Les travailleurs cherchent une direction capable de leur donner des garanties pour qu'un nouveau Mai 68 ne soit pas un échec...
De toutes parts, des grondements annonciateurs prouvent que le volcan des luttes ouvrières est loin d'être en repos.
Après les tremblements de terre qui affectent les sols en profondeur, l'érosion donne leurs formes à chaque vallée, chaque plateau, chaque colline, chaque plaine. Selon que les secousses souterraines sont profondes et amples, de nouvelles strates sont mises à jour et s'avèrent friables, instables, sujettes à un processus d'érosion plus long et plus important qui remodifie considérablement la surface. Il en est de même de la situation politique française. La crise révolutionnaire de Mai 68 résonne encore par ondes souterraines dans les événements qui recomposent le champ politique en France cet automne 1971. Il faut pour que ses échos s'en fassent sentir si tardivement et de façon pourtant spectaculaire que la secousse initiale ait été puissante. C'est un véritable remodelage, une redistribution des tâches qui se produisent, en fonction du rapport de forces établi. Des journées parlementaires UDR au congrès des Républicains indépendants en passant par la Convention démocrate, le congrès radical, la diffusion du programme du PCF, les clarifications au sein de l'extrêmegauche, septembre octobre et novembre 71 auront vu se succéder les coups de théâtre au sein des « états majors » politiques. Il n'est pas un seul regroupement de la « classe politique » qui ait échappé à la rénovation ou au remaniement. Pas un seul secteur de la droite à la gauche qui n'ait été concerné. L'EXPLOSION TROP LONGTEMPS CONTENUE Il est impossible de comprendre la forme qu'a prise la crise révolutionnaire de Mai 68 sans faire référence au type d'Etat mis en place en France par le gaullisme. Le rôle d'arbitre « au dessus des classes », seul ans après Mai 68 maitre et seul guide, joué par de Gaulle a conditionné pendant dix années la vie politique en France. Toutes les structures
« tampons » intermédiaires (Parlement,
Sénat, régions), ont perdu leur fonction dans le cadre de l'instauration de l'Etat fort. Issu du coup d'Etat militaire et policier du 13 mai 1958, le régime a laminé toutes les institutions pré-existantes pour instaurer à leur place une hyper-centralisation brisant les règles du jeu politique auquel la bourgeoisie française s'était adaptée pendant la quatrième République. De
Gaulle réussissait à mener de façon intransigeante la politique du grand capital en s'appuyant sur les voix des travailleurs.
C'est cette intransigeance qui a provoqué l'explosion : le couvercle de la marmite fermement maintenu a volé en éclat sous la pression de la vapeur accumulée. Ce fut
Mai 68 qui ainsi causa la chute de de Gaulle et contraint ses successeurs à réorganiser leurs institutions. La bourgeoisie elle-même entreprit de se débarrasser de de Gaulle à l'occasion du référendum et de réaliser la transition du pouvoir par le biais d'un autre régime présidentiel autour de Pompidou.
Cette opération fut habilement menée aux plus hauts sommets : c'est peu à peu que les difficultés - un moment écartées - sont réapparues sous la pression des luttes ouvrières.
LA STABILITE DANS L'INSTA-
BILITE L'histoire de ces trois dernières années a ainsi été dominée en permanence par cette question : comment les institutions et les partis politiques bourgeois survivraient-ils au départ de de Gaulle ? Et la question était posée avec d'autant plus de vigueur que le niveau auquel s'était stabilisé le rapport de forces entre les classes - la classe ouvrière et la bourgeoisie - était incompatible avec le fonctionnement normal du système. Le reflux qui a suivi Mai 68 est un reflux relatif et passager : la vague montante de la combativité ouvrière commence bien avant 1968 et se trouve aujourd'hui à une hauteur plus grande qu'avant la crise révolutionnaire. S'il n'y a pas de débouchés immédiats à une telle situation, c'est qu'à la crise des directions bourgeoises s'oppose une crise de la direction du mouvement ouvrier. Ainsi règne une certaine continuité de l'instabilité, situation qui demeurera aussi longtemps que la bourgeoisie, ou les directions ouvrières, seront dans l'incapacité d'apporter des solutions décisives. Mais ceci dit, tous les événements concourent à imposer un dénouement - même provisoire - aux forces en présence. Le régime ne peut survivre en servant efficacement les intérêts du capital face à la concurrence internationale, dans une telle instabilité : il s'use terriblement aux yeux des travailleurs et perd du même coup la confiance que le grand patronat pouvait bien lui accorder à l'origine. Aussi la bourgeoisie enhardie par ses succès précédents recherche-t-elle à nouveau - elle même - une al8 ternative aux hommes qu'elle a portés au pouvoir. Quelle solution de rechange ?
