Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 1

L'union de la gauche contre les luttes ouvrières

Michel Thomas · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 1 · 15 janvier 1972 · p. 12-16 · 3 383 mots

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La rentrée sociale est traditionnelL lement ponctuée par une série de journées nationales d'action, par des grèves sectorielles de 24 heures. Pendant des semaines, les syndicats s'y préparent. C'est pour eux l'occasion de faire la preuve de leur poids, de leur emprise sur les travailleurs et d'exercer une pression sur les employeurs avant de négocier avec les chefs d'industrie et l'Etat. Or, en septembre-octobre 71, rien de semblable. Mise à part une campagne sans éclat sur les retraites et une autre sur les libertés syndicales, pas l'ombre d'une mobilisation nationale, ne serait-ce que dans une corporation. La fonction publique semblait pourtant devoir être le premier point chaud de la rentrée. Victimes de la hausse des prix et de la rentabilisation du secteur public, les fonctionnaires qui s'étaient déjà battus nationalement le 30 mars 71, n'attendaient que la consigne de leurs directions syndicales pour « remettre ça » au moment où s'ouvraient les négociations salariales avec l'Etat. Rien ne vint. La mobilisation dans la fonction publique avait d'emblée été hypothéquée par l'échec de la grève des enseignants du secondaire dans les premiers jours de la rentrée scolaire. Non seulement cette grève fut tronçonnée par ses dirigeants (de tendance cégétiste), mais elle fut poignardée dans le dos par les dirigeants socialistes du syndicat national des instituteurs et de la FEN, qui négocièrent avec le ministre de l'Education Nationale dans le dos des grévistes. La tendance cégétiste du SNI, « par souci d'unité », cautionna la direction socialiste, abandonnant ses camarades de tendance du secondaire à leur isolement. Première et seule mobilisation nationale dont les syndicats aient pris l'initiative, cette grève rassemblait et annonçait le trait dominant de la conjoncture : l'Union de la gauche contre les luttes. Le PCF et la direction de la CGT justifiaient le cassage de luttes d'ampleur nationale comme celle de Renault en mai 71, celle de la SNCF en juin 71, par l'absence de perspectives politiques (c'est à dire pour eux la voie bouchée vers l'Union de la gauche). Séguy expliquait en juin aux militants qu'il fallait se garder de surestimer l'action syndicale. Aujourd'hui que cette perspective politique se trouve débloquée, que sa concrétisation apparaît comme possible et qu'elle soulèvera inévitablement des espoirs réels dans le gros de la classe ouvrière, le PCF se sent des ailes. Il multiplie les initiatives politiques et suscite à l'occasion des mobilisations de masse dans des secteurs qu'il avait abandonnés aux groupes révolutionnaires, dès lors qu'elles s'intègrent à son programme de gouvernement d'union démocratique, qu'elles n'engagent pas une dynamique qui lui serait contraire échapper. Ainsi dés la fin août, il organisait unitairement avec le PS et les syndicats un important défilé à Paris contre l'augmentaa tion des tarifs des transports en commun. tion doc tarife des transoorts en commun.

Mais la direction stalinienne conçoit la même méfiance et confond avec un zèle redoublé les luttes surgies des entreprises, expression d'une combativité ouvrière affleurante. Début septembre, deux luttes attestent que chez les travailleurs le ressort n'est pas brisé : - Les cheminots de Nantes-Angers partent en grève contre la répression qui frappe deux militants syndicaux. A la fédération CGT, on laisse entendre qu'il y aurait provocation. - la grève particulièrement longue des travailleurs des Eaux d'Evian contre une augmentation des cadences et qui restera isolée. Dans la presse stalinienne des images reviennent de plus en plus fréquemment : - celle du mur, barrage d'intransigeance que dressent le patronat et le gouvernement, - celle du piège dans lequel ils entendent faire tomber les travailleurs pour les frapCertes, les conditions de la lutte deviennent per. plus difficiles. Les employeurs résistent avec acharnement et l'Etat leur donne l'exemple - la longueur et la dureté des conflits actuels en témoignent. Dans cette situation, les directions PCF et CGT cherchent à éviter tout conflit qui déboucherait sur une épreuve de force, les contraignant à la lutte dont elles ne veulent pas ou à la déculottade publique devant les travailleurs et contre eux. Mais leur marge de manœuvre est faible, entre l'intransigeance gouvernementale et la combativité ouvrière. La grève des conducteurs de la RATP allait le montrer.

