« La période à venir est celle des con plus dures épreuves et supporter les considérables sur tous les plans ».
Que la vérité d'une situation ne se réduise pas aux clichés que l'on peut en prendre et ne peut être atteinte que par l'analyse politique la presse démocratique bourgeoise vient de le prouver une fois de plus de façon remarquable. Le 8 mai 1972, Bernard Ullmann (AFP, Nouvel Observateur) termine ainsi un article sur la débacle de Quang Tri : « Que fait-on, n'importe où au Vietnam, au printemps de 1972, sinon attendre la fin de la guerre et l'arrivée victorieuse des chars de Giap ? ». Nous citons Ullmann, car il dit le mieux la tonalité générale de la presse démocratique à cet instant là. Un mois plus tôt, le premier article que « Rouge » consacra à l'offensive des FAPL (Rouge No 158, 8 avril 72) « Vive l'offensive de printemps du FNL », faisait figure de rabat joie. Alain Petersen écrivait en effet: & Imaginer que les forces révolutionnaires vont converger vers Saïgon et libérer sans coup férir l'ensemble de la péninsule indochinoise est tout à fait utopique ». Mais bien qu'une partie de la presse révolutionnaire ait continué à expliquer dans les semaines qui suivirent que la prise des grandes villes et en particulier de Saïgon n'était pas l'objectif de l'offensive en cours, on ne put empêcher que le mot d'ordre « GRP à Saigon » s'imposat dans les manifestations et le cœur de la plupart des militants antiimpérialistes. Mot d'ordre inexact : ou bien il signifiait un objectif de lutte sur le terrain et il entretenait la confusion sur la nature de l'offensive en cours ou bien il exprimait un vœu ; et s'il est vrai que le GRP sera un jour ou l'autre à Saïgon, il le sera au sein d'une formule de coalition qu'il a proposée, proposition qui n'apparaît pas dans le mot d'ordre « GRP à Saïgon ». Il s'agissait donc d'une affirmation saisissante 2 abats les plus acharnés, où la population et ses forces armées devront traverser les plus lourds sacrifices, mais c'est égale premier bi l'offens de de printen rces arm populaires libérat et passionnée d'attachement à la lutte du
FNL et non d'un mot d'ordre.
Reste que le cadre d'analyses donné alors par les militants révolutionnaires permet d'éviter le pessimisme qui succède dans les colonnes de la presse démocratique bourgeoise à l'optimisme irréaliste des premières semaines de l'offensive.
Le même journaliste qui parlait le 8 mai des « chars victorieux de Giap » fonçant vers les villes du Sud-Vietnam, écrivait pour le Nouvel Observateur du 19 juin un article titré : « les « erreurs » de Giap ». Les guillemets étaient mis à « erreurs » mais pas justifiés. Ullmann ne cachait pas se faire l'écho des propos des militaires US, mais il ne donnait aucun argument de réfutation de leurs propos. Au contraire les éléments de « reportage » qu'il fournissait, étayaient les analyses des conseillers US. Ainsi pouvait-il écrire : « Dans le « plan général » de
Hanoï et du front, tel qu'il m'a été exposé par les spécialistes américains, les soulévements populaires, contrairement à ce qui s'était produit pendant la campagne du
Tet 68, ne devaient prendre place qu'en dernier lieu, après une série de victoires militaires décisives. Toujours est-il que, jusqu'à présent, dans l'ensemble, les masses n'ont guère bougé et on n'a signalé que peu de défections, à l'exception notable de celle d'un colonel héros de la bataille de
Hué en février 68 - il avait hissé lui-même le drapeau jaune et rouge du Vietnam du
Sud sur la citadelle reconquise - et qui, depuis sa capture incite régulièrement ses camarades à la désertion, à la radio du front ».
Quant « aux victoires décisives » à l'exception de Quang Tri, quelles sont-elles ?
La question n'est pas clairement posée par
Ullmann. C'est que la réponse est déjà adnent celle où nos victoires seront très
Nguyen Huu Tho Président du Front National de Libération Le 20 décembre 1971 lạn zve ees Ide lon mise. L'offensive de Giap s'est enrayée.
Pourquoi ? Et Ullmann de rapporter les déclarations des états-majors américains :
« La coordination de l'adversaire (FAPL)
de l'utilisation des blindés, de l'artillerie et des fantassins a été désastreuse ». Autre
« erreur » attribuée à Giap, la non exploitation de la victoire de Quang Tri. Pourquoi Giap n'a-t-il pas rameuté toutes les troupes disponibles pour enfoncer les défenses que les « marines » tentaient hâtivement d'édifier sur la rivière My Chanh, à km au nord de Hué : pourquoi n'a-t-il pas foncé vers l'ancienne capitale impériale, alors que l'exode en catastrophe des restes de la 3ème division et de la population créait dans les rangs saigonnais, un climat de panique ?
Autrement dit pourquoi Giap ne s'est-il pas comporté comme Patton (ou Guderian pendant la seconde guerre mondiale) ?
Réponse US : notre matraquage aéro-naval a découragé, désorganisé les approvisionnements nord-vietnamiens. Commentaire de
Ullmann : « Bref, Giap est devenu, comme ses adversaires, quoique à un moindre degré, l'esclave de la logistique ». Conclusion : terminées les offensives « classiques », retour à la guérilla. Le minage des ports du nord, la destruction des voies de communications, « les lourdes pertes infligées aux blindés et à l'artillerie lourde nord-vietnamienne » « sont en train de contraindre l'état-major de Hanoï et le
Cosvin (commandement communiste pour le Vietnam du Sud, installé quelque part au
Cambodge) à réviser diamétralement leurs plans, à revenir à des actions plus limitées et moins « conventionnelles ».
