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La revue › nouvelle série n° 2

Bilan et perspectives du capitalisme français

Jean Luc Dallemagne · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 2 · 15 avril 1972 · p. 37-40 · 3 742 mots

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Depuis le 15 août, les mesures prises par le gouvernement français pour éviter les répercussions de la crise Entre de person de lale profit poire ne pres ses positiona monetaire ne procuraient extérieures. Le résultat de ces manœuvres ne pouvait dépendre que du temps que durerait cette situation. Or la bourgeoisie internationale y a mis fin cet été, par ironie, c'est Pompidou qui a eu la primeur d'apprendre que la période des vaches grasses était terminée.

Les accords monétaires conclus et les négociations commerciales en cours sont une redistribution des marchés internationaux. Or, malgré ses efforts, la bourgeoisie française, qui a sans aucun doute amélioré ses positions dans les derniers mois, n'a pas acquis une puissance telle qu'elle puisse faire face à la concurrence américaine, allemande et japonaise. Si les unes et les autres acceptent aujourd'hui des concessions, c'est en raison des risques qui pèsent sur le système capitaliste et dont ils sont conscients. Mais ces risques viennent de l'exacerbation des contradictions capitalistes que la bourgeoisie mondiale ne peut faire financer par la classe ouvrière en lutte et qui se traduit par une réduction de ses taux de profit. Il est donc clair* que ces accords ne sont qu'une trève destinée à permettre aux concurrents de se renforcer avant de reprendre la lutte. Les négociations commerciales d'ores et déjà entamées à Bruxelles entre les USA et la CEE laissent prévoir que la bataille sera rude au sein de la bourgeoisie. Et que la note à payer par les capitalistes français, notamment en ce qui concerne les produits agricoles, sera élevée.

De plus la spéculation qui se poursuit contre le dollar et en faveur de l'or, du mark et du florin, prouve que les accords des Açores n'ont rien réglé quant à l'organisation du Système Monétaire International. Les capitalistes français qui n'ont pas trop souffert en 71 des difficultés du capitalisme mondial risquent en 72, dans ce contexte d'instabilité monétaire et commerciale de partager le lot commun de tous les capitalistes. 1. 71.: UN SURSIS FRAGILE Le gouvernement a raison d'affirmer qu'en71 la bourgeoisie française s'en est mieux sortie que ses principales concurrentes, notamment allemande. Mais il n'a pas à crier victoire car si, dans une conjoncture de ralentissement général, le capital français s'est néanmoins développé, c'est en raison de mesures artificielles qui masquaient temporairement ses faiblesses. 1) Les vaches grasses... Depuis 1965, les capitalistes français ont pu améliorer considérablement leur compé-

Bilan et perspectives du capitalisme français tivité sur le marché mondial, notammment en raison de la dévaluation du franc et la réévaluation du mark pratiquées cette même année, et des plus grandes libertés que leur laissent les directions bureaucratiques du mouvement ouvrier pour exploiter les travailleurs. Les coûts salariaux par unité produite n'ont augmenté, depuis 1966, que de 6 % en France, c'est-à-dire au même taux qu'au Japon, tandis qu'ils s'élevaient de 13 % en RFA, de 14% en Grande Bretagne, de 20 % aux USA et de 22 % en Italie. Aujourd'hui la productivité du travailleur français est, en moyenne, la seconde après celle du travailleur japonais. C'est la raison essentielle de l'expansion française de 1971: la production industrielle a augmenté de 5,8 % et la productivité industrielle de 5,4 %. C'est en restructurant leur outil de production que les capitalistes ont pu ainsi mieux exploiter les travailleurs. Mais ils n'ont pas pour autant accru leurs investissements productifs. Profitant des effets de l'accumulation, qui a fortement progressé en 1969 et 1970 (plus de 12,9 % et plus de 8,2 % en volume), ils se