cette seconde question rejoint la première : en effet l'absence de solution de rechange bourgeoise crédible est la conséquence du laminage de la vie politique qui a été la caractéristique du gaullisme. Les partis de la Quatrième République ont été étouffés, et l'UDR ne s'est pas construite comme un véritable parti classique de la bourgeoisie (du moins pas au même titre que le parti conservateur britannique ou le parti démocrate chrétien en Allemagne). L'U.D.R. : UNE GREFFE QUI N'A PAS PRIS En septembre 71, pour l'UDR c'est la crise : les divisions apparaissent au sein de la « majorité » entre les Républicains indépendants d'un côté et les centristes de l'autre, mais elles apparaissent aussi dans l'UDR. Les conflits d'ambition épousent les conflits politiques : au bout de 13 années de pouvoir, le « rassemblement » fait autour de la personne de de Gaulle a perdu avec son chef sa raison d'être. Quelle orientation prendre ? quelle politique mener ? quels électeurs solliciter ? quel avenir ? En 13 ans, aucune cohésion n' a été acquise, aucune pratique, aucune autonomie, aucune spécificité ne sont venues caractériser l'UDR. Toute la pègre arriviste qui s'était rassemblée à l'ombre du pouvoir pour mieux s'en partager les miettes, a été incapable de préparer le cadre d'où des hommes politiques capables puissent émerger comme solution de rechange crédible. Ainsi c'est une politique « au jour le jour a de gestion médiocre et conservatoire des intérêts patronaux que s'efforcent de réaliser les Pompidou, Debré, Guichard et autres « successeurs » du gaullisme. Pas de perspectives à long terme, pas d'autres ambitions que la survie. Et tout ce beau monde est inquiet devant les prochaines échéances électorales. Les estimations vont bon train : 50, 100, 150 députés en moins? Tous sont de surcroît convaincus que les difficultés économiques iront en grandissant, et
IN qu'en 1973 les élections se feront dans un climat général de luttes sociales. Il est question de les avancer en juin 72 pour mieux les manipuler. Tout cela prouve s'il en était besoin les incertitudes actuelles de l'UDR : faute d'avoir acquis une implantation en profondeur dans le pays, faute de s'être incorporés à la « classe politique », les députés gaullistes craignent de disparaitre. Chaque fois qu'ils ont voulu s'enraciner dans les communes et les cantons, les gaullistes ont échoué. La vieille SFIO a toujours conservé le plus grand nombre d'élus au travers des 10 années de la Vème République. L'UDR a été surajoutée par dessus les organismes politiques qui existaient en 1958. Elle ne les a pas transformés ni assimilés, elle les a écartés du pouvoir. Les godillots de l'UDR arrivistes et parvenus ont même systématiquement suscité méfiance et hostilité chez les vieux hommes politiques classiques. Les scandales récents de la pègre gaulliste ont accru cette opposition larvée au sein même de la bourgeoisie et s'ajoutent à tous les ennemis que s'était suscité de Gaulle lui-même par les tournants brusques de sa politique (un jour « Algérie française », un autre jour « auto-détermination » etc.) QUATRIEME REPUBLIQUE CONTRE CINQUIEME REPUBLIQUE Dès lors c'est la revanche des notables et des politiciens de la Quatrième République : ils se redressent et réclament des comptes à ceux dont ils n'avaient pas supporté la houlette. Dépossédés de leurs droits, écartés du pouvoir par cette UDR pendant plus d'une décennie ils entreprennent aujourd'hui de rejeter ce corps étranger dont ils n'avaient jamais supporté la greffe. On voit apparaitre ou réapparaitre les vieilles formations, radicales, centristes, socialistes, républicaines, indépendantes, démocratiques... et celles-ci se donnent des leaders pour essayer de répondre aux exigences de la Constitution de la Vème République qui suppose un pouvoir person- nalisé. Ainsi les Lecanuet Servan Schreiber, mais aussi Giscard d'Estaing, Edgar Faure, ou d'autre part Mitterrand postulent avec vigueur au remplacement des gaullistes de l'UDR. Lors des récentes élections sénatoFiales (fin septembre 71) la coalition des intérêts s'est réalisée pour réduire au minimum le nombre de sièges de l'UDR. Si les scandales immobiliers (Garantie foncière, Patrimoine foncier, RivesHenrys, Roulland, Terrenoire, Lipsky, etc.) ont éclaté, c'est que les notables giscardiens entre autres, souhaitaient qu'ils éclatent pour mieux discréditer le mouvement gaulliste. Si la vie politique a été aussi intense ce trimestre, c'est que c'était la curée pour nombre d'hommes politiques qui voyaient enfin leurs espoirs renaitre : une redistribution des parts du gâteau s'impose. Symptomatique est la déclaration d'un Lecanuet expliquant qu'un parti regroupant Giscard d'Estaing, Edgar Faure, Servan Schreiber et* lui-même n'aurait rien d'inimaginable, ni de monstrueux, en tout cas ne serait pas plus hétéroclite que l'UDR. En un mot : tout est possible. sauf l'UDR.