Hypothèse sous jacente : Giap s'est risqué sur le terrain de la guerre classique. Il avait surestimé ses forces (ou sous estimé la puis- sance de feu US). II a été battu. Mais il dispose de toutes les cartes de la guerre populaire contre laquelle les B 52 ne peuvent pas grand chose. Cette idée se trouve paradoxalement étayée dans un article de Lacouture en date du 26 juin « par une personnalité chinoise (qui) évoquait l'hypothèse d'un retour des Vietnamiens à une guérilla prolongée, il ajoutait, non sans ironie, (poursuit Lacouture parlant de cette « importante personnalité ») que ce retour à une stratégie à la chinoise, après une tentative de guerre classique encouragée par Moscou, constituerait aux yeux des peuples une preuve éclatante des mérites de la guerre révolutionnaire ». De tels propos dans la bouche des conseillers US sont plutôt réjouissants, et ils prouvent simplement que les militaires US ne comprennent rien au niveau atteint aujourd'hui par la guerre du peuple au SudVietnam. Dans la bouche des dirigeants chinois, ils ne cessent d'être inquiétants. Outre le fait qu'on peut y voir une condamnation voilée de l'intervention des divisions de la RDV au Sud, cette thèse accrédite l'idée d'une guerre révolutionnaire incapable de se hausser au niveau d'offensives d'ampleur contre les armées impérialistes, incapables de remporter des victoires « décisives ». Elle traduit une incompréhension non seulement des droits fondamentaux de la lutte du peuple vietnamien (compénétration de la défense de la RDV et de la lutte offensive au Sud-Vietnam) mais aussi des traits généraux de la guerre du peuple qui ne se limite nullement à compenser par la mobilisation politique et militaire, l'infériorité numérique et technologique des forces révolutionnaires face aux armées imimpérialistes et réactionnaires mais qui vise aussi à surmonter cette infériorité en renversant les rapports de forcesnon seulement sur le plan numérique mais aussi technologique. Lorsqu'on sait la tradition de guerre révolutionnaire inscrite dans la révolution chinoise, on est d'autant plus surpris par de tels propos. Le souci de faire passer la lutte contre la direction soviétique avant tout autre considérant politique conduit les dirigeants chinois à de singulières aberrations. La moindre n'étant pas d'ajouter à la confusion qui règne dans le monde quant à l'enjeu de la révolution vietnamienne. D'un allié, la RPC, dont l'aide est indispensable à la lutte du peuple vietnamien, l'on est en droit d'attendre une connaissance des objectifs vietnamiens qui se démarquent de la mé-compréhension des journalistes démocrates d'occident. Ce n'est pas le cas. L'idée que l'offensive du printemps du FAPL était télécommandée de Moscou, ou faite avec l'aval des Podgorny, qu'elle était donc erronée (conception révisionniste bourgeoise de la lutte) qu'elle ne pouvait atteindre ses objectifs, cette idée ne sert pas la lutte du peuple vietnamien. Elle flatte toutes les confusions que véhiculent les analyses US de la situation. Pire, elle autorise la propagande US. Ainsi Ullmann écrit (nouvel Observateur du 19 juin) « Podgorny (...) lors de sa visite dans la capitale nord-vietnamienne, en octobre dernier, avait donné le feu vert pour le grand assaut de cette année ». C'est pour mieux souligner l'autorité de l'URSS et attacher au voyage de juin de Podgorny une « solution de paix ». La diplomatie de Nixon par Chine et URSS interposées paierait donc ? Nixon, au moment même où il pousse la violence de l'intervention US à un niveau jamais atteint, a-t-il réussi diplomatiquement à débloquer la situation ? C'est accréditer une politique qui, tant sur le plan militaire, que sur le plan diplomatique, a complètement failli et dont la direction vietnamienne a souligné l'impasse. C'est décidément, faire la part belle à l'impérialisme US. On pourrait multiplier les exemples : ainsi l'éditorial du Monde des 7 et 8 juin titre : «un conflit dans l'impasse » et déclare * Aux troisième mois de leur offensive, les Nord-Vietnamiens et leurs alliés du FNL n'ont pas pris d'autres villes importantes que Quang Tri. Les forces de Saigon après leur première débacle près de la zone démilitarisée se battent bien dans l'ensemble : elles résistent toujours à An Loc et à Kontum (...) les militaires US ont l'impression que l'offensive communiste est stoppée et que la perspective d'un effondrement militaire s'est fort éloignée ». L'éditorial poursuit en décrivant le « pourrissement du delta ». La guerre populaire se porte bien mais Giap ne peut remporter de « victoire militaire décisive ». Les bombardements US sont efficaces mais Thieu ne réussira jamais à « pacifier » les campagnes du Sud-Vietnam. Voilà la formule de l'impasse. Et puisque tout le monde est coincé pourquoi chaque camp ne ferait-il pas des concessions nouvelles pour faire enfin avancer la négociation ? « Peut-on espérer que la constatation de cette impasse amènera les deux camps à négocier sérieusement ? » se demande l'éditorialiste du Monde. Car ni le GRP ni Nixon ne seraient sérieux dans leurs propositions de paix ? Merveille de l'objectivité (démocrate-bourgeoise), voilà le plan de paix en sept points de l'agressé, le plan du GRP , renvoyé dos à dos avec les huit points de l'agresseur impérialiste, le plan de « guerre prolongée » du président Nixon. La lutte la plus actuelle, la plus importante de notre époque est décidément bien méconnue. Alors il faut rappeller inlassablement quelques vérités « oubliées » par les journalistes s'illusionnant en avril et pessimistes en juin. Tout d'abord que l'offensive du printeraps 72 n'est en rien un abandon de la guerre révolutionnaire populaire mais le passage de cette guerre à un stade nouveau sans précédent dans l'histoire de la lutte du peuple vietnamien.
batailles sur les fronts technologique et logistique Il faut en finir avec les clichés associant guerre du peuple et paysans aux pieds nus faisant usage d'arbalètes. Certes à la condition qu'elle bénéficie d'un élan des masses, une guerre révolutionnaire peutcommencer dans un dénuement presque total mais il est non moins clair qu'un objectif prioritaire de la lutte est alors de surmonter le handicap, de se procurer les armes nécessaires pour affronter au mieux l'adversaire, et c'est dans le camp impérialiste que les forces révolutionnaires ont trouvé l'essentiel de leurs armes pendant les longues années de la lutte de résistance. De 1959 à 1963 les Américains ont été les principaux fournisseurs en matériel de guerre du Front National de Libération. La livraison d'armes soviétiques et chinoises n'a pas diminué le mouvement de récupération des armessur|'adversaire. Aufuretà mesure que la guerre US devenait une guerre de plus en plus automatisée, de plus en plus technologique, faisant appel à toutes les ressources de l'appareil industriel et scientifique des Etats-Unis, mobilisant pour la guerre des milliers de chercheurs travaillant à mettre au point des armes de mort redoutables, il devenait de plus en plus impératif pour la résistance vietnamienne de se hausser au niveau de la maitrise technologique des armes de guerre de plus en plus perfectionnées utilisées par l'impérialisme US. Car c'est la condition de la neutralisation de la supériorité technologique de l'adversaire. Car c'est la condition du développement de la lutte révolutionnaire. De 1969 à 1972 la guerre révolutionnaire au Vietnam a accompli un bond : grâce à la réalisation d'un plan d'élévation du niveau de maîtrise scientifique et technique des masses armées vietnamiennes, grâce à un effort remarquable de développement culturel des forces révolutionnaires. Pour parvenir à ce but, le FNL n'a pas hésité à abandonner du terrain et du temps à l'adversaire impérialiste. En 1971 on ne peut plus guère raisonner comme en 1964 et dresser la carte des zones libérées du Vietnam. Il y a bien sür des zones sanctuaires (arrosées de bombes) de la Résistance, dans lesquelles troupes US et saïgonnaises ne s'aventurent guère mais la reprise du territoire par l'appareil militaire et policier du régime de Thieu est effective. Cependant cette réimplantation physique des forces de Thieu dans les campagnes en signifie pas