Après les élections anticipées de mai dernier, par lesquelles la bourgeoisie tentait de restabiliser son pouvoir politique, les capitalistes italiens se préparent à affronter cet automne les luttes pour le renouvellement des contrats collectifs. Les luttes contractuelles de 1969 avaient été à l'origine de la plus extraordinaire vague de luttes ouvrières dans un pays capitaliste depuis la seconde guerre mondiale. Tant par les formes de luttes que par les revendications mises en avant ces luttes avaient témoigné d'un énorme potentiel anti-capitaliste. Mais la trahison des réformistes n'a pas permis à ces luttes de déboucher sur des perspectives claires de pouvoir. Face à ce manque de perspectives, les capitalistes italiens ont réussi, au cours de l'année 71, à contraindre la classe ouvrière à des luttes défensives, contre le chômage et les augmentations des prix. Ils vont tenter, au cours des négociations contractuelles de cet automne, de reprendre en main leur appareil de production, afin de rétablir l'«ordre » économique et social. Face à celà, il est essentiel que les travailleurs se donnent les moyens de lutter contre cette nouvelle offensive, afin de développer à un niveau supérieur l'expérience de l'automne chaud. Nous publions ci-dessous un résumé de la plate-forme que nos camarades des Gruppi Communisti Rivoluzionari (section italienne de la IVème Internationale) proposent à la discussion cours dans l'extrêmegauche italienne, deux textes critiquant les positions du groupe « Lotta Continua » sur les luttes contractuelles ainsi que le bilan tiré par nos camarades des dernières élections. tions 12 proposent les marxistes révolutionnaires
Les points essentiels sur lesquels la convergence entre différentes forces révolutionnaires pourrait se réaliser et que nous devons mettre en avant dans la période actuelle sont les suivants : 1) Echelle mobile des heures de travail pour lutter contre l'attaque patronale sur la question de l'emploi, représente un objectif capable d'unifier les luttes autour de la seule mesure réaliste qui permettrait la création de nouveaux postes de travail dans les différents secteurs de l'industrie non touchés par la crise, et qui connaissent au contraire une intensification des cadences. « L'échelle mobile des heures de travail » peut se traduire en objectifs concrets, simples et compréhensibles. a) réduction des heures de travail (avec maintien du salaire) à 36 heures par semaine, avec application immédiate afin que les directions d'entreprises ne redistribuent pas la production entre les travailleurs déjà employés (comme cela s'est passé lors des récentes réductions d'horaires graduelles) ; c) élimination de toutes sortes de travaux aux pièces ou la prime individuelle et collective (avec intégration dans le salaire de base garanti des primes reçues actuellement) ; d) 4 semaines de vacances pour tous, parité totale entre ouvriers et employés ; e) suppression du travail de nuit. Beaucoup de ces problèmes sont liés à la question de la santé et des conditions de travail. Il est nécessaire de réaffirmer que le seul moyen pour la classe ouvrière de lutter contre les dangers du travail, est de demander une réduction des heures de travail et l'intervention directe de l'unité de production. de l'unité de production.
