« Celui qui en politique, juge selon les étiquettes et les dénominations et non selon les faits sociaux, est perdu ». Trotsky ant que le système socialiste ne l'aura pas emporté à l'échelle mondiale, les Etats Ouvriers devront mener une lutte permanente acharnée contre l'impérialisme. Dès la prise du pouvoir par le prolétariat en Union Soviétique, les dirigeants du Parti bolchévique furent confrontés à ce problème, notamment au cours des célèbres négociations de Brest Litousk. La politique soviétique à ce moment était claire et sans concessions: si l'on était contraint d'opérer des reculs tactiques conjoncturels, l'existence même du jeune Etat ouvrier dépen-
Quatrieme Internationale dait de la capacité qu'il aurait de soutenir et stimuler l'activité du prolétariat à l'intérieur des métropoles impérialistes elles-mêmes. Loin de tempérer l'ardeur des révolutionnaires européens, pour « rassurer » les bourgevisies impérialistes et se concilier leurs bonnes grâces, l'Union soviétique comprenait que la victoire du socialisme requérait impérativement l'extension des victoires révolutionnaires en d'autres pays, à commencer par l'Allemagne. Lénine au IVème Congrès de l'I.C énonçait en ces termes la politique extérieure de l'URSS : " La Russie soviétique estime que sa plus grande fierté est de pouvoir aider les ouvriers du monde entier dans leur âpre lutte pour le renversement du régime capitaliste ».
A vec le s échecs répétés du mouvement révolutionnaire tant en Occident qu'en Extrême-Orient, la bureaucratie naissante enterra rapidement ce principe de l'internationalisme prolétarien profit d'une « politique audacieuse » : celle de la coexistence pacifique avec l'impérialisme. Les dirigeants chinois prétendent suiure les principes de la politique de " coexistence pacifique » de Lenine doni, parait-il Staline fut le fidele disciple. En revanche ils dénoncent la « coex » de Krouchtchev comme trahissant la juste ligne de son prédécesseur. Or on sait de quelle manière Staline apporta son « soutien » aux prolétariats chinois, allemand, espagnol et une simple étude historique nous montre que Krouchtcher fut un fidèle disciple du maître et s'accorda avec le liquidateur de la Illème Internationale pour renier la politique révolutionnaire de Lénine et Trotsky. A en croire le Parti Communiste chinois, il y aurait une manière révolutionnaire et une manière « révisionniste » d'appliquer la coexistence pacifique. Une étude de la politique extérieure chinoise depuis 1949 nous permettra de trancher ce faux-débat et mettra en évidence que le « tournant droitier » de la RPC opéré en 1970-71 n'est nullement le premier de son histoire. Quelques exceptions mises à part. l'a opportunisme de droite » semble pluist avuir été une constante de sa politique étrangère.
annes de politique extérieure chinoise en Asie
QU'EST-CE QUE LA COEXISTENCE PACIFIQUE?
C e n'est qu' en 1963 que la Chine entreprend une critique mdicole de lu politique axié rieure traître de / Union soviétique ciepuis dix ans. Pendant dix ans, à ses côtés. la Chine a suivi la ligne de coexistence pacifique prônée par Krouchtchev attribuée à Lénine qui, par ailleurs, n'a jamais utilisé le terme. La « coex » vue par Krouchtchev revenait à faire de la progression économique de l'URSS le facteur essentiel de la lutte pour le socialisme en faisant une croix sur l'activité propre de la classe ouvrière internationale. Déjà Staline avait subordonné l'action du prolétariat aux intérêts d'Etat de l'Union soviétique, abandonnant au besoin des mouvements révolutionnaires en accord avec l'impérialisme (cf. Grèce). La subordination des intéréts du prolétariat international aux intéréts immédiats d'un Etat ouvrier, voilà le trait fondamental d'une politique bureaucratique. La critique de la « coexistence pacifique » porte esSenticlement sur ce point et non sur le fait que des Etats ouvriers noueni des relaiions commerciales et diplomatiques avec des pays capitalistes. La critique que firent en 1963 les dirigeants chinois de la politique de Krouchtchev ne manque pas de justesse même si elle s'arréte à michemin. Mais il ne faut pas oublier qu'ils ont attendu une dizaine d'années avant de lu formuler pour ln simple raison qu'ic suivirent pendant ce temps la ligne de Krouentchev. La déclaration des quatre vingt un partis communictes et nucrie.s (1360) si gné. par ie PCC ne fuisait que sanctionner cet état de fait : Toul en réaffirmant que la nature agressive de l'impérialisme n'avait pas changé, la déclaration précisait, étant donné les changements opérés par la croissance du bloc socialiste : « Dans ces conditions, dès avant la victoire complète du socialisme sur la terre, et bien que le capitalisme subsiste encore dans une partie du monde, une possibilité réelle apparattra de bannir la guerre mondiale de la vie sociale ». La lutte pour la pain signifiait donc cumbaitre pour te désarmement ei contre la bombe atomique. La Chine réaffirmait trois ans plus tard: « Il est possible de contraindre l'impérialisme à accepter un certain accord 18 sur le désarmement par la lutte conjointe des pays du camp socialiste et des peuples du monde ». Pékin Information No9 du 24 juin 1963.