pour autant une implantation politique. L'organisation populaire de résistance demeure : un village peut être entièrement rallié au GRP et cependant être nominalement sous le contrôle militaire d'un poste fantoche. Malgré l'assassinat de dizaines de milliers de personnes censées collaborer avec le front, le plan « Phonix » dit de « pacification » des campagnes n'a pas réussi à destructurer le réseau politique et militaire de la Résistance. Les opérations menées contre les zones sanctuaires (forêt d'Uminh par exemple) n'ont pas abouti (malgré des mois de lutte). Assurées de ces points d'appui, de la force des structures politiques issues du Têt 68, les forces révolutionnaires ont fait porter leur effort au cours de ces années de « vietnamisation de la guerre » vers la formation, l'éducation, la restructuration des FAPL. Un article de Pomonti dans le Monde du 16.10.71 donnait des indications précieuses sur la réstructuration militaire des FAPL. Pomonti soulignait la diversité et la densité de l'organisation militaire de la résistance, l'apparition d'unités nouvelles « conçues en 1970 et qui se sont manifestées pour la première fois en avril dernier (71). Il s'agit des mang (forces inter-villageoises)... un mang est formé d'une section de fantassins, d'une autre de sapeurs (y compris des hommes grenouilles) et d'une troisième de guérilléros locaux. Il compte 120 hommes environ. Cette unité est plus mobile et mieux équipée que les « bataillons à mission spécial » actifs depuis 1970, ou les « cum » apparus voilà plus de deux ans. Chargé tout aussi bien du recrutement des déserteurs que de l'attaque des postes les plus faibles, le mang doit s'adapter à des missions diverses. Il ressort de ces descriptions un fait frappant : l'intégration de plus en plus étroite des forces de guerilla (guerillos locaux) aux forces régulières des FAPL. Pomonti, lui, en tire une conclusion inverse, la dissolution des ces forces régulières en petites unités de guerilla et donc l'orientation de la résistance vers les « petites attaques »Orientation qui correspondrait à une révision de la stratégie de la Résistance opérée en 1969 et qui romprait durablement avec l'idée de la première résistance que pour boutter définitivement l'adversaire impérialiste hos du territoire national il faut en arriver à la e troisième phase de la guerre révolutionnaire (la phase conventionnelle) ». Il va de soi qu'une telle analyse ne préparait pas les esprits à l'offensive de printemps des FAPL et qu'elle explique la surprise que causa celle-ci même parmi les journalistes les mieux informés. Pomonti fondait son analyse sur le constat de l'éclatement en petites unités des forces populaires. Il ne voyait pas que cet éclatement faisait partie d'un plan d'ensemble derenforcement de ces forces populaires. Pomonti faisait une description très remarquable des réalités militaires du front mais il ne voyait pas le processus, le mouvement en cours, qui leur donnait leur signification. Dans un article de Rouge (6-11-71, No 131, Résistance acharnée, victorieuse) nous analysions de façon différente les éléments fournis par Pomonti. Nous insistions sur deux points : la bataille de la maitrise technologique, la bataille de la logistique. Nous insistions beaucoup plus sur l'aspect logistique que l'aspect « maitrise technologique », mais il est certain que ces éléments étaient aussi cruciaux l'un que l'autre. Nous écrivions : « La guerre de destruction US pose le problème de la logistique à un niveau supérieur à celui d'avant 1968 et a fortiori de 1953. Le système de repérage par l'aviation US des déplacements de troupes est à ce point perfectionné (guerre électronique) qu'une véritable course au renforcement de la logistique du front indochinois a été engagée par les forces révolutionnaires. On ne peut plus se payer le luxe de déplacer des troupes nombreuses pendant de nombreuses heures. Les pistes doivent être démultipliées également les caches, les abris, les entrepots de matériel militaire, médical sinon les pertes en matériel acheminé d'un front vers l'autre, ou du nord vers les autres fronts seraient énormes. Les forces armées populaires lancées dans des opérations d'envergure, soumises au pilonnage de l'aviation US, s'épuiseraient sans un arrière proche L'arrière doit être partout Les « opérations d'envergure » que viennent depuis le 30 mars 72 de lancer les FAPL prouvent que la bataille de la logistique entreprise de façon intence depuis 70 (notamment l'automne) au Sud-Vietnam a été gagnée. Les de la logistique entreprise de façon - intense depuis 70 (notamment l'automne) au Sud-Vietnam a été gagnée. Les affirmations US d'un Giap a esclave de sa logistique » sont absurdes. Les victoires que viennent de remporter les FAPL sont précisément dues à leur supériorité logisti que, leur maitrise du terrain, du moment et des conditions de l'attaque, leur initiative stratégique.
Supériorité logistique, car elle allie puissance de feu et mobilité. L'armée saïgonnaise pour puissante et bien armée qu'elle soit, est une armée conventionnelle. Les « divisions de Giap » dont les officines de propagande impérialiste nous ont rabattu les oreilles sont une armée populaire révolutionnaire. Et c'est pour cela que l'armée saïgonnaise courra de défaites en défaites. Lese Observateurs » occidentaux ont attribué le succès de l'attaque des FAPL aux « armements modernes » : un véritable mythe a été édifié là-dessus. En fait la puissance de feu des FAPL reste bien inférieure à celle des forces américano-fantoches : dans une bataille de front les forces populaires ne pourraient pas tenir très longtemps.
Mais il ne s'agit précisément pas d'offensives frontales ; la puissance de feu des FAPL peut surprendre et écraser l'adversaire, parce qu'elle est concentrée à un moment donné sur un point précis, parce que le matériel militaire perfectionné est utilisé avec la plus grande efficacité. Nous écrivions : « Face à la technologie américaine, il est nécessaire d'intégrer à la lutte de guérilla, un matériel perfectionné qui exige des connaissances techniques accrues, mais aussi une meilleure utilisation du terrain, la multiplication d'ateliers de réparation, la formation de spécialistes ad hoc, toutes tâches qui multiplient l'effort d'éducation et de mobilisation des populations.
De même la production autarcique doit être encouragée, ainsi que l'édification de multiples bases pour répondre aux besoins des forces armées de Libération sans que le Nord-Vietnam ait à en supporter tout le poids à bout de bras. En ce sens le renforcement de l'épine dorsale du Front Indochinois (provinces de Rattanakiri au Cambodge, le Sud Est et l'Est du Laos, l'Ouest des Hauts Plateaux au Sud-Vietnam, l'axe dit Piste Ho Chi Minh) a été décisif pour le: luttes récentes et à venir des forces de libération. Le « Nhan Dan » en janvier 71 indiquait : « Pour vaincre un ennemi qui nous est supérieur dans le domaine de l'équipement et de la technologie il faut arriver à créer un vaste réseau logistique qui recouvre tous les champs de bataille pour servir à temps les forces populaires qui engagent le combat partout et à n'importe quel moment ». Avec la défense victorieuse de la piste Ho Chi Minh, avec l'évolution de la situation au Cambodge, c'est cet objectif que les forces révolutionnaires sont en train de remplir. Cette victoire, le Pentagone feint de ne pas la voir, (le Vietcong se serait « évanoui » aux dires des chefs de file de la CIA à Saïgon). C'est pourtant d'elle que les forces militaires révolutionnaires tirent leur capacité d'initiative militaire. Sans doute aurait-il fallu expliquer plus longuement quel effort d'éducation, donc politique, la maitrise des techniques modernes d'armement avait réclamé des cadres du Front National de Libération et de l'ensemble des forces armées de libération. L'intégration des guerilleros locaux à des unités composées en partie de spécialistes des armes modernes (parmi le corps des sapeurs) a familiarisé dans leur masse les forces armées populaires avec le maniement des armements les plus modernes. L'utilisation des chars et de l'artillerie lourde par les divisions régulières de l'APL n'est donc en rien surprenante.
