands centres du PCJ où le projet fut repoussé, le CC décida de repousser la date du Congrès deux mois après les élections générales qui étaient prévues pour l'automne 58. Dans le débat de préparation au Congrès, des questions fondamentales furent débattues ; les deux principales étaient : 10) celle de la révolution pacifique, dans le cadre de la Constitutionbourgeoise et 20) celle de la révolution par étapes, d'abord la révolution démocratique, puis la révolution socialiste. Une forte minorité s'opposa à ces conceptions, aux deux, ou à l'une ou à l'autre. Mais cette minorité était très hétérogène. Alors que la majorité du PCJ demeurait sur les positions de Moscou (c'est-à-dire la ligne de Kroutchev : la coexistence pacifique) et défendait la théorie de la « Révolution pour la Démocratie et l'Indépendance Nationale. » Au cours de l'automne 57, le Comité de Tokyo du PCJ soumet un document critiquant le projet de programme, mais d'un point de vue centriste : il affirmait que la révolution socialiste constituait le but stratégique, mais dans une perspective de révolution constitutionnelle, dans le cadre d'une tactique de front populaire. Le Comité de Tokyo exprimait dans ces désaccords la pression de militants combatifs du PCJ. En même temps la critique de ces militants allait beaucoup plus loin : ils demandaient que le CC en place depuis 48 soit renvoyé parce qu'il avait montré son incapacité à diriger le parti et le mouvement ouvrier au cours des 10 années passées. Une critique indirecte et surtout incomplète du stalinisme commençait à pointer (5). Au sein de cette opposition à Tokyo et à Osaka, les étudiants représentaient l'aile marchante. Ils poussaient le courant centriste qui se dégageait à évoluer dans le sens d'une opposition de gauche. Des cellules universitaires évoluèrent en bloc sur les positions d'une opposition de gauche anti-stalinienne. Une tentative fut faite pour organiser une fraction anti-Comité Central. Un membre du CC, SyojiroKasuga put exprimer les points de vue de la minorité dans l'organe du parti. Il émit l'avis que le parti devait se situer sur la ligne de la stratégie de la révolution socialiste. Mais cette opposition, par son hétérogénéité et la généralité de ses critiques, demeurait trés instable. Aucun courant critique cohérent, trotskyste par exemple, n'était politiquement organisé et de ce fait ne pouvait regrouper et stabiliser l'opposition. Fin février 58, le PCJ tint une conférence durant laquelle les militants tirèrent à boulets rouges sur le CC qui fut isolé. Ce dernier par la suite répliqua de plus en plus brutalement en lançant la lutte contre la gauche et appelant à la chasse aux trotskystes. L'opposition était traversée par d'autres courants, tous liés étroitement à la base du parti, mais de nature droitière, ouvriériste ou confuse. Leur point commun était la pression des masses ou des militants de la base qu'ils exprimaient à leur manière. Un groupe d'étudiants, dirigé par un jeune : Takei, membre du Comité de Tokyo, qui reprenait totalement la conception stalinienne de la coexistence pacifique, mais qui considérait que la lutte pour la paix devait être la tâche première du PCJ, accusait la direction de manquer de fermeté dans l'accomplissement de cette lutte, se forma. Un groupe de militants ouvriers dirigé par un suppléant du Comité Central, Nishikawa, tout à fait situé dans J'idéologie stalinienne, critiquait le parti pour ses liaisons distendues avec le mouvement ouvrier. Il prônait un travail inlassable pour conquérir la confiance de la classe ouvrière. Il critiquait le parti, lui reprochant de ne pas affirmer suffisamment ses positions de classe. Cette tendance manifestait quelque chose de bien plus important qu'elle n'en était consciente : elle traduisait le type de relations que le PCJ entretenait avec la classe ouvrière aux lendemains des lancements de cocktail-molotov, après avoir perdu base ouvrière de 46/49 et réduit son influence sur la classe dans des proportions énormes. L'influence qu'il maintenait était exercée de manière indirecte. Son influence était de nature politique au sein d'une tendance centriste dans le Sohyo, la centrale syndicale de gauche. Le PCJ essayait d'utiliser ce canal pour maintenir les luttes ouvrières dans le cadre dela coexistence pacifique, barrant l'évolution vers la gauche de cette tendance centriste. 32

Takano, le dirigeant, reprenait les thèmes propres au PCJ : la division du monde en a forces de paix » et « forces de guerre », et concluait en proposant la constitutfon d'un • Front National Uni ». Les militants ouvriers du PCJ en contact quotidien avec les ouvriers de la tendance de Takano dans le Sohyo, étaient soumis à leur pression militante, et ainsi se creusa, du fait des conséquences politiques de cette situation un fossé entre Takano et la direction du PCJ qui refusait d'entrer dans des luttes. La direction du PCJ refusait de critiquer ouvertement la politique de la direction du Sohyo alors que la tendance s'y adonnait sans réserve, bien que sur une ligne centriste. Cette situation contradictoire aida au développement de tendances du type de celle de Nishikawa Le PCJ voulait éviter qu'une opposition ouvrière ne se structuråt sur des bases de luttes de classe, et qu'en retour cette opposition agit sur la tendance Takano, dans le sens d'une radicalisation politique et plus simplement limitée à des luttes plus combatives, et qu'il se créât de la sorte un regroupement d'ouvriers révolutionnaires du PCJ et du PSJ, le principal parti ouvrier, dans le cadre du Sohyo, difficilement controlable. Dans le contexte de crise politique profonde du PCJ, ce développement représentait un danger considérable. Un troisième groupe était composé de militants paysans dirigés par Yamagıchi. Il manifestait l'absence du parti dans les questions paysannes qui étaient rendues explosives par la concentration et les conséquences d'une réforme agraire menée après la guerre par le gouvernement et les Américains (6). Tous ces groupes manifestaient les préoccupations des masses, mais ne se mettaient pas en contradiction avec la ligne stalinienne du Parti, Ils voulaient réparer les dommages commis pendant la période aventuriste En 57/58, il était devenu clair que l'autorité de la direction du parti était tombée consécutivement à ses divagations ultra gauchistes et opportunistes, que cela était encore renforcé par la crise mondiale du stalinisme. Les conditions du débat et du développement d'une opposition étaient tout à fait différentes des débats qui eurent lieu en 50/51 avec la création de la Fraction Internationaliste. La lutte de tendance de 57/58 devait aller très loin, d'autant plus qu'il existait depuis la fin de 1956, une organisation trotskyste au Japon, très petite, mais qui sut combiner les développements dans le PC avec la circulation de ses idées. Les effets en furent considerables. La phase finale de la crise entre la direction du PCJ et les étudiants se déroula très vite au printemps 1958 En mai 1958, les étudiants du PCJ abandonnèrent le nom de leur organisation : « Ligue Etudiants contre la Guerre », pour celui de « Ligue Socialiste Etudiante ». Non prévenue de la transformation, la direction du PCJ convoqua la direction étudiante pour débattre du problème des relations de l'organisation étudiante avec le parti. Des désaccords de fond provoquérent des heurts (!) avec la direction du PCJ qui décida d'exclure la direction étudiante. L a masse des étudiants du PCJ se solidarisa avec les exclus et quitta. le PCJ, emmenant l'énorme masse de sympathisants dans son sillage. L'organisation étudiante, regroupait dans ses rangs et dans sa périphérie sympathisante (les frontières organisationnelles étaient très floues) plus de 200.000 étudiants. La direction du PCJ attaqua les étudiants exclus pour trotskysme. Cette caractérisation n'était pas tout à fait exacte, mais pas complètement fausse non plus. Dix années de domination du PCJ sur le Zengakuren s'achevaient dans un désastre pour la direction stalinienne. Le Zengakuren approfondit son cours militant radical. || s'engagea notamment dans une campagne contre une régulation universitaire selon laquelle il était obligatoire de rapporter les activités des étudiants et des professeurs: de la délation instituée. Des affrontements avec la police s'en suivirent à plusieurs reprises. Mais en même temps qu'ils réaffirmaient leurs conceptions socialistes, les militants du Zengakuren étaient investis dans des débats politiques dont résultait une redistribution politique des forces militantes. La rupture avec le PCJ intervint dans un contexte

