la crise de impérialisme du et la révolution combat vietnamienne contre la vietnamisation à lạ victoire
Un an et demi après le coup d'Etat de Lon Nol contre le régime bonapartiste de Sihanouk, régime miné par ses propres jeux d'équilibre, la Thailande met le cap à toute vitesse vers un régime de dictature militaire renforcé. Lesfantoches gouvernent et toujours avec l'appui US, mais pour prévenir tout développement révolutionnaire de la situation ou même toute aspiration neutraliste ou pacifiste dans les sphères politiques, l'administration et l'appareil d'Etat thailandais, Thanon Kittıkachorn dissout le
Parlement, abroge la Constitution.
Le peu de façade démocratique « légaliste » du régime thailandais est balayé. Tout le pouvoir aux militaires ! Et l'état d'urgence décrété par la dictature militaire qui se pare, ironie de l'histoire, du titre de Conseil Révolutionnaire, fait loi. Lon Nol au moment de son coup d'Etat n'avait-il pas essayé de se vêtir de défroques « progressistes » ? De se présenter comme le champion des libertés face à Sihanouk Roi 7 Son idéal républicain n'était-il pas celui de 1789? Mais la république est pire que le royaume, tout ce que le royaume avait d'inique et de réactionnaire s'est épanoui sous la république : la bureaucratie, la corruption, avec en plus les massacres, la crise économique, l'incertitude politique, la guerre, la guerre qui dévaste le Cambodge. Les masses du Sud-Est asiatique apprennent que la forme du régime importe peu. Les diverses équipes bourgeoises à la solde de l'impérialisme US peuvent se succéder ou s'auto-remplacer, la domination impérialiste se fait toujours plus douloureusement, la dépendance coloniale est porteuse d'épreuves terribles pour les populations. En 150 ans la bourgeoisie a eu le temps d'expérimenter les régimes les plus divers pour prolonger sa domination. Elle a eu le temps de piéger les masses travailleuses elles-mêmes dans les rêts de ses multiples légalités. Aujourd'hui les artifices volent en éclats, le bois n'est plus bon à faire chauffer la soupe des exploiteurs. La dictature bourgeoise ne s'embarrasse plus de masques ; ils ne sont plus d'aucun usage. Thieu s'élit à Saïgon à la pointe des baionnettes. Il s'estime décent de n'avoir pas fait mieux que Diem, qui en son temps se faisait élire avec 102 % des suffrages. Après s'être fait le champion de la République, Lon Nol se fâche des survivances parlementaristes. Estce que l'Assemblée phnom-penhoise ne se fait pas l'écho des mécontentements? Comble : les mécontents ne sont-ils pas ces fonctionnaires qui ont fourni la base même du coup d'Etat, fonctionnaires attachés à leurs prébendes, attachés à la défense du monde libre, et solidement anticommuniste, mais qui se désespèrent de voir le prix de la soupe chinoise décupler en 6 mois de république ! In Tam limogé pour incapacité, In Tam limogé pour n'avoir pas mené à bien la « pacification » au Cambodge, In Tam (1) limogé pour impertinence devant Lon Nol (n'a-t-il pas déclaré que sans moyens adéquats il n'était pas possible de faire quoi que ce soit ? ). In Tam se trouve porté à la tête de l'Assemblée. Lon Nol avait pris, il est vrai, ses précautions; son gouvernement depuis le 20 octobre n'a plus de compte à rendre à l'Assemblée Nationale. Les militaires doivent avoir les mains libres pour faire la guerre ; les bandes armées sont au pouvoir, (1) In Tam, général cambodgien, premier viceprésident du Conseil de la République fantoche fut dégradé et perdit sesfonctionsle 23 septembre 71 à la suite des défaites des troupes de Lon Nol face aux forces populaires du FUNK.