la logistique des
FALP C'est parce que le commandement des FAPL n'a jamais négligé le problème des armements, que la puissance de feu des forces populaires est grande. C'est parce qu'il a fait du problème des armements, un problème politique fondamental (éducation des forces armées) que cette puissance de feu est décuplée et sur certains points, (les points d'attaque) est supérieure à celle de l'adversaire. C'est parce que le problème des armements a été conçu comme un élément de la bataille logistique que leur utilisation est maximale. La « rentabilité » des armes utilisées par les FAPL doit être au minimum 5 à 6 fois supérieure à celles des troupes saigonnaises. Arrosées par l'aide US, les troupes de Thieu n'hésitent pas à abandonner un énorme matériel militaire aux FAPL. Sur le front de Quang Tri, celles-ci ont saisi jusqu'à des hélicoptères (intacts) abandonnés par les troupes fantoches (!!). Le matériel résistance abandonné ou capturé est immédiatement réutilisé par les forces populaires. Dans un remarquable article contrastant avec le pessimisme de la presse démocratique Wilfred Burchett écrit (Afrique-Asie, 12 juin 72) « Le FNL utilise maintenant contre les troupes de Saïgon, sur les trois principaux fronts de bataille de Hué, Kontum et An Loc, des équipements enlevés aux Américains - y compris des tanks et de l'artillerie moyenne et lourde. Des unités spéciales ont été formées depuis des mois afin d'être en mesure d'utiliser le riche butin en armes capturé au cours de l'offensive actuelle. Pendant les dernières années, des cadres du FNL se sont infiltrés dans l'armée de Saigon afin de maftriser les techniques de toutes les armes et du matériel de communications, fournis par les Américains aux troupes fantoches. Ces hommes e désertent » au bon moment et, renforcés par les spécialistes, venus en flots constant, de soldats de Saigon qui se rallient au FNL, ils instruisent des unités spéciales chargées d'utiliser les armes américaines des leur capture sur le champ de bataille. Ces unités se trouvent toujours au premier rang des assaillants afin de s'emparer et d'utiliser immédiatement les armes capturées ou abandonnées par l'ennemi, ou encore afin de les cacher rapidement avant l'arrivée des bombardiers américains qui tentent de détruire tout l'équipement abandonné par des bombardements de saturation : « Dans un certain nombre de régions, Nixon est déjà notre principal fournisseur » m'a-t-on dit ». Les enseignements que Thanh Hong tire (Sud Vietnam en lutte, No 148, 22 mai 72) de la bataille de Quang Tri, illustrent l'effort fait par les forces populaires pour réduire et neutraliser la puissance de feu US au cours de ces dernières années. L'énorme concentration américano saigonnaise de troupes, de bases, d'artillerie de tous types, de blindés, la couverture aérienne permanente et le feu incessant de la 7ème flotte, n'ont pas réussi à tenir en respect les forces populaires. Toute la logistique des FAPL a été conçue pour permettre :
1) les combats rapprochés,
2) la soudaineté de l'attaque,
3) la concentration de la puissance de feu,
4) l'offensive tourbillon frappant de plusieurs côtés à la fois. • Avec leur méthode de combat d'approche, de serrement de près, les combattants des FAPL ont jeter l'ennemi dans l'effroi et le désarroi et rendu son artillerie inefficace », écrit Thanh Hong. En saisissant l'ennemi à la gorge, on ne lui permet pas d'utiliser sa puissance de feu ; la supériorité des FAPL est dans la préparation à ce combat « au corps à corps » où les forces saigonnaises sont submergées et ne disposent plus du bouclier aéro-naval US. La souplesse, la mobilité, l'élasticité de la logistique révolutionnaire n'a pas fini de surprendre les e états majors américano-salgonnais ». Commentant la contre-offensive déclen9 chée le 19 juin par les troupes de Thieu, le Monde écrit : « A la surprise générale, des chars nord-vietnamiens sont réapparus dans la bataille, mardi, le long de la rivière My Chanh ». Les blindés et l'artillerie lourde des FAPL comme les corps expérimentés des sapeurs n'ont pas fini de réapparaitre là où on les attendiat le moins. Les techniques de combat qui viennent d'être rôdées (notamment en avril) par les FAPL, ne manqueront pas d'être perfectionnées dans les mois qui viennent. Est-ce à dire que pour l'instant, l'offensive des forces révolutionnaires ou revêtir des aspects nouveaux ou plus conformes à l'idée que la presse se fait de la « guerre révolutionnaire » ? Peut-on nier que le gros de l'offensive révolutionnaire ait eu lieu en avril ? Certainement pas. Mais pour apprécier le stade actuel de l'offensive, pour ne pas être trompé par les apparences des combats encore faut-il voir quels objectifs ont été atteints dans la période précédente (avril) et quels objectifs se proposent d'atteindre les FAPL aujourd'hui. Nous avons relevé la mécompréhension par la presse démocratique, des caractères actuels de la guerre révolutionnaire au Sud. Nous touchons à une deuxième erreur de cette presse lorsque nous soulevons le problème des objectifs de l'offensive de printemps du Front National de Libération. Dans les extraits du Monde et du Nouvel Observateur que nous avons donné, l'on mesure la « réussite » de l'offensive révolutionnaire au nombre de villes prises par les FAPL. Quang Tri est tombée certes. Mais Kontum, Pleiku, Hué résistent. Salgon que l'on avait cru menacé n'est apparement pas inquiétée. Conclusion : demi échec de l'offensive, à laquelle on concède un demi succès : l'ébranlement du système de la pacification des campagnes. Une seule remarque suffit à réfuter cette conception. Après ce qui s'est passé à la suite du Tet 68, peut-on penser que la prise d'une ville soit un objectif stratégique pour le Front de Libération ? Au Sud Vietnam, une ville prise par les FAPL est une ville détruite et tôt ou tard reconquise : car sur un point fixe toute la puissance de destruction de l'aéronavale US peut se concentrer, des centaines de chars être lancées, des divisions entières héliportées. Dans une position statique de défensive, dans une guerre de position les forces populaires n'ont aucune chance ; leur art est la guerre de mouvement, l'offensive continue, violente et prolongée, l'abandon des positions fixes au profit du contrôle du terrain par la mobilité, la multiplicité, la diversité des attaques. Nous l'avons dit, nous le répétons : du moment que les FAPL ne peuvent disputer ni le ciel ni la mer à l'aviation US, la prise des villes ne constitue pas un objectif stratégique du FNL à l'étape actuelle. Elle n'est pas négligeable, à l'occasion. Elle a une fonction politique éminente, notamment de ralliement de la population et de démoralisation des troupes fantoches. Mais le sort de la lutte révolutionnaire, la balance des rapports de forces aujourd'hui n'en dépend pas fondamentalement. Les villes tomberont, de par l'usure de l'appareil de la vietnamisation, l'usure de l'armée de Thieu, des plans de pacification, par la détérioration économique et sociale du régime saïgonnais, par la montée croissante de la lutte urbaine, et la faillite de l'effort de guerre US : le poids toujours plus lourd de la guerre pour les Etats-Unis et les administrations qui se succèdent à.la Maison Blanche. Dans l'immédiat, il ne sert à rien de transformer les villes en charnier de la Révolution. Cependant lorsqu'une province entière est libérée ou que son entière libération dépend de la prise d'une ville, alors il n'est pas de raison de refuser le parachèvement du processus par la prise d'une ville : c'est ce qui s'est passé avec Quang Tri, c'est ce qui se renouvellera peut étre à l'occasion de villes plus importantes. Mais dans l'immédiat l'objectif du FNL n'était pas là. Quel était-il? La presse démocratique l'a déclaré : jeter bas la vietnamisation. Mais elle n'a pas assez prêté attention à ce que signifiait cette vietnamisation.