2) Défense et amélioration du niveau de vie des travailleurs par la revendication de fortes augmentations de salaires égales pour tous et d'une échelle mobile intégrale des salaires, basée sur le contrôle ouvrier sur les augmentations des prix, et surtout sur les coûts réels de production des marchandises. L'expérience de ces deux dernières années a confirmé qu'en société capitaliste, toute augmentation de salaire peut être largement absorbée par l'inflation. Par exemple les 13 000 lires d'augmentation obtenues par le contrat de 1969 de la métallurgie sont absorbée par une augmentation des prix de 18 000 lires (correspondant à 14 % sur un salaire mensuel des prix de de 130 000 lires ; et l'indemnité de renchérissement n'a que partiellement compensé ces augmentations (la prime est d'environ 10 000 lires pour un ouvrier spécialisé). Il est donc nécessaire de concentrer tous les efforts pour rendre ce mot d'ordre populaire, pour le concrétiser, pour le rendre capable de mobiliser les masses de travailleurs, au-delà même du prolétariat industriel. L'emprise de ce mot d'ordre (malgré le peu de groupes qui l'ont mis en avant jusqu'ici) est telle que la bureaucratie syndicale a tenté, dans certains cas, de proposer des solutions de substitution, comme l'amélioration du système actuel de prime de renchérissement (soit en révisant les points sur la base desquels la prime est calculée, soit en proposant de combler les différences entre les points plus élevés pour les employés que ceux des ouvriers). Ces mesures partielles n'ont rien à voir avec une véritable échelle mobile des salaires qui adapte effectivement et immédiatement les salaires aux hausses du coût de la vie. Le point déterminant est celui de l'instrument de contrôle qui, dans les propositions syndicales est toujours l'appareil d'Etat bourgeois, tandis que pour les révolutionnaires ce ne peut être que des organes élus et révocables, sortis directement des masses. 3) A côté de ces objectifs qui représentent l'axe sur lequel la contre-offensive ouvrière doit se développer, nous devons généraliser certains objectifs qui ont été mis'en avant dans certaines luttes locales importantes, en général avec un succès restreint, étant donné l'extraordinaire résistance patronale. Il s'agit tout d'abord de l'application de la véritable parité entre ouvriers et employés qui, en plus des vacances, impliquerait d'importantes augmentations de la prime d'ancienneté et des indemnités de licenciement, et le droit au salaire complet en cas de chômage technique, ce qui éliminerait la possibilité de suspendre les travailleurs avec une allocation insuffisante. Ce n'est que dans le cas d'une véritable parité que la mensualisation, qui est souvent réclamée dans les luttes, cessera d'être une simple opération comptable et se traduira par de véritables bénéfices pour les travailleurs. Les échéances contractuelles doivent permettre également de relancer la tendance aux revendications égalitaires qui s'était manifestée au cours des luttes de 69, et qui s'est heurtée à une féroce résistance patronale quand elle était proposée par des avant-gardes relativement isolées (comme l'Alfa Roméo qui a conduit seule une lutte pour la réduction des catégories qui aurait pu inclure au moins la FIAT et la Lancia). La discussion entre les avantgardes et au niveau des entreprises ne peut se limiter aux seuls objectifs à proposer, mais doit également aborder certains aspects politiques immédiats, découlant de la nécessité de coordonner. même dans leur phase préparatoire, le luttes des différentes catégories (par exemple pour ne pas laisser isolés les aspects les plus avancés de la plateforme de la chimie), et de revenir au contrat d'une longueur de 2 ans au lieu de 3, annulant la prolongation introduite par le contrat de 66, visant à garantir une trêve salariale plus longue. Il est évident que la direction des luttes contractuelles et la généralisation des objectifsclefs - étant donné leur incidence politique directe - implique le développement et le renforcement de nouveaux organismes de direction politique des luttes au niveau national, basés sur les Conseils d'usine, autonomes et libérés de la tutelle syndicale ; coordonnés directement au niveau horizontal (conseil de zone inter-catégories) et vertical, seule garantie contre les manœuvres anti-ouvrières toujours plus fortes lancées par les secteurs les plus conservateurs de la bureaucratie. SI
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Lotta Continua:
spontaneisme spontaneisme populisme