M POUJADE
Chaban :
qui va trinquer ?
DEUX MENACES QUI S'ANIHILENT Cependant à l'occasion des Assises préparées à grand renfort de publicité et qui se sont tenues sans événement spectaculaire les 20 et 21 nobembre, l'UDR semble avoir voulu faire le gros dos et laisser passer l'orage. La raison en est que pèse sur les gaullistes une double menace dont les effets s'anihilent pour l'instant dans, le camp de la bourgeoisie : - d'une part le fractionnement de la bourgeoisie est à la fois la cause et la conséquence de l'incapacité de l'UDR à offrir des solutions cohérentes pour faire front et mater le mouvement ouvrier. Nombre de porte-paroles politiques bourgeois réactionnaires s'inquiètent de cette impuissance et veulent y suppléer : mais ils craignent d'affaiblir les institutions et l'Etat fort nécessaires pour mener la politique du grand capital. En attaquant l'UDR c'est encore le pivot principal du régime qu'ils attaquent et sans avoir toutes les garanties nécessaires pour assurer la succession. Si l'UDR n'est pas un parti de confiance, bien solide et bien conservateur, il n'existe pas d'avantage d'autre parti de confiance. Ce n'est pas du jour au lendemain qu'un parti - même bourgeois - se construit. - d'autre part la menace du mouvement ouvrier et révolutionnaire, si elle souligne la faiblesse de l'UDR, souligne du même coup aux yeux des bourgeois, que les gaullistes sont le seul rempart existant à une victoire de l'union de la gauche et, du même coup. du PCF. Car la solution proposée à la bourgeoisie par Mitterrand - qui consiste à intégrer le PCF, à le faire « participer » et à le museler du même coup - n'a pas la confiance du patronat : le PS est trop faible dans une telle coalition d'union de la gauche pour faire contre-poids au PCF. En dernière instance les adversaires bourgeois de l'UDR hésitent : ils craignent de déchaîner les forces de la classe ouvrière avide d'une issue politique - même apparente, électoraliste et réformiste. Cela incite les gaullistes à se serrer les coudes, à développer le culte de l'idole défunte qu'est le général de Gaulle, et à se maintenir comme le & grand rassemblement de tous les Français ». LES GRONDEMENTS ANNONCIATEURS Les grèves en Allemagne et en GrandeBretagne de ce mois de novembre 71 montrent que l'Europe subit les contre-coups des difficultés économiques et monéraires de l'impérialisme US. La politique du gouvernement français a été de retarder le plus longtemps possible les effets de cette situation sur l'économie française : en vain, le temps gagné n'empêchera pas la réévaluation du franc, et d'autre part les concentrations, rationalisations des grands trusts nationaux et multi-nationaux font peser le spectre du chômage sur la classe ouvrière française. Le combat pour le droit au travail, pour la garantie de l'emploi au niveau de qualification atteint et avec des salaires équivalents, pour l'échelle mobile des salaires et des heures de travail risque de mobiliser progressivement les principaux secteurs de la classe ouvrière. Mai 68 n'a pas été ressenti comme un échec mais comme une leçon : en profondeur, les travailleurs ont appris et vérifié cette leçon dans chacune des luttes « économiques », dispersées, sectorielles, qu'ils ont livrées depuis 3 ans. D'une part la combativité ouvrière est demeurée entière, d'autre part de nombreux éléments avancés de la classe, des cadres organisateurs des syndicats, commencent à tirer les enseignements des luttes, à critiquer les erreurs des bureaucrates qui dirigent actuellement les syndicats. Une volonté de clarification politique, une soif « d'en sortir » avec des solutions politiques d'ensemble, animent les meilleurs combattants ouvriers. Ceci s'accompagne d'un mécontentement croissant dans les autres couches de la population, parmi les artisans, les petits commerçants, les paysans, les intel- ans après Mai 68 lectuels, enseignants et étudiants, dans la jeunesse. La convergence de toutes les re.