le bouclier protecteur de la pacitication La vietnamisation ce n'est pas seulement la mise sur pied d'un énorme appareil de répression militaro-policier fantoche sur la base de « l'urbanisation forcée » de la population sud-vietnamienne (cf l'article « l'enjeu d'une nouvelle victoire » dans le NO 3, nouvelle série de la « IVème Internationale »). C'est aussi le déploiement de cet appareil militaro-policier selon une stratégie spécifique. Quelle était cette stratégie américano-fantoche ? Elle reprenait sur le fond une idée défendue par Mac Namara, alors secrétaire d'Etat à la Défense, dans un mémorandum adressé le 14 octobre 1966 au Président Jonhson (le Dossier du Pentagone, Albin Michel, P 550-578), celle d'une « barrière contre les infiltrations ». Cette barrière a serait située à proximité du 17ème parallèle : elle courrait de la mer à travers le Vietnam du Sud (mettant hors jeu les nouvelles routes d'infiltration à travers la zone démilitarisée) et à travers les pistes du Laos. Le système d'interdiction (qui coûterait environ 1 milliard de dollars) comporterait à l'Est une barrière terrestre faite de clotures, de fils de fer, de batteries d'artillerie, de troupes mobiles et de forces aériennes, et à l'Ouest - surtout au Laos - une zone interdite couverte par des mines aériennes et défendue au moyen d'attaques à la bombe téléguidée par des vecteurs acoustiques aériens ». A l'arrière de cette barrière pourrait être relancée la pacification des campagnes vietnamiennes.
L'idée de Mac Namara ne fut pas reprise intégralement, la tentative de couper la • Piste Ho Chi Minh » notamment au Laos en février 71 aboutit à un fiasco militaire (cf article « l'enjeu d'une nouvelle victoire »). Mais au Sud Vietnam cette idée reprise avec la mise en place de ce que le Courrier du Vietnam (No 1, nouvelle série, juin 72) appelle « système défensif périphérique » du Sud-Vietnam (dans un article remarquable de bilan de l'offensive d'avril). Ce « système défensif périphérique » n'est pas constitué d'une seule mais de trois barrières, de trois « carapaces » qui sont censées se dresser aux portes même des régions sanctuaires de la résistance, d'où celle ci gagne tout le Sud et ravitaille les zones de guérilla. Briser les canaux d'irrigation de la lutte révolutionnaire, empêcher le déploiement des offensives révolutionnaires, tel est l'objectif des complexes militaires « véritables hérissons d'acier » installés par les Américains dans trois zones stratégiques du Sud Vietnam. Tout d'abord face à la RDV, immédiatement au sud du 17ème parallèle, se déploie la barrière la plus imposante : * le système d'interdiction » Rock pile-Fuller-Zoc MieuDong Ha-Quang Tri-Tahnh Hong, (article cité SVL No 148) après la chüte de la ligne de défense Nord-Quang Tri (Rockpile-Zoc Mieu), la première partie du système d'interdiction, l'article décrit ainsi la ligne Dong Ha-Quang Tri : « Sur un espace relativement restreint de 17 km de longueur sur moins de 5 km de largeur, les Américano-fantoches ont disposé ici un effectif (...) correspondant à 2 divisions d'infanterie et 1 division d'artillerie. Ces forces militaires considérables sont cantonnées en quatre groupes de points d'appui à Dong Ha, Ai Tu, La Vang, Tich Tuong, à portée d'une assistance de feu mutuelle, grâce à un terrain découvert très favorable au développement maximum des qualités spécifiques et de l'efficacité de toutes les armes en mains ». Ces points d'appui sont enserrés dans « un système complet de bases comprenant plusieurs PC, aérodromes, bases d'artillerie, dépots de réserve, habilités à soutenir une longue défense. Les forces fantoches sont placées ici sous le commandement direct de près de 100 officiers US, dont un grand nombre d'officiers supérieurs. En dehors des systémes de forteresses en béton armé, d'abris souterrains, des murs épais (de 2 à 4 mètres d'épaisseur avec une armature en tole d'acier) etc. construits et consolidés depuis plusieurs années, et plus de 200 tanks et blindés des 4 régiments blindés formant un « bouclier d'acier » pour la défense ou une « perceuse » pour la contre-offensive, ce réseau jouit à tout moment encore de a la süre, garantie » de l'appui-feu de l'artillerie et de l'aviation américaines cenant de toute direction. En plus de sa puissance de feu émanant de 100 gros canons, il bénéficie encore de la coordination permanente des centaines de canons sur des dizaines de grands navires de canons sur des dizaines de grands navires de guerre de la 7ème flotte. Des champs de tir de canons 175 mm à 27 km de portée, aux différents genres de canons à portée réduite, pour tir direct, des fortins solides avec « champs de tir mobiles » avec une abondante réserve de munitions, l'artillerie américano-fantoche dispose de tous les moyens d'assistance et de coordination pour créer des barrières de feu susceptibles d'intercepter de loin, de près, et en toute direction, les offensives adverses, et de dominer l'artillerie des FAPL, quelque fournie et puissante qu'elle soit, en cas d'attaque. Le commandement américano-fantoche a créé toutes les conditions nécessaires à la mise en valeur radicale du prestige de l'artillerie, l'employant en grande partie à la place de l'infanterie, aux tâches de défense, de contre-offensive, d'attaque et de poursuite de l'ennemi. En matière d'aviation, les Américains considèrent qu'ils ont une supériorité absolue sur les FAPL. Ils ont employé sur le champ de bataille de Quang Tri tous les genres d'avions les plus modernes, des avions de combat à réaction, avions à équipement électronique complet, des hélicoptères armés, aux avions stratégiques B 52, superforteresses volantes bombardant « en tapis ». Pour appuyer ce réseau de points d'appui de Dong Ha-Quang Tri, ils opérèrent nuit et jour des raids de bombardements continus, « les plus grands dans l'histoire de la guerAu total « aménagé depuis 1966 le système défensif le plus important qu'on ait jamais vu en Indochine » (Courrier du Vietnam, juin 72). C'est selon les mêmes principes qu'ont été érigés les deux autres systèmes défensifs stratégiques américano-saigonnais, celui des Hauts Plateaux et celui du Nord-Saigon. C'est à la hauteur des trois frontières (Cambodge, Laos, Vietnam), au débouché de zone particulièrement importante cette pour la résistance indochinoise que les Américains ont érigé le système défensif des Hauts Plateaux. Il comprend « une série de puissantes positions échelonnées le long de la route No 14 qui relie les principaux centres, Kontum, Pleiku ; ces positions avec une artillerie puissante protègent les centres, et interdisent les voies d'accès aux bases de guérilla. dans la plaine côtière du Centre. La route No 19 reliant Pleiku au port de Qui Nhon coupe le Sud Vietnam en son milieu et constitue une artère stratégique de première importance » (Courrier du Vietnam, juin 72).
