Au temps de Lénine et Trotsky, l'Internationale Communiste considérait que l'appartenance de communistes aux loges maçonniques, était en contradiction flagrante avec les principes d'une organisation révolutionnaire. Du point de vue de classe, la franc-maçonnerie est en effet une organisation bourgeoise. Dès que la troisième Internationale fut fondée c'était là une évidence pour tous les partis communistes, à l'exception du parti communiste français. A l'époque du 4ème Congrès mondial de l'Internationale Communiste il apparut cependant que bon nombre de dirigeants et de membres du PCF fréquentaient les loges. Le PCF, issu de la scission de la SFIO au congrès de Tours, avait gardé en son sein un grand nombre de militants qui étaient au fond restés des sociaux-démocrates. Pire, direction Cachin-Frossard qui était à la tête du parti à l'époque considérait la question avec mansuétude. Le 4ème Congrès (novembre 1922) de l'Internationale Communiste dut adopter une « résolution sur la question française ». Cette résolution se prononçait, cela va de soi, pour l'incompatibilité entre le communisme et cette société secrète bourgeoise.
Elle disait : * Le fait qui s'est révélé d'une façon inattendue au 4ème congrès de l'Internationale Communiste, de l'appartenance d'un nombre considérable de communistes français aux loges maçonniques est, aux yeux de l'Internationale Communiste, le témoignage le plus manifeste et en même temps le plus pitoyable que notre parti français a conservé, non seulement l'héritage psychologique de l'époque du réformisme, du parlementarisme et du patriotisme, mais aussi des liaisons tout à fait concrètes, extrémement compromettantes pour la tête du Parti, avec les institutions secrètes, politiques et carriéristes de la bourgeoisie radicale ». Cette résolution ajoutait que : l'« Internationale considère comme indispensable de mettre fin, une fois pour toutes, à ces liaisons compromettantes et démoralisatrices de la tête du parti communiste avec les organisations politiques de la bourgeoisie. L'honneur du prolétariat de France exige qu'il épure toutes ses organisations de classe des éléments qui veulent appartenir, à la fois aux deux camps en lutte ». Et la même résolution ajoutait encore que quiconque dissimulait son appartenance à la franc-maçonnerie semit considéré comme un agent de l'ennemi de classe. Léon Trotsky qui était l'artisan de cette résolution avait consacré un de ses premiers écrits, rédigé durant sa captivité sous le régime tsariste, en 1898-1899 à une histoire matérialiste de la franc-maçonnerie. Malheureusement, ainsi qu'il le relate lui-méme dans son auto-biographie intitulée « Ma vie », le manuscrit, qui ne fut jamais publié, s'égara. Le texte que nous présentons ci-dessous fut écrit par Léon Trotsky dans le cadre de la discussion sur la francmaçonnerie et le PCF. On peut s'étonner du fait que ce texte ne figure pas dans l'ouvrage « Le mouvement communiste en France (1919-1939) » dans lequel Pierre Broué a rassemblé les textes de Trotsky qui concernent ce sujet. Quelques mots d'explication sont nécessaires sur ce point. Le 9 mars 1966 Pierre Broué donna une conférence à Bruxelles sur la crise des PC en Europe Occidentale, à l'initiative des étudiants socialistes belges. Après cette conférence, j'eus l'occasion de discuter avec lui. Nous eúmes une discussion à batons rompus sur toute une série de sujets politiques. Je savais qu'il allait éditer « Le Mouvement Communiste en France » et je lui demandai s'il avait connaissance du texte « communisme et franc-maçonnerie » de
Trotsky. Il me répondit par l'affirmative en ajoutant que ce texte figurait dans l'anthologie. « Le Mouvement Communiste en France » parut un an plus tard. Non seulement ce texte n'y figure pas, mais les notes de Pierre Broué qui introduisent la partie de l'ouvrage consacré à cette période passe entièrement sous silence la question de la franc-maçonnerie. A propos du rapport de Trotsky sur la question française au 4ème Congrès Mondial (rapport reproduit dans l'anthologie et qui consacre quelques pages à la franc-magpnnerie), Pierre Broué se contente de dire « C'est lui (Trotsky) qui présente le rapport et rédige les résolutions qui seront adoptées » (p. 101). Cette ommission peut paraitre curieuse. De la part de l'historien et du militant qu'est Pierre Broué, elle ne peut s'expliquer que comme un acte politique: la volonté de minimiser une position de principe, importante, volonté qui s'éclaire aujourd'hui à la lumière du comportement de l'organisation dont Pierre paroles : l'OCI. et franc-m Les méthodes politiques du capitalisme Le développement du capitalisme a toujours approfondi et approfondit sans cesse les antagonismes sociaux. Les