sont contentés d'un taux de 6 % en 1971. Bien plus après avoir fortement investi au début de l'année, ils ont révisé leurs plans en baisse au deuxième semestre, d'où la stagnation de l'investissement productif privé à la fin de l'année. L'accroissement de la productivité (qui permet de produire autant avec moins de travailleurs) étant supérieur à celui de l'investissement (qui crée des emplois) le chômage (1) s'est accru de 63% depuis 1969 et de 39 % pour la seule année 71. Une telle accélération (plus de 22,3 % de juin à octobre) ne marque le pas depuis novembre que pour des raisons superficielles. En effet, la baisse commencée des offres d'emplois non satisfaites indique une tendance forte à l'accroissement du chômage, ce qu'on précisera dans la deuxième partie. Les capitalistes français n'ont donc pu se développer en 71 qu'au détriment des travailleurs dont une partie était rejetée au chômage. En décembre on dénombre 394 882 chômeurs officiels (soit 722.000 réels) dont plus des 2/3 ne retrouveront pas de travail avant un mois ! 2) ... sont malades Mais ce développement du capital français est pétri de contradictions qui le rendent extrêmement fragile au seul niveau écono mique. En effet, il ne permet pas, malgré les apparences, d'accroître l'activité intérieure et les exportations durablement. a) En raison de la faiblesse des investissements productifs, l'activité intérieure repose sur la consommation, essentiellement celle des travailleurs. On constate d'ailleurs que ce sont les industries de consommation qui ont assuré l'expansion en 71. Les travailleurs, en effet, ont accru leurs dépenses de consommation de 5,8% en volume. Grâce, notamment, à la hausse des salaires de 10,5 % arrachée à la bourgeoisie. 38

Mais, en même temps, par crainte du chômage, ils ont maintenu un taux d'épargne élevé d'environ 17%. Ils n'ont pu autant consommer et épargner qu'en s'endettant auprès des banques qui ont prêté facilement cette année. L'activité intérieure n'a donc pu se développer qu'en raison des dépenses de consommation financées par le crédit. Mais ces dépenses ont provoqué une hausse des prix de 6 % en 71, contre 4,7 % en 70. De plus, cette hausse étant relativement plus forte qu'en RFA (plus de 4,6 %), qu'en Italie (plus de 4,2 %) et qu'aux USA (plus de 3,9%), a remis en cause progressivement la compétitivité des capitalistes français sur les marchés extérieurs. b) C'est ce qui explique les progrès relativement faibles des exportations. En ratta. chant le franc commercial au dollar, le gouvernement le dévaluait de fait par rapport aux monnaies européennes. On pouvait en attendre un formidable développement des exportations. Or celui-ci n'aura été que d'environ 20 % en 71 contre 29 % en 70, avec une baisse de 3,1% en septembre, et de 1 % en octobre, en raison du ralentissement des échanges mondiaux. Tandis que les importations augmentaient à un taux élevé, dicté par l'activité intérieure relativement plus soutenue qu'à l'étranger. D'où le déficit commercial d'août et septembre, le taux de couverture des importations par les exportations s'établissant respectivement à 97,7% et 98,4 %. L'excédent commercial n'est rétabli qu'en octobre, pas tant par un accroissement des exportations (plus 18,5 % en août, plus 10,3 % en septembre, plus 17,4% en octobre), que par un ralentissement des importations (plus 18,2%, plus 14,4 %, plus 12,4 %) provoqué par le freinage de l'activité industrielle aux alentours de 6,6 % l'an. Ce qui signifie que les capitalistes français ne pouvaient pas développer spectaculairement leurs exportations sans un écart de compétitivité que ne leur procurait pas la différence des taux de change dès lors qu'elle était rognée progressivement par la hausse des prix. c) L'impasse dans laquelle se trouve la bourgeoisie française se ramène à la contradiction suivante : - pour développer les exportations il faut préalablement accroître la compétitivité, surtout en période de ralentissement généralisé. Une telle amélioration