Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 5 (n° 55)

Caractéristiques de la révolution japonaise

Sakai · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 5 (n° 55) · 24 décembre 1972 · p. 43-44 · 1 866 mots

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Le facteur essentiel qui a conditionné la situation asiatique dans son ensemble et même la situation politique interne du Japon néo-impérialiste est le rapport des forces entre la révolution asiatique (avec en son centre la révolution chinoise, et à sa tête la lutte de libération vietnamienne depuis les années 60) et les forces contre-révolutionnaires de l'impérialisme américain dans cette région. Le Japon néo-impérialiste a été placé sous la dépendance complète de l'impérialisme US aussi bien sur le plan politique que militaire. Depuis la victoire de la révolution chinoise en 1949, l'énorme édifice des forces militaires US a été le facteur décisif qui a réussi à endiguer le développement permanent de la révolution asiatique, particulièrement en Asie orientale dans les années 50. La guerre de Corée (50-53) constitua un tournant décisif dans la situation politique asiatique, ou tout du moins dans la situation de l'Extrême-Orient et: du Sud-Est Asiatique. La guerre de Corée et la première guerre d'Indochine ont tissé un jeu d'inter-relations directes avec la révolution chinoise, et l'impérialisme US. La guerre de Corée fut la première étape de l'affrontement ouvert entre la révolution chinoise et l'impérialisme US. Le gouvernement chinois fut contraint de reconnaître l'impérialisme US comme la force impérialiste dominante, encerclant la Chine. rialiste dominante, encerclant la Chine. Le gouvernement chinois en a déduit une politique défensive : « la révolution en deux étapes », « le sociahinoise de la politique de coexistence pacifiques la politique extérieure Chou-en-Lai. Cette politique a dominé les résultats finaux de la première guerre d'indochine. Après la guerre de Corée et la conférence de Genève, il y a eu une certaine stagnation du processus de révolution permanente en Asie, sous l'énorme pression contre-révolutionnaire de l'impérialisme US. Les masses de cette région du monde exprimaient leurs aspirations politiques de façon défensive et déformée : les efforts des Chinois pour construire le « socialisme dans un seul pays », en alliance avec la bureaucratie soviétique, et en cherchant des alliés politiques du côté des bourgeoisies coloniales nationa listes ; la « neutralité » des représentants de la bourgeoisie coloniale, Nehru, Bandaranaike, Sukarno, Ne Win, Shianouk ; au Japon le renforcement du Parti Socialiste, pacifiste de gauche, et le « pacifisme » et l'« économisme » du parti bourgeois au pouvoir. Le sentiment général de toutes les masses d'Asie était un profond pacifisme de gauche. Qu'il füt de gauche reflétait la victoire de la révolution chinoise et qu'il füt profond reflétait la demi-défaite de la (deuxième) révolution asiatique (des années 40 jusqu'au début des années 50) dans la confrontation avec l'impérialisme US malgré la demi-victoire que représentait