efforts de la bourgeoisie ont toujours tendu à émousser ces antagonismes en politique. L'histoire du siécle dernier nous présente une extréme diversité de moyens employés par la bourgeoisie à cet effet. La répression pure et simple est son argument ultime ; elle n'entre en scène que dans les moments critiques. En temps « normal », l'art politique bourgeois consiste à retrancher pour ainsi dire de l'ordre du jour la question même de la domination bourgeoise, à la masquer de toutes sortes de décors politiques, juridiques, moraux, religieux, et esthétiques et à créer de cette façon dans la société l'impression de la dolidité inébranlable du régime existant. Il est ridicule et naif, pour ne pas dire un peu sot, de penser que la politique bourgeoise se fait tout entière dans les parlements et dans les articles de tête des journaux. Cette politique se fait aussi au théâtre, à l'église, en poésie lyrique, à
Broue est un des porte-
Guy DESOLRE connerie l'Académie et à l'école. La bourgeoisie enveloppe de tous côtés la conscience des couches intermédiaires et même de catégories importantes de la classe ouvrière, empoisonnant la pensée, paralysant la volonté. C'est la bourgeoisie russe, primitive et mal douée, qui a le moins réussi dans ce domaine, et elle en a été cruellement punie. La poigne tsariste mise à nu, en dehors de tout systême compliqué de camouflage, de mensonge, de duperie et d'illusions, se trouva insuffisante. La classe ouvrière russe s'empara du pouvoir. La bourgeoisie allemande, qui a donné incomparablement plus dans les sciences et dans les arts, était politiquement d'un degré à peine supérieur à la bourgeoisie russe : la principale ressource politique du capital allemand était le Hohenzollern et le lieutenant prussien. Et nous voyons actuellement la bourgeoisie allemande occuper une des premières places dans la course à l'abime. Si vous voulez étudier la façon, les méthodes et les moyens par lesquels la bourgeoisie a grugé le peuple au cours des siécles, vous n'avez qu'à ouvrir l'histoire des plus anciens pays capitalistes : l'Angleterre, et la France. Dans ces deux pays, les classes dirigeantes ont affermi peu à peu leur domination en accumulant sur la route de la classe ouvrière des obstacles d'autant plus puissants qu'ils étaient moins visibles. Respectability et traditions anglaises Le trône de la bourgeoisie anglaise se serait brisé s'il n'eût été entouré d'une atmosphère de respectability, de tartufferie et d'esprit sportif. Le bâton blanc des policemen ne protége que la ligne de repli de la domination bourgeoise et une fois le combat engagé sur cette ligne, la bourgeoisie est perdue. Infiniment plus importante pour la conservation du régime britannique est l'imperceptible toile d'araignée de respectability et de lacheté devant. les commandements bourgeois et les « convenances » bourgeoises qui enveloppe les cerveaux des trade-unionistes, des chefs du Labour-Party et de nombreux éléments de la classe ouvrière elle-même. La bourgeoisie française vit, politiquement, des intérêts du capital hérité de la Grande Révolution. Le mensonge et la perversion de la démocratie parlementaire sont suffisamment connus et, semble-t-il, ne laissent plus place à aucune illusion. Mais la bourgeoisie fait de cette perversion méme du régime son soutien. Comment ? Par l'entremise de ses socialistes. Ces derniers, par leur critique et leur opposition, prélévent sur les masses l'impôt de confiance et, au moment critique, transmettent toutes les voix qu'ils ont recueillies à l'Etat capitaliste. Aussi la critique socialiste est-elle actuellement un des principaux étais de la domination bourgeoise. De méme que la bourgeoisie française fait servir à ses buts non seulement l'Eglise catholique, mais aussi le dénigrement du catholicisme, elle se fait servir non seulement par la majorité parlementaire, mais aussi par les accusateurs socialistes, ou même souvent anarchistes, de cette majorité. 56
Le meilleur exemple en est fourni par la dernière guerre, où l'on vit abbés et francsmaçons royalistes et syndicalistes libertaires, se faire les tambours enthousiastes du capital ensanglanté. Cléricalisme et francmaçonnerie en France Nous avons prononcé le mot : franc-maçonnerie. La francmaçonnerie joue dans la vie politique française un rôle qui n'est pas mince. Elle n'est en somme qu'une contrefaçon petite-bourgeoise du catholicisme, féodale par ses racines historiques. La république bourgeoise avançant tantot sa gauche tantôt son aile droite, tantôt les deux à la fois, emploie dans un seul et méme but soit le cléricalisme authentique, ecclésiastique, soit sa contre-façon petitebourgeoise, la francmaçonnerie, où le rôle des cardinaux et des abbés est joué