suppose un accroissement des investissements productifs que les capitalistes n'effectuent que s'ils ont un marché intérieur en extension. - Les capitalistes ne pouvant se développer à l'extérieur sans se développer à l'intérieur, ne peuvent non plus se développer de façon autarcique dans leurs seules frontières nationales. Or, l'expansion intérieure française, par la hausse des prix qui l'accompagne, remet en cause la capacité à exporter. D'où la tentation bourgeoise de limiter la hausse des salaires pour freiner celle des prix. Mais en pratiquant une telle politique, la bourgeoisie française obligerait les travailleurs à réduire leur consommation, car le développement du chômage les incite à accroître leur épargne. Limitant les salaires et licenciant les travailleurs pour améliorer la compétitivité de ses produits, la bourgeoisie casse le moteur de l'expansion interne. Et le gouvernement ne peut sortir sa bourgeoisie de cette contradiction : - restreindre le crédit pour ralentir la consommation et la hausse des prix, précipiterait la réduction des investissements et de la production industrielle dont dépend la compétitivité extérieure. - maintenir le crédit pour soutenir l'activité interne conduirait à une hausse des prix qui, remettant en cause la compétitivité externe, entraînerait la perte des marchés extérieurs et le ralentissement de l'activité interne. D'autant plus que l'accroissement de la consommation s'est traduit par une augmentation de 40 % de l'importation des biens correspondants en 71 ! Le patronat français ne pouvait faire cavalier seul et développer ses profits alors que ceux de ses concurrents étrangers dégringolaient. La seule issue était une restructuration à outrance que permettait la politique du gouvernement. Le patronat s'y est précipité, les travailleurs en ont payé le prix en étant massivement licenciés. Néanmoins cela n'a pas été suffisant pour assurer au capital français une position forte face à la concurrence. II. DES PERSPECTIVES ASSOMBRIES Pour le patronat français, le risque était que ses marchés extérieurs lui échappent avant qu'il s'y soit consolidé, alors que le marché intérieur sacrifié se rétrécit. Or, si l'expansion est toujours intense dans l'industrie des biens de consommation, son rythme tend à baisser depuis octobre. Il en résulte une réduction de plus en plus importante des commandes à l'industrie des biens d'équipement. C'est donc l'ensemble des industries tournées vers le marché intérieur qui s'essouffle actuellement. Dans le même temps l'accord des Açores du 19/XII/71 met fin à l'avantage de change des patrons français à l'exportation. Si le franc restee stable, la dévaluation du dollar (moins 7,8 %) et la réévaluation du yen (plus 7,66 %) du mark (plus 4,61 %) du florin et du franc belge (plus 2,76 %) réduisent l'écart entre les monnaies. Le mark qui était 10,9 % plus cher que le franc ne l'est plus que de 4,61%. Les différences sont respectivement de 9,5 % et 2,76 % pour le florin ; de 9,2 % et 2,76 % pour le franc belge ; de 4,16 % et 0 % pour le sterling. Ce réalignement des monnaies favorise les capitalistes américains à l'égard du reste du monde car le taux de dévaluation du dollar s'ajoutant aux taux de réévaluation des autres monnaies leur donne une marge confortable. Mais il défavorise le patronat français dont la monnaie n'a pas dévalué et qui ne profite que des nouveaux taux de réévalutation étrangers inférieurs à la surcôte de ces monnaies au lendemain des mesures Nixon. Les exportations françaises sont ramenées à la situation d'avant le 1er mai, c'est-à-dire d'avant le flottement en hausse du mark et les mesures Nixon. Mais depuis, les prix ont augmenté d'environ 5 %. C'est dire que la compétitivité extérieure du capital français est réduite, ce qui remet en cause son expansion intérieure. 