La prise de position de Lotta Continua sur le projet de plate-forme des métallurgistes (19 mai) permet de faire le point et de mettre en relief nos divergences sur trois points essentiels. En premier lieu, en ce qui concerne les objectifs de la lutte contractuelle qui se prépare. « Aujourd'hui écrit Lotta Continua - vu la situation politique qui s'est créée, les vrais contenus d'une mobilisation et d'une unification de la classe ouvrière ne peuvent se faire que sur le thème de la baisse des prix et du salaire garanti ». Nous sommes, comme on le voit, en pleine généralité ! Mais ce qui est plus grave, c'est que la revendication de baisse des prix à une claire odeur de populisme et, si l'on veut la concevoir concrètement, on ne peut faire autrement que d'en appeler au gouvernement pour le contrôle des prix, impliquant des taxes et autres instruments similaires. L'inconsistence, la totale stérilité de telles mesures a été démontrée par plus d'un siècle d'expérience au sein du système capitaliste. S'il y avait encore besoin d'une nouvelle preuve, il n'y a qu'à se référer à la période d'après guerre durant laquelle une telle revendication fut avancée par les partis réformistes et les syndicats et ceci sans aucun résultat pratique (peutêtre bien que Lotta Continua garde une certaine nostalgie de cette époque de thématique !). L'objectif que nous proposons - échelle mobile intégrale des salaires, fondée sur le contrôle ouvrier des variations de prix et des coûts réels de production des marchandises - possède un caractère bien plus concret et immédiat. En outre, il constitue une garantie bien plus efficace et en même temps implique une prise de conscience active et une responsabilité de la classe ouvrière. Quant à la revendication de salaire garanti, elle représente, plus ou moins, les mêmes inconvénients et, en pratique, elle risque bien de faire passer sur des positions non seulement défensives mais tout simplement arriérées, avec comme conséquence le désintérét des secteurs les plus avancés. Une autre chose serait l'insertion dans les contrats de catégorie d'une clause sur le salaire annuel garanti. Mais, avant tout, dans le contexte actuel les revendications portant sur la réduction des heures de travail sans réduction des salaires sont largement préférables, dans la mesure où elles sont susceptibles de permettre des mobilisations générales et d'établir des liens étroits avec les chómeurs. Un deuxième point de divergence porte sur l'analyse de la situațion. Pour Lotta Continua (la mouvement est déjà dans une phase de montée impétueuse ou, au moins, à la veille de cette montée. « La conscience politique des masses qui s'est si rapidement développée durant la période électorale, le caractère dur et violent qu'ont pris les luttes ouvrières dans les derniers mois, l'attente qui se développe dans tous les secteurs de la classe ouvrière de l'échéance des contrats comme occasion de prendre une revanche générale sur les patrons, tout cela confirme totalement notre analyse ». Encore une fois donc, Lotta Continua interprète arbitrairement quelques faits (par exemple la participation massive à certains meetings du Parti Communiste), généralise dac nhénomènee des phénomènes sectoriels, cantoriel: mythifie certains faits. Le résultat : le cadre d'ensemble est totalement déformé. Pour compléter cela, Lotta Continua schématise de façon excessive l'alternative : ou l'on accepte la perspective que l'on dessine ou cela signifie que l'on considère que le mouvement est faible et déjà battu par la contre-offensive réactionnaire. Pour notre part nous croyons que la réalité est un peu plus complexe. L'optimisme noncritique de Lotta Continua est d'autant plus infondé si l'on se réfère à leur propre question : « Où se trouve l'organisation capable de se faire le porteur de ce programme et de guider la classe ouvrière dans cette confrontation ». La réponse que Lotta donne dans le même numéro (19 mai) est la suivante: « Cette organisation n'existe pas, les forces de la gauche extra-parlementaire, même dans les meilleures situations, ne possédent pas l'audience de masse en relation avec la dimension que va acquérir la confrontation. Les embryons d'organismes de masse autonomes qui sont apparus dans la dernière année dans quelques situations n'existent pas... Et c'est moins que jamais la gauche syndicale...» Et alors? Devrions-nous obligatoirement arriver à la conclusion que, si le mouvement se développe et atteint un niveau de confrontation décisif, la défaite est inévitable ? Lotta Continua, à ce qui apparait, ne raisonne pas en ces termes et indique une solution. Nous arrivons ici au troisième point de ésaccord, le plus important : « L'alternative