essayent de le sauver par tous les moyens. A Bangkok l'impérialisme US essaye de réunir les meilleures conditions pour aborder la nouvelle étape de lutte dans le Sudest asiatique contre les forces révolutionnaires. Il ne convient pas d'abandonner à d'éventuels « neutralistes » le contrôle de ce camp retranché de la réaction dans le Sud-est asiatique qu'est devenue la Thailande depuis plus de quinze ans. Le gouvernement est désormais aux mains d'un « parti révolutionnaire » qui regroupe les membres de l'armée de terre, de la marine, de l'aviation, de la police ainsi que des fonctionnaires civils. Ce parti, ce n'est rien d'autre que l'Armée constituée en parti. Ce parti au pouvoir c'est l'Etat thailandais en armes, prêt à faire face à son peuple. La Maison Blanche approuve. De Séoul à Saïgon, de Saigon à Bangkok, la mise en place et le renforcement de tels Etats est un des objectifs majeurs de la politique US. UN TOURNANT DANS LA POLITIQUE
DE L'IMPERIALISME US ? Le Monde du 19 novembre 1971 ne laisse planer aucun doute sur la nature profondément réactionnaire du « Conseil révolutionnaire » établi à Bangkok. Le gouvernement thaïlandais se perpétue, en plus « dur ». Cependant Pomonti s'interroge : « Reste cependant à savoir si le coup de barre en politique étrangère sera donné à droite ou à gauche ». A gauche ? Pomonti s'explique : les militaires ne voudraient-ils pas avoir les coudées franches pour « aborder plus sérieusement (!) les grandes manœuvres diplomatiques qui s'annoncent notamment à l'égard de Pékin ? ». Un régime dont la politique de force est la seule règle et le cynisme sans limite, est assurément plus propice à mener la double opération d'écraser à l'intérieur les forces révolutionnaires et de pactiser à l'extérieur avec les Etats ouvriers. Nemeiry, au Soudan ne peut passer pour grand stratège ; il s'est cependant acquitté d'une telle tâche. A coup sûr Thanom Kittikachorn peut faire aussi bien. Mais qu'y-a-t-il de gauche dans cette politique extérieure ? Pomonti peut-il le dire ? Est-ce que la nature de classe de la politique de la clique militaire thailandaise change ? Point du tout. Au contraire. La politique extérieure d'ouverture vers la Chine bien loin de renforcer le mouvement de lutte contre le régime à l'intérieur de la Thailande, a pour objectif d'isoler et de le briser plus facilement. Les Thanom, Thieu, Park Jung Hee peuvent demain se proclamer « neutralistes », faire des avances à la Chine. Logiquement, une telle politique extérieure profiterait à l'apparition intérieure de forces « modérées » ; mais le type même de régime mis en place sous la férule impérialiste rend impossible le développement de telles forces. L'exemple saïgonnais est révélateur. Alors que Ky rompait avec son compère de la veille (Thieu)
Quatrième Intemationale et s'affirmait décidé à renverser par les armes s'il le fallait la dictature de Thieu, alors que Ky se ménageait des accords avec Minh et à travers lui avec les forces d'opposition saigonnaises « libérales », alors que Ky offrait à l'impérialisme US toutes les garanties d'une solution de rechange, la Maison Blanche faisait la sourde oreille. Sa préoccupation était de donner la meilleure façade au régime Thieu, pas de le lâcher. Et il valait mieux se passer des fards d'une élection « démocratique » que d'abandonner Thieu. La politique d'ouverture diplomatique vers la Chine n'est donc pas un tournant vers la paix et la détente de l'administration Nixon et des gouvernements réactionnaires de l'Asie du Sud Est qu'elle couve. Au contraire, cette politique prolonge la volonté de briser le mouvement révolutionnaire indochinois. L'impérialisme US use simplement d'autres moyens pour réaliser les mêmes fins. Toute la politique menée par la Maison blanche depuis fin 1968 et en particulier ces derniers mois, infirme la thèse d'unNixon « résolu à la paix ». Rappelons quelques faits :