RATP :

LA RENTREE DES TRAVAILLEURS Le 5 octobre, les conducteurs de la RATP partaient en grève illimitée sous la direction majoritaire de leur syndicat autonome. La CGT et la CFDT, minoritaires dans cette corporation lancèrent le mot d'ordre de grève renouvelable chaque jour, mais pour le syndicat CGT, ce n'était qu'un pis aller, qui fut d'ailleurs condamné par la confédération. Dans cette grève, c'est le problème des grilles des salaires et des rémunérations, commun à tout le secteur public, qui était posé sous une forme étroitement catégorielle et avec un esprit corporatiste particulièrement marqué. Les dirigeants du syndicat autonome, dont les préoccupations et la compréhension s'arrétent aux frontières de leur corporation, ouvrirent la brèche dans laquelle s'engouffra la combativité des conducteurs. Pendant dix jours la grève du métro qui paralysait la capitale devint l'affaire politique numéro 1 du pays, l'épreuve de force dans laquelle allait être testée la politique des organisations ouvrières et du pouvoir.

Quatrième Internationale Le gouvernement qui avait compté sur la CGT pour arrêter le mouvement au bout de 24 ou 48 heures, s'enferma dans une intransigeance inébranlable. Il fit donner la grande presse déchaînée contre les grévistes, Chaban menaçant à mots couverts ces derniers de réquisition. Mais c'est en vain qu'il tenta de dresser contre eux une opinion publique qu'il cherchait à chauffer à blanc. Dans cette situation et sous l'éclairage cru des projecteurs, la politique de la direction cégétiste allait apparaitre en pleine lu-

CEDER un PEU G'EST -CAPİTULER BEAUCOUP mière : loin d'élargir le front désespérément étroit de la grève en mettant en avant des mots d'ordre communs à l'ensemble du personnel du métro, loin de faire appel contre l'intoxication gouvernementale à la conscience de classe des travailleurs et à leur solidarité afin de jeter dans la bataille le maximum de forces, la direction stalinienne ne cessa de répéter aux grévistes qu'ils se heurtaient à un « mur », qu'il leur fallait arrêter la lutte... pour la reprendre plus tard sous d'autres formes. Lors de deux assemblées générales, elle affronta de face, complètement isolée, la détermination des grévistes. Elle appela finalement à ia reprise du travail avec les autonomes et la CFDT sans que rien n'ait été obtenu et en utilisant les fédérations et les UL-CGT, dont celle de Boulogne Billancourt, pour faire cesser la grève dans les terminus.

« Encore la grève », * Le gouvernement prolonge la grève », et même « C'est le gouvernement qui est responsable de la grève infligée aux usagers » (un rectificatif embarrassé authentifiait le lapsus le lendemain : il fallait lire « gêne » et non « grève »), ces titres éloquents ornèrent les pages de l'Humanité pendant ces journées.

La Ligue Communiste prit dès le début du mouvement l'initiative d'une propagande et d'une agitation de masse, dans les grandes gares parisiennes, sur les marchés et dans les feuilles d'entreprise, pour soutenir le mouvement des conducteurs, l'expliquer à la population et dénoncer par tracts, panneaux et affiches l'intoxication menée tambours battants par l'ORTF et la presse réactionnaire. Des mini-meetings furent organisés aux heures d'affluence dans les gares

L'union de la gauche contre les luttes ouvrières qui suscitèrent beaucoup d'intéret et fort peu de réactions hostiles. Une manifestation fut organisée avec la fédération de Paris du PSU, Révolution et la fédération des comités d'usagers.