par des avocats, par des tripoteurs parlementaires, par des journalistes véreux, par des financiers juifs, bedonnants ou en passe de le devenir... La franc-maçonnerie ayant baptisé le vin fort du catholicisme et réduit, par économie petite-bourgeoise, la hiérarchie céleste au seul « Grand Architecte de l'Univers », a adapté en même temps à ses besoins quotidiens la terminologie democratique : Fraternité, Verite, Equité, Vertu. La franc-maçonnerie est un élément, non point officiel, mais extrêmement important du régime bourgeois. Extérieurement, elle est apolitique, comme l'Eglise; au fond, elle est contrerévolutionnaire comme elle. A l'exaspération des antagonismes de classe, elle oppose des formules mystiques sentimentales, et les accompagne, comme l'Eglise, d'un rituel de Mi-Carême. Contre-poison impuissant, de par les ressources petites-bourgeoises, contre la lutte de classe qui divise les hommes, la francmaçonnerie, comme tous les mouvements et organisations du même genre, devient ellemême un instrument incomparable de lutte de classe entre les mains de la classe dominante contre les opprimés. Le grand art de la bourgeoisie anglaise a toujours consisté à entourer d'attention les chefs surgissant de la classe ouvrie. re, à flatter leur respectability, à les séduire politiquement et moralement, à les émasculer. Le premier artifice de cet apprivoisement et de cette corruption, ce sont les multiples sectes et communautés religieuses où se rencontrent sur terrain « neutre » les représentants des divers partis. Ce n'est pas pour rien que Lloyd George a appelé l'Eglise « la centrale électrique de la politique ». En France, ce rôle, en partie au moins, est joué par les loges maçonniques. Pour le socialiste, et plus tard pour le syndicaliste français, entrer dans une loge signifiait communier avec les hautes sphères de la politique. Là se lient et se relient les relations de carrières ; des groupements et des clientèles se forment, et toute cette cuisine est voilée d'une crête de morale, de rites et de mystique. La franc-maçonnerie ne change rien de cette tactique, qui a fait ses preuves à l'égard du communisme: elle n'exclut pas les communistes de ses loges, au contraire, elle leur en ouvre les portes toutes grandes. Elle cesserait d'étre elle-même, si elle agissait autrement. Sa fonction politique consiste à absorber les représentants de la classe ouvrière pour contribuer à ramollir leurs volontés et, si possible, leurs cerveaux. Les « frères » avocats et préfets sont naturellement trés curieux et enclins à entendre une conférence sur le Communisme. Mais est-ce que le frère de gauche, qui est le frère cadet, peut se permettre d'offrir au frère aîné, qui est le frère de droite, le Communisme sous le grossier aspect d'un bolchévik le couteau entre les dents ? Oh ! Le Communisme qui est servi dans les loges maçonniques doit être une doctrine trés élevée, d'un pacifisme recherché, humanitaire, reliée par un très subtil cordon ombilical de philosophie à la fraternité maçonnique. La maçonnerie n'est qu'une des formes de la servilité politique de la petite bourgeoisie devant la grande. Le fait que des « communistes » participent à la maçonnerie prouve la servilité morale de certains pseudo-révolutionnaires devant la petite-bourgeoise et, par son intermédiaire, devant la grande. Inutile de dire que la Ligue Pour po pour la Défense des Droits de ¡'Homme n'est qu'un des accès de l'édifice universel de la démocratie capitaliste. Les loges étouffent et souillent les ámes au nom de la Fraternité ; la Ligue pose toutes les questions sur le terrain du Droit. Toute la politique de la Ligue, comme l'a démontré avec clarté la guerre, s'exerce dans les limites indiquées par l'intérêt patriotique et national des capitalistes français: Dans ce cadre, la Ligue a tout le loisir de faire du bruit autour de telle ou telle injustice, de telle violation du droit : cela attire les arrivistes et abasourdit les simples d'esprit. La Ligue des Droits de l'Homme a toujours été, de même que les loges maçonniques, une arène pour la coalition politique de socia listes avec les radicaux bourgeois. Dans cette coalition, les socialistes agissent, bien entendu, non pas comme représentant de la classe ouvrière, mais individuellement. Toutefois l'importance prise par tel ou tel socialiste dans ces loges est déterminée non pas par le poids de sa vertu individuelle, mais par l'influence politique qu'il a dans la classe ouvrière. Autrement dit : dans les loges et autres institutions du même genre, MM. les socialistes tirent profit pour euxmêmes du rôle qu'ils jouent dans le mouvement ouvrier.
Et ni vu, ni connu, car toutes les machinations sont couvertes par le rituel idéaliste.