1) Une concurrence accrue Deux raisons vont aggraver la situation extérieure des patrons français : a) Les clients traditionnels sont en récession prolongée. La RFA représente 20% du marché extérieur français, les pays du Bénélux 17 % et l'Italie 10,5 %. Or ces économies vont voir leur récession s'approfondir en raison notamment de pertes de marchés aux USA, et de la baisse de leurs investissements productifs. Quant à la reprise américaine elle ne peut bénéficier aux exportateurs français pour qui le marché US ne représente que 5,5 % du total. D'autant plus que les capitalistes américains ont retrouvé, du fait de la dévaluation du dollar, une compétitivité accrue. b) La compétitivité des capitalistes français n'est pas suffisante pour qu'ils se développent malgré ces obstacles. D'autant plus que si leurs prix montent moins (plus 5,3 %) qu'en Grande Bretagne (plus 8,4 %), leur hausse est presque égale à celle du Japon (plus 5,7 %) et supérieure à celle de la RFA (plus 4,6 %) de l'Italie (plus 4,2 %) et des USA (plus 3,9 %). Les « bastions industriels » que la grande bourgeoisie révait de construire, grâce aux Vlème Plan, dans la mécanique, la chimie et l'électro-mécanique pour développer les exportations ne sont encore que des châteaux de sable. Enfin les exportations agricoles (17% du total) sont menacées par les exigences commerciales US. Les exportations françaises risquent de n'augmenter que de 8% en valeur et de 3 % en volume, contre 14,6 % et 9 % en 1971. Le patronat français payera une part relativement élevée des difficultés du capitalisme US. 2) Une stagnation renforcée De cela les capitalistes français sont conscients. D'après un sondage du journal L'Expansion, les patrons français prévoient une baisse des profits du fait de la concurrence étrangére. Si tous s'affirment bravement décidés à combattre, la majorité annonce sa décision de stabiliser ou réduire ses investissements et son endettement (70 %) donc de baisser les bras ! Le ralentissement des dépenses d'investissement va donc se poursuivre, une réduction pouvant même se produire en mars ou avril. Comme la consommation ne peut se développer sans embauche massive, ou accroissement considérable des salaires, d'autant que la hausse des prix réduit le pouvoir d'achat des travailleurs, l'activité intérieure française ne peut maintenir son faible accroissement de 71. Le plus probable est une baisse de la production industrielle dans le courant de 71. Ce qui est d'ores et déjà annoncé par la réduction des offres d'emplois et des commandes de biens d'équipement. Les capitalistes français s'apprêtent donc à rejoindre le troupeau européen dans la récession. 3) Une politique ambigüe Les perspectives d'expansion, actuellement affirmées par la bourgeoisie, concerne l'ensemble de l'année 72. Les « experts » bourgeois pensent qu'après une baisse de l'activité de février à septembre-octobre, une reprise spectaculaire aura lieu pour clore l'année. D'où il résulterait pour l'ensemble un accroissement de la production industrielle de 1,7% (contre 6 % en 71). Ce calcul est lié aux mesures de relance prises par le gouvernement qui pourraient inciter le patronat à investir. Or, non seulement le budget 72 est modérément expansionniste mais les mesures annoncées par G. d'Estaing sont trop timides pour avoir un effet important. Il ne peut d'ailleurs en être autrement car toute intervention en faveur de l'activité interne ne peut que renforcer la hausse des prix qui remet en cause les exportations, d'autant plus que l'excédent commercial est fragile. Le gouvernement ne peut pas sortir de cette contradiction qui le paralyse. Sa seule perspective (les élections du printemps 73) est que les mesures de relance prises par Nixon en vue des présidentielles (novembre 72) soient relayées à temps par celles que prendra Brandt avant ses propres élections (automne 73). Si cet emploi du temps est respecté, la bourgeoisie française peut profiter des retombées américaine et allemande. Ce qui permettra au gouvernement français d'épauler l'activité intérieure à moindres frais. Sinon le gouvernement devra choisir entre la production industrielle et les prix. De toutes façons il ne peut à terme et durablement continuer son équilibrisme : sacrifiant les prix il remet en cause les exportations, donc la production : sacrifiant la production, il remet en cause la productivité, donc les prix et les exportations ! D'où sa paralysie malgré ses fanfaronnades. 