LES OCCASIONS REFUSÉES L'administration Nixon ces six derniers mois a eu deux occasions de faire la paix « honorablement » au Vietnam, d'accepter sa défaite sans avoir l'air de capituler. La première lui fut offerte par le plan de règlement du conflit présenté par le GRP à Paris le 1er juillet. Alors que Xuan Thuy ministre de la RDV et Le Duc Tho, membre du bureau politique du Laodong (Parti des Travailleurs du Nord-Vietnam) en personne se proposaient de recevoir la réponse américaine, celle-ci fut différée. Elle ne vient pas. Elle ne viendra pas. La deuxième occasion fut offerte par les élections présidentielles du 3 octobre à Saigon. Jamais gouvernement ne fut aussi discrédité dans l'opinion publique, non seulement vietnamienne, mais mondiale que ne l'était celui de Thieu. Un mot de la Maison Blanche suffisait à le condamner. Mais le mot n'a pas été prononcé. Nixon a renouvellé son soutien à Thieu, et Thieu se survit, se prolonge, faisant le vide politique autour de lui. Malgré le développement d'une lutte urbaine qui prend des formes violentes (plus d'une cinquantaine de véhicules US ont été détruits par les commandos d'étudiants). Malgré la renaissance de luttes ouvrières, malgré l'unanimité de l'opposition contre Thieu, Reagan, envoyé spécial de Nixon, n'a pas hésité à proclamer : « Les progrès du gouvernement du président Thieu dans la démocratie ». Reagan fut suivi de Melvin Laird, secrétaire à la Défense, qui renouvella les promesses d'aide US aux régimes fantoches, et réaffirma la volonté du gouvernement améri.
Du combat contre la vietnamisation... cain d'aller jusqu'au bout de la vietnamisation. L'amiral Moorer, (chef d'etat major interarmes), Mac Namara (Banque Mondiale) ont visité également début novembre les cápitales fantoches du Sud est asiatique. L'impérialisme US tient ferme toutes ses cartes, décidé à ne pas en mésutiliser une seule. Mac Namara contribue au même jeu que Moorer et Laird. Mac Namara vient promettre les investissements privés dans les économies délabrées du SudEst asiatique pendant que Moorer et Laird viennent distribuer l'aide militaire et faire le point des besoins pressants de leurs valets à Phnom Penh, Saïgon, Vientiane, Bangkok. Certes Phnom Penh n'est pas Saigon, mais si le retrait des troupes US du Sud Vietnam est une preuve de la bonne volonté de l'administration Nixon comme celle-ci le prétend, comment expliquer le soutien militaire considérable apporté au gouvernement de Lon Nol ? Les Etats-Unis sont-ils riches au point de dépenser en pure perte des centaines de millions de dollars ? Certes non, les difficultés économiques US sont là pour le rappeler. Serait-ce pour assurer les régimes du Sud-Est asiatique de tenir jusqu'au départ du dernier Gl ? Mais s'il s'agissait d'une opération visant simplement à retarder les échéances, elle ne demanderait pas de telles sommes. L'aide militaire au Cambodge en 17 mois a été multipliée par quarante. Lors du vote des crédits, tel élu US (Clifford Case) commentait : * De quoi transformer le Cambodge en un camp armé dépendant totalement des Etats-Unis ». C'est à cet objectif que le Front Révolutionnaire Indochinois veut faire obstacle, d'où la violence des engagements actuels et la remarquable offensive des forces armées de libération dans tout le Cambodge, de la frontière khmèro-vietnamienne (Krek) à la région de Kompong Thom, de Skun, ou aussi bien de Phnom Penh. Une course de vitesse est engagée au Cambodge. Pour les forces révolutionnaires, pour le FUNK, il s'agit de ne pas laisser au régime de Lon Nol le temps de se doter de cette armée d'un million d'hommes que les Etats-Unis se sont engagés à lui mettre sur pied, équiper, entrainer, armer de pied en cap pour 1975. Mais cette course de vitesse n'exclut pas du tout le prolongement du conflit, une lutte de longue haleine. De part et d'autre les adversaires se sont préparés à cette éventualité.