L'adhésion des communistes à la franc-maçonnerie est un scandale intolérable
Bassesse, quémandage, écorniflage, aventurisme, arrivisme, parasitisme au sens le plus direct et le plus matériel du mot, ou bien, en un sens plus mot, ou bien, en un sens plus occulte et e spirituel » -voilà ce que signifie la francmaçonnerie pour ceux qui viennent à elle d'en bas. Si les amis de Léon Blum ou de Jouhaux s'embrassent dans les loges avec leurs frères du bloc des gauches, ils restent, ce faisant, dans le cadre de leur rôle politique: ils parachévent dans les séances secrètes des loges ce qu'il serait incongru de faire ouvertement en séance publique du parlement ou dans la presse. Mais nous ne pouvons que rougir en apprenant qu'il y a dans un Parti Communiste (!!!) des gens qui complètent l'idée de la dictature du prolétariat par la fraternisation dans les tenues maçonniques avec les dissidents, les radicaux, les avocats et les financiers. Si nous ne savions rien de plus sur notre Parti français, cela nous suffirait pour dire avec Hamlet : «Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark...». L'Internationale peut-elle permettre la prolongation de cet état de choses scandaleux? Ce serait tolérer que le Parti Communiste français occupat dans le système du conservatisme démocratique la place de soutien de gauche occupée autrefois par le Parti Socialiste. Mais cela ne sera pas, nous avons trop foi en l'instinct révolutionnaire de l'avantgarde prolétarienne française. D'une lame impitoyable, elle tranchera une fois pour toutes les liens politiques, philosophiques, moraux et mystiques qui rattachent encore la tête de son parti aux organes déclarés ou masqués de la démocratie bourgeoise, à ses loges, à ses ligues, à sa presse. Si ce coup laisse au dehors de notre parti quelques centaines et même quelques milliers de morts politiques, tant pis pour eux. Tant pis pour eux et tant mieux pour le parti du prolétariat, car ses forces et son poids ne dépendent pas du seul nombre de ses membres. Une organisation de 50.000 membres, mais construite comme il sied, qui sait fermecomme il sied. qui sait ferme.
ment ce qu'elle veut et qui suit la voie révolutionnaire sans Jamais sen ecarter peut sans jamais s'en écarter peut et doit conquérir la confiance de la majorité de la classe ouvrière, et occuper dans la Révolution la place directrice. Une organisation de 100.000 membres comprenant centristes, pacifistes, franc-maçons, journalistes bourgeois, etc... est condamnée à piétiner sur place sans programme, sans idée, sans volonté - et jamais ne pourra conquérir la confiance de la classe ouvrière. La franc-maçonnerie est une plaie sur le corps du communisme français. Cette plaie, il faut la cautériser au fer rouge.
Ci-dessus, le Grand Maitre
Fred Zeller. Sur la grande
1O.C.I. défilent devant leurs
«camarades» franes-maçons aumur des fédérés.
NOTES
Hohenzollern : nom de la dynastie qui portait la couronne impériale allemande, lors de la proclamation de la république en 1918.
Lloyd George : chef du parti libéral britannique. Homme d'Etat impérialiste. Représenta la Grande
Bretagne à la conférence de
Versailles de 1919.
Jouhaux : dirigeant droitier de la
CGT française
Bloc des gauches : coalition des radicaux et des socialistes, qui triompha aux élections de 1924 et porta au pouvoir le gouvernement
Ed. Herriot, et à la présidence de
PRINCIPES GENERAUX DE
Article j
La Franc-Maçonnerie, Institu pique, philosophique et progres de la vérité. Tétude de la morale elle travaille à l'amélioration tionnement intellectuel et social
Elle a pour principes la tole autres et de soi-même. la liberté
Considérant les conception du domaine exclusif de l'appréc bres, elle se refuse à toute affir la république le radical
Doumergue.
Dissidents : les sociauxdémocrates, mis en minorité au
Congrès de Tours, décembre
1920, qui constitua le PCF, ils se séparèrent de la majorité et continuèrent avec Blum, l'ancienne
SFIO. A Tours, la motion communiste obtinrent 3.208 mandats, les motions social-démocrates respectivement 1.022 et 394.
Source : « Le Drapeau Rouge », hebdomadaire du Parti Communiste belge, 30.12.22. - « Lutte de classe », revue de la section belge de la IVème Internationale,
No 6, avril 1964.
L'ORDRE MAÇONNIQUE remier tion essentiellement philanthro live, a pour objet la recherche et la pratique de la solidarité :
atérielle et morale, au perfec de l'humanité.
rance mutuelle, le respect des absolue de conscience.
• métaphysiques comme étant ation individuelle de ses memnation dogmatique
Elle a pour devise : Liberté. Egalité. Fraternité.