E n 1963, les divergences éclatent au grand jour et la Chine critique l'URSS en ces termes : 1 - Krouchtchev sous couvert de compétition pacifique renonce à tou te forme de luite notamment uux guerres révolutionnaires « justes ». 2 - Krouchtchev voudrait que les peuples opprimés coexistent pacifiquement avec l'impérialisme et renoncent à toute lutte révolutionnaire, trahissant notamment la lutte du peuple vietnamien. 3 - La ligne de coexistence pacifique entre les pays du camp socialiste revient à supprimer les relations d'entraide el de coopération avec ces pays. 4 - Lu ligne de coexistence pacifique appliquée aux partis communistes revient à próner la collaboration entre classes oppresseuses et classes opprimées. 5 - La ligne de coexistence pacifique « pourvoit aux besoins de l'impérialisme américain ». Par ces attaques, la Chine reconnaissait que l'Union soviétique cherchait avant tout à préserver le statu-quo international avec l'impérialisme en bloquant iort nonucau développemeni révolutionnaire. Duns le meme temps elle dénonçait les illusions pucifiales cur k desarmement et présentai. la bombe atomique comme un « tigre en papier ». A l'égard de l'ONU, après avoir demandé son entrée jusqu'en 1957, la Chine dénonçait cet « instrument de l'impérialisme américain ». Plus tard il sera devenu entre temps l'a instrument de la clique révisionniste soviétique ».
T. outefois, malgré leur justesse, ces critiques ont un inconvénient majeur, celur de pouvoir étre appliqué à la Chine elle-même. Celle-ci n'a pas toujours suici la ligne radicale d'après la révolution culturelle. Pour sortir de son isolement après les quatre années de « reconstruction », la Chine inaugure une politique d'alliances qui sera consacrée à la conférence de Bandoeng où seront développés les cinq principes de base des relations internationales, adaptation moderne des principes moraux du boudhisme (Pantjasila) - respect réciproque de l'intégrité et de la souveraineté de chaque pays - non agression - non ingérence dans les affaires in térieures des antres paye (i) égailté et coupérution - coexistence pacifique A Bandoeng on mentionnera également la nécessité de régler tous les conflits internationaux par des moyens pacifiques tels que les négociations. Dans le climat de Bandoeng, la Chine se déclare partisane du neutralisme en même temps qu'elle développe ses échanges économiques en Extrême-Orient. 4 cette époque, un accord total régne entre Moscou et Pékin sur la question de la coexistence pacifique et on sait par ailleurs l'usage qu'en fait l'URSS, usage que la Chine finira par dénoncer. A travers tous les revirements tactiques de sa politique extérieure, la Chine a constamment mis en avant ses intéréts d'Etat, ne craignant de se trouver en contradiction avec ellemême comme ce fut le cas pour la Birmanie. L'objectif central est de contribuer à l'isolement des forces impérialistes en expioitant au besoin les contradictions inter impérialistes pour jouer un impérialisme « secondaire » comme l'ennemi « principal ». Les analyses de Mao sont à cet égard sans équivoque et autorisent sur le plan des principes les trahisons d'aujourd'hui.
A ctuellement, on réétudie en Chine, un ancien texte de Mao Au sujet de notre politique écrit le 25 décembre 1940 (2). « A cette étape, l'offensive japonaise contre les bases rouges se fait lourdement sentir et Mao s'efforce d'élargir au maximum l'alliance des communiste avec les couches bourgeoises et petites bourgeoises au sein du Front Uni pour renforcer la lutte anti-japonaise. A part une petite poignée de traîtres pro-japonais (grands propriétaires fonciers, espions, etc...) c'est une politique de « main tendue » à toutes les couches de la population y compris anticommunistes notoires et capitalistes nationaux. Même les éléments projaponais peurent présenter un « caractère double ». S'ils hésitent il faut essaver de les attirer et de les gagner. Quant aux grands propriétaires fonciers, il faut chercher à s'allier avec ceux qui sont pro-anglais et americains contre les pro-japonais. On ne s'étonnera pas si Mao condamne la politique « gauchiste » du passé qui consistait à réaliser la réforme agraire et changer les rapports de production. Méme si la situation de l'époque était réellement critique, on reconnaftra ici le vieux fond théorique stalinien encore vivace aujourd'hui avec la « théorie » des couches antimonopolistes contre une petite poignée de monopoleurs chère aux « révisos ».
Mais le plus intéressant est la distinction entre les différents impérialismes et la nécessité d'exploiter leurs contradictions. Le texte ra jusqu'à préciser que « Tout en persévérant dans la lutte armée, nous devons utiliser d'autres formes de lutte contre lui et cela dans tous les domaines » (Pek. Inf. No 37 p.8). On se rappelle que cette théorie n'avait pas cours lorsque les Chinois désapprouvèrent la perspective des négociations avancée par les Vietnamiens après l'offensive du Têt de février 1968. Ces rappels théoriques sont aujourd'hui opportuns lorsqu'on connaít la tendance à jouer un pays contre un autre comme par exemple le Pakistan contre l'Inde ou à soutenir les pays européens contre l'impérialisme américain. Ces attitudes concrètes réellement opportunistes ont leurs justifications de principe dans l'opportunisme théorique de Mao lui-même.
