1er septembre 1972
La même presse affairée à souligner, il y a trois mois, l'usure, le piêtinement de l'offensive de printemps du FNL, doit admettre aujourd'hui, bon gré, mal gré, que le peuple vietnamien ne cède pas dans son effort gigantesque de résistance à l'impérialisme américain et à ses mercenaires. Au cours de juillet et d'août, les bombardements contre la RDV ont atteint un degré sans précédent de férocité. Des villes entières (par exemple Dong Hai, ville du bassin minier) ont été bombardées par les B 52. L'aviation américaine a attaqué les digues cherchant à provoquer des inondations meurtrières. Les raids US ont atteint le rythme journalier de 700 dans la seule nuit du vendredi 11 août au samedi 12 août, les B 52 ont effectué, à eux seuls, 35 raids. Mais le Vietnam a tenu. Epreuve des armes, épreuve de vérité 29 juin 72 : Nixon pavoise ; il souligne dans un long discours l'e épuisement de l'offensive des FAPL » et déclare « la situation a été retournée (...) Les Sud-vietnamiens en sont maintenant à l'offensive... ». La deuxiême phase de la bataille de Quang Tri commençait. Rameutées de toutes les régions du Sud-Vietnam, les meilleures troupes de Thieu étaient lancées sur Quang Tri avec pour but de reconquérir la ville. Dix jours plus tard, la presse annonçait que ces troupes, après avoir atteint Quang Tri, l'abandonneraient à nouveau. Trois raisons étaient données : - le pillonnage par l'artillerie des FAPL : - les attaques des FAPL sur les arrières et les flancs des troupes saigonnaises (coupant la route No 1, paralysant les troupes de Thieu) : - enfin le caractère de « bunker » de Quang Tri transformée par les FAPL en une véritable forteresse. Deux jours plus tôt, Saigon affichait les communiqués de victoire. La presse relevait cependant que « les Américains se demandent si les révolutionnaires n'ont pas tendu un piège à leurs adversaires à Quang Tri s. Il s'agissait bien d'un piège, les troupes de Thieu allaient s'y enferrer. Durant tous les mois de juillet et d'août, les meilleures unités saïgonnaises essayèrent de reprendre Quang Tri. En vain, malgré le pillonnage de l'aviation US. Le 28 juillet, après avoir une fois de plus crié victoire, les troupes de Thieu évacuaient la citadelle de Quang Tri e en fait, jamais investie véritablement = (Le Monde du 29.7.72). Un officier US déclare : « Il ne servait à rien de s'accrocher, car les parachutistes perdaient 150 hommes par jour ». Ainsi Quang Tri se révélait être un - piège qui en se refermant faisait de la ville e un gouffre à soldats d'élite ». 15 à 20 % des soldats gouvernementaux engagés tombaient selon Saigon. Le 8 août, UPI faisait état de divergences entre conseillers US et Thieu sur la bataille de Quang Tri. Pour les conseillers US, le coût de la bataille était trop élevé pour l'armée saigonnaise : pour Thieu, la prise de Quang Tri était un symbole. Les troupes saigonnaises s'acharnêrent, donc les combats redoublèrent de violence. Le 12 août, la presse révélait que 300 a 600 combattants seulement des FAPL tenaient Quang Tri mettant en échec près de 10 000 adversaires. Les FAPL utilisaient donc avec la plus grande efficacité le système défensif « Quang Tri Nord ».