LES CONSEQUENCES

Cette grève constitue en premier. lieu un coup particulièrement dur porté à la politique de concertation du gouvernement. Celui-ci a tenu ferme face aux conducteurs, avec la volonté de démontrer aux travailleurs que la lutte ne paie pas. Mais il lui est nécéssaire d'avoir en face de lui des partenaires syndicaux respectés dont l'autorité ne puisse étre contestée. Des partenaires qui soient à même de faire respecter leurs engagements par les travailleurs. Or, c'est au spectacle inverse qu'il a été donné d'assister pendant cette grève, à la grande inquiétude des observateurs bourgeois : des travailleurs décidés continuant la lutte, malgré les consignes et la pression considé rable des directions confédérales. Par son intransigeance même, le pouvoir n'a laissé aucune marge de manœuvre à la direction de la CGT. Il a remporté l'épreuve de force, mais c'est une victoire amère, une victoire à la Pyrrhus, car il a miné les bases mêmes de sa politique contractuelle. Du côté de la classe ouvrière, les conséquences de cette grève ne sont pas moins profondes. Des millions de travailleurs ont fait directement l'expérience d'une lutte menée à l'impasse et à la capitulation après que les directions syndicales aient plusieurs fois exigé la reprise du travail contre la volonté clairement exprimée de la quasitotalité des grévistes. Cette expérience, après celle de Renault en mai 71, de la SNCF en juin 71, ne peut que creuser un fossé de méfiance entre les travailleurs et leurs directions, en même temps qu'elle conduit à l'affaiblissement des organisations ouvrières. A Renault Billancourt, selon les chiffres de la CGT elle-même, le nombre de cartes placées est en chute libre dans les départements d'OS et il ne se maintient à peu près que dans quelques départements de professionnels. A la SNCF, la situation n'est pas meilleure. A quoi bon un syndicat s'il ne remplit pas son rôle et s'oppose à la volonté de lutte des travailleurs ? La politique de la direction de la CGT conduit à l'affaiblissement des syndicats, à la perte de confiance des travailleurs dans leurs organisations. Parallè lement, cette expérience ne peut que ren forcer les courants critiques parmi les militants qui remettent en cause confusément l'orientation confédérale et ses méthodes.

La propagande des révolutionnaires pour la démocratie ouvrière, « la grève aux grévistes », c'est à dire la conduite de l'action par un comité de gréve démocratiquement élu et contrôlé par l'AG des travailleurs en lutte, en est considérablement facilitée. Mais aussi la compréhension par l'avant-garde ouvrière du caractère réactionnaire de la politique de démocratie avancée et d'union de la gauche.

TOUT OU RIEN

NOUVELLE MANIERE Les directions de la CGT et du PCF se sont emparées de cette expérience comme d'un argument supplémentaire, du type « on vous l'avait bien dit », pour justifier leur politique et mettre en garde les travailleurs contre les « provocations ». Après avoir maintenu cette grève isolée et l'avoir conduite à la défaite, elles se croient fondées à s'en servir pour démontrer - preuve en main - que la lutte ne paie pas, que les travailleurs se briseront le crâne à affronter le mur dressé par le pouvoir. Il faut au contraire, expliquent les staliniens, attaquer le mal à sa racine qui est politique. Le responsable, c'est le pouvoir. Il faut le renverser pour le remplacer par un gouvernement d'union des forces ouvrières et démocratiques qui mettra en œuvre une politique conforme aux intérêts des travailleurs et de la nation. On demande donc aux travailleurs de renoncer à la lutte pour leurs revendications immédiates, à un moment où l'attaque du patronat contre le pouvoir d'achat, l'emploi, les conditions de travail, se fait plus sévère, pour les perspectives électorales de 73 et 76. En d'autres termes, on leur demande de lâcher la proie pour l'ombre. Cette politique dont l'application n'était qu'ébauchée en mai et juin derniers, prend en ce moment une ampleur tout à fait considérable : elle est reprise systématiquement par les organisations du PCF. Il est désormais courant de voir le PCF et même la CGT se désolidariser d'une grève prolongée et même la condamner. A la Sovirel de Bagneaux, en grève avec occupation contre les mutations et les licenciements, le PCF a expliqué que les travailleurs frappaient à côté de la plaque, que les « gauchistes » de la Ligue Communiste semaient des illusions sur les possibilités de victoire par la lutte. La solution, c'est le renversement du pouvoir des monopoles qui passe par le renforcement de l'union de la gauche, le programme de gouvernement d'union du PCF. Voilà curieusement les staliniens partisans du tout ou rien ! Ce tract a été accueilli par les grévistes (dont une partie seulement des militants du PCF dans l'entreprise faisaient partie) avec l'indifférence qu'il méritait et le patron a dû négocier et céder partiellement.