La route No 19 est elle même étayée par une série de points d'appui qu'outre les troupes saïgonnaises, une division sud-coréenne a pour mission de tenir.
Les FAPL ont commencé par attaquer ces deux routes, y détruisant les convois engagés et s'en assurant le contrôle ; à partir du
14 avril, c'est le bastion principal du systéme défensif des Hauts Plateaux, sa carapace, qui est attaquée. Les bases Charlie, Delta, tombent, puis c'est le tour du système fortifié Dakto-Tan Canh. C'est une victoire très importate des FAPL, la récupération de matériel est très abondante. Kontum est désormais sur la ligne de feu, à découvert. Moins concentrée que le système de défense de Quang Tri, la barrière Nord-Saigon n'en est pas moins redoutable : elle combine en un nombre de postes et de points d'appui plus nombreux que partout ailleurs, la défense frontale face aux « sanctuaires » révolutionnaires de la frontière kmero-vietnamienne, et la défense « en profondeur », le contrôle des routes 22, 1 et 13. C'est ainsi, sur une série d'arcs de cercle d'une centaine de kilomètres, que s'étage ce système défensif au nord de Saïgon. La première ceinture de ce système a été détruite avec la prise des bases Pace et du mont Baden, au nord de Tay Ninh (route 22) et la prise de Loch Ninh (route 13) au nord de An Loc. La description que Vu Huu Su donne (Sud Vietnam en lutte, No 144) de la base de Loch Ninh montre l'importance de celle-ci pour le système défensif saigonnais. Concentration de troupes, réseau de fortifications, présence de blindés, couverture aérienne, Loch Ninh était un verrou d'où partaient les opérations de ratissage et de pacification dans la province de Binh Long. Ce verrou n'existe plus, très rapidement les combats se sont portés sur la deuxième ligne de défense de la barrière Nord-Saigon, notamment au niveau de An Loc. Pour tenir cette deuxième ligne, Saïgon n'a pas hésité à jeter ses réserves de troupes dans les combats, mais ce sursaut avait été devancé par les FAPL qui ne se contentérent pas de frapper les points d'appui et les bases mais s'étaient dès le début de l'offensive fixées pour objectif de disputer aux troupes saigonnaises le contrôle des routes, voire de leur arracher (route 13 SaigonLoch Ninh). Outre ces trois grands systèmes défensifs, les Américains et leurs complices salgonnais ont mis au point un quatrième réseau de bases et de postes tout au long de la route 4, la route du Delta (Camau-Saïgon). Le but de ce réseau est le contrôle du Delta. Il tranche à travers les zones guerilleras (Ben Tre, U Minh, Nord de la Plaine des Joncs, etc.), ayant pour but de les isoler puis de les réduire ; il est la colonne vertébrale de l'appareil de répression du régime Thieu au sud-ouest de Saigon. De plus, chaque ville de quelque ampleur a son propre réseau de points d'appui, de fortifications. Ainsi Hué (avec les bases Bastogne, Phu Bai, etc.) ainsi Da Nang. Mais ces réseaux locaux n'ont pas la même portée stratégique que les trois grands systèmes défensifs détruits en majeure partie par l'offensive de Printemps des FAPL. Ces systèmes défensifs dits « carapaces » ou e boucliers de feu » avaient une double fonction. La première : empêcher les offensives d'ampleur des FAPL (déploiement d'attaques du type Tét 68). La seconde : être le bouclier protecteur de la « pacification ». Et de fait, à l'abri de ces systèmes défensifs, la pacification des campagnes a battu son plein dans les dernières années. D'une façon générale, la pacification mise en œuvre avec une nouvelle intensité depuis la fin 68 par les Américains et le régime Thieu a été sous-estimée par la presse dans le monde. Cette « pacification » était menée avec des moyens sans précédent dans l'histoire des guerres impérialistes; elle combinait plusieurs éléments. (par pa deger de pro dies chimiq les pes 1) La destruction des zones libérées tapis de bombes).
2) Le ratissage, la concentration de la ›obulation (dans les « nameaux de la vie nouvelle »).
3) L'assassinat politique de tout individu ou groupe d'individus soupçonnés de sympathies politiques pour le FNL.
4) La mise en place d'un réseau serré de postes fantoches. locale ambres dement dites dene 5) L'embrigadement de la population civile » Si les massacres et les assassinats à verser au compte du Plan Phénix de pacification ont fait plusieurs dizaines de milliers de victimes, la Résistance a su garder a intacts l'infra-structure révolutionnaire et ses organes de direction » (Sud Vietnam en lutte, N 129 : la vietnamisation, une stratégie dans l'impasse). Mais pour cela, elle a du concéder du terrain aux troupes fantoches, s'engageant dans un travail souterrain, clandestin, plus important qu'auparavant, n'hésitant pas à donner l'impression de disparaitre pour mieux renforcer les nœuds invisibles de la mobilisation et de l'organisation populaires. Il était difficile d'empêcher postes après postes la mise en place du réseau de contrôle des campagnes par le régime Thieu, car alors les forces de guerillas se seraient heurtées à des divisions entières américaines et saigonnaises, à la puissance de feu US concentrée, et toutes ces luttes éparses auraient épuisé les forces de la Résistance Populaire. Il valait mieux, une fois de plus, pratiquer l'esquive, laisser l'adversaire s'empêtrer dans son propre projet, déployer son énorme appareil de contrainte, l'étirer, le diviser, le disperser sur l'étendue du territoire, et entreprendre des tâches au dessus de ses ressources propres. Et en ce temps, réaliser les conditions de l'offensive victorieuse des FAPL, renforcer les zones sanctuaires et l'infrastructure de la Résistance, réarmer politiquement, militairement, toutes les unités et variétés de combattants, etc. Il en résulta la mise en place par le régime Thieu d'un gigantesque édifice : la « pacification », à la façade imposante et aux pieds d'argile. Thanh Hong décrit ainsi ce système (Sud Vietnam en lutte, No 137, 6 mars 72) : « Afin de réaliser leur plan de « pacification » rurale, les Américains et fantoches ont implanté des postes dans presque tous les villages et communes. Suivant le terrain, la densité de la population et l'ampleur du mouvement révolutionnaire local, chaque village compte d'un à trois postes, chaque commune en moyenne de 7 à 10 postes tenus par les miliciens ruraux. (...) Avec des 3 ouvrages de défense solides et bénéficiant de l'appui-feu de l'aviation et de l'artillerie, ce réseau de postes ennemis est bâti un système d'occupation du territoire bien relié dans chaque commune, les postes pouvant se soutenir et se renforcer mutuellement. Américains et fantoches considèrent ce réseau comme leur « carapace » dans la défensive, leur tremplin pour lancer des opérations de « pacification »... Thanh Hong dit bien « dans presque tous les villages et communes » à raison a d'un à trois postes par village ». Il ne s'agit pas d'une analyse pessimiste mais de l'analyse la plus systématique de la « carapace intérieure » du régime Thieu : l'édifice de la pacification. Cette analyse est confirmé par d'autres publiées dans « Sud Vietnam en lutte ». Le « Courrier du Vietnam » (No 1, juin 72) considère comme crédible l'estimation faite à Saïgon des forces de « défense civile » : « Les officiels saïgonnais donnent des chiffres très élevés (certaines estimations allant jusqu'à quelques millions) pour les forces para-militaires ». Le chiffre le plus fréquent avancé par Saïgon étant de 2,5 millions de personnes embrigadées dans la « défense civile », on comprend que le front de la lutte contre la pacification soit désigné comme le « front intérieur » par ce même numéro du « Courrier du Vietnam ». Il s'agit là du deuxième objectif de l'offensive de printemps des FAPL. En même temps que l'on « ébranlait le système extérieur défensif saïgonnais », il fallait faire « craquer » le « front intérieur », celui de la pacification. Ne voyant pas concrètement ce que signifiat le système de la pacification la presse démocratique n'a pas assigné à l'offensive des FAPL l'enjeu fondamental de destruction de ce système. C'est pourtant à la réalisation de cet objectif que l'on doit mesurer le succès de cette offensive.