à la direction liquidatrice et contre-révolutionnaire des syndicats - écrit le. quotidien - ne se situe pas dans la croissance d'une organisation définie et bien déterminée, dans la brève période qui nous sépare de l'automne. Cette alternative se trouve dans la conscience qui existe déjà et peut croitre encore grandement dans les prochains mois ; dans les dimensions que peut acquérir le conflit, dans les forces que la classe ouvrière et le prolétariat pourront mettre dans la bataille et sur lesquelles il faut compter; dans les contenus revendicatifs qui susciteront des mobilisations de masses immenses, masses qui voient l'échéance des contrats comme le moment d'une confrontation décisive contre la répression, la crise et le fascisme de l'Etat ». Voici un exemple quasiment pour manuel du spontanéisme; un exemple qui confirme que Lotta Continua s'inspire essentiellement à cette source quand bien même on parle beaucoup d'organisation. Pour nous, ce qui pouvait en 1968 et 1969 être une généreuse illusion - fruit d'une situation objective au sein de laquelle se mouvait un vaste mouvement de luttes spontanées (mais quel en fut le résultat ? ) - voisine aujourd'hui tout simplement l'irresponsabilité politique. Ceux qui ne veulent pas comprendre que la force du prolétariat ne peut s'exprimer pleine ment et trouver des débouchés positifs que dans la mesure où le prolétariat sait se donner des instruments précis de mobilisatión et de direction porteurs d'une alternative politique générale, ceuxci oublient simplement toute l'histoire du mouvement ouvrier, mais encore et plus fondamentalement les leçons cruciales de ces dernières années. Depuis plusieurs mois, Lotta Continua a mis en relief les oscillations entre diverses lignes politiques et a tenté de combiner ou d'alterner diverses positions politiques. A juger à partir de ce qui est publié dans le nouveau quotidien - sans compter les positions adoptées aprés le 11 mars à Milan (manifestation anti-fasciste) et dans le débat au sein du Comité National pour la défense de Valpreda - les ambigultés ont été dans une certaine mesure voilées grâce à un effort évident d'exprimer une ligne plus organique. En schématisant quelque peu, on peut souligner que les positions d'inspiration très nettement populistes - dont découlait une re14 cherche de convergence avec d'autres forces et une attention plus nette à tisser des liens avec les masses encore influencées par les organisations traditionnelles - ont cédé le pas à des positions aventuristes. Le point de départ d'une telle position se situe dans l'analyse de la situation qui s'esquisse aujourd'hui en Italie. Lotta Continua s'efforce de donner à cette analyse une dimension internationale, présentant une situation dans laquelle les « prolétaires » sont partout à l'attaque et usent des méthodes de l'action directe, si ce n'est de la lutte armée tout court et ceci dans toutes les parties du monde Certes nous n'allons pas contester l'ampleur et la profondeur de la crise de l'impérialisme et la multiplication des tensions et des explosions révolutionnaires dans les divers continents. Mais le fait que Lotta Continua mette tout dans le même sac, la France et la Pologne, l'Irlande et l'Argentine, le Vietnam et l'Italie, ne craignant pas de suggérer que les méthodes de luttes doivent être les mêmes partout, fournit une indication quant à l'approximation et la simplicité des critéres politiques et quant à l'inexistence de toute distinction entre phase historique de crise générale d'un système et situation révolutionnaire ou pré-révolutionnaire. Demain, la confrontation L'analyse de la situation italienne est marquée par le mê me simplisme destructeur et les erreurs les plus grossières. L'évaluation faite par Lotta Continua de toutes les tendances qui ont opéré depuis un an est des plus débiles. Lotta Continua ne veut point admettre que la classe ouvriére depuis l'été 1971 a été contrainte de mener des luttes le plus souvent défensives (pour la défense de l'emploi, pour l'application effective des contrats nationaux et d'entreprises, contre les conséquences de l'inflation galopante, contre la répression). En outre, cette organisation non seulement exagère ses propres forces mais les forces de la gauche révolutionnaire en général. Plus précisément Lotta Continua affirme que la situation italienne s'ouvre sur la perspective d'une crise révolutionnaire, si ce n'est immédiate, du moins à court terme, c'est-à-dire dans les mois à venir lors des luttes pour le renouvellement des contrats. Dés lors, la question du renversement du système se pose dans les termes