Le PCJ n'était pas une réelle organisation communiste, même définie et bureaucratiquement déformée par le stalinisme; c'était une organisation non seulement réformiste, mais sans rattachement à l'histoire du mouvement ouvrier international, à ses débats fondamentaux. Le seul lien qu'il avait avec l'a extérieur », c'étaient les quelques 1 000 militants, en fait l'appareil stalinien, qui avaient vécu les années 30 mais en accord avec Moscou. Aux lendemains de la llème guerre mondiale, il s'était reconstitué sur une base petite-bourgeoise pacifiste, et représentait à cause du poids historique qu'il prenait de son rattachement à la Illème Internationale et du prestige de la lutte antifasciste victorieuse de l'URSS, et des autres PC d'Occident. Là était son image qui lui fit recruter sans efforts réels la masse des étudiants radicalisés et les ouvriers, contre l'occupation de l'impérialisme US après l'avoir fêtée dans l'euphorie télégraphiée de Moscou, après Yalta, Potsdam et Téhéran. L'indigence théorique en matière de marxisme de la direction du PCJ, la faiblesse numérique et politique de l'appareil bureaucratique, et la rencontre du PCJ avec l'exigence radicale de démocratie et de liberté des masses jeunes, étudiantes et ouvrières, ont créé lentement les conditions poir des heurts politiques à mesure que luttes et expériences politiques se déroulent et s'accumulent. La maturation politique qui en découla permit d'élever le niveau de réflexion, de recherche, de critique. Il n'y avait pas de modèles passés auxquels se rattacher. Le PCJ était l'unique solution. Le PCJ était en même temps un lien avec le passé, mais qu'il transmettait en fonction de sa nature stalinienne et ses besoins du moment. Son appareil bureaucratique était d'une puissance très limitée comparativement à celui du PCF dans la même période. La fréquence et la dureté des débats au sein du PCJ en témoignent. Le PCJ fonctionnait parfaitement de 48 à 58, comme un écran entre la jeunesse et la révolution. C'est hors du PCJ, que les éléments révolutionnaires trouvèrent réponses à leurs problèmes, qu'ils purent retrouver le passé et acquérir une compréhenson générale de la crise nationale et internationale du PCJ, en liaison avec l'action des trotskystes japonais.

H.- La rencontre avec le trotskysme - La formation des différentes organisations de l'extrême-gauche L'année 56 fut capitale. Le Rapport Khrouchtchev dénonçant ou plutöt reconnaissant les crimes de Staline, puis le printemps polonais et l'octobre hongrois, confirmaient en bloc les conceptions trotskystes de la manière la plus convainquante. Aux militants du PCJ qui se posaient des questions sur les raisons des tournants brusques, de l'opportunisme ultra-droitier l'aventurisme ultra-gauchiste de la direction, trouvèrent matière à réflexions critiques dans les crises révolutionnaires de Pologne et Hongrie en 56. Un très petit nombre d'entre eux trouva réponse à leurs questions dans les écrits de Trotsky. Mais ceux-là jouèrent un rôle considérable par la suite. A la fin de l'année 56, en international marqué par les monolithisme stalinien:

les révolutionnaires en Pologne et répression sanglante en Hongri craquements du développements

Hongrie, puis la e au cours de l'année 56, précédés par les révélations des crimes de Staline par Krouchtchev lors du 20éme congrès du PCUS en février 1956. Le rejet de la ligne du PCJ s'accompagne du rejet du stalinisme. L'option anti-stalinienne des militants du Zengakuren membres du PCJ exclus prit son élan en cette période. Les responsabilités de la direction chinoise dans le cours ultra-gauche et ses professions de foi en faveur de Staline, annulèrent toute influence de la direction chinoise dans le développement de l'opposition étudiante ; c'est dans les thèses de Trotsky sur le stalinisme que la masse étudiante trouva les moyens de développer une critique cohérente du PCJ. Parmi les étudiants, une certaine « mode » du trotskysme se fit jour. L'idée d'un nouveau parti à créer commença à s'imposer. Mais en même temps la caractérisation du régime bureaucratique en URSS comme capitalisme d'Etat faisait partie du rejet de tout le camp stalinien à la suite des manipulations qu'il avait exercé sur la masse étudiante. De tels signes d'immaturité consécutifs à la sous-éducation politique dans le PCJ et ses organisations de masse étaient aussi le produit du retard du développement du marxisme au Japon du fait de l'absence d'une presse révolutionnaire, aucun groupe trotskyste n'avait jamais vu le jour dans ce pays avant les manifestations violentes de l'éclatement du monolithisme stalinien au cours de l'année 1956. La crise du PCJ prit une forme violente. Quand les étudiants en furent exclus ou le quittèrent, le PCJ était un parti qu'ils pouvaient alors considérer comme fini, épuisé.

. Au cours de l'année 56-57, l'organe central du PCJ : Akahata (le drapeau rouge) baissa son tirage à 6500 exemplaires. Quand il atteignait 300.000 exemplaires en 47-49 au moment de son apogée, les effectifs du parti étaient tombés à 45.000 membres environ. Sur ce chiffre, 2000 militants seulement étaient membres du PCJ avant la guerre ..