Après une grève de trois semaines menée par la CFDT pour des augmentations uniformes dans l'entreprise Glück à Mulhouse, la fédération CGT du textile tire les leçons suivantes : « Laisser les travailleurs gaspiller leurs forces dans des mouvements irréfléchis et de longue durée favorise le patronat qui est prêt à infliger des échecs spectaculaires aux travailleurs en lutte. Le patronat et le gouvernement sont prêts en se basant sur l'inexpérience des luttes à pousser à la provocation en utilisant les agissements de quelques éléments irréfléchis qui n'ont rien à voir avec le mouvement syndical ». Ce type d'attitude à l'égard des luttes ouvrières tend à se généraliser, à se systématiser. Le PCF et sa fraction dans la CGT entendent ne pas voir leur politique électoraliste bousculée par l'irruption des travailleurs dans la lutte. Ils savent par expérience qu'ils ont de moins en moins les moyens de contrôler les débordements. Aussi agissentils préventivement pour casser la combativité ouvrière et faire accroire - eux aussi -que la lutte ne paie pas. Seule l'union de la gauche, dans le cadre des élections, paiera. Les conséquences de cette politique résolument défaitiste peuvent être fort graves, car elle contribue à démoraliser, à passiviser les secteurs les plus actifs de la classe ouvrière et à les réduire à l'impuissance.

L'EMPLOI :

UN TERRAIN D'ELECTION

POUR LE PCF Depuis quelques mois, chaque jour qui passe apporte son lot de licenciements, de fermetures d'entreprises. Les ouvriers des secteurs retardataires de l'industrie sont évidemment les premières victimes de ce processus, mais aussi ceux des grands trusts qui rationalisent leur appareil de production, augmentent la productivité du travail. L'estimation du nombre de chômeurs atteignait récemment 600 000, et la prévision de 700 000 est avancée pour Noël ! De nombreuses régions qui vivaient de la mono-industrie sont durement touchées, voire condamnées, comme la Lorraine septentrionale (l'annonce de la suppression de 12 500 emplois par Wendel-Sidelor, géant de la sidérurgie en témoigne). La bataille pour la garantie de l'emploi est par nature difficile, car les travailleurs doivent affronter la logique même du système capitaliste, ses lois de développement. De plus, face au chômage, le front de classe a tendance à se désagréger, chacun espérant échapper aux coupes sombres. Le pa tronat, doté d'une vieille expérience utilise toutes les ficelles pour introduires les germes de division parmi les travailleurs. Sur ce terrain, ie PCF et la direction de la CGT trouvent la possibilité de mener des campagnes populaires, de canaliser les mobilisations et la colère ouvrières vers leurs propres objectifs. En Lorraine, ils orientent les manifestations vers les mairies et les préfectures, évitant soigneusement le siège des entreprises. Ils peuvent d'autre part utiliser le relai de leurs organisations périphériques locales pour détourner des mobilisations de leur objet : la lutte contre les licenciements. PCF et CGT proposent des solutions de type gestionnaire à la crise, soustendues par l'instauration d'un pouvoir démocratique. C'est donc cet objectif qu'ils mettent en avant comme clé d'une solution au problème des licenciements. Le chômage est pour eux le prétexte à une illustration propagandiste concrète de leur politique réformiste, et non un terrain de résistance ouvrière active à la politique du grand capital (lors d'une récente manifestation ouvrière à Longwy, des JC scandaient de façon significative : « la parole est aux partis de gauche »). La journée d'action des sidérurgistes lorrains du 16 novembre contre les licenciements fut pour le PCF l'occasion d'un nouveau martelage des thèmes de nationalisation et de gouvernement populaire. Les sidérurgistes en grève, conscients qu'un simple mouvement de 24 heures ne ferait pas reculer de Wendel-Sidelor, étaient prêts à continuer, à s'engager dans une épreuve de force... à condition que la lutte soit organisée et qu'ils sentent la détermination des directions syndicales. Or seule la CFDT était localement favorable à l'occupation des usines du trust et à la poursuite du mouvement. Mal préparée à l'organisation de l'action, elle fut incapable de faire apparaitre ne serait-ce qu'un courant structuré dans la manifestation ouvrière à Hayange. Dans le pays tout entier, cette mobilisation du 16 novembre était attendue comme un test : c'est là que pouvait être porté un coup d'arrêt à la politique de licenciement de la bourgeoisie. Là pouvait être remportée une victoire, constitué un point d'appui solide pour une vaste bataille défensive, permanente et multiforme, qui permettrait à la classe ouvrière une retraite en bon ordre. Cette journée fut effectivement un test : les directions ouvrières esquivent la lutte. Elles ouvrent la voie à une dislocation de la résistance ouvrière aux licenciements et au chômage.

