(extrait de « Combate », organe de la Ligue Communiste Révolutionnaire d'Espagne) Nous publions dans ce numéro de Combate un long compte-rendu de la déclaration du comité d'Euskadi de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) avant le « Aberri Eguna » (fête nationale) de cette année. Cette déclaration est, de fait, la première prise de position claire des marxistes révolutionnaires sur le problème national. Dans un prochain numéro, nous publierons une ample information sur les actions et les mobilisations réalisées durant ces journées. Définir la position des trotskystes sur le problème national dans l'Etat espagnol, proclamer la défense par tous les moyens, du droit à la libre autodétermination des nationalités opprimées, nous oblige à ne pas nous égarer dans des discours peu clairs. Cela exige de la part des marxistes révolutionnaires un effort pour populariser ces positions au sein de l'avant-garde et des masses ouvrières divisées par des dizaines d'années de propagande chauvine de la dictature et du grand capital. Cela signifie un combat à mort contre toutes les idéologies nationalistes, contre toute position sectaire ou opportuniste. Sur ce point cela signifie également une lutte contre les conceptions qui, avec telle ou telle excuse, ne font que le jeu du chauvinisme franquiste, en facilitant au moyen de visions étroites, la possibilité de faire tomber le prolétariat de ces nationalités sous la coupe des directions bourgeoises, empêchant ainsi l'union indispensable des prolétaires du pays tout entier et facilitant la répression féroce de la dictature contre les militants nationalistes et le peuple d'Euskadi. En éduquant le prolétariat à lutter contre toute forme d'oppression quelle qu'elle soit, celui-ci pourra s'élever jusqu'à l'avant-garde du combat dans tous les secteurs de la population contre la dictature et le grand capital. Dans ce sens, c'est seulement avec une politique claire que les couches opprimées de la population reconnaîtront la classe ouvrière comme la classe dirigeant leur combat, comme la seule classe capable d'offrir des solutions radicales à leurs aspirations et à leurs nécessités. • ... Précisément pour séparer de leur bourgeoisie les ouvriers et les paysans opprimés nationalement, l'avant-garde prolétarienne doit adopter sur la question de la libre détermination nationale une attitude audacieuse et sincère. Des ouvriers défendront jusqu'à ses dernières conséquences le droit des Catalans et des Basques à organiser leur vie dans un Etat indépendant, au cas où la majorité de la population de ces dites nations se prononce pour la séparation totale. Mais cela ne signifie naturellement pas que les ouvriers avancés doivent pousser les Catalans et les Basques à la séparation ».
son Tratchy Léon Trotsky « La révolution espagnole et les tâches des communistes » 24.1.1931 P. CHENCA 1.4.72 21
Que s'est-il passé depuis Burgos ? En décembre 70, la classe ouvrière à la tête de la population s'est montrée comme la force décisive dans la lutte contre l'oppression nationale. Ceci est la leçon fondamentale de ces journées. Le verdict sanguinaire des sicaires du régime venait à la suite de 35 ans de féroce oppression fasciste sur le peuple d'Euskadi : outre le fait qu'elle ait sauvé Isko et ses compagnons de la mort l'action décisive des masses ouvrières et populaires présentait le prolétariat comme le principal allié des victimes de l'oppression nationale, comme l'unique classe capable face aux décennies d'impuissance et de tentatives manqueés, commandées par les directions bourgeoises, de rassembler les masses d'Euskadi affranchies du joug franquiste. L'action de masse avait imposé un recul à la dictature détruisant les projets et les illusions libérales, détruisant l'image de marque de l'OPUS et ouvrait une période où l'ampleur et la profondeur de la lutte des masses se développait sous le signe du « crépuscule franquiste » (...) En Euskadi on a vu une incroyable démonstration de furie répressive, à la suite de l'arrestation du dirigeant de Precicontrol, telle que la chasse aux militants nationalistes, la fermeture de quelques « Iskatolas » (1) et la répression systématique de toute exigence de revendications nationales qui ont permis des attaques permanentes des organisations nationalistes. Tout cela montrait l'actualité de la lutte contre l'oppression nationale. D'autre part les dizaines de combattants nationalistes détenus après la séquestration d'Eibar, les accords