construit par les USA depuis 1967, retournant contre l'ennemi ce que celui-ci avait forgé comme une arme essentielle. Le Monde du 17 août donnait le coût de la bataille de Quang Tri, 6012 soldats saigonnais hors de combat, soit une dizaine de bataillons, parmi les meilleures unités de Thieu : fusillers marins, parachutistes et fantassins de la 1ère division. Cependant, conseillers US et état-major saigonnais n'avaient pas attendu pour abandonner les déclarations triomphalistes de fin juin et souligner la gravité de la situation. Le 8 août, les e experts » américains passaient aux aveux. Ils soulignaient : 1) le a principal succês des maquisards : pénétrer dans les campagnes alors que les troupes de Saïgon étaient occupées sur le champ de bataille ». 2) le caractère d'offensive prolongée des F.A.P.L. « Hanoï ne chelche pas la victoire militaire totale en 1972 . 3) l'approvisionnement pour plusieurs mois des F.A.P.L. 4) les pertes modérées des F.A.P.L. (70 000 hommes contre 181 000 en 1968), pertes peu sensibles sur les champs de bataille où elles ont été compensées par l'arrivée de nouveaux renforts du Nord. Cette analyse confirmait entièrement la dépêche en date du 11 juin, de Pete Annette (Associated Press) rapportant la situation d'infériorité stratégique des troupes saigonnaises. « Nous n'avons pas les hommes nécessaires pour lutter aux deux endroits », sur les points chauds et dans les campagnes., déclarait un officier sud-vietnamien à Pete Annette. Autrement dit, nous ne pouvons faire face à la combinaison guerilla-points d'attaque des F.A.P.L. Si nous maintenons notre réseau, nous ne sommes pas assurés de garder les villes, si nous tentons d'enrayer les attaques des F.A.P.L. sur nos lignes de défense, nous sommes contraints de renoncer au contrôle des campagnes. Voulant éviter à court terme la multiplication des défaites de type Quang-Tri, l'étatmajor américano-saigonnais a concédé aux F.A.P.L. d'énormes régions. Le 11.7.72, tel conseiller US reconnaissait que le nombre de villages administrés par le FNL était passé de 19 à 320 dans la province de Binh Dinh (a l'Est de Pleiku). Un autre conseiller déclarait le Ter août « à l'exception de la route No 4, dans le Delta, les forces de Saigon contrôlent pas grand' chose ». Enfin Wilbur Wilson, principal conseiller américain pour le Delta, déclarait à la même epo que à James Fox (Politique Hebdo du 3.8.72] « Aujourd'hui nous en sommes revenus au même point qu'en 1965 ». Aveu significatif : on se souvient que la situation était si critique en 1965 pour le régime fantoche saigonnais que les EtatsUnis décidaient de prendre directement en charge les combats par l'envoi de centaines de milliers d'hommes et par les bombardements massifs, systématiques de la RDV. La détérioration de la situation dans le Delta fut un fait majeur et constant de l'évolution de la situation en juin, juillet, août ; l'axe stratégique de la route No 4 est aujourd'hui constamment menacé par les FAPL. Dans le Delta, la colonne vertébrale du régime saigonnais est à nu. Les troupes saigonnaises n'ont pu empêcher un formidable renversement de situation dans le Delta : le réseau de la pacification s'est déchiré pour laisser place à un immense filet d'opérations de guerilla et de soulêvement de population que les campagnes du
Delta referment autour des troupes saigonnaises Début juin, les B 52 interviennent a proximité de la route No 4. A la fin août le filet de la guerre populaire du Delta a gagné la région de Saïgon. A 15 km de Saigon, les ponts sont coupés et les pressions des FAPL s'exercent aujourd'hui sur les principaux points centraux du système défensif de Saigon (Lai Khé, Long Binh). Depuis juin les attaques contre les bases américaino-fantoches se sont aussi multipliées notamment sur Bien Hoa (principale base américaine au Sud-Vietnam), lam Manh. Le bilan de cinq mois d'offensive des
FAPL est désastreux pour le régime Thieu et les
USA. De plus, il ne laisse pas présager une diminution de la pression des FAPL. Apres la défaite de Salgon au Laos en janvier-mars 1971, les conseillers américains estimaient à six mois le délai nécessaire pour « refaire les divisions de