vendications auxquelles s'avère incapable de répondre le gouvernement actuel pose devant le pays entier la question du pouvoir politique.
Tous les meetings et réunions visant à répondre et à mettre à l'ordre du jour la question « Quel socialisme ? et comment y parvenir ? », soulèvent un intérêt grandissant, et des débats passionnés. Les travailleurs cherchent une direction capable de leur donner des garanties pour qu'un nouveau Mai 68 ne soit pas un échec. Certes il faudra de nouvelles grandes grèves et de nouvelles expériences révolutionnaires
- qui seront difficiles sinon des échecs - pour que cette direction se dégage et s'impose, mais la poussée va dans le sens de la révolution. Même si paradoxalement cette quête de solutions politiques amène dans l'immédiat la majorité de la classe ouvrière à tourner à nouveau ses yeux vers « l'union de la gauche » des réformistes et des électoralistes. De toutes parts des grondements annonciateurs prouvent que le volcan des luttes ouvrières est loin d'être en période de repos. UN OBSTACLE A DEUX FACES : CONTRE LA BOURGEOISIE... Un interlocuteur se dresse au nom de cette combativité ouvrira at donnant combativité ouvrière et s'appuyant sur elle pour mieux mettre en évidence la nécessité de ses solutions « pacifiques et raisonnables » de « démocratie avancée » : c'est le PCF. Aux yeux de la bourgeoisie c'est le diable : elle voit en lui, non pas les aspects rassurants et modérés de son « programme de gouvernement », de son « contre-plan », mais la force qui justement est derrière et qu'elle craint par-dessus tout : la classe ouvrière. Le PCF peut bien se montrer conciliant, se proposer comme gestionnaire honnête et rigoureux de l'indépendance et de l'économie nationales, la majorité de la bourgeoisie ne veut rien savoir : pour elle, it incarne l'obstacle qui se dresse sur son chemin, il est trop puissant pour être aisément détruit, et il ne l'est pas assez pour qu'elle y renonce. C'est cet obstacle qui freine le grand capital dans sa volonté de faire payer les frais de sa, banqueroute à la classe ouvrière. C'est cet obstacle - le PCF - qui provoque l'affolement des cliues et des clans politiques de la droite ourgeoise dans le but de tes ver une soite tion de rechange à l'UDR - quelle qu'elle soit - qui permette de l'éviter, de le contourner. C'est pour cela qu'elle monte en épingle Servan-Schreiber et son & regroupement des réformateurs », c'est pour cela qu'elle cherche à constituer une nouvelle « majorité » plus large que l'ancienne, c'est pour cela aussi qu'elle aidera en dernier ressort le Parti socialiste à se développer et à s'implanter : elle favorisera tout ce qui peut tenir lieu de « troisième force ». Et même elle pourra temporairement prendre le risque de donner une publicité relative aux révolutionnaires - quitte à le regretter plus tard - pour essayer de diviser et de rendre 1
NON!