les plus brefs. C'est d'ailleurs ce que souligne un article du 30 avril : « Ce renversement doit assumer une dimension violente, et dans ce contexte se confrontent radicalement les besoins politiques et matériels des masses face à ceux de la bourgeoisie. Donc les objectifs, les formes de lutte ainsi •que les instruments organisationnels du mouvement doivent être en relation avec la dureté de cette confrontation ». Dés lors, au lieu d'élaborer « un programme adéquat aux besoins et à la conscience des prolétaires dans les conditions de la crise », il est nécessaire d'assurer « une activité des organisations qui construisent dans les faits, et de la base, une force suffisante pour affronter la violence répressive de l'Etat et pour développer des perspectives plus avancées de lutte ». Ce qui frappe par-dessus tout c'est l'aspect plus que général de l'analyse. Que l'on puisse déterminer qu'en Italie des épreuves de force devront se dérouler à court terme, c'est fort possible. Mais sous quelle forme, avec quel rapport de forces entre les diverses composantes du mouvement ? S'agira-t-il pour la classe ouvrière d'une confrontation essentiellement défensive ou d'une occasion favorable à une lutte pour le renversement du système ? Et quand bien même la situation serait objectivement favorable, vu les rapports de force entre bureaucratie traditionnelle et forces révolutionnaires, et vu la fragmentation et la faiblesse politique de ces forces, sera-t-il possible de mettre plus pleinement à profit cette situation que cela ne fut le cas en France en 1968 ou en Italie en 1969-70 ? Voici entre autres quelques questions que les rédacteurs de Lotta Continua ne semblent pas poser, arrivant ainsi à une simplification extrème et à une détermination erronée des perspectives à court terme. Nier la réalité Un tel simplisme déformant s'exprime aussi dans la question de la fascisation de l'Etat. Ici encore, il manque à Lotta Continua la capacité de distinguer entre tendances générales qui s'approfondissent aujourd'hui, mais ne sont en aucune mesure des nouveautés surgies ces derniers mois, et la portée réelle des phénomènes se développent effectivement. Qu'il y ait eu une suppression du contenu de la démocratie parlementaire avec tout ce que cela signifie, cela ne fait aucun doute. Et il est certain que le gouvernement « monocolore » (Démocratie Chrétienne) est en train de chercher à tirer tous les avantages de la conjoncture exceptionnelle de dissolution des chambres. Mais de cela il ne découle pas que nous sommes déja en pleine fascisation, que la différence entre démocratie constitutionnelle et dictature fasciste soit inexistante et encore moins que se soit vérifiée « la suppression pratique des contradictions entre l'aile réactionnaire et l'aile réformiste de la bourgeoisie » (le Parti Communiste est inclu par Lotta Contínua dans l'aile réformiste de la bourgeoisie !) ou que ne soient plus opérantes les oppositions entre l'aile réactionnaire et l'aile réformiste (cf numéro du 23 avril). La réalité, au contraire, montre que les couches décisives de la bourgeoisie repoussent - vu les dangers qui découlent de la mobilisation persistante du mouvement de masse - la solution fasciste, et que, partant, les contrastes entre réactionnaires et réformistes tendent à s'accroître, justement dans la mesure où le déplacement à droite de l'axe politique implique la diminution de l'espace politique pour des opérations réformistes. Loin de nier ces contradictions, il est dans l'intérêt des militants révolutionnaires de chercher à les utiliser, comme il est de leur inté. rêt de chercher à déterminer des bases communes avec les organisations ouvrières traditionnelles pour répondre à la menace réactionnaire et aux attaques de la répression. L'approximation, le simplisme de Lotta Continua s'exprime du reste dans le programme « pour la confrontation générale qui se prépare et dont les premiers éléments se développeront dans la lutte pour les contrats en automne ». Il s'agit d'un programme des « besoins prolétariens » (le terme de « prolétaire » est d'ailleurs utilisé sans se préoccuper trop de la correspondance entre l'expression et le contenu), où se trouvent aussi bien des revendications économiques ou qualitatives des plus légitimes, des proclamations générales, des revendications populistes et des aspirations égalitaristes énoncées absolument. abstraitement. On chercherait en vain un axe central du programme, un lien concret avec les perspectives de mobilisation en fonction de la rupture du système que l'on annonce pourtant comme une question qui se posera à brève échéance.