Thieu ». Le 11 juin, Saigon reconnaissait qu'il faudrait deux ans au régime pour reprendre le terrain perdu e à condition que le corps de bataille nord-vietnamien soit brisé »- Mais un conseiller américain n'hésitait pas à déclarer à la même époque que deux ans serait le délai nécessaire pour remettre sur pied l'armée de Thieu et qu'il faudrait trois à quatre fois plus de temps pour ramener la pacification à son niveau le plus haut (1970-71). Fin juin, Cao Van Tien, le chef d'état-major saigonnais, en personne, déclarait s'attendre à « une grande offensive du FNL avant novembre (...) offensive qui réservera bien des surprises dans les domaines du matériel de guerre, de la stratégie impérialistes à la défaite de l'agression américaine en Indochine ! Surprendre les troupes saigonnaises. En juillet et en août, le Monde souligna . plusieurs fois « la réapparition des chars nordvietnamiens au Vietnam du Sud et au Cambodge » (titre d'un article du 11 août). Ainsi des chars ont été repérés à Binh Son dans un rayon de moins de 50 km de Saïgon. Enfin l'attaque éclair contre Que San le 19 août démontre de façon éclatante qu'après cinq mois d'offensive, la capacité d'initiative des FAPL est aussi vive et redoutable qu'aux premiers jours de l'offensive. C'est à Quang Tri que la chute de Que San est comparée. La chute de Quang Tri mettait à découvert Hué, la chute de Que San met à découvert Da Nang, la deuxième ville du Sud-Vietnam par son importance numérique. La contreoffensive lancée par l'état-major américanosaigonnais pour reprendre le chef-lieu de district et la vallée du même nom semble revêtir les mêmes aspects que la contre-offensive sur Quang Tri. Des FAPL en nombre réduit se sont retranchés sur cette première ligne défensive de Da Nang enlevée soudainement et les troupes de Thieu piétinaient dans leur tentative de balayer les FAPL. Un nouvel abcès de fixation des troupes de Thieu vient d'être créé. De telles situation interdisent au régime de Thieu toute initiative à moyen terme. Les troupes saigonnaises sont acculées à des sursauts soigneusement prévus et étudiés par le commandement des FAPL. Elles n'ont pas eu depuis mars, une seule initiative d'ordre stratégique. Sur le plan strict de la stratégie militaire, la défaite des troupes de Saïgon est indubitable. La vietnamisation peut encore survivre quelques mois. Mais elle agonise. Sa mort ne fait pas de doute. C'est cette certitude qui fonde le courage extraordinaire, tant des combattants du FNL que ceux de la RDV et la détermination des populations des zones libérées du Sud et en RDV. La victoire ne peut échapper au peuple vietnamien. Le devoir des militants révolutionnaires et de faire reconnaître aux cliques impérialistes occidentales cette défaite historique et de faire cesser les destructions monstrueuses que l'administration Nixon perpétue contre le Nord Vietnam. Ce qu'il s'agit plus que jamais de défendre aujourd'hui par notre soutien, c'est non seulement le droit inaliénable du peuple vietnamien à l'autodétermination, mais aussi pour 'ui, les conditions minimales d'édification d'une áconomie de transition vers le socialisme. Les bombardements contre le Nord et le Sud grèvent chaque jour davantage l'avenir du Vietnam. Non seulement ils font des milliers de victimes civiles, mais ils rendent de plus en plus douloureux les lendemains de la victoire du Front National de Libération au Sud Vietnam. Nous en sommes conscients, aussi devons-nous lutter sans reläche pour la fin de l'agression US et soutenir le plan en 7 points de réglement du conflit avancés le 1er janvier 71 par le GRP, plan refusé par Nixon, réaffirmé d'une façon exemplaire par le GRP, plan qui est le base du réglement de la guerre au Sud Vietnam.
Les semaines qui viennent ont un caractère crucial pour la révolution vietnamienne. Le moment est particulièrement propice pour faire du Vietnam une pierre d'achoppement de la politique impérialiste. Contraignons de l'intérieur les métropoles impérialistes à la défaite de l'agression américaine en Indochine. Soutien total aux peuples d'Indochine !