LUTTE
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CAPULISTE les perspectives des « communis
TRAVAILLEURS TANCASIMM TOUS UNIS ce d'union de la gauche et que tout résidait en cela (sous-entendu, la grève est secondai... ET CONTRE LA CLASSE OUVRIERE La majorité des travailleurs aujourd'hui accorde sa confiance au PCF. La classe ouvrière est spontanément réformiste. Le PCF semble présenter des solutions « réalistes » : sa force, son audience, son implantation, le contrôle qu'il détient sur le plus grand syndicat de la classe ouvrière lui acquièrent le crédit des travailleurs. Mais la voie qu'il choisit l'engage à canaliser les luttes ouvrières et à les dévoyer comme force de pression dans une perspective électoraliste. Ce n'est pas parce que André Vieuguet déclare lors de la Conférence nationale entreprise du PCF (21 Novembre 71) que son parti place au premier plan & les luttes de masse » et non pas les élections, qu'il en est ainsi dans la pratique. Il convient de ne pas oublier l'analyse de Mai 68 faite par le PCF : un « complot manqué ». Chaque lutte dure et offensive est aussitôt refusée dans la pratique par les cellules et sections du PCF sous prétexte qu'elle mène à « l'aventure ». C'est Georges Marchais qui a résumé sa vision de Mai 68 en une seule phrase après Mai 68 : « chaque barricade, écrivait-il dans l'éditorial de l'Humanité, nous a ôté 100 000 voix ». Aujourd'hui le PCF craint plus que tout au monde que sa « future victoire » électorale ne lui soit - une fois encore - volée. Aussi se dresset-il contre toutes les luttes un peu dures de crainte qu'elles ne débordent du cadre qu'il veut leur assigner : Séguy n'a pas craint après la grève de mai 71 d'expliquer aux travailleurs de chez Renault que la raison de l'échec de leur mouvement c'est l'absen-
Le problème pour les représentants de la bourgeoisie c'est que, justement, dans une situation de luttes de classes, toute solution de « troisième force » n'est pas viable. Il n'est pas possible de ne pas tenir compte du PCF. En période de tension sociale relative, la participation du PCF au gouvernement serait une incitation à la lutte pour les travailleurs afin de satisfaire leurs revendications ; dans une période « difficile » de lutte de classes exacerbée, au contraire la bourgeoisie est consciente - pour l'avoir vu en Mai 68 - que le PCF s'efforcerait de faire rentrer les travailleurs dans le rang, mais là non plus elle ne lui fait pas confiance, elle n'est pas süre qu'il parviendra à endiguer les luttes, notamment du fait de la présence des révolutionnaires organisés. Le champ politique est structuré de telle manière aujourd'hui en France et le PCF y tient une telle place que la crise de la direction de la bourgeoisie ne parvient pas à se dénouer, de façon positive pour elle du fait de la menace qu'il représente. Mais cette crise ne s'aggrave pas non plus du fait que les dirigeants bourgeois sont toujours contraints de faire taire leurs querelles pour faire front à l'obstacle qui se dresse ainsi en face d'eux. Les institutions politiques de la Vème République sont devenues plus instables après le départ de de Gaulle : car seul le « Bonaparte » réussissait par son « prestige » à piller les voix du PCF, à domiper l'obstacle, lui disparu, ce sont des millions de voix qui vont rejoindre « l'union de la gauche » (1). Pompidou n'a été élu que par un tiers des électeurs inscrits et à l'occasion d'un vote où le PCF avait appelé à l'abstention en dénonçant la « farce électorale ».
Marcellin : l'homme de l'avenir ? re) et il a imputé à Dreyfus (PDG de Renault) et au gouvernement la volonté de tendre un piège aux travailleurs afin de les entraîner dans la grève, dans « l'aventure » . Avec de telles conceptions, « les luttes de masse d'une ampleur inégalées » sont loin d'être souhaitées par le PCF : il entend seulement se servir des mobilisations nationales ponctuelles, dans un cadre limité (comme les 17 mai 66 et 67) comme moyen de pression pour un changement de gouvernement par le biais électoral. Ceci amène le PCF à être aussi un obstacle pour les mobilisations ouvrières : ainsi qu'on le voit en Lorraine face aux menaces de 12 000 licenciements de de Wendel-Sidélor. Mais plus encore : là où le PCF se dresse contre la classe ouvrière c'est en encourageant et en diffusant lui-même des illusions qui serviront à un politicien bourgeois comme Mitterand. Car l'union de la gauche conduit dans la pratique le PCF à se placer à la remorque d'un compromis avec Mitterrand (ainsi que cela a déjà été fait lors des élections de 1965). « SALVADOR MITTERRAND » Mitterrand explique en substance que la France sera socialiste en 1978 : sans doute parce qu'en 1973 l'union de la gauche progressera et qu'en 1976 il pourra jouer un rôle personnel dans l'élection