In définitive le problème de savoir comment la Chine concilie les cinq principes de la coexistence pacifique et le soutien aux luttes révolutionnaires requiert une analyse historique globale des divers tournants de sa politique extérieure. LA LUTTE POUR L'EXISTENCE (1949-1954)
L lors de la proclamation de la République Populaire de Chine. la situation économique et politique est critique et la RPC va devoir la redresser d'abord avant de prétendre jouer un rôle inlernational. Au début de cette période, la Chine se contente d'une propazande résolue en faveur de la lutte armée dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Depuis plusieurs années des foyers de lutte armée ont éclaté au Vietnam, en Inde. en Indonesie et dans la plupart des pays du Sud Est Asiatique. La Chine dénonce la mise en place de gouvernements nationalistes soi-disant neutralistes. Dans le même temps, toute politique de troisiême coie ou de neutralisme est catégoriquement exclue: aprés Lion Shao Chi, Mao affirme: * La neutralité est un camouflage et la troisième voie n'existe pas » (3) el le gourernement chinois manifeste quelque hostilité à l'égard de la Malaisie et des Philippines notamment. L'uide matérielle aux guerillas severce en direction du Vietnam mais semble restreinte pour ne pas dire inexistante à l'égard des autres noncements de lutte armée. Le mourement des Huks aux Philippines conserva largement son autonomie et dut « compter sur ses propres for-
. En 1951. c'est l'échec tempode la rébellion en Malaisie après trois années deluttes. Sous la direction de Thakin Than Tun, les minorités ethniques de Birmanie et le PC birman engagérent une lutte qui resta isolée pendant de longues années. En
Quatrième Internarionale Indonésie le régime reconnu en 1949 par la Hollande se stabilise Pour la Chine cette période fut celle de l'occupation militaire du Tibet qu'elle considérait comme partie inlégrante du territoire chinois. Mais les relations avec l'Inde n'en furent pas sensiblement affectées el Nehru poursuivit sa difficile politique de rapprochement avec la Chine inauguré par la reconnaissance de la RPC en 1949 Enfin la Chine développait des relations amicales avec le Pakistan qui. essayant de combiner le soutien communiste et le recours à l'aide occidentale accepta néanmoins de soutenir l'entrée de la Chine à l'ONU. La même politique s'appliqua à Ceylan aux termes d'un important accord commercial de 1952 qui prévoyait la vente de caoutchouc ceylanais et l'achal de riz chinois. La Chine alla même jusqu'à tenter de se faire reconnaitre par la dictature militaire d'extrême-droite thailandaise mais elle se heurta à un refus catégorique. Un an plus tard l'agence Chine Nouvelle reparlait de l'action du Pr Thai: landaie
Be fait marquant de cette période reste l'entrée en guerre de la Chine aux côtés des Nord-Coréens en octobre 1951 qui contribua largement à éviter une défaite à Kim il Sung dont l'avance initiale avait pourtant été foudroyante. Elle gagne un prestige considérable auprès des révolutionnaires asiati• ques et déclenche une efficace dénonciation de l'impérialisme américain. A l'égard de la Corée la Chine avait su remplir ses devoirs internationalistes et sa participation au conflit manifestait la position « gauche » de sa politique extérieure. Pourtant le succès de la coexistence pacifique allait l'emporter et désormais les seules interventions militaires de la Chine s'exerçaient contre l'Inde mais pour des objectifs plus nationalistes que révolutionnaires. L'IMPOSSIBLE COEXISTENCE 1954 - 1965
D urant celle période, la Chine s'impose sur la scène internationale et fait même figure de leader des pays du « tiers monde » et d'avant-garde du mourement de libération national. Dans le même temps elle sort de son isole- années de politique extérieure Chinoise en Asie ment et connaft des succès diplomatiques incontestables ; mais, à la veille de la révolution cultrelle. la situation se présente sous un jour moins Javorable et la Chine fait l'expérience des limites d'une politique de coexistence pacifique. Toutefois le « cours gauche » qui a suivi la GRCP ne modifiera pas fondamentalement une stratégie diplomatique à laquelle la Chine revient au début des années 70 et qui conçoit le mouvement rétolutionnaire international comme subor donné aux intéréts d'Etat de la bureaucratie chinoise.
la fin de la guerre de Corée, la Chine affronte de lourds problèmes internes de construction économique et s efforce de nouer des relations commerciales et politiques avec les pays asiatiques, Tes efferts cromplis puur Ouvri des négociutions ull Vietnam vont de puir avec la politique de rapprochement généralisé avec les pays asiatiques indépendamment de leur régime politique. Non seulement le « neutralisme » n'est plus dénoncé, mais la Chine y voit un moyen valable de se dégager de la pression impérialiste et l'encourage pour riposter aux alliances militaires nouées par les EtatsUnis dans cette région. Les Vehru, Sœkarno, U Nu, Sihanouk qui étaient il n'y a pas si longtemps, qualifiés de « chiens courants de l'impérialisme » vont devenir des alliés privilégiés. La nouvelle politique chinoise est inaugurée par Chou en Lai à la Conférence de Genève sur le Vietnam (Mai-Juillet 1954). De concert avec Molotov, Chou en Lai próne ia modération et montra sa bonne volonté par de nombreuses concessions : - ils acceptent de disjoindre le cas du Laos et du Cambodge du problème indochinois. Ainsi les combattants cambodgiens ne seront pas représentés en tant que tels à Genève. - Chou en Laï conseille à Pham Van Dong d'accepter le partage du pays au niveau du 16ème parallèle alors que le Viet Minh réclamait le partage au niveau du 13éme, ce qui était logique puisqu'il contrôlait les 2/3 du pays. L'accord se fera finalement sur le 17ème qui avantage considérablement les impérialistes puisque le Sud conserve Hué, Danang et la route No 9 qui relie le Laos à la mer. - les Vietnamiens se virent imposer par Molotov et Chou en Lai une date 20 pour les élections générales fixée en juillet 1956. Ainsi la question militaire (cessez-le-feu) était explicitement disjointe de la question politique (réunification) du pays et cela favorisait les desseins des Etats-Unis qui se préparaient avec Diem à violer les accords. Les négociations incluaient certes des compromis inéluctables mais alors que le rapport de forces était nettement favorable aur Vietnamiens apres Dien Rien Ph:, les termes de l'acoré approuves par l'UKSs et la Chine leur étaient particulierement désastreux pour eux-mêmes. L'inquiétude qu'ils manifesteront dix sept ans plus tard devant les tractations de Chou en Laï se comprend facilement lorsqu'on voit le jeu des grandes puissances dans la stratégie de coexistence pacifique. Ce n'était d'ailleurs pas la dernière fois que la Chine allait jouer un rôle modérateur dans les négociations consécutives des conflits locaux.