Mais tout l'appareil du parti, comme il se doit, était aux mains de staliniens anciens sachant ce qu'ils avaient à faire. Mais dès l'ouverture du cours ultra-gauche aventuriste en 51, la base ouvrière du parti fondit:

octobre se tenait la première conférence du Comité Préparatoire de la future section japonaise de la /Vème Internationale. Des liens officiels furent établis avec le secrétariat international, et l'organe a IVème Internationale » fut publié. Deux autres conférences suivirent, une en janvier 57 pour décider de la structure organisationnelle et voter des statuts, et une autre en avril de la même année pour adopter un programme d'action. Trois personnes furent à l'origine de ce développement : un homme de lettres japonais, traducteur de Trotsky au Japon et deux membres du PCJ qui occupaient des postes dirigeants à Kyoto et Osaka Yamanishi découvrit les ouvrages de Trotsky lors d'un long séjour qu'il fit en Europe au cours des années 30. L'explication du stalinisme et du fascisme qu'il y découvrit l'impressionna si fortement qu"il en entreprit les traductions et se mit en quête de faire éditer ces documents. Totalement seul, et avec une persévérance remarquable, il réussit dans son travail. Cet homme, alors investi dans un travail uniquement littéraire (traducteur des romans de Norman Mailer) et lui-même écrivain, a joué un rôle capital dans l'histoire du mouvement ouvrier japonais, dans le développement du marxisme dans ce pays. Du fait de la situation politique qui existe au Japon de la fin des années 30 à 46, les ouvrages traduits ne purent étre publiés que dans le courant des années 50 Peu de temps après le rapport Krouchtchev au XXème Congrès du PCUS (1956) et pendant le développement de la révolution politique en Pologne, un chirurgien de Kyoto, membre de la direction locale du PCJ, et un enseignant universitaire d'Osaka, occupant une position importante dans le cadre du travail syndical du PCJ à Osaka (7) tombèrent sur les traductions de Trotsky par Yamanishi et décidèrent de rencontrer cet homme providentiel. Ils fondèrent une organisation trotskyste regroupant au plus une cinquantaine de militants et qui prit le nom de : « Association Trotskyste Japonaise ». La Quatrième Internationale prenait pied au Japon, dix-huit années après sa fondation en Europe. Cette organisation était très faible ; il n'y avait pas en son sein de camarades possédant l'expérience du mouvement ouvrier japonais, ayant des liens avec la classe ouvrière. Elle s'attachait à faire connaître les conceptions marxistes-révolutionnaires, et s'adressait dans sa presse principalement à une intelligentsia en rupture avec le PCJ. Elle devait aussi s'affirmer par ce moyen. Peu après, la direction du PCJ commença ses dénonciations des trotskystes, au moment où la crise avec les étudiants du parti prenait une dynamique d'exclusion. C'est l'impact de la Révolution hongroise qui fit basculer finalement des étudiants communistes vers le trotskysme. Un très petit nombre avait rejoint l'Association des Trotskystes japonais. La transformation politique et organisationnelle des étudiants du PCJ s'étendit sur quatre années, de 1957 à 1960. Elle passa par plusieurs étapes et différentes expériences de lutte. En même temps que les étudiants communistes exclus affirmaient dans le cadre de leur Ligue Socialiste ,Etudiante et plus largement du Zengakuren, leurs conceptions socialistes, une redistribution politique des forces étudiantes militantes se produisit dans des débats politiques et théoriques intenses, des formations politiques se dessinérent, et 34 principalement deux. L'une, la plus nombreuse : La Ligue Communiste (connue au Japon sous le nom de « Bundo ») regroupa environ 60% des étudiants communistes qui quittèrent le parti ou en furent exclus. La minorité fusionna avec l'Association des Trotskystes Japonais et donna la Ligue Communiste Révolutionnaire du Japon, se réclamant de la Quatrième Internationale. Les divergences portèrent sur plusieurs points. Le Bundo après la rupture avec le PCJ, alla très loin ; il rejeta le concept de l'organisation léniniste en même temps qu'il condamnait le PCJ. Il rejetait de même la caractérisation faite par Trotsky et reprise par la IVème Internationale de l'URSS (de la Chine, de la Corée du Nord, des pays d'Europe Centrale en conséquence) comme Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré. En réalité, le rejet de ces conceptions traduisaient le primitivisme du mouvement étudiant, directement hérité du passage dans le PCJ. De surcroît, la majorité des étudiants politisés manifestaient par ces rejets des attitudes politiques reproduites plusieurs années après par les étudiants d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord, de nature spntanéiste, maximaliste et sans rapport à l'histoire du mouvement ouvrier. Ainsi, il fut assez facile au « Bundo » de conquérir une base de masse considérable dans le Zengakuren en s'adaptant à la conscience politique moyenne des étudiants, tout en développant un rythme très militant. Le Bundo était davantage un regroupement qu'une véritable organisation politique. Au sein du Zengakuren, le Bundo et la Ligue Communiste Révolutionnaire du Japon (LCRJ) s'affrontaient pour la conquête de l'hégémonie de l'organisation étudiante. En réaction aux méthodes du PCJ, le Bundo développaient un cours ultra-opportuniste qui conquit la majorité des étudiants. Ceux qui posaient concrètement le problème de la construction d'une organisation léniniste agissaient à contre-courant. La pression du courant anti-stalinien spontanéiste devint très forte et totalement dominante. Les débats théoriques passèrent rapidement au second plan. L'énorme masse militante du mouvement étudiant à 250.000) devint une caisse de résonnance. Les événements politiques des années 60/61 fournirent un terrain d'action gigantesque au Zengakuren (8). Le Zengakuren prit la tête de la lutte de millions de personnes contre le renouvellement du Traité de Sécurité Américano-japonais, et contre tout pacte de cette nature, comme instrument de l'impérialisme contre la Russie Orientale, la Corée du Nord, la Chine et bientôt le Vietnam. Avant l'ouverture des discussions bilatérales en avril 60 pour la révision du Traité, le PCJ, le PSJ et le SOHYO firent peu d'efforts pour organiser la mobilisation populaire. Seul le Zengakuren entreprit systématiquement , d'organiser une campgne de dénonciations par une campagne de meetings et d'actions diverses. Des manifestations furent organisées, dont certaines firent soudainement irruption dans le parlement durant des séances. Des mobilisations monstres occupèrent l'aéroport de Tokyo pour empêcher le prmier ministre de quitter le Japon pour les USA où les dicussions devaient avoir lieu. Des travailleurs et un très grand nombre. d'éléments non étudiants se joignirent aux luttes. En juin 1960, des centaines de restante

DARKER A gauche: de haut en bas le 26 septembre 1970, meeting central -BA50A de la LCRJ (section japonaise de la quatrième internationale). CANAL-A septembre 1971, aéroport de Sanrizuka. Tours avec faucille et marteau et drapeau du FNL installés par la LCRJ. 3R0V419N2-