présidentielle. Entre 1976 et 78 il s'agit vraisemblablement de la « période de transition »... Revenu laudateur de la e révolution par la loi » telle que selon lui elle s'opère au Chili, Mitterrand ne conçoit donc le passage au socialisme que comme une courte-échelle électorale. Par ailleurs il entend conserver son autonomie par rapport « aux pressions intolérables » que le PCF fait peser sur lui et il s'efforce de donner un certain crédit à son Parti socialiste, tout en faisant un jeu de balance avec les « réformateurs » et Servan-Schreiber. Sa politique a toujours été constante : elle vise à rassurer la bourgeoisie et à lui prouver que le PCF n'est pas un obstacle infranchissable, et en même temps elle cherche à se prévaloir de l'union avec ce même PCF pour gagner une certaine audience dans la classe ouvrière. Ce jeu bonapartiste de Mitterrand dépend bien entendu du poids des luttes ouvrières : pour en dépendre moins, Mitterrand et le PS sont capables de faire de la surenchère « à gauche » du PCF sur le terrain des luttes en dehors des entreprises, sur les thèmes qui concernent le cadre de vie, le logement, les transports, la santé, etc. Le but d'une telle surenchère étant d'éviter de situer le combat là où le PS est faible et là où se joue le sort du système : dans les entreprises. Mitterrand ressemble à un sportif qui fait du « surf » : il s'efforce de se tenir en équilibre sur une planche au dessus de la vague. Déjà dans les années 65-68, Mitterrand avait réussi à profiter de la vague pour se tenir droit. Mais en Mai 68 lorsque la vague avait été au plus fort, il était piteusement tombé à l'eau. Une nouvelle vague de luttes ouvrières se prépare : on voit Mitterrand prendre sa planche et à nouveau essayer de se tenir en équilibre au dessus. L'avenir de Mitterrand dépend de l'ampleur de la vague. Mais dans le sport qu'on appelle « surf » à tous les coups la chute dans l'eau finit par arriver. PARTIE PRENANTE DE LA VAGUE... La réorganisation du champ politique français trois ans après Mai 68 a affecté l'extrême-gauche révolutionnaire. Un travail gigantesque de clarification politique s'est opéré dès le lendemain de Mai 68. La question de l'analyse du mouvement ouvrier français et de la nature des liens qui l'unissent à l'heure actuelle au PCF a été la question décisive dans ce débat. Les éléments ultra-gauche maoïsants, par ailleurs incapables de rendre compte de la situation internationale et au sein de celle-ci, de l'attitude de la direction maoïste, ont été également impuissants en face de l'évolution de la situation au sein de la classe ouvrière française. Les centristes du PSU se trouvent aujourd'hui placés sur le fil du rasoir, tiraillés par la droite vers le PS et l'a union de la gauche » et de l'autre côté par les éléments maoïsants, aventuristes et sectaires. Les groupes se réclamant du trotskysme ont été plus à même du fait de leur compréhension de la nature du stalinisme et de son influence sur le mouvement ouvrier, de regrouper les forces éclatées ét éparses du
« mouvement de mai ». L'épreuve du feu sera sans cesse infligée à ces groupes à l'occasion de chacune des mobilisations de masse de la classe ouvrière et de la jeunesse.
Quel type de réponses y apporteront-ils ?
Voilà la question.
Quatriême Internationale La Ligue Communiste a vu ses forces croître et s'organiser progressivement. Ce renforcement des révolutionnaires est bien la preuve des potentialités profondes qu'offre la situation' politique actuelle en France. Jamais la section française de la lVème Internationale n'avait atteint une telle vigueur et connu une telle possibilité d'intervention dans toutes les grandes luttes du pays. Axant son travail en direction de la classe ouvrière et implantant progressivement des noyaux communistes dans les entreprises, la Ligue communiste apparaît comme un « petit parti politique » et lutte pour s'imposer et se faire reconnaitre dans la pratique comme une organisation du mouvement ouvrier. Déjà ses militants dans les entreprises gagnent sur la base de leur activité la confiance des travailleurs qui leur confient des responsabilités à la tête de leurs syndicats. Par ailleurs de nombreuses initiatives centrales font peser tout le poids de l'organisation militante qu'est la Ligue et son influence dans la jeunesse étudiante et lycéenne: ainsi le 6 novembre dernier, la Ligue a-t-elle été animatrice et partie prenante des manifestations pour la victoire des peuples indochinois qui ont regroupé au total 30 000 à 35 000 personnes. Après le succès de la manifestation des 15 et 16 mai derniers (pour le centenaire de la Commune de Paris) la Ligue apparait donc comme capable de réaliser de véritables mobilisations de masse. La question est : être partie prenante de la vague de combats à venir...