L Le denrième succès de la RPC sera sanctionné par la Conférence de Bandoeng (18.4.1955), réplique spectaculaire au traité de L'OTASE mis sur pied par les Américains le 18 septembre 1954. Les cinq principes de la coexistence pacifique seront réaffirmés et développés. Ils seront approuvés par des pays aussi « progressistes » que l'Irak, l'Arabie Saoudite, le Sud Vietnam, la Thailande et l'Ethiopie ! Dans la foulée des relations étroites d'amitié et de coopération se tisseront avec l'Inde de Nerhu et la Birmanie de U Nu. A partir de négociations sur le statut des résidents chinois en Indonésie, la Chine inaugura sa politique de soutien total au régime nationaliste de Sœkarno. Bien plus, la main fut également tendue à des pays appartenant à des pactes militaires impérialistes : Thailande et Philippines, tandis que les relations avec le Pakistan membre du pacte de Manille et de Bagdad restaient au beau fixe. En Thailande, après •le coup d'Etat de droite du merécha! Sarit (novembre 1957), In Chine attendra cinq mois avant de renoncer a un espoir de coexistence pacifique avec la trèsfasciste Thailande qui repoussera désormais ses avances. Pendant cette « lune de miel » diplomatique, les mouvements communistes de lutte armée sont au point mort et Pékin a avantage à continuer d'arborer ce visage souriant et pacifique. Mais lu répression de la rebellion thibétaine va affecter gravement la politique de coexistence et faire de la Chine et de l'Inde deux ennemis désormais irréductibles.
mars 1959, le gouvernement de Lhassa proclame l'indépendance du Tibet : après la fuite du Dalaï Lama, des in surgés s'attaquent à la garnison chinoise qui réprimera en quelques jours la rébellion. Dans les mois qui suivent, la Chine fait d'importantes réclamations territoriales auprès de l'Inde. Aprés une accalmie momentanée, la guerre éclate en octobre 1962 entre l'Inde et la Chine sur l'initiative de l'Inde. C'est le moment choisi par l'URSS pour vendre à l'Inde une vingtaine de Mig 21! tandis que Krouchtchev adresse une platonique déclaration de soutien aux Chinois. Le conflit cessera après un cessez-lefeu unilatéral proclamé par la Chine le 21 novembre alors qu'elle avait la possibilité de balayer l'inconsistante armée indienne. La « collusion soviéto-indienne » consacra la rupture définitive entre la Chine et l'URSS dont le caractère « fasciste » et « capitaliste » sera bientôt découvert par les théoriciens chinois. Dans ces conditions, la lutte entreprise par la fraction maoïste de la bureaucratie contre le « révisionnisme » de Liou Shao Shi dont on dénonça la politique conciliatrice à l'égard de pays tels que l'Indonésie (4) allait avoir pour effet un tournant radical dans la politique extérieure de la Chine. Il est vrai que le cours droitier suivi pendant dix ans avait occasionné de cuisants échecs pour la politique de Pékin comme l'écrasement du mouvement communiste indonésien, l'agression américaine au Nord Vietnam, et au Laos, et de nombreux déboires dans la politique en direction des pays africains. 20 ANNEES DE POLITIQUE EXTERIEURE CHINOISE EN ASIE
UN BREF INTERMEDE : LES RETOMBEES INTERNATIONALES DE LA REVOLUTION CULTURELLE (1965-1970)
la « GRCP » qui donna à la politique intérieure de la Chine une tonalité nettement plus radicale que dans les années précédentes ne pouvait manquer de produire des effets analogues à l'extérieur du pays. En même temps que l'on condamnait la politique capitularde de Liou Shao Chi sur le plan international, la Chine s'affirmait comme la base rouge de la révolution mondiale. Mao aurait même déclaré au mois de juillet 1967 : « La Chine ne doit pas étre seulement le centre politique de la révolution mondiale, elle doit aussi en devenir le centre militaire et technique » (5). A cette époque une propagande intensive fut faite pour soutenir les guerillas asiatiques dont Pékin encourageait le développement tandis que les liens entre Pékin et Hanoï se resserraient étroitement. D'autre part, des incidents graves éclataient durant l'année 1967 entre la Chine et divers pays. Les positions de Chou en Laï étaient durement critiquées, ainsi que Chen Yi l'ancien ministre des affaires étrangères: 1 - Le soutien à la lutte armée : La réapparition d'un important foyer de lutte armée en Thailande dirigé par le Front patriotique thailandais en 1965 n'était que le prélude à un essor de la guerilla dans tout le SudEst asiatique : Birmanie, Cambodge, Philippines, Indonésie et en Inde. THAILANDE : Dans ce pays, « porte-avion » de l'Amérique, qui ne compte pas moins de 10 bases américaines, le Front pa-
Quatrième Internationa/e triotique fédère trois mouvements de guerilla de physionomie politique assez différente : minorités nationales au nord-est et nord-ouest du pays, Malais musulmans au sud du pays à proximité de la frontière malaise en liaison avec les combattants du Parti Communiste malais. Les effectifs proprement militaires sont évalués à plus de 5000 combattants et à partir de 1965 les incidents ont décuplé tandis que la clique militaire reconnaissait que la moitié des provinces du pays était « infestée de communistes ». Pékin soutient sans réserves le PC thailandais et l'Armée Populaire de Libération créée le ler janvier 1969, même s'il n'escompte pas de succès spectaculaires dans un proche avenir. L'aide matérielle fournie par la Chine consiste surtout en camps d'entraînement pour les Méos de l'autre côté de la frontière. L'APL ne semble pas disposer pour le moment d'un maté.