Men Chine, au Nord Vietnam et en Corée du Nord. Aussi, après la guerre de Corée et la première guerre d'Indochine, un équilibre politique s'était établi entre l'impérialisme, avec les USA comme principale force contre-révolutionnaire, et la révolution asiatique avec la révolution chinoise comme base principale. Dans cet équilibre, la révolution asiatique occupait une position défensive. Après la guerre de Corée, la société bourgeoise néoimpérialiste japonaise et son Etat étaient sous la protection des forces militaires US face à la menace des forces potentielles de la révolution asiatique. Après la défaite du vieil impérialisme japonais, résultat d'un part de la résistance armée du peuple chinois, et d'autre part des coups puissants et directs de l'impérialisme US avec ses énormes forces militaires, l'impérialisme US devint la principale force impérialiste dans l'Extrême Orient . Surtout après le début de la guerre de Corée, l'impérialisme US avait construit une structure politicomilitaire unifiée sous l'hégémonie absolue de ses propres forces militaires dans cette région . le Taïwan de Tchang Kai Chek était protégé de la Chine continentale par la marine US de la Septième Flotte et à partir de ses bases navales de Yokosuka et Sasebo au Japon : la Corée du Sud de Syngman Rhee était un Etat contre-révolutionnaire anti-communiste sous la domination totale de l'impérialisme US, un Etat colonialo-militaire formant un rempart contre l'Etat ouvrier de Corée du Nord avec l'URSS et la Chine derrière lui; l'ile d'Okinawa était une base militaire US avec bombardiers stratégiques, missiles et armes nucléaires destinés à la Chine, cette base était le support des forces militaires US en Corée, à Taïwan et en Asie du Sud-Est. Ainsi la société bourgeoise néo-impérialiste japonaise était entièrement protégée militairement et politiquement des forces potentielles de la révolution coloniale asiatique. La bourgeoisie japonaise pouvait consacrer toutes ses énergies à l'expansion économique « pacifique ». Donc le pouvoir impérialiste réel dans l'Asie du Sud-Est était l'impérialisme US ; la société industrielle néo-impérialiste du Japon, l'Etat colonialo-militaire de Corée du Sud, la colonie militaire d'Okinawa et la soi-disante a Chine » (Taïwan) de Tchang furent intégrés dans un seul complexe politique sous l'hégémonie militaire absolue de l'impérialisme US ; nous désignons comme un « complexe » la structure de la domination impérialiste dans l'Extrême Orient

Get nous préconisons une révolution combinée dans tout l'Extrême-Orient , une combinaison de la révolution socialiste dirigée par le prolétariat au Japon, de la révolution coloniale en Corée et de la lutte à Okinawa contre les gigantesques bases US pour ne pas parler de la libération de Taïwan : c'est là un seul et même processus de révolution permanente. Après 1964-65, la bourgeoisie japonaise a commencé à se développer comme force impérialiste internationale ; en sus de l'impérialisme US sur le plan économique dans le complexe impérialiste de l'Extrême Orient et du Sud-Est asiatique. Quatre ou cinq ans après la signature du traité entre le Japon et de la Corée du Sud, qui en 1965 a normalisa » les rapports entre les deux pays, l'économie du Corée du Sud était entièrement dépendante de l'économie japonaise et l'économie de Taïwan en était en grande partie dépendante. La même année, Okinawa avec ses bases US fut vendue au Japon; ainsi, la bourgeoisie japonaise doit couverner directement l'ile, le gouver- nement japonais doit protéger les bases US des habitants d'Okinawa. La bourgeoisie japonaise est ainsi devenue une force économique dominante dans le complexe impérialiste de l' Orient. Cependant l'armée japonaise est à peine de taille à contróler toutes les iles tandis que les forces militaires US protègent tout le bloc impérialiste contre la Chine et l'URSS Au niveau politique, la bourgeoisie japonaise est très faible en Extrême Orient d'une façon générale. Fondamentalement l'orientation internationale du néo-impérialisme japonais est économique, s'appuyant sur le pouvoir politico-militaire des USA pour contrer les forces potentielles de la révolution coloniale dans cette région. En conséquence, toute Crise de l'impérialisme US dans cette région entraine une crise politique directe nationale et internationale du néo-impérialisme japonais. Nous devons apprécier correctement le caractère profondément pacifiste des masses urbaines et rurales japonaises. Ce pacifisme a des causes objectives aussi bien politiques que sociales. Le vieil impérialisme japonais s'appuyait sur deux facteurs fondamentaux : la faiblesse politique de l'Asie coloniale, et surtout de la Chine, et le caractère politiquement arriéré et oppressif de la société rurale japonaise. Le premier facteur était la condition fondamentale pour l'expansion impérialiste du Japon en Extrême Orient, et plus tard en Mandchourie et en Chine Centrale Le deuxième facteur permettait l'établissement de l'Etat