4) Une menace grandissante pour les travailleurs La seule possibilité pour les capitalistes français de sortir de leurs contradictions dans l'immédiat, et à terme car leurs concurrents reconstituent leur compétitivité, c'est d'accélérer la restructuration industrielle pour accroître encore la productivité. L'OCDE prévoit que celle-ci augmentera de 30 % de 70 à 75 en France ! Il est clair que le taux d'accumulation du capital ne croîtra pas à ce rythme, les investissements consistant à rendre plus efficientes les capacités de production exisle faire en raison du ralentissement gen pras Et il est évident qu'il ne peut plus de l'activité. D'où, dans ce cas, l'accroissement du chômage. Si, au contraire, les capitalistes français timorés ne poursuivent pas la réorganisation de leur outil de production, ils perdront de nombreux marchés et, réduisant l'activité, licencient des travailleurs. D'où, dans ce cas opposé, l'accroissement du chômage. La solution adoptée par les capitalistes n'est pas indifférente à leur avenir. Mais en tout état de cause ils chercheront à le faire payer aux travailleurs, notamment en multipliant les licenciements. a) D'ores et déjà les salaires nominaux n'ont augmenté que de 10,5% en 71, contre 10,7 % en 70 lorsque les prix s'élevaient de 6% contre 4,7%. D'où une dégradation du pouvoir d'achat des travailleurs. Or, il est prévu une hausse des salaires nominaux de seulement 9 % en 72 et une hausse des prix d'au moins 5 % qui sera plus proche de 6 % ! Le salaire réel n'augmenterait que de 3% au plus en 72, contre 4,2 % en 71 et environ 5 % en 70. b) D'autre part, le ralentissement de l'activité, acquis pour 72, sauf mesures vigoureuses de relance du gouvernement remettant en cause l'excédent commercial, réduit les créations d'emplois attendues. Pour stabiliser l'actuel chômage, le Gème Plan estime que la production intérieure brute doit croître à 5,9% l'an et que tout pourcentage inférieur implique 100 000 chômeurs de plus. Or, selon les estimations, la PIB devrait croitre entre 4,7 % et 3,2 % l'an (respectivement l'Expansion et CNPF), soit entre 120.000 et 270.000 chômeurs de plus fin 72. Mais comme l'hypothèse faite suppose une restructuration rapide et destructrice d'emplois, c'est à une augmentation d'environ 270.000 chômeurs qu'il faut s'attendre pour 72 quoi que fassent les capitalistes. Ce qui correspondrait à une augmentation du chômage de 26,6 % en 72 (contre 39 % en 71). Ce qui représenterait néanmoins près d'un million de chômeurs, dont, notamment, une part de plus en plus appréciable d'ouvriers qualifiés. En acceptant les chiffres et hypothèses de la bourgeoisie elle-même, on voit quelle est l'ampleur de ce qu'elle s'apprête à faire payer aux travailleurs, sans pour autant accroftre ses propres marges de manœuvres à l'égard de ses concurrents. Il est évident que le gouvernement peut difficilement prendre politiquement un tel risque. Mais en raison des contradictions dans lesquelles il se trouve, il semble que sa politique sera de

Bilan et perspectives du capitalisme français cacher ce chômage. Pour cela il a déjà commencé à faire pression pour que certains travailleurs ne se présentent pas sur le marché de l'emploi. Le contrôle et la restriction de l'immigration vont dans ce sens, ainsi que l'accroissement du salaire unique réservé aux femmes restant au « foyer ». De même il peut avancer encore l'âge de l'incorporation ou faciliter l'engagement à l'armée. Ainsi les chiffres ne trahiraient qu'une part de la réalité CONCLUSION « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne le font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux » (K. Marx). Voici quelles sont ces conditions et comment la bourgeoisie va