Une mobilisation combative classique des années 60. milliers manifestèrent à plusieurs reprises contre le Traité. (9) 9.16 H Afin de poursuivre sa politique, le gouvernement dût être reconstitué. Le premier ministre Kishi fut remplacé par Ikeda et une certaine démobilisation en résulta, bien que la politique gouvernementale resta la même. L'affaiblissement du rythme des luttes et le reflux occasionnèrent des débats encore plus durs dans le Zengakuren et la tension grandissante provoqua la scission du Zengakuren. Le succès des luttes, la réalisation de l'objectif, dépendaient entre autres conditions de l'unité politique de la masse des étudiants qui constituaient le fer de lance de la lutte. Cette condition était plus dure à réaliser que les manifestations qui venaient de se tenir. Les désaccords politiques se marquaient davantage et les fractions se multipliaient à mesure que se développaient les discussions sur la nécessité de mettre sur pied une organisation assez forte pour unir travailleurs et étudiants dans la lutte. Chaque fraction affinait ses propres conceptions dans les débats, un sectarime très fort commençait envahir l'extrême-gauche japonaise naissante. Il sortit de ces débats, plus de groupements politiques, d'organisations qu'il n'y en avait au début. Les possibilités d'un front unique pour l'action devint illusoire. Les manifestations de masse telles qu'elles s'étaient produites jadis devinrent impossibles. La période de création par voie de convulsions, de crises, de scissions et d'actions diverses, des organisations révolutionnaires à la gauche des partis ouvriers traditionnels était ouverte au Japon avec une 35 demi-douzaines d'années d'avance sur l'Europe Occidentale. Le fractionnement du Zengakuren en plusieurs organisations politiques marqua la fin d'une phase du développement du mouvement étudiant au Japon. Le mouvement étudiant sans direction unique centrale avait vécu. L'élite politique représentée par les étudiants qui initièrent et dirigérent la lutte et la contestation contre le régime en place et l'impérialisme US disparut comme telle. Le polycentrisme devint la caractéristique du mouvement étudiant jusqu'à présent. Les grèves des mineurs de charbon jouèrent un rôle important dans cristallisation des groupes politiques d'avant-garde. Des centaines de milliers de travailleurs se mirent en grève pendant de nombreuses moIS - A la fin des années 50 et jusqu'en 1965, le capitalisme de « réorganisation », selon la terminologie officielle. Cela signifie en clair que le poids des investissements et de économique étaient mis mis sur le développement à outrance de la sidérurgie et des industries à haut niveau d'équipement dotées d'une recherche telle que l'électronique. Cela coïncidait avec la nécessité de réduire les secteurs économiques à bas rendement, coûteux et aux profits déclinants. L'industrie d'extraction du charbon fut touchée comme en Europe Occidentale et en Amérique du Nord, par les fermetures, les licenciements. Avant les mineurs belges en décembre 60/janvier 61 et les Français en 63, les mineurs japonais ripostèrent avec une combativité énorme. Les grèves les plus importantes et les plus dures dans l'histoire du mouvement ouvrier japonais se produisirent à cette occasion. La durée de la grève donna le temps et la possibilité aux organisations d'extréme-gauche à base étudiante de se lier aux mineurs. Ceci était rendu d'autant plus facile par l'inexistence d'une propagande stalinienne anti-étudiante. Mais la faiblesse politique et l'inexpérience en matière de luttes ouvrières les priva de toute possibilité réelle de diriger les grèves. A cause de la passivité des directions syndicales et aussi du PCJ et du PSJ, les effectifs du syndicat des mineurs tombèrent de 400.000 à quelques dizaines de milliers ; environ 10% restèrent au syndicat. Au cours de ces deux événements politiques presque simultanés, la masse étudiante affirma des caractéristiques spontanéistes. L'énorme masse en activité permanente qu'elle était, représentait un océan pour les organisations issues du PCJ : LC (Bundo) et LCRJ (4ème). Le Bundo affirma son « adaptationisme » au mouvement étudiant, en échange de quoi, il exerça une influence idéologique majoritaire dans sa grande masse. Soumis à toutes les pressions et ayant cherché la voie la plus complexe pour construire leur organisation, les militants de la LCRJ recrutèrent dans la masse un grand nombre d'étudiants politiquement incultes. Dans le contexte du reflux, ces étudiants exprimèrent dans l'organisation les pressions extérieures. question de la nature sociale de l'URSS de la Chine, de la Corée du Nord, revint sur le tapis. Une scission se produisit et la majorité écrasante adopta les thèses sur le capitalisme d'Etat dans ces pays. Quelque 100 militants demeurèrent sur les positions de la 4ème Internationale avec des cercles de sympathisants autour d'eux. Deux Ligues Communistes Révolutionnaires du Japon apparurent, l'une plus connue sous le nom de Chukaku (noyau central en 36 japonais) et l'autre Yontoro (4ème Internationale). Puis l'aile majoritaire scissionna de nouveau peu après, pour donner le jour à une troisième LCRJ, connue SOUS le nom de Kakumaru (marxistes révolutionnaires). Ces deux groupes maintinrent néanmoins en pratique, le principe acquis d'une organisation fortement centralisée. Sans divergences dans le domaine analytique général, certainement marquées par des rivalités de personnes dans les directions, les fractions se heurtaient sur la question du choix dans l'investissement de l'organisation. Les uns, Kakumaru, mirent l'accent sur l'investissement exclusif en milieu ouvrier en opposition à l'activité chez les étudiants petits-bourgeois. Les autres, Chukaku , insistèrent sur la nécessité de demeurer chez les étudiants • tout en développant une intervention pour s'implanter dans la classe. La rupture eut lieu et une rivalité haineuse et souvent violente s'installa chez les deux groupes rivaux. Jusqu'en 1967/1968, le Bundo demeura la tendance organisée la plus nombreuse. Mais Chukakun et Kakumaru étaient de loin les plus structurés et les plus centralisés, militarisés et très sectarisés. Jusqu'en 1968, la LCRJ (4ème Inter.) alla de crises en crises ne représentant qu'une minorité parmi beaucoup d'autres dans l'éventail saturé des organisations politiques d'extrêmegauche. Aux lendemains du « partage » du Zengakuren en une nébuleuse de fractions dont trois principales émergèrent qui regroupaient avec la section japonaise l'essentiel des anciens dirigeants étudiants du PCJ, les conceptions fondamentales de Trotsky, sur le stalinisme principalement, étaient devenues des éléments constitutifs de la politisation de milliers d'étudiants et parties intégrantes de l'extrême-gauche japonaise. Le cas est unique au monde. Jusqu'en 1968/1969, les militants se réclamant de la