années de politique extérieure Chinoise en Asie riel très abondant et la dictature militaire semble avoir le pouvoir encore bien en main, comme le montre le coup d'Etat de Thanom Kittikachom du 17 novembre 1971. BIRMANIE: Tant que la Chine entretint de cordiales relations avec le régime du dietateur U Nu, bientôt remplacé par le général Ne Win, les guerilleros birmans durent, comme on dit pudiquement, « compter sur leurs propres forces ». De nombreux voyages eurent lieu tant à Pékin par Ne Win qu'à Rangoon par Chou En Laï luimême. Un des succès de la politique chinoise fut le règlement d'un problème de frontières en 1960. Mais en 1966, de graves émeutes anti-chinoises éclatèrent à Rangoon qui furent suivies d'un rappel des représentants diplomatiques des deux pays. A ce moment les théoriciens chinois se rendirent compte que le régime de Ne Win n'était qu'une « clique fasciste » et commencèrent à le dénoncer. Au milieu de l'année - 196%, la Chine commença à fournir aux communistes birmans une aide qui s'était fait longtemps attendre. Pourtant là encore, la coexistence pacifique dut l'emporter puisqu'en 1971 après un voyage de Ne Win à Pékin, les bonnes relations reprenaient. La comparaison entre les déclarations de la Chine à 3 ans d'intervalle en dit long sur l'opportunisme droitier de la bureaucratie chinoise : 1967 : année de la reprise des relations avec les USA (visite auprès de Johnson, fournitures d'armes) et les Philippines. 1969 : dans Pékin Information, on lit : « La brutale domination fasciste exercée par la clique réactionnaire de Ne Win aggrave davantage la crise politico-économique du pays. A l'agonie, cette clique se débat désespérément. Soutenue par l'impérialisme US et le révisionnisme soviétique, elle ne cesse de lancer de furieuses campagnes contre-révolutionnaires dites d'a encerclement et de répression » visant les forces armées populaires en divers points ». 1971 : Voyage de Ne Win à Pékin ; il est reçu le 7 août par Mao. « Sur l'invitation du gouvernement de In RPC, Ne Win, président du consei! révolutionnaire et premier ministre du gouvernement de l'Union de Birmanie et son épouse sont arrivés le 6 août à Pékin par avion spé22 cial, pour effectuer une visite amicale et officieuse en Chine . Après avoir offert un banquet en leur honneur, Chou En Laï a déclaré : * S'en tenant toujours à la politique de bon voisinage, le gouvernement chinois respecte et soutient la politique de paix et de neutralité (sic) poursuivie par le gouvernement birman et a œuvré au maintien et au développement de l'amitié entre les peuples de nos deux pays. Nous avons constaté avec plaisir que ces deux dernières années nos relations sont devenues normales... et que le commerce entre les deux pays s'est développé ». Qu'en pensent les membres du PC birman? INDOCHINE A partir de l'escalade américaine, l'aide à la RDVN et au FNL au Sud était vitale pour éviter l'écrasement. Jusque là les Chinois avaient joué un rôle plutôt modérateur comme lors de la Conférence sur le Laos (1962) qui aurait dû mettre fin à la guerre civile et former un gouvernement unifié au Laos. A l'égard du Cambodge, les Chinois s'efforçaient d'avoir les meilleures relations possibles avec un pays « neutraliste » qui s'opposait résolument aux visées de l'impérialisme. N. Sihanouk a récemment précisé que la Chine ne souhaitait même pas l'établissement d'un régime révolutionnaire au Cambodge mais préférait une solution neutraliste. Jusqu'à l'agression américaine au Cambodge et au coup d'Etat de Lon Nol, on ne trouve pas trace d'aide à des mouvements révolutionnaires au Cambodge. La totalité de l'aide financière et militaire va au régime de Sihanouk. L'ironie de l'histoire veut que ce soit Lon Nol qui ait négocié l'aide au cours d'un voyage à Pékin en 1964. On dit même que la Chine conseilla à Phnom Penh de ne pas reconnaftre le FNL pour ne pas quitter son attitude neutraliste !