entre Franco et Pompidou visant à expulser et poursuivre les militants nationalistes et révolutionnaires d'Euskadi du nord (motif pour lequel la Ligue communiste, section française de la Quatrième Internationale a réalisé une vaste campagne) - de même que le sinistre assassinat de lon Goikoetxea ont mis en évidence l'unique réponse aux aspirations légitimes à la liberté nationale du peuple d'Euskadi : arrestations, expulsions, tabassages, et assassinats... Toujours et encore la répression. La situation actuelle L'ordre du jour du dernier conseil national du Mouvement exprime la préoccupation fondamentale de la dictature dans la situation présente : universités, problèmes politico-sociaux issus de la situation économique, séparatisme.... Au moment de l'aggravation de sa crise, le grand capital est incapable de satisfaire aux besoins vitaux des masses ou à quelque projet de régionalisation, si timide soit-il, ni même de concéder aucune revendication démocratique — y compris le droit à l'autodétermination. Le désir d'en finir avec les salaires de famine, la surexploitation, la nécessité logique d'un enseignement gratuit, rien de tout cela ne peut être résolu tuit, rien de tout cela ne peut etre resolu 22 par un capitalisme attaché à la défense de ses privilèges et pour lequel la vieille dictature sanguinaire franquiste continue d'être la meilleure forme de domination politique. Seul le prolétariat, face au grand capital, peut garantir la satisfaction des aspirations de tous les exploités: pour le peuple d'Euskadi, il n'y a d'espoir de liberté nationale qu'au travers du drapeau rouge d i prolétariat déployé sur le cadavre du franquisme. Le rôle de la lutte contre l'oppression nationale dans le chemin vers un nouveau Burgos La haine profonde de la dictature, durcie par ces années de répression, tous les besoins et les aspirations des travailleurs et du peuple, la combativité actuelle dans la lutte des masses sont la garantie d'un nouveau Burgos. Cette combativité déployée par la classe ouvrière dans toutes ses luttes, les formes d'organisation développées dans ses combats les plus avancés, la situent à l'avant-garde du chemin vers une grève politique de masse, ce qui montre aux secteurs populaires que l'action directe est la seule voie vers la victoire. La lutte contre l'oppression nationale s'inscrit dans ce chemin vers un nouveau Burgos. D'une part à cause de la combativité toujours plus forte qui se dégage des aspirations et revendications que les masses prolétaires et populaires présentent à la dictature, d'autre part parce qu'elle est un motif qui peut, à un moment donné, provoquer devant les agressions du franquisme envers le peuple d'Euskadi, une riposte généralisée à l'échelle nationale en approfondissant la voie de décembre 70 où de larges secteurs de la classe ouvrière prirent conscience de la nécessité de soutenir la lutte contre l'oppression nationale et de défendre le droit du peuple d'Euskadi à disposer de luimême. Pour le libre droit à l'autodétermination du peuple d'Euskadi Pour les marxistes révolutionnaires la lutte contre l'oppression nationale est inséparable de la lutte pour la reconnaissance au droit de chaque nationalité opprimée par la dictature (notamment le pays basque) à disposer d'elle-même et à parvenir si telle est sa volonté à la séparation et à la constitution d'un Etat indépendant: Mais dès aujourd'hui nous devons expliquer sans ambigüité ce qu'est et ce que sera la position des trotskystes quant à la défense de ce droit. Nous sommes pour la libre union de toutes les nationalités de l'Etat espagnol sur la base du respect mutuel et de l'égalité effective entre chacune d'elles, vers un Etat ouvrier dont la forme concrète (fédéral, unitaire...) devra être définie par les masses ouvrières elles-mêmes et la population de ces nationalités.
Contre les agressions de la dictature Contre la discrimination du basque, contre son interdiction de fait: EGALITE REELLE ENTRE LE BASQUĘ, LE CASTILLAN DANS TOUS LES SECTEURS (enseignement, moyens de communication, etc...) Contre la répression RETOUR DES EXILES. Des centaines de combattants se voient.dans l'obligation de résider dans d'autres pays pour échapper aux griffes de la répression franquiste ou à la mort dans beaucoup de cas, ils sont surveillés et poursuivis par la police française complice de ses collègues franquistes. Ces camarades doivent pouvoir retourner sur leur lieu de travail sans la crainte de quelconques représailles.