les faiblesses de la , pacification Analysant le système de la pacification Thanh Hong montre que sa force n'est pas sans limitation et que ses faiblesses sont radicales: « Pour occuper le terrain et contrôler la population, l'ennemi est obligé d'étendre son dispositif, ce qui étire ses forces, d'où de nombreuses failles, de nombreux défauts dans sa cuirasse. (...) D'autre part, l'existence des postes s'appuie essentiellement sur le soutien que leur apportent les troupes régulières mobiles, l'aviation et l'artillerie. Maintenant que les troupes US sont obligées de se retirer graduellement du theâtre de la guerre, l'appui de l'aviation et de l'artillerie se limitant chaque jour davantage, il reste que les troupes fantoches mobiles constituent l'appui essentiel ». Or ces troupes ont été étrillées, notamment en février 71, lors de leur tentative de prise de contrôle de la route 9 au Laos et dans les opérations qu'elles ont menées au Cambodge. Harcelées, contraintes à opérer en plusieurs directions, ces troupes offrent un appui de plus en plus fragile aux postes de campagne. Ceux-ci deviennent alors les objectifs rêvés de la guerrilla, qui, par la combinaison des soulèvements de population et des attaques, encercle les postes, coupe leurs liaisons et leur ravitaillement et les contraint ou à la reddition ou au repli. Dans cette période, la guerilla a utilisé, comme jamais elle ne l'avait fait auparavant, la politique de « persuasion des troupes adverses », faisant d'un point fort de la pacification (la défense civile) un de des points faibles. « Les hommes qui tiennent les postes sont pour la plupart des gens de la localité, ils ont des attaches avec la population locale », écrit Thanh Hong : ces « miliciens » sont particulièrement sensibles aux appels des guerilleros locaux avec lesquels ils ont souvent des liens de parenté, sensibles à la dénonciation de la guerre de destruction des populations, des cultures, que les Etats-Unis mênent, sensibles à la « politique de clémence et d'union nationale » du GRP Il est notoire que les militants du FNL sont infiltrés à l'intérieur des forces de défense civile et y font un travail important de neutralisation, de désagrégation et de ralliement des troupes de Thieu au pouvoir révolutionnaire. Cet aspect de la guerilla est devenu un facteur très important. On a vu récemment, depuis •le début de l'offensive, les fruits spectaculaires de cette politique. Mais cette politique n'a pas attendu mars 72 pour donner des résultats notoires. Selon Thanh Hong : « Au cours des six premiers mois de 1971 les postes enlevés par le moyen de l'agitation occupent le tiers du total des postes anéantis ». Parce qu'elle est moins « spectaculaire », qu'elle donne difficilement pâture au « sensationnel » cette lutte de guerilla contre la « pacification » a pu être ignorée par la presse bourgeoise. Elle fut cependant la forme essentielle de l'activité militaire du FNL dans la période 1968-72. L'intensité de cette lutte est significative de son enjeu : selon Thanh Hong « dans les provinces populeuses telles que Tra Vinh, Ben Tré, My Tho (il s'agit des provinces du delta du Mekong proprement dit, parmi les plus populeuses et les plus fertiles du Sud, provinces qui ont donné le signal de l'insurrection généralisée en 1960, et qui depuis sont restées, malgré les représailles, les ratissages, les massacres, des points d'appui de la Résistance - C.P.) la moyenne des postes anéantis est de 60 à 80 par mois et par province (...) (ainsi) au cours des six premiers mois de 1971 un nombre de postes supérieur au chiffre de toute l'année 1970 a été détruit dans le delta du Mékong ». Ainsi le FNL avait déjà trouvé en 1971 dans la défaite des troupes saigonnaise sur la route 9 l'occasion de frapper durement la pacification. Autres régions d'intense activité contre la pacification, les provinces côtières de Phu Yen (Tuy Hoa) de Binh Dinh (Qui Nhon)
enfin celle de Quang Tri. Dans ces provinces, la Résistance était à ce point tenace, qu'un plan de déportation massive de leur population avait été mis au point par l'état-major américano-saïgonnais et avait commencé d'être appliqué. A la mi-71, le ministre de l'Assistance Sociale (!!) de l'administration de Thieu déclarait : « La mise à exécution de ce plan a été envisagé il y a plusieurs années et nous pensons que le moment est venu de le réaliser ». La presse de Saïgon fit savoir que « pour commencer, 2 000 familles des deux communes de Gio An et de Gio Son, district de Gio Linh, province de Quang TRUNG TÂM HÃNH QUAN Tri, seront dirigées vers le Sud ». Dans un deuxième temps la « concentration » de la population se poursuivra jusqu'à l'échelon inter-provincial. But: e transformer les provinces au sud du 17ème par allèle en « zone blanche », en « zone soumise aux TRUNGDOAN 57 bombardements à volonté », dans le but d'anéantir toute base révolutionnaire » (Vietnam, No 163). Au total, l'application de ce plan condamnait à l'exode forcé entre deux et trois millions de personnes. Et à la destruction totale de la province de Quang Tri. Ceux qui aujourd'hui se lamentent sur le « coût humain » de l'offensive de printemps du FNL oublient que sans celle-ci le sort de la population de Quang Tri aurait été pire. La rapidité de la libération de la province de Quang Tri a été favorisé par l'ampleur des soulèvements et des mouvements de ralliement de la population. Ces mouvements ont précipité la démoralisation des troupes saigonnaises sur le front de Quang Tri, et leur ralliement au pouvoir populaire. Sud Vietnam en lutte (organe du FNL) écrit (24 avril 72) : « Les soulèvements de la population derrière les lignes ennemies, soulèvements qui affectent chaque unité des dan vé (milices villageoises de Thieu), chaque position tenue par les troupes régulières, sont comme des bombes souterraines explosant au moment crucial dans le sein de l'armée fantoche. Provoquant une réaction en chaine, ils porteront le coup de grâce à nos ennemis ». Aucun observateur ne peut nier le coup de boutoir magistral porté à la pacification depuis le début de l'offensive de printemps des FAPL. C'est dans la province de Binh Dinh (un million d'habitants, 100 kms de côtes) que Se nour etest de ute ce le fera