près le coup d'Etat, Pékin mit quelques temps à réagir et finalement soutint totalement Sihanouk et son gouvernement: le neutralisme avait fait long feu ! Le Nord Vietnam fut considérablement aidé dans son développement industriel par la Chine. On estime cette aide à 500 M de dollars de 1955 à 1960 sur une aide totale de
800.000 dollars US (la part de l'URSS s'élève à 228 M). Après l'escalade l'aide est renouvelée chaque année et s'élèverait environ à 200 M. de dollars paran. Il est difficile d'évaluer ce qui va au FNL. Sur le plan diplomatique, la Chine se montra plutôt hostile aux négociations et prôna « la lutte jusqu'à la victoire totale». L'ouverture de la conférence de Paris fut mentionnée dans la presse chinoise sans aucun commentaire. Mais il semble que la position se soit assouplie uprès 1968 et que Chou En Lai, quoiqu'il en dise, ait un moment songé à une nouvelle Conférence de Genève. Depuis cette date les liens entre Hanoï et Pékin ont été particulièrement cordiaux et il est probable que la Chine appréciera peu la future visite de Podgorny à Hanoï en octobre. Vu l'indépendance des Vietnamiens par rapport au conflit sino-soviétique, tout porte à croire que les Chinois ont misé de gros espoirs sur le Cambodge et qu'ils espèrent en faire une base solide de leur diplomatie en ExtrêmeOrient. Mais leur marge de manœuvre est limitée par le fait que les révolutionnaires ne se laisseront plus dieter une solution par les grandes puissances contre leur gré. 2 - LES « GAUCHISTES» DE LA REVOLUTION CULTURELLE CONTRE CHOU EN LAI politique extérieure de la Chine fut une pedonnées psen cipales du débat des données force que l'on sait durant la révolution culturelle. L'agression caractérisée des Etats-Unis contre le territoire d'un Etat ouvrier voisin immédiat de la Chine plaçait celle-ci aux avant-postes de la guerre contre l'impérialisme. A partir de cette date les agressions contre le territoire chinois se faisaient plus nombreuses tant par la voie des airs que par l'infiltration de commandos subversifs à partir de la Birmanie en direction du Mekong. Les modifications sociales et administratives accomplies pendant la révolution culturelle avaient aussi une fonction militaire : il s'agissait d'assurer au mieux la défense du pays contre une attaque étrangère conformément aux principes de la « guerre du peuple ». Lors d'un voyage en province en 1966, Mao aurait déclaré à des responsables locaux qu'il fallait accentuer les efforts pour mécaniser l'agriculture en la décentralisant. Celte mécanisation devait être « liée à la préparation de la guerre et de la famine ». Dans le même temps, la consolidation d'une milice populaire sur l'ensemble du territoire était comprise comme une tâche essentielle (7). Parallèlement, le débat sur l'unité d'action avec toutes les forces antiimpérialistes pour défendre la révolution chinoise arrivait à son point de rupture. L'un des premiers événements de la GRCP fut sur le plan militaire la destitution de Lo-Jui Ching, chef d'état major de l'armée populaire qu'on soupçonnait de rechercher l'unité d'action avec l'ensemble des pays du camp socialiste.
A vec l'essor du mouvement des gardes rouges et l'appel aux sentiments internationalistes, le débat sur la politique internationale devait devenir plus âpre. L'ensemble des analystes de la révolution culturelle s'accordent aujourd'hui pour reconnaître la cristallisation d'un courant d'extrême-gauche qui voulait depasser largement les consignes du « centre » (ainsi se nomme le groupe dirigeant maoïste) en allant porter notamment la révolution culturelle au sein même de l'armée; ce qui avait été exclu dès le départ par Chou En Laï, Mao, et Lin Piao. Vers le milieu de l'année 1967, de graves clivages se dessinèrent au sein du groupe dirigeant de la GRCP et une tendance « de gauche » (éliminée en septembre) se regroupa autour de journalistes du «Drapeau Rouge»comme Wangli et Tsi Pen Yu. A la base, la critique des gardes rouges fut dirigée contre Chen Yi et Chou En Lai lui-même accusé de suivre une politique droitière. A Canton, pendant l'été 1967, la guerre civile faisait rage et des groupes armés s'affrontèrent avec violence. A Pékin, le ministère des affaires étrangères fut assailli et occupé par des groupes révolutionnaires radicaux. Chou En Laï confirmera plus tard à Edgar Snow qu'il fut assiégé pendant deux jours et deux nuits par 500.000 gardes rouges qui voulaient s'emparer de sa personne et des archives du Comité Central (8). De cette époque, datent les attaques contre les ambassades étrangères qui suscitèrent une intense émotion dans les pays occidentaux où l'on se complaisait à décrire l'anarchie qui
Quatrième Internationale régnait en Chine. Le 17 Août: attaque du consulat soviétique. le 22 août : attaque de la mission britannique à Pékin avec incendie des bâtiments; troubles à HongKong contre l'administration britannique. Par ailleurs, les « rebelles » du ministère eurent aussi le front d'envoyer un télégramme à l'Association des Amitiés khmérochinoises à Phnom Penh les appelant à faire preuve d'ardeur révolutionnaire contre le régime de Sihanouk. Celui-ci d'ailleurs réagit avec violence devant ces menaces de « subuersion » en dissolvant, le ler septembre, cette association. La contagion révolutionnaire qui menaçait de gagner les jeunes Cambodgiens fut stoppée net (9).