Pour la liberté d'Euskadi POUR LE LIBRE DROIT A L'AUTODETERMINATION DU PEUPLE D'EUSKADI ; décidée lors d'une assemblée constituante du peuple basque, élue sur la base du suffrage universel libre et direct pour tous les citoyens agés de plus de 16 ans. Pour un gouvernement des travailleurs Il serait illusoire de penser que tout cela, en particulier le droit à l'autodétermination est possible sans le renversement révolutionnaire de la dictature, ou que ce renversement seules les forces ouvrières et le peuple d'Euskadi peuvent le réaliser. Seule une large mobilisation des ouvriers et des couches opprimées de tout l'Etat pourra en finir avec le franquisme et l'exploitation. Le seul moyen pour les libertés démocratiques décidées par l'assemblée constituante du peuple d'Euskadi d'être assurées, sera la dissolution des corps répressifs et des bandes armées de la dictature. Mais, désarmer la police et les gardes civils exige d'autre part l'armement du prolétariat et la constitution de milices populaires. La liberté des détenus, le retour des exilés ne sera possible que par une action plus dure et plus totale que la seule dissolution des tribunaux et juridictions spéciales qui envoient les plus combattifs dans les prisons franquistes ou en exil. Cela imposera à la fois la mise en évidence des responsabilités envers les crimes franquistes et la destruction de la machine judiciaire de la dictature. outes ces mesures auxquelles se joignen a satistaction des revendications économ ques des ouvriers, l'expropriation des propriétaires terriens, l'instauration du contrôle ouvrier sur la production... ne pourront être mises en œuvre que par un gouvernement des travailleurs édifié dans les assemblées et les comités que les masses auront érigés pour le renversement révolutionnaire de la dictature. Seul un tel gouvernement est capable d'assurer le droit à l'autodétermination des nationalités opprimées, de même qu'il constitue le meilleur instrument pour poser les bases et ouvrir la voie à la seule solution radicale des revendications des masses : la République Socialiste. Contre tout nationalisme Le chauvinisme espagnol, l'oppression exercée par le grand capital (par le biais du franquisme) sur le peuple d'Euskadi, l'agression continuelle contre la conscience du peuple basque, sa langue et sa culture provoquent des réactions contraires au sein des divers secteurs de ce peuple et donnent naissance au chauvinisme basque. Celui-ci stimulé par la fraction basque du grand capital dans des organisations comme le PNV qui s'appuie sur les illusions nationalistes et pacifistes de la petite bourgeoisie (et à travers elle sur des secteurs de la classe ouvrière) situe la lutte contre l'oppression nationale au-dessus de la lutte contre l'exploitation : bien séparée de la lutte des classes. Certains secteurs de la petite bourgeoisie, convaincus de son inutilité et de sa direction réactionnaire, ont rompu avec l'idéologie cléricale et pacifiste du PNV (2) donnant lieu à la constitution d'organisations nationalistes révolutionnaires, aujourd'hui incarnées dans les fractions a milis » et « Va » de l'ETA (3) qui bien que conscientes de la nécessité de s'allier à la classe ouvrière, limitent cette alliance au territoire d'Euskadi et divisent ainsi le prolétariat de tout l'Etat. Le peuple d'Euskadi ne peut trouver aucune solution dans ce type de politique. Les intérêts de la petite bourgeoisie n'ont pas de solution dans leurs propres hésitations ni dans une alliance avec une prétendue bourgeoisie nationale qui s'alliera nécessairement au grand capital au moment du règlement de compte des masses aves le franquisme. Au contraire comme l'affirmait Trotsky : la petite bourgeoisie peut trouver son chef dans le prolétariat, que le développement capitaliste pose comme la seule classe capable d'offrir des solutions aux intérêts de ces couches et d'en finir avec toute oppression.
Les trotskystes combattront pour l'union des prolétaires de tout l'Etat dans le combat contre la dictature forgeant dans les luttes journalières les mille liens nécessaires pour la généralisation et l'unification de ces combats qui devront entraîner les secteurs de la population opprimée, en luttant pour la construction de sa direction révolutionnaire, le parti marxiste révolutionnaire de masse centralisé démocratiquement au niveau de l'Etat, instrument de la révolution socialiste. socialiste.
Contre tout opportunisme et sectarisme Pour le PC d'Euskadi, le retour du gouvernement basque exilé est la condition pour en finir avec l'oppression nationale. Le PC parait oublier le caractère parasitaire et pacifiste de corps réactionnaire qui a caractérisé le gouvernement basque durant 35 ans de franquisme, il parait oublier aussi la réticence des masses basques vis-à-vis d'un gouvernement qui a observé, amorphe, la montée de l'oppression fasciste de ces dernières années. Le PSO/UGT (E) plaide pour le retour de la République légitime pour la remise en place du statut de l'autonomie d'Euskadi. Les « Prieto » et « Largo Caballero » ont pu présenter cette solution comme « viable » au sein de la marge de manœuvre du grand capital d'alors. Aujourd'hui la socialdémocratie dans l'Etat espagnol un seulement ne peut se situer dans la « boutique » qu'occupent leurs frères de lait : les Willy Brandt, Wilson et Cie, mais encore les réponses qu'ils donnent en ce qui concerne le problème national se maintiennent sur le terrain de la solution arbitraire pour le peuple d'Euskadi, sans que d'autre part il n'y ait d'attrait quelconque pour ses acheteurs d'antan : les grands capitalistes. Si l'ETA Va a rompu avec l'idéologie nationaliste en adoptant des positions orientés vers les intérêts des prolétaires, elle garde d'autre part des attitudes ambigües en ce qui concerne la position communiste face au droit d'autodétermination. Sans plaider de façon combative pour l'union, sans rien offrir pour que ce droit entre en vigueur, de même sa position envers la construction du parti et de l'internationale, maintenant une vision localiste et cantonale de la lutte de classe à l'échelle de l'Etat, et son incapacité à maintenir les positions qu'elle défend. L'ETA continue à hésiter sans combattre à fond tout nationalisme, sans assurer jusqu'au bout une position marxiste révolutionnaire. Mentionnons la position du MCE (Komunistak) (5) d'alliance avec une prétendue bourgeoisie nationale, l'incapacité de mener jusqu'au bout le combat contre l'oppression nationale et pour le droit à l'autodétermination. L'ORT (6), comme à l'époque de l'USO. considère que la lutte contre l'oppression nationale n'intéresse pas la classe ouvrière mais les leçons de décembre 70 répondent amplement à cette attitude. Habituée à considérer la lutte ouvrière comme un problème dans chaque usine et la réduisant à un conflit ouvrier-patron, l'USO renforce par sa position sur la question nationale, les divisions dans le prolétariat, éloignant les secteurs populaires qui pourraient débloquer la situation sous sa direction.