msant. Or c'est cette province que jor US avait choisie « comme banc d'essaide la pacification » (Courrier du Vietnam, juin 72). Les bases et points d'appui de la pacification ont. été pris d'assaut, la vague populaire a déferlé : à la mi-mai, les journalistes occidentaux estiment la province libérée aux 8/10ème. Le port de Qui Nhon, chef lieu de la province, est encerclé, la route 19 est coupée et les deux divisions sua-coréennes opérant dans la région ses réussissent pas à les rouvrir. Au nord du Binh Dinh, les provinces de Quang Nhai, de Quang Tin (Tam Ky) ont été le siège de mouvements similaires. A une trentaine de kilomètres de Da Nang (600 000-1 million d'habitants, une des principales bases US) la ville de Hoi An dans le Quang Nam a été occupé par les FAPL. Enfin le Delta du Mékong, « secteur crucial de la pacification » est devenu un foyer de luttes et de soulèvements multiples. Début mai, 500 000 personnes du Mékong à la pointe de Camau ont été recouvrées par les zones libérées du GRP. Un bilan, province par province, de la lutte contre la pacification n'a pas encore été établi. Mais la presse en donne une première idée sur quelques exemples. Ainsi Pomonti (Le Monde, 7-8 juin 72) rapporte que dans la province de Chuong Thien (chef lieu Vi Than, nord-est de la foret d'U Minh, cœur de la péninsule de Camau) les troupes saïgonnaises ont du abandonner 91 postes sur 218 en trois semaines d'offensive des forces de guerilla et qu'elles n'ont pu en reconquérir que 15 depuis. Ces chiffres correspondant à ceux donnés par Saïgon (sous estimant l'activité effective de la guerilla), on peut en conclure que l'offensive actuelle des FAPL a permis d'élever la lutte contre la pacification dans les provinces de l'ouest du Delta, réputées à Saigon pour « leur calme » à un niveau supérieur à celui des provinces les plus « agitées » par le FNL dans les périodes précédentes. La presse a également fait état de la convergence des combats vers la route 14, l'axe stratégique américanosaïgonnais au Sud de Saïgon. Il est révélateur que les B 52 aient été utilisés contre ces zones populeuses du Delta qui faisaient la fierté des spécialistes de la pacification à Saigon. Comme le remarque Sud Vietnam en lutte, « les B 52 sont l'arme du désespoir ». On les utilise quand on a renoncé à gagner la population, quand on a renoncé même à la contrôler. L'extermination par tapis de bombes paraphe la faillite de la pacification. Ainsi se trouve parachevée l'entreprise des conseillers américains qui e ont consacré la majeure partie de leur existence à l'œuvre de conquête du cœur et de la pensée du paysan vietnamien » (selon un rapport de Thompson, spécialiste international de la contre-guerilla, adressé à Nixon en décembre 69). Si pendant le mois de mai, les offensives contre le système défensif extérieur n'ont pas eu le même aspect spectaculaire qu'en avril, par contre la lutte sur le front intérieur n'a pas diminué d'intensité. Le Monde du 13 juin écrit : « Les combats font rage dans tout le Sud Vietnam même si les révolutionnaires ne s'attaquent apparemment à aucun objectif essentiel pour les troupes saigonnaises ». Et selon Sud Vietnam en lutte du 12 juin (no 151) ce sont 500 000 autres habitants du Delta qui ont été gagnés en mai et début juin par les zones libérées : « Près d'un million d'habitants du Delta du Mékong ont reconquis totalement leur droit de contrôle ». Un tel mouvement « change la situation des forces en présence dans le Delta. Il n'a pu être endigué par le régime de Thieu parce que les forces vives de celui-ci étaient fixées à An Loc, Kontum, Hué: La dialectique de l'offensive des FAPL 10
(front extérieur-front intérieur) a fait merveille. Un colonel saïgonnais a livré la clef de l'échec américano-fantoche devant l'attaque des FAPL : « Nous n'avons pas les hommes nécessaires pour lutter aux deux endroits ». Malgré plus d'un million de soldats, 2,5 millions de miliciens ! Quel aveu ! Ainsi l'on comprend la véritable portée stratégique de l'attaque contre Quang Tri, Hué, Kontum, Loch Ninh, An Loc. Il s'agissait non seulement de briser la carapace défensive de la vietnamisation. Ce qui est fait pour l'essentiel : le système des bases de Quang Tri est entièrement démantelé et conquis par les FAPL, celui de Kontum, Pleiku aux 2/3 détruit, et la première ligne de défense du Nord Saïgon a volé en éclats. Mais en fixant et dispersant les troupes de Thieu, il s'agissait aussi de les mettre dans l'incapacité de faire face à l'offensive contre la pacification. La durée même du siège de An Loc n'est pas un signe de la faiblesse des FAPL, mais de leur force, car de tout de temps, les divisions que Thieu a sorties du Delta pour les jeter sur les routes 22 et 13 surtout, sont paralysées, incapables de faire la gendarmerie à l'ouest du Mékong. « An Loc revanche de Dien Bien Phu » s'écriait Vanuxen, général néofasciste français, traumatisé par les défaites du corps expéditionnaire français entre 1946 et 1954 devant le Vietminh. Singulière revanche : en 82 jours, les 20 000 hommes d'élite lancés par Thieu sur la route 13 n'ont toujours pas pu reprendre le contrôle de celle-ci et dégager An Loc ! Une « revanche » enfin qui coûte à Thieu, quatre ans de pacification dans le Delta du Mékong ! Et Le Monde du 23 juin d'énumérer la moitié des postes de la province de Ben Tre anéantis, 76 postes de la région de My Tho ou encerclés ou détruits. Mais il n'y a pas que le Delta ; à l'est de Saigon cette fois, la province de Phuoc Tuy est considérée comme à moitié libérée. D'où le mot d'ordre d'édifier et de consolider les zones libérées » lancé le 8 juin 72 par le Conseil du GRP (S.V.L. du 19 juin). Il est certain que si une telle situation de fixation et ereintement des troupes de Thieu, combinée à une poussée sans précédent de la lutte contre la pacification, se poursuit au cours des semaines qui viennent, à l'automne ou dans les mois qui suivront, et si l'impérialisme US ne se décide pas à abandonner le régime Thieu, les forces révolutionnaires seront en mesure de porter de nouveaux coups redoutables au régime de Thieu et à ses protecteurs américains, coups, qui ne manqueront pas de surprendre, une fois de plus, le monde.
Camille PAULET le 30 juin 1972