L'AGRESSION IMPÉRIALISTE
EN ECHEC La doctrine Nixon ne vise pas au désengagement US du Sud-Est asiatique. Le croire, c'est tomber sous le coup de la propagande de la Maison blanche. La doctrine Nixon a pour objet de reconvertir l'engagement US, elle n'a pas pour but de l'abandonner. Certes, l'impérialisme US a été battu au Vietnam. Il a été battu parce qu'il n'a pas réalisé ses objectifs. Il a été battu parce qu'il n'a jamais pu écraser le mouvement 28 révolutionnaire à une quelconque étape de l'escalade. Il a été battu parce que sa volonté d'éliminer le FNL l'a entraîné à engager des centaines de milliers de soldats US au sol, et que cette colossale armée, avec sa puissance de feu inégalée a échoué. Les Etats-Unis ont subi de multiples défaites militaires en Indochine. Ils ont perdu la guerre et ils pensaient pouvoir la gagner. Tout cela est connu, indubitable. Les bombardements sur le Nord ont dü cesser ; plus de 3000 appareils ont été abattus au Nord et ce bilan est énorme. Il suffisait du cinquième de ces pertes pour perdre les plus grandes batailles de la seconde guerre mondiale. L'impérialisme US a été battu parce qu'il n'a pu prévoir, éviter l'offensive du Têt 68. Aujourd'hui les « stratèges US » déclarent à qui veut bien les entendre : « Le Têt fut pour le Viet Cong une victoire sur le plan international, mais une défaite sur le plan militaire ». Même si tous les objectifs visés par les forces du FNL ne furent pas atteints (cf IVème Internationale No 47. Janv.71), le Tét fut une victoire militaire indubitablement, car elle a contraint les généraux US à la défensive, à repenser l'activité des troupes US en fonction d'un nouvel objectif : non plus chercher, traquer et détruire l'adversaire ; mais éviter, à tout prix, que le Têt 68 ne se renouvelle. Le Têt 68 marque un changement tout à fait important dans le rapport de forces entre classes à l'échelon mondial. La contre offensive impérialiste du milieu des années 60 victorieuse au Congo, au Moyen Orient, en Amérique Latine, en Indonésie concentre ses forces contre le Front National de Libération organisateur de la résistance héroïque du peuple vietnamien. Et l'impérialisme ne peut briser cette résistance, bien plus, il s'épuise à vouloir parvenir à cet objectif. Dans un appel du 11 mars 1965 & A l'aide de la Révolution vietnamienne » (revue IVème Internationale No 24 mars 1965), le Secrétariat Unifié soulignait l'enjeu de la lutte au Vietnam : « Il y va non seulement du sort de cette révolution, mais du sort de toute la révolution coloniale. Ce que l'impérialisme yankee désire établir au Vietnam, c'est un précédent, quelque chose de nouveau - son « droit » d'intervention avec des bombes, du napalm, des troupes d'infanterie, partout où il lui plairait, et quand il lui plairait dans le monde. Il cherche à établir l'impérialisme américain comme la loi suprême, le juge ultime des destinées de tous les pays et de toute l'humanité. I se propose d'établir son « droit suprême » de supprimer les révolutions par tous les moyens, partout où elles exploseraient ou partout où elles müriraient, partout, du Brésil ou du Congo au Vietnam ! ». Supprimer la révolution coloniale, tel est l'objectif immédiat de la « doctrine » Johnson. Mais si la RDV peut être impunément bombardée, la Chine elle-même se trouve menacée. Pour bloquer l'escalade US, il faut s'unir devant le danger commun, audelà des divergences idéologiques et politiques qui doivent être débattues mais non pas érigées en principal obstacle à la lutte unie contre l'impérialisme yankee. Il