Le PC dans son orientation sectaire, pense que seule la bourgeoisie a des intérêts dans la lutte contre l'oppression nationale que l'auto-détermination pour Euskadi suppose
Panto détermiantion pour la bourgeoisie. l'auto-détermiantion pour la bourgeoisie. Cette attitude ne peut que renforcer le chauvinisme de la dictature, diviser le prolétariat, contraindre les secteurs populaires des nations opprimées à chercher leur direction dans les rangs de la bourgeoisie. Dans ce sens, la LCR doit faire son autocritique pour avoir maintenu un mutisme dans l'avant-garde, en ce qui concerne le problème national en ne précisant pas son choix aussi bien vis-à-vis des combattants que des masses d'Euskadi. Depuis lors, nous, trotskystes - en Euskadi et dans toute l'Espagne - sommes pour le droit à l'auto-détermination, prêts à combattre et à dénoncer cette injustice envers le peuple d'Euskadi ; nous travaillons aussi maintenant pour attirer l'attention des combattants et des masses basques vers le choix de la libre union des nationalités opprimées dans un même Etat parce que nous pensons que c'est là que peuvent être représentés et comblés les désirs et les aspirations du peuple basque. Pour un « Aberri Eguna » combatif Dans cette Aberri Eguna, nous, trotskystes, appelons a multiplier les actions, à développer les réunions, les assemblées, les meetings, à manifester dans les centres, à préparer les manifestations centrales, à organiser la lutte dans les lieux de travail et les universités moyennant des assemblées et des comités élus et révocables, à défendre ces actions des agressions de la répression avec des piquets d'auto-défense nombreux et combatifs afin d'exprimer la ferme volonté des ouvriers et du peuple d'Euskadi de mettre fin à l'oppression nationale en renversant la dictature... Le comité d'Euskadi de la LCR appelle les militants et les directions de toutes les organisations ouvrières, estudiantines, révolutionnaires et nationalistes à réaliser la plus grande unité d'action dans les centres pour préparer cette journée. A préparer également un comité de coordination dans chaque localité afin d'unifier les actions au cours de cette « Aterri Eguna ». Au cours de cet Aberri Eguna, nous, trotskystes basques, esprimerons notre ferme soutien et l'expression de notre solidarité internationale à l'héroïque peuple du Vietnam. au Front Révolutionnaire Indochinois dans sa lutte contre les agressions de l'impérialisme yankee, nous nous joignons à tous ceux qui dans le monde se mobiliseront de nouveau le 24 avril pour le retrait immédiat des troupes US, pour la victoire de la Révolution Socialiste Indochinoise.
A BAS LA DICTATURE ASSASSINE !
Notes :
(1) Ecoles basques installées dans une semilégalité précaire.
(2) Parti Nationaliste Basque : première organisation nationaliste de tendance catholique et conservatrice. Représentative des intéréts de la bourgeoisie locale.
(3) ETA (Euskadi Ta Askatuta) : organisation nationaliste. S'est scindée lors de la Convention en une fraction e militaro-nationaliste » et une fraction « socialiste révolutionnaire ».
(4) PSO : Parti Socialiste Ouvrier, parti socialdémocrate contrôle l'UGT (Union Générale des
Travailleurs), syndicat réformiste. Lors de la révolution espagnole était dirigé par Indalecio Prieto
(représentant de l'aile droite) et Largo Caballero
(représentant de l'aile « gauche »).
(5) MCE : mouvement communiste espagnole issu du Komunistak, scission maoiste de l'ETA.
(6) ORT/USA : courants syndicalistes chrétiens radicalisés.