L e conflit qui mettait en cause le gouvernement chinois lui-même devait finalement être tranché avec fermeté par Mao Tsé Toung lui-même qui condamna en septembre le groupe « ultra-gauche » de Wang Li et marqua sa confiance à Chen Yi. Ces prises de position de Mao préludèrent à une remise en ordre au sein de la direction du GRCP et à une répression nette contre les éléments « de gauche en apparence mais de droite en réalité » selon la formule consacrée. A partir de cette date, les années de politique extérieure Chinoise en Asie groupes d'extrême-gauche allaient peu à peu étre démantelés et passer à l'arrière plan de la scène politique. Mais le débat qui avait été imposé sur la ligne de Chen Yi et de ChouEn-Lai n'était nullement clos. Il devait ressurgir sous d'autres formes pendant l'été 71 après l'invitation de Nixon à Pékin par Chou En Lai. LA STABILISATION DE LA POLITIQUE EXTERIEURE : LA CHINE A L'ONU partir du neuvième Congrès du PCC, la priorité était donnée à la reconstruction administrative et politique dans l'ensemble des provinces chinoises. Sur le plan de la politique extérieure, le bilan pour la Chine était finalement peu positif. Inaugurées par la contre-révolution indonésienne et l'escalade au Nord Vietnam, les années 65-70 ne furent pas celles d'initiatives diplomatiques spectaculaires. Au contraire, les positions de la Chine se dégradèrent par rapport à de nombreux pays à direction bourgeoise et même à des régimes socialistes tels que la Corée du Nord ou Cuba. L'isolement de la RPC semblait bien étre la caractéristique majeure du durcissement de la diplomatie chinoise, surtout après les provocations militaires de l'Union soviétique. Pourtant, en l'espace de quelques années le « réalisme » cher aux superpuissances allait finir par régir à nouveau la diplomatie chinoise. Certes, Mao faisait entendre sa voix prestigieuse pour « préciser » que la situation était excellente et que les mouvements révolutionnaires sur l'ensemble des continents s'attaquaient avec impétuosité à l'impérialisme. Mais le soutien à ces mouvements se faisait de moins en moins net au fil des mois excepté dans les deux foyers principaux de la révolution : le Moyen-Orient et l'Indochine. Aujourd'hui le bilan de cette « Real politik ». est assez positif pour la Chine. L'étreinte de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique autour de son territoire s'est dessérrée et il n'y a plus de menace directe:
Le soutien accordé à Sihanouk a renforcé les positioris 24 chinoises dans tout le Sud Est asiatique. Par rapport au Pakistan ou à la Birmanie les relations sont à nouveau au beau fixe. C'est là une situation que la Chine cherche à consolider de façon durable. Pour cela elle doit éviter tout aventurisme qui risquerait de remettre en cause un statu-quo si difficilement obtenu. LES PERSPECTIVES DU VOYAGE DE NIXON A PEKIN
L / annonce du voyage de Nixon à Pékin faite cet été a constitué un coup de théâtre dont le premier effet a été de tirer Nixon de la délicate situation où l'avait placé le plan en sept points de Mme Binh. Pourtant des 1969, les politiciens les moins obtus dans l'entourage de Nixon envisageaient une sorte de détente avec la Chine et le « lobby chinois » favorable à une politique d'agression systématique et de soutien inconditionnel à Formose voyait son influence décliner. Pour Nixon, ce voyage améliore sa situation à l'intérieur et d'ores et déjà il peut penser que sa future élection est assurée. Même s'il risque de revenir de Pékin les mains vides, il n'a rien à perdre dans cette entreprise. Il a réussi à affaiblir le potentiel de mobilisation du mouvement anti-guerre dans le pays grâce au prétendu désengagement et de ce fait, les échéances qui paraissaient fort rapprochées manifestent maintenant moins d'urgence. Il est certain que Nixon espère un compromis intéressant de son voyage. Mais, en ce qui concerne la question décisive de l'Indochine, il est certain que la Chine n'a nullement l'intention — ni la possibilité - de revenir en deçà des positions de Hanoï et du GRP du Sud Vietnam. Au contraire Chou En Laï a réaffirmé à maintes reprises ses exigences d'un retrait inconditionnel de toutes les troupes impérialistes du Sud-Est asiatique et le refus d'une nouvelle Conférence de Genève. Pourtant le compromis est déjà en train de se réaliser comme on l'a vu dans la position prise par Pékin à l'égard des mouvements ceylanais et bengalis. Si la Chine ne peut pas reculer en Asie du Sud-Est elle ne souhaite nullement venir en aide à des mouvements révolutionnaires qui dérangeraient les grandes lignes de sa politique d'Etat et qui de plus, risqueraient d'échapper à son étroit contrôle idéologique. La mise en veilleuse des déclarations de propagande révolutionnaire en direction du Tiers Monde se comprend rétrospectivement par les efforts diplomatiques déployés en vue d'entrer à l'ONU auprès de pays à systèmes sociaux pour le moins différents, tels l'Iran, le Cameroun, le Soudan, l'Ethiopie, Ceylan, le Pérou, la Yougoslavie, etc... Outre l'établissement de relations économiques utiles pour la Chine avec de