One parvinrent pas à mettre sur IVème Internationale pied une organisation nationale. Certains d'entre eux occupaient des postes de direction nationale dans le mouvement étudiant. Ceux qui résistèrent à la crise préparérent leurs armes pour refaire surface l'échelle nationale à la fin des années 60, en 69/70. Jusqu'en 1967, date de la reprise des grandes manifestations violentes contre la guerre du Vietnam, plus précisément contre l'utilisation par les Américains du Japon comme relai pour toute l'infrastructure militaire US, les organisations de l'extrêmegauche vont être isolées du mouvement ouvrier et sans activité intense. Leur isolement est double, d'abord social, d'où le repli de l'organisation sur elle-même avec les sectaires hypertrophiées qui en conséquences résultèrent ; isolement géographique (et donc politique) du à l'insularité politique du Japon dont la bourgeoisie a coupé le mouvement ouvrier du reste du monde. La société japonaise est restée isolée du monde. L'obstacle des langues, le coût élevé des déplacements internationaux ont encore accentué le maintien dans l'isolement de l'avant-garde japonaise Parallèlement, la faiblesse organisationnelle de la Quatrième Internationale, ne lui permettait pas d'agir comme il l'aurait fallu au cours des années 56/61. I1 en coûta la crise d'une section très jeune et non suffisamment éduquée politiquement ; et il lui fallut huit années de patience pour renaître. Le repli insulaire du Japon pendant des décennies avait gelé toute pensée politique, créé une rupture entre le mouvement ouvrier et les intellectuels. Cela avait entravé toute possibilité de stabilisation profonde du Parti Communiste Japonais. La masse des militants du PCJ ne baigna presque jamais dans une atmosphère internationaliste. Les rapports entre le mouvement ouvriercoréen et chinois avec le mouvement ouvrier japonais, presque totalement totalement inexistants ne donnerent évidemment aucune éducation internationaliste, ne léguant aucune trace d'un passé internationaliste. Ceci n'aida pas la naissance et le développement de l'extrême-gauche japonaise. Elle dut par elle-même conquérir cette éducation internationaliste. Son développement en vase clos et ses positions erronnées sur la réalité du mouvement Communiste International (stalinien), à un moment où la période de son ascension est marquée par la montée de la révolution coloniale, ne lui ont pas permis de saisir le caractère prolétarien et dans certains cas la dynamique socialiste des luttes anti-impérialistes. Cette carence n'eut pas les meilleurs effets sur son développement politique et put « asseoir » des déformations politiques déjà produites par un sectarisme de départ et l'insularité de son développement. Cette situation a retardé toute réflexion sur la Chine Populaire, la Corée du Nord, la nature et la fonction de la révolution vietnamienne ; sur la dialectique de la révolution japonaise dans le contexte de l'Asie orientale et du redémarrage puissant de l'impérialisme japonais. Le rejet de la Chine, de la Corée du Nord, du Vietnam dans la catégorie du capitalisme d'Etat eut comme effet d'empêcher l'approfondissement théorique des connaissances de l'avant-garde japonaise , dans le domaine de la société de transition vers le socialisme et des problèmes attenants (bureaucratie, question agraire, rôle de l'URSS, stratégie internationale etc...). Le a nippo-centrisme », résultante d'une société japonaise industrialisée, « supérieure », au sein d'une Asie sous-developpée « inférieure », est tributaire de l'insularité et en retour la renforce. Ceci rendit pour des années impossible le développement d'une conception stratégique de la révolution japonaise intégrant les facteurs sociaux, nationaux, économiques, inscrits dans la dynamique du développement vertigineux de l'impérialisme nippon. Ce n'est qu'avec la reconstruction de la section japonaise de la lVème Internationale, que les problèmes fondamentaux de la révolution japonaise ont été considérés et ses composantes analysées. La raison tient au fait que le champ de vision politique et théorique de cette organisation échappe à l'emprise de l'insularité du fait de l'intégration de la section japonaise à une pratique internationaliste, mondiale. De même, cette organisation s'approprie du fait de ses liens l'histoire du mouvement ouvrier international depuis les débuts de la ||lème Internationale et acquièrt une assise historique plus large aidant à sa « stabilité théorique ». La traversée de la période 61/67 pour des organisations, se fit d'une façon particulière. L'inactivité de la classe ouvrière était due à deux facteurs. Le premier est le déclin des indsutries traditionnelles où étaient employé un prolétariat syndicalement organisé dans le SOHYO et donc sous l'influence politique du PCJ dont il composait l'électorat. La place de ces secteurs de la classe ouvrière dans l'ensemble de la classe ouvrière suivit le déclin de leurs industries. Ainsi, vieillissait et commençait à disparaitre un passé récent du prolétariat japonais. Le second tenait à la constitution de secteurs ouvriers totalement nouveaux à la suite de la création d'industries nouvelles hautement développées et dotées d'une technologie de point. Le SOHYO ne parvint pas à s'implanter dans ces usines nouvelles, avec un personnel totalement « neuf » et sans traditions. Coincé par le syndicalisme d'entreprise totalement manipulé par le patronat qui exerce de la sorte un pouvoir absolu sur le personnel employé (l'exemple typique est l'usine ee voitures Toyota à Nagoya, où les travailleurs sont loges par les employeurs et vivent dans un circuit économique fermé, constitué par la direction de l'usine). La coupure entre les organisations à base d'étudiants et le mouvement ouvrier devint presque totale. Le fonctionnement des organisations révolutionnaires prit un tour substituiste, essentiellement confiné dans les frontières du mouvement étudiant et marchant à force de volontarisme.

Les groupes organisés dans la masse étudiante suivirent un cours secta pour conquérir une organisationnelle dans contrôler physiquement ire. Ils agirent principalement hégémonie quantitative et les universités, afin de une base sociale qui était l'essentiel de leur cela recrutement et indépendemment étudiants dans révolutionnaire.