NOUVEAU SOUFFLE

DE LA

POLITIQUE CONTRACTUELLE Fin novembre, dans la foulée de la capitulation organisée à la RATP et de la dérobade en Lorraine, deux très importants contrats ont été signés : à l'EGF et dans la Fonction Publique. A l'EGF, la CGT a accepté de signer en compagnie de FO, de la CFTC et de la CGC ce que depuis 69 elle refusait : l'indexation des salaires sur la production intérieure brute et la productivité. La CFDT a refusé cette convention. Dans la Fonction Publique, la convention Mallaud, particulièrement scandaleuse, est signée par FO, la CFDT et la FEN. La CGT s'y refuse. Le contrat 72 à la SNCF est en préparation et déjà la CGT « met le paquet » pour le faire accepter par les cheminots, ce qui ne va pas sans mal. Les travailleurs paient d'une nouvelle offensive gouvernementale l'absence ou le cassage des luttes depuis des mois. La politique des directions syndicales n'est pas neutre quant au rapport de forces global entre le capital et le travail. Le pouvoir est à l'affüt de tout échec, de toute fuite significative des directions ouvrières, qui crée une occasion propice pour leur passer autour du cou le nœud coulant des contrats. Parce qu'elle a refusé les affrontements et s'est efforcéede dévoyer la combativité ouvrière, la direction stalinienne est est

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L'union de la gauche contre les luttes ouvrières aujourd'hui contrainte de signer ou d'accepter dans les faits ce qu'elle dénonçait hier.

En signant la convention EGF et bientôt le renouvellement de celle de la SNCF, elle redonne vie à la politique contractuelle de Chaban-Delmas, qui avait pris de sérieux coups ces derniers mois, au point que la bourgeoisie s'en était détournée avec septicisme. Mais pour la première fois, une opposition syndicale puissante se dessine contre la signature des contrats — les postiers. les trasignature des contrats — les postiers, les travailleurs de la Santé, les douaniers CFDT refusent la convention Mallaud dans la fonction publique. Ils dénoncent la Fédération Générale des Fonctionnaires CFDT, « quarteron de bureaucrates a coupé du syndicat et des travailleurs. A la SNCF, Massabieaux, secrétaire national CGT, s'est récemment heurté à un vif tir de barrage de nombreuses sections syndicales du réseau sud-est contre le renouvellement du contrat. Contraint à la défensive, il s'est écrié : * Calmez-vous, nous n'avons pas encore signé 1 ». Mais, Massabieaux, il faut ou signer ou se battre ! Il n'y a pas de voie médiane. C'est ce dont une fraction de plus en plus importante de travailleurs prend conscience. C'est ce qu'expliquent les militants de la Ligue Communiste dans les entreprises et dans leurs feuilles de boite. Il ne s'agit pas d'opposer la lutte immédiate nécessaire à la mobilisation politique contre le pouvoir en place. Il s'agit de donner un débouché politique aux luttes, à la combativité ouvrière. La conjoncture aujourd'hui est telle que chaque lutte de quelque ampleur relie directement et explicitement la question « Comment lutter » aux problèmes stratégiques essentiels de la révolution socialiste : voie parlementaire ou lutte de classe. La jonction des révolutionnaires avec l'avant-garde qui sort enrichie politiquement des dernières expériences se fera dans les conditions chaotiques d'une radicalisation ouvrière dont les rythmes ont été brisés et fractionnés par la politique des directions. Elle ne pourra s'effectuer que si les révolutionnaires avancent des réponses politiques, combinées avec l'intervention active dans les luttes pour leur renforcement et leur succès.

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MALS

BUTTE 1560

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12S027 89N2S 2023

AISE

10 décembre 1971 par Michel THOMAS

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