Vers les actions minoritaires La réalité est que Lotta Continua exprime parfois, avec une efficacité propagandiste réelle, certaines exigences générales et particulières, mais finit par confondre finalité générale à long terme et potentialités immédiates et par donner une définition des plus déformées des forces sociales qui peuvent effectivement se mobiliser dans le contexte actuel pour atteindre les objectifs que cette organisation définit. Ainsi l'on substitue aux couches amples de travailleurs avancés qui seraient capables de mobiliser toute la classe, des groupes minuscules de « prolétaires ». En outre, on confond mobilisation de masse avec actions de commandos. On présente comme des initiatives révolutionnaires des conflits destinés à rester marginaux et sans débouchés (quand ils ne sont pas récupérés par une quelconque manœuvre réformiste) quand bien même ils expriment une exaspération légitime des couches parmi les plus déshéritées. De la position. affirmée lors de la séquestration d'un cadre de chez Siemens, du refus de définition politique face à la ligne développée par Potere Operaio d'empécher systématiquement les meetings du MSI et parfois de la Démocratie chrétienne, les positions de Lotta Continua sont apparues cousues du fil rouge de l'aventurisme. D'une analyse erronée découle, en dernière instance, la tentative de substituer aux actions de masses les actions de groupes restreints de militants. Les interprétations en grande partie illusoires sur l'état d'âme et sur la disponibilité des anciens partisans que l'on présente comme impatients de reprendre la mitraillette, et les caractérisations des plus fantaisistes sur la signification des meetings électoraux du Parti Communiste qui auraient mis en lumière une rupture totale entre la base et les dirigeants, tout cela se résume à une tentative de créer les fondements objectifs d'une analyse qui a bien peu à voir avec la réalité. Une dernière considération. Malgré toutes les déclarations sur l'avant-garde et sur l'organisation, la logique politique fondamentale de Lotta Continua reste spontanéiste. Dans la meilleure des hypothèses, en fait, l'instrument de direction de la révolution est conçu comme quelque chose qui surgit du mouvement de masse lui-même au moment où les conditions objectives seront mures, et ceci à partir aussi de l'intervention des avant-gardes existantes qui ne représentent pas encore, loin de là, un parti. Toute la conception de l'organisation se résume à cela. Dans le numéro du 30 avril, par exemple,
Lotta Continua analyse la signification du mai français, indiquant toutes les potentialités et les limites. Il est significatif que l'on « oublie » de dire qu'avant tout il manquait à la classe ouvrière à ce moment-là un parti révolutionnaire (ceci ne serait-ce que parce que l'histoire a prouvé qu'il n'y a pas de passage automatique d'une lutte de classe même avancée à une lutte de classe révolutionnaire, dans le sens d'un renversement du pouvoir politique de la bourgeoisie dans la perspective de la destruction de la société capitaliste pour la construction d'une société socialiste).
CONFE ONN
NOTE Le groupe Lotta Continua - un des groupes les plus importants de la gauche révolutionnaire italienne - représente sur l'échiquier politique la tendance caractérisée en France comme « mao-spontex », bien que cette analogie soit imparfaite. Depuis un certain temps ce groupe publie un quotidien. Les articles polémiques que nous publions ici ont pour fonction non seulement d'aborder des questions d'ordre général, mais aussi de mettre en relief certaines caractéristiques politiques d'un groupe qui est consciencieusement mimé (quand ce n'est pas caricaturé) en Europe par divers « groupes d'avant-garde ». En Suisse, le groupe « Rupture pour le communisme » représente cette tendance.