nouveaux pays (cf. voyage de Pai-Hsiang-Kuo en France en octobre), Pékin cherche à régler définitivement la question de Taiwan. De ce point de vue, l'entrée de la Chine à l'ONU représente une victoire considérable contre l'impérialisme américain et le sort réservé à Taiwan par ses généreux protecteurs commence à traumatiser quelque peu tous les régimes fantoches de l'Asie du Sud-est. Voilà un des objectifs anciens de la diplomatie chinoise en voie d'être atteint. Tout le problème est de savoir si les masses chinoises se contenteront de ce subtil jeu diplomatique dans lequel excelle Chou En Laï et qui revient à brader le soutien matériel effectif aux mouvements révolutionnaires qui se développent en de nouveaux points du globe. Nul doute que le soutien opportuniste et les brevets d'anti-impérialisme fournis aux régimes dictatoriaux les plus divers risque de poser certains problèmes auprès des révolutionnaires alignés jusque là sur Pékin. LE DANGER JAPONAIS Malgre des succès significatifs aux yeux de la bureaucratie chinoise, il s'en faut de beaucoup que tous les problèmes soient résolus. Parmi ceux qui restent en suspens, la question japonaise préoccupe de plus en plus les Chinois. La troisiême puissance du monde s'engage en effet dans une remilitarisation lourde de menace pour les forces révolutionnaires de cette région du monde. Si le Japon acceptait de remplacer les USA dans ces enteprises bellicistes en Asie, la politique asiatique de Nixon risquerait d'être un succès. Le budget jay onais de la défense nationale représentera en 1975 2 % du revenu national, soit 6 milliards de dollars US et les effectifs de l'armée japonaise dépassent ceux de l'armée française. Dans un article intitulé «Plan du militarismejaponais pour hâter l'expansion des armements et les préparatifs de guerre» (10).le «Remnin Ribao» dénonce violemment les plans militaristes du gouvernement Sato qui conduisent inéluctablement à une agression auprès des pays asiatiques au plus grand profit des trusts japonais. L'article signale en outre les préparatifs opérés par le Japon pour se doter d'un armement nucléaire : démarrage avec l'aide des Etats Unis de la production d'uranium enrichi. Mais cette politique belliciste se heurte à deux obstacles de taille. D'une part l'opposition résolue des masses japonaises qui mènent une lutte permanente contre le militarisme et la subordination du gouvernement japonais aux USA; d'autre part la nécessité pour une partie de la bourgeoisie japonaise de conserver des relations cordiales avec la Chine qui pourrait représenter un extraordinaire marché pour l'économie japonaise durement touchée par les mesures protectionnistes de Nixon. Quoi qu'il en soit, il convient de signaler que des soldats japonais sont déjà envoyés dans des pays étrangers sous des prétextes d'« aide humanitaire » et d'« assistance technique » et que l'aide du Japon aux régimes pro-américains ne fait que croître. Dans le même temps, à Tokyo, se multiplient les films exaltant les Dans le meme temps, a tony, oo chefs militaires fascistes de l'ancien empire japonais.
I est encore trop tôt pour affirmer que l'entrée de la Chine à l'ONU marque son intégration pure et simple au jeu soviéto-américain de la coexistence pacifique. Mais il est clair que le tournant droitier opéré ces deux dernières années va objectivement dans ce sens. Les militants qui, dans les pays néo-coloniaux, comptaient sur l'appui politique et matériel de Pékin risquent d'avoir des bilans peu encourageants et les positions maoïstes seront considérablement affaiblies auprès de ces mouvements. En Chine même, il n'est pas certain que la diplomatie de Chou En Lai ait fait l'unanimité de l'ensemble: au contraire les « invraisemblables » rumeurs d'éviction de Lin Piao manifestent tout au moins qu'une dure bataille fait rage au sein de la direction du PCC. Sur le plan national comme le plan international, la révolution culturelle est loin d'avoir résolu les problèmes qui se posent à la Chine en 1971 et des remous politiques en Chine ne sont pas à exclure dans les années qui viennent. (1) Ce principe a notamment servi à justifier le soutien apporté par la RPC au İeader du Pakistan Yahia Khan. (2) O.C. II p. 475 (3) Mao. Sur la dictature démocratique populaire. (3) Mao. Sur la dictature démocratique populaire. (4) La politique de soutien du PCI de Aldit aux forces nationalistes de Sœkarno avait pourtant été largement encouragé par Mao lui-même et non seulement par Liou Chao Chi. Cf message de Mao au CC du PCI le 20 mai 1965 (Pékin Information No 22 - 1965) (5) Cité par Daubier, R. de la RCP en Chine p.296 (6) P.I. Sept 69 - No 35 p.11 (7) Cf Jean Esmein, « Révolution culturelle », seuil 1970 p.33 (8) Cf R.Guillain, Le Monde. 22 sept.71 p.4. Sur le programme politique des tendances d'extrême-gauche, on se reportera à l'exemple du Sheng-Wu-Lien rapporté par Livio Maïtan: Le Parti, l'Armée et les masses dans la Révolution culturelle chinoise. Maspéro 71. p.208-214. (9) Sur les événements d'Août 1967 cf. Jean Daubier op.eit. p.213-214. (10) Pékin Information No 26 -28 juin 71 p.7