du rôle politique spécifique des le processus de maturation

Ce phénomème permanent de substitutisme a conduit ces groupes à vivre comme des sociétés politiques fermées, s'affirmant comme fin en SOI. Le Zengakuren était l'enjeu de la bataille pour l'hégémonie.. Il en résulta un fractionnement du Zengakuren en tendances strictement délimitées, zones privées des groupes qui « possédaient » telle ou telle université et s'opposait à la pénétration des autres sur le terrain conquis. La logique de cette situation est naturellement l'affrontement violent entre les groupes. (Ainsi en août 70, un membre de l'organisation Kakumaru a été tué par des militants de Chukaku ). Il existe dans la terminologie politique de l'extrême-gauche japonaise un terme pour désigner ces affrontements : les «uchigeba». L'essentiel de la stratégie de ces groupes se réduisit dans les années à une donnée quantitative : aligner le plus possible de « ses » propres militants dans les manifestations de rue et aller le plus loin possible dans l'affrontement avec les flics. Cette toute relative militarisation de l'activité et du fonctionnement des groupes n'a pas résisté au rééquipement et à la réorganisation de la police dans le but de casser les manifestations. La technicisation des flics finit par dominer celle des groupes, à la suite de création d'unités spéciales de répression et « anti-émeutes ». Jusqu'en 1967/69, ces groupes ont bénéficié d'un retard important dans « l'affinement » et l'efficacité de l'appareil de répression de l'Etat capitaliste. Des illusions ont pu naître de cette situation et notamment de l'impréparation idéologique de la police. Le gouvernement remit les choses en ordre. Peu après Mai 68, le Ministre de l'Intérieur japonais fit une visite de travail auprès de Marcellin ! Le terrain unique d'action des groupes japonais fut bientöt reconquis par les « Kidotai», les flics spécialisés, dont l'hyper-mobilité et rapidité commença à peser sur le cours actif du mouvement étudiant. Ces flics ne recherchent pas d'entrée la brutalité et les coups. Dans certains cas, pour désintégrer des manifestations à caractère nettement combat if, ils n'affrontent pas les manifestants de face pour frapper mais ils pénètrent par unité dans le corps de la manifestation, la tronçonne, la font éclater. En même temps, ils coincent dans un étau de flics la tête de la manifestation, la direction et le service d'ordre et l'entraine en courant sur des kilomètres, jusqu'à épuisement. Ces messieurs, comme il se doit dans ce pays maitrisent Judo et Karaté. Les années 67,69 et 71 connurent des explosions étudiantes extrêmement puissantes et violentes. Du début octobre 67 à la mi-novembre, plusieurs millions d'étudiants entrèrent en action. Le Premier Ministre Sato devait faire une visite au Vietnam du Sud, ce à quoi s'opposèrent les étudiants. Trois mille manifestants bloquèrent l'aéroport d'Haneda le 8 octobre pendant 6 heures. 2 500 policiers les délogèrent mais une bataille d'une très grande violence eut lieu. Les étudiants et étudiantes flanqués de quelque 100 militants syndicalistes de l'aéroport ou des environs immédiats, incendièrent des voitures de flics ou prirent d'assaut des véhicules de la police pour les retourner contre elle. Une voiture de flic tua un manifestant et Hetano chef de la police métropolitaine de Tokyo déclara à la télévision le lendemain : « A partir de maintenant, nous traiterons les étudiants comme une bande provenant des bas-fonds de la société... ». Dix mille personnes, étudiants, professeurs et ouvriers, suivirent le cortège des funérailles de Yamasaki tué le 8 octobre. A la fin de la cérémonie, le président des Zengakuren fut arrêté par les flics. De nouveau, le 12 novembre, 6 000 reprirent la rue dans le centre de Tokyo pour empêcher Sato de partir aux USA, 700 flcs leur furent opposés. Plus de trois cents étudiants arrêtés, 121 flics blessés pour 51 étudiants. Deux années de bombardements du Vietnam du Nord par l'Administration Johnson avaient fait monter la pression chez les étudiants et cette énergie accumulée s'exprima dans le mois d'octobre 67, quand Sato voulut partir pour Saigon. La marque d'internationalisme qui était à l'origine de ces . manifestations eut un effet très grand, bien davantage qu'en 1960 pour démontrer le refus des organisations traditionnelles (PC, PS et le SOHYO) d'entrer en lutte. C'est à la suite de ces actions que prit racine dans la masse des étudiants et de moins nombreux jeunes travailleurs, l'idée d'orienter la lutte contre l'impérialisme japonais renaissant. Il était clair que la Japon était compris pour ce qu'il était : le complice direct des américains au Vietnam et cela fournit la base des luttes en 67 et par la suite. Les actions de 1967 avaient été précédées de la recomposition du Bundo, éclaté aux lendemains des manifestations de 1960. Le deuxième Bundo était l'assemblage multiples fractions issues l'éclatement de 1960-1961. Cette recomposition fut une des raisons principales de l'ampleur des luttes de 1967. Les autres étaient : la constitution d'un axe créé par l'alliance de ce 2ème Bundo avec le groupe Chukaken (Ligue Communiste Révolutionnaire du Japon, Noyau Central). Cet axe entraina la constitution du Zenkyoto (Front Unique de Contact des Etudiants) et d'un rassemblement des jeunes travailleurs à cette occasion: Le Hansen. Cette entente constitua la colonne vertébrale des manifestations d'octobre 1967 comme en 1968, durant les actions contre des bases militaires US. Une 38 atmosphère d'émeutes se créa de la sorte et plusieurs milliers d'inorganisés, de toutes origines rejoignirent les manifestations. Au cours des années 68-69, des thèmes politiques nouveaux succédèrent à ceux qui avaient fourni le moteur des mobilisations antérieures. Un mouvement d'occupation des universités, et surtout des deux principales à Tokyo : l'université Nihon et l'université de Tokyo, fit tåche d'huile. Le système capitaliste luimême devenait la cible de ce mouvement. Cette évolution politique des mobilisations entraîna des milliers d'étudiants et de jeunes travailleurs , mais elle n'exprimait pas encore une conception stratégique complète de la lutte contre le capitalisme au Japon. Malgré ses limites, cette évolution marqua une progression importante de la pensée politique de l'avantgarde « large ». Les agents de cette évolution politique émergèrent conséquemment à l'impact de la crise révolutionnaire de Mai 68 en France. Cette montée révolutionnaire de la classe ouvrière d'un des pays principaux de la chaine impérialiste mondiale produisit au Japon comme ailleurs dans le monde un effet considérable sur la masse de cette avant-garde « large ». La nouvelle génération de militants qui en constituait la totalité ne possédait qu'une compréhension lointaine et abstraite du rôle révolutionnaire du prolétariat et des manifestations les plus fortes de la lutte de classes. La classe ouvrière japonaise n'avait jamais offert un exemple ou un modèle de montée révolutionnaire par le passé et l'éducation marxiste ou historique transmise par le Parti Communiste Japonais à ses jeunes militants qui l'avaient quitté une dizaine d'années auparavant se réduisait à peu en quantité et à rien en qualité. Dès lors qu'un secteur de la classe ouvrière dans le monde prouvait à cette nouvelle génération de militants révolutionnaires quel pouvait étre son potentiel révolutionnaire, la réflexion et la recherche politiques des éléments les plus avancés de cette avant garde « large » s'infléchissaient vers les problèmes de la stratégie ouvrière, ce qui revenait à poser le problème de la pénétration dans le mouvement ouvrier. Au cours de l'été 68, sur invitation du mouvement étudiant japonais, (la cinquième fraction du Zengakuren), la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (dissoute par décision du gouvernement français en juin 68) dépêcha une représentante pour une tournée au Japon. Ainsi furent connus les événements de Mai 68 et débattus les problèmes soulevés par la montée révolutionnaire en France. Grâce à l'interpénétration des rythmes et des développements politiques au sein du mouvement étudiant dans le monde (et principalement dans les pays industrialisés), le Mai français contribua à la transformation de l'avantgarde japonaise. Cette transformation se traduisit immédiatement par un déséquilibre de cette avant-garde « large » devant des problèmes nouveaux auxquels elle n'était en aucune manière préparée. Des phénomènes d'éclatement s'en suivirent en même temps que de nouvelles organisations apparaissaient, principa lement la section japonaise de la Quatrième Interna tionale qui était reconstruite. Cette phase de transformation s'étendit sur près de deux années. Dans son cours, le mode répétitif des actions de masse violentes se perpétua. En 1969, les actions de rues violentes commencèrent à perdre leur efficacité, le renforcement de l'appareil policier en étant principalement responsable.