essayer de s'en sortir au détriment des travailleurs, conformément à sa nature de classe. Il reste qu'elle ne pourra aboutir à ses buts que dans la mesure où les travailleurs ne s'y opposeront pas. Dans l'ensemble des pays capitalistes, aujourd'hui les travailleurs enrayent plus ou moins victorieusement les projets de la bourgeoisie: en RFA où la grève des métallos a prouvé au patronat qu'ils n'étaient pas prêts à payer sa facture, en Grande-Bretagne où la grève des mineurs a le même sens, en Suède, aux USA etc... Partout ces luttes contre le chômage et la dégradation du pouvoir d'achat sont victorieuses. En France les travailleurs ont été les plus durs, les grèves se succédant. Mais les luttes n'ont pas été victorieuses. Les staliniens français ont réussi là où échouaient les sociaux-démocrates des autres pays : à trahir suffisamment les travailleurs pour faire échouer les luttes. Il ne leur sert à rien d'invoquer la difficulté de ces luttes et la détermination patronale. Aucune bourgeoisie, aujourd'hui plus que jamais, ne satisfait aux revendications ouvrières avec le sourire ! Mais n'importe quel patron cède d'autant plus facilement que les travailleurs sont plus déterminés, la lutte mieux organisée. Or les staliniens n'ont eu de cesse de désorganiser les luttes pour démobiliser les travailleurs : aux Batignolles, à la SNCF, à Renault, à la RATP sans parler de luttes moins connues comme Sovirel, Roanneetc... La liste serait longue à dresser de toutes les luttes trahies, c'est-à-dire de toutes les luttes, cette année. On ne peut chercher à investir subrepticement l'Etat bourgeois sans être contraint à de telles trahisons. D'abord, parce que toute lutte dure dans la situation actuelle est dangereuse pour le pouvoir politique de la bourgeoisie qu'elle remet en cause. D'où les risques de généralisation, d'affrontement avec le pouvoir d'Etat qui remettent en cause les beaux châteaux de cartes des alliances électorales, de l'unité de la gauche. Chat échaudé craint l'eau froide et les staliniens détestent les crises révolutionnaires par-dessus tout. Ensuite, parce que quand on veut prendre le pouvoir d'Etat on se prépare à gérer l'activité capitaliste. Or, toutes ces grèves 40 consistent à la remettre en cause, à détériorer les « grandes équilibres » que Séguy dit respecter. Et les staliniens ne voulant pas gérer un capitalisme défectueux sont bien obligés de tout faire pour le conserver en bon état de marche. On ne peut pas nationaliser des entreprises en faillite, ou fermées ! Enfin, parce que pour gagner cette fameuse majorité il faut prouver ses capacités de bon gestionnaire. Or l'expérience universitaire ne convainc personne en raison de la pénurie irréductible ! Les municipalités en sont à offrir des primes d'installation aux entreprises capitalistes sous prétexte qu'on leur fera payer la patente, qu'elles paieraient en tout état de cause ! Reste à prouver ses qualités de gestionnaire en expliquant aux capitalistes comment se développer, comment accroître leurs profits, comment mieux exploiter les travailleurs. Quant à eux, il ne sera possible de s'en occuper que quand la démocratie aura avancé. Ce qu'a expliqué le PCF à la manifestation contre les licenciements en Lorraine à Hayange le 16.11.1971. Ce faisant, le PCF et sa fraction dans la CGT désarment les travailleurs au moment où la bourgeoisie leur porte les coups les plus durs depuis la guerre. Elle aurait historiquement tort de ne pas en profiter pour prolonger son sursis. hilan Pour débloquer cette situation où les staliniens ont précipité les travailleurs après les avoir partiellement démobilisés, la clé se et perspectives trouve du côté des militants révolutionnaires, seule direction potentielle des luttes. D'ores et déjà leurs responsabilités en du capitalisme raison des trahisons staliniennes les contraignent à revendiquer la direction des luttes et à postuler au pouvoir des travailleurs. français

15.1.1972

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