• absolutiste » et bureaucratique qui refusait les droits démocratiques bourgeois élémentaires aux masses laborieuses. L'armée et la police étaient les forces politiques essentielles de l'Etat japonais. En 1945, la vieille armée japonaise fut complètement dissoute par l'impérialisme US ; par ailleurs, en 1949, la révolution chinoise remportait la victoire, et le nouvel Etat chinois n'était pas faible. Après la défaite, l'appareil administratif fortement centralisé et extrêmement oppressif fut décentralisé. Les droits démocratiques bourgeois les droits de réunion, d'expression, d'organisation dans des syndicats, et de grève, furent accordés à la classe ouvrière : une réforme agraire très radicale fut appliquée dans la société rurale. Après la guerre de Corée, la bourgeoisie japonaise maintint sa domination politique sur la classe ouvrière grâce essentiellement à deux facteurs: la reprise et l'expansion économiques relativement rapides soutien politique de la petite bourgeoisie urbaine et rurale au parti bourgeois dominant qui bénéficiait de la protection militaire du bloc impérialiste de l'Extrême Orient sous la domination militaire US. Le caractère profondément pacifiste des masses reflète la destruction du vieil impérialisme japonais et son armée et les grandes faiblesses politiques de la bourgeoisie japonaise par rapport à la Chine Nouvelle. L'orientation profondément « pacifiste » de la bourgeoisie japonaise tournée vers le développement économique, après la guerre de Corée, fut rendu possible par la protection militaire US. D'autre part, sans ce caractère pacifiste de sa politique, la bourgeoisie japonaise n'aurait pas pu contrer la classe ouvrière en s'appuyant sur la petite bourgeoisie rurale et urbaine. La paysannerie « libérée » par la réforme agraire bourgeoise n'était pas préte à accepter des sacrifices politicoeconomiques pour soutenir la grande bourgeoisie contre la classe ouvrière. Pour cette raison, on peut 44 dire que la société bourgeoise japonaise fut profondément « pacifiée » politiquement et socialement après la défaite de 1945. Si la grande bourgeoisie tentait une remilitarisation agressive-de son régime néo-impérialiste, une différenciation politique se dessinerait au sein de la petite bourgeoisie pacifiste. Cela donnerait l'occasion à la classe ouvrière de prendre la tête des couches mécontentes et radicalisées de la petite bourgeoise et cela entraînerait pour la grande bourgeoisie une dégradation importante du rapport de forces. A l'heure actuelle, la grande bourgeoisie doit faire face à deux problèmes difficiles. A cause du décalage grandissant et de la contradiction entre les industries urbaines hautement développées et la paysannerie indépendante de la société rurale pré-capitaliste, la situation économique et politique se dégrade et les paysans commencent à se méfier du parti bourgeois au pouvoir. En même temps, la situation dans ,la société urbaine devient moins favorable à la grande bourgeoisie. Pendant les années 60, le trade-unionisme de droite s'est très rapidement renforcé parmi les travailleurs des industries en plein développement et il est maintenant largement, majoritaire dans le secteur privé. Cependant, son influence politique nationale est très limitée dans la petite bourgeoisie urbaine et rurale. Le trade-unionisme de droite est politiquement isolé dans de larges couches de la population. Deuxièmement, la croissance économique connait un ralentissement et cela va ébranler ses bases objectives. Troisièmement, un profond mécontentement se développe parmi la population urbaine à cause de la hausse rapide des prix des biens de consommation et la dégradation des conditions de vie urbaine. Ainsi la grande bourgeoisie et son parti commencent à être isolés des larges masses et il se développe une situation favorable à un gouvernement centre gauche ou un gouvernement de coalition de la social-démocratie de gauche et de droite et du parti boudhiste. Donc une militarisation agressive du néo-impérialisme japonais signifierait une aggravation de la situation décrite ci-dessus. La militarisation agressive du néo-impérialisme japonais ne serait réalisable que dans le cadre de la transformation de l'Etat japonais en Etat policier, ce qui impliquerait une défaite de la classe ouvrière japonaise. Même dans l'hypothèse d'une telle opération, les graves problèmes sociaux urbains et les contradictions existant entre les industries urbaines et l'agriculture ne pourraient étre résolus. La révolution d'après-guerre n'eut pas lieu et n'est pas accomplie aujourd'hui. La situation future verra se développer une véritable situation révolutionnaire, qui est dans un certain sens une continuation de la révolution avortée d'après-guerre.

Sakai

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