Le printemps de cette année fut marqué par des mo

IJA79 EL91+IRA TEL AR 2 1580 bilisations sur la question d'Okinawa. Okinawa est cette ile dans les iles Ryukyu à mi-chemin entre l'archipel japonais et l'ile de Taïwan que les Américains ont soustrait au Japon après la Seconde Guerre Mondiale pour en faire une base énorme d'entrepôt de matériels militaires, d'entrainement pour les troupes anti-guerilla, et de réparation et de repos pour l'aviation américaine en Asie. La population de l'ile a été soumise au pouvoir colonial américain ; elle se dressa à plusieurs reprises contre cette domination coloniale en solidarité avec les combattants vietnamiens, attirant à son tour la solidarité active des militants japonais qui firent d'Okinawa une des questions centrales des luttes anti-impérialistes et contre la présence américaine au Japon. Le 28 avril 69, le Bundo prit l'initiative de mettre sur pied la « journée d'Okinawa » et de mobiliser en conséquence. Le but fixé était l'occupation d'un collège universitaire de médecine à Tokyo, d'en faire le point focal du ralliement du mouvement à lancer pour ensuite marcher sur les édifices gouvernementaux dans Tokyo et les occuper. De cette manière la complicité du gouvernement japonais avec l'impérialisme américain pouvait être démontrée massivement et spectaculairement à toute la population et la machine gouvernementale pourrait être enrayée au profit d'Okinawa. Plusieurs centaines d'étudiants seulement participèrent à cette opération, marquant le déclin du mouvement et la « minorisation » d'une avant-garde étudiante partisanne de certains modèles d'action. La fraction maoïste qui avait scissionné du Bundo prit part à cette action, manifestant l'apparition nouvelle d'un courant maoïste dans le mouvement étudiant. L'engagement de quantité considérable de forces policières qui encerclèrenent le collège universitaire paralysa totalement l'entreprise qui tourna à l'échec. Cette tentative avortéerevêtit une importance réelle au sein de l'avant-garde japonaise. Elle détermina la naissance de la fraction Armée Rouge sous la forme originelle d'un groupe d'une cinquantaine de membres alors dénommé la « brigade de la tempête ». Le but de cette « brigade » était derechercherau cours de cette action à jouer le rôle d'un détonateur par l'affrontement avec la police, et de la sorte entrainer des milliers de manifestants pour créer une situation qui verrait les masses aspirées dans le combat dirigé directement contre le gouvernement, puisqu'il s'agissait de s'emparer de ses locaux. La volonté de répéter le processus de Mai 68 en France soustendait ce projet et exprimait une naiveté fondamentale :-la possibilité de mobiliser les masses travailleuses par l'usage de la violence, en dehors de toute considération pour la période, l'histoire et les traditions de la classe ouvrière japonaise ; la magie de la violence en soi élevée en principe de l'action politique allait commencer à faire se tordre sur lui-même et dégénérer un secteur de l'avant-garde japonaise. Le Bundo disparut de ce fait. La conception de l'affrontement répété en élevant chaque fois le degré de la violence et de l'exemplarité de la lutte, impliquait la négation de l'organisation révolutionnaire centralisée, d'une stratégie de la lutte politique concertée et rattachée aux mouvements de la conscience politique dans la classe ouvrière ou des secteurs déterminés à lutter en son sein. Ce substitutisme d'une partie de l'avant-garde doit être considéré avec attention dans ce qu'il exprime avant d'étre re jeté comme la manifestation d'une conception folle et erronnée de la lutte politique. Les traits particuliers de la société capitaliste insulaire du Japon sont à l'origine de ce phénomène politique unique qu'est la puissance et la longévité d'un mouvement étudiant politique capable de cette violence. Le Japon combine à la fois les caractéristiques sociales d'un pays capitaliste très fortement industrialisé de type occidental, et des caractéristiques communes aux autres pays de l'Asie extrême orientale. Cette combinaison fortement contradictoire détermine principalement la nature explosive, continue, des manifestations qui ont secoué la société japonaise sur une si longue période. Au travers de ces luttes, les contradictions sociales les plus marquées cherchent à se résoudre. Ce n'est pas sans rappeler les contra dictions inhérentes à la Russie tsariste au début du XXème siècle, qui sont dans le cas du Japon portées à un niveau supérieur, en rapport avec le degré et la vitesse du développement capitaliste du pays. Cette nature spécifique de la société capitaliste japonaise est sous-tendue par l'histoire unique du développement du capitalisme au Japon. L'avènement du capitalisme ne s'est pas produit par un « autodéveloppement » économique et social du pays. La société féodale est demeurée statique, les forces productives sont restées arriérées, l'économie de marché presque inexistante jusqu'au jour où la rencontre avec le capitalisme occidental en Asie extrême orientale a déclenché très brutablement la transformation capita liste du pays sur une période très réduite de moins d'un demi-siècle. La société japonaise a été saisie dans son sommeil féodal insulaire et s'est transformée pour sa propre défense face à la menace de l'impérialisme occidental. L'industrialistation du pays et la création d'une économie de marché se sont produits dans un cadre socio-politique totalement marqué par un féo dalisme dont les lois et les rapports humains se transmettaient à la nouvelle société capitaliste. Aucune révolution bourgeoise européenne ou nord-américaine n'avait enclenché ce processus ; aucune philosophie de la liberté ou une déclaration des droits de l'homme et du citoyen propre au développement d'une société bourgeoise ascendante ne marqua l'histoire du Japon. Le militarisme et le paternalisme ont enfermé la société capitaliste japonaise dès que les premiers milliers d'ouvriers industriels furent encasernés dans les usines. L'auto-transformation de la société féodale en une société industrielle capitaliste est le trait fondamental de la société japonaise. Il en résulte le retard du mouvement ouvrier qui n'a pas été « éduqué » par l'histoire d'une bourgeoisie démocratique ou l'action sur des dizaines d'années de groupements révolutionnaires. Ainsi, la lutte pour le socialisme au Japon est caractérisée par l'interelation de la lutte pour les libertés démocratiques fondamentales (comme elles peuvent ou ont pu exister en Occident) et la destruc tion de l'économie de marché capitaliste. Le Japon d'aujourd'hui, en passe de devenir la deuxième puissance économique du monde doit cette position à sa structure socio-historique. Les a apports démocratiques » de l'impérialisme amé ricain au Japon après sa défaite n'ont été qu'une pommade de maquillage. La maturation de la génération d'après-guerre dans un monde capitaliste international de plus en plus intégré, à été la condition subjective déterminante pour l'explosion intermittente de la so 40 ciété japonaise dans sescouches jeunes. Les années 60 ont été les années du terrible boom économique de l'économie japonaise qui a appliqué plus vite et plus radicalement qu'ailleurs les enseignements de la révo lution technologique de l'industrie. Les effets de l'in dustrialisation du Japon au XIXème siècle sur la société d'alors qui fut broyée se retrouvent en partie au cours de l'introduction par le patronat de la troisième révolution indistrielle. C'est la jeunesse qui en fit les frais, c'est elle qui réagit. Comme aucune formation politique, soit le parti socialiste, soit le parti communiste, ne put s'opposer à cette réorganisation brutale de la société, la jeunesse étudiante sans passé et sans mémoire opposa sa propre violence à la machine étatique. Ceci fut encore aidé par l'intégration de la société japonaise à l'impérialisme mondial, qui permit la pénétration des récits historiques et des écrits théoriques du mouvement ouvrier d'Occident. Ils pénétrèrent la pensée des nouvelles génératios, et définirent le sens des luttes. Le Bundo s'est fait l'interprète de la théorie de la violence. Il a eu le courage d'agir en rapport avec ses conceptions et en conséquence il a imposé sa marque aux autres tendances de l'extrème-gauche japonaise qui ont été obligées de l'affronter sur son terrain, ou de le suivre. Le Bundo se concevait comme le catalyseur des luttes. Il a été le précurseur à une échelle de masse des phénomènes internationalement développés (Weathermen aux Etats-Unis, Fraction Armée Rouge en Allemagne, un peu la Gauche Prolétarienne en France, FPLP en Palestine, divers mouvements en Amérique Latine, etc....) caractérisés de manière incorrecte d'ultra-gauchistes. L'idée fondamentale de Bundo, que l'on retrouve de manière indépendante chez d'autres groupements dans le monde, est le rejet de la conception selon laquelle des crises économiques peuvent faire surgir des crises révolutionnaires, et qu'en conséquence tout travail de type économiste doit être abandonné. C'est principalement en réaction au réformisme des PC et PS au Japon que cette « théorisation » vit le jour, fondant l'idéologie d'une partie de la Nouvelle Gauche au Japon (ainsi qu'elle s'appelait) par oppo sition à la Vieille Gauche réformiste. Mais cette opposition allait loin dans son expression théorique et son application pratique. L'idée était qu'il fallait appliquer la conception de la dynamique de l'insurrection comme cela se produisit contre les gouvernements Sato et Kishi. Les masses devaient affronter le régime capitaliste indépendamment des médiations économiques déterminantes dans le développement de la conscience de classe anti-capitaliste. La formulation tréorique de cette conception de la lutte politique s'énonçait ainsi : le développement des luttes politiques de couches larges de la société doit se combiner avec les luttes économistes des syndicats afin de pro duire la violence à une échelle de masse, la fonction du Bundo étant d'agir comme catalyseur au moyen de tactiques actives et défensives. Alors les yeux des masses s'ouvriraient et leur compréhension politique en découlerait, puisque la dénonciation pratique de la nature anti-démocratique du Parlement et de la fonc tion de la Police serait faite. Le primitivisme politique qui présidait à ces rêves évéillés de la lutte révolu tionnaire mourut avec l'Armée Rouge, l'incarnation organisationnelle de ces conceptions. Un élément fondamental était repris par l'Armée Rouge et érigé en principe fondamental du combat politique indépendemment de tout contexte socio-économique: c'est la conception de la politique offensive comme cata lyseur, en contradiction absolue avec la conception des réformistes de l'attente patiente de la crise à venir. Ces conceptions du Bundo exprimaient davantage une théorisation à postériori des luttes dirigées par l'avant-garde étudiante dans sa phase ascendante que la présentation de thèses nouvelles pour les luttes à venir. C'était méconsidérer les transformations internes de l'appareil d'Etat japonais, devenu capable de bloquer le processus politique impulsé depuis plusieurs années par le Bundo, au moment où sa direction affirmait que les années écoulées étaient celles du « mouvement étudiant offensif » qui avait permis la désintégration de la Vieille Gauche et que la période qui s'ouvrait allait être celle des « nouvelles vagues du mouvement ». Cette vision était justifiée par les conclusions tirées de la transformation du capitalisme japonais en un impérialisme moderne accompagné de la reconstruction de son armée. Le document de fondation de l'Armée Rouge portait en tête : « Créons l'Armée Rouge Mondiale, créons le Front Révolutionnaire Mondial ». L'automne 69 marque la fin d'une phase de l'histoire du mouvement étudiant japonais. L'ile l'Okinawa devait étre rendue au Japon par les Américains et le gouvernement japonais devait utiliser cette occasion pour organiser une manifestation démagogique -SUr la reconquête finale par le Japon de son indépendance. Le premier ministre Sato devait quitter le Japon pour aller signer le recouvrement de l'ile. L'Armée Rouge conçut l'idée de saisir cette occasion pour déclencher une insurrection, pour déclarer la constitution du Gouvernement Révolutionnaire Provisoire ; bien qu'ils savaient devoir être réprimés et envisageaient même d'être tués, les membres de l'Armée Rouge pensaient que cette entreprise allait permettre 'ouverture d'un Front de Guerre civile au Japon. Le mouvement sur Okinawa se produisit à une échelle de masse, mais l'Armée Rouge fut noyée dedans et ses visions ne trouvèrent pas le terrain d'application recherché. L'Armée Rouge développa ses structures autonomes, s'enfonça dans la clandestinité pour réapparaître dans la cabine d'un Boeing de la Nippon Airways détourné le 31 mars 70 sur la Corée du Nord et encore plus tard lors du 30 mai 72 pour le mitraillage de l'aéroport de Lod en Israël organisé en commun avec le FPLP de Georges Habbache. Plusieurs phases de l'histoire de l'Armée Rouge ont eu lieu. Des ruptures avec des liquidations physiques de membres (appelés soldats) se produisirent ainsi que des recompositions jusqu'aux effritements finaux de cette année. Le détail de cette histoire sort du cadre de l'analyse de l'avant-garde japonaise et est à lui seul un domaine propre. Ces développement exprimaient un problème fondamental commun à toutes les nouvelles organisations dans le monde: la liaison politique et organisationnelle permanente avec les masses. Le débat réel qui traversa le Bundo comme le reste de l'avant-garde japonaise trouva une réponse par la création de l'Armée Rouge. Une autre réponse, marxiste cette fois, commença à prendre forme par la reconstruction de la section japonaise de la Quatrième Internationale, la Ligue Communiste Révolutionnaire du Japon. A son Quatrième Congrès en août 70,on aborda les problèmes fondamentaux de la révolution japonaise comme partie intégrante de la révolution antiimpérialiste et anti-bureaucratique en Asie extrêmeorientale. Une conception dialectique et antiinsulaire de la lutte révolutionnaire apparaissait seulement et ouvrait une réflexion sur le développement du marxisme en Asie orientale. Dans notre prochain numéro, nous publierons la suite de cette étude sur le développement de l'extrêmegauche japonaise, depuis 1970, en insistant particulièrement sur le travail et les positions politiques de la section japonaise de la Quatrième Internationale, présentement. Bibliographie : AMPO : 14 numéros publiés depuis 1970. Réalisés par des militants révolutionnaires japonais indépendants, principalement regroupés dans le mouvement Beheiren (mouvement pacifiste contre la guerre du Vietnam. Ces numéros sont d'excellente qualité et ont produit des analyses très souvent remarquables. La Gauche Révolutionnaire au Japon, par Bernard Béraud (Editions du Seuil, 1970). Seul document sur cette question écrit en langue française, écrit par un journaliste vivant au Japon. Demeure imprécis, souvent incomplet, mais intéressant pour les données in. formatives et les repères de dates. La généalogie des groupes politiques établies dans le livre est fausse. II date maintenant et demeure superficiel. Thought and Behaviour in modern japanese politics, par Masao Maruyama (1969, Oxford University Press). Une série d'études remarquables sur le nationalisme, le militarisme dans la vie politique au Japon. En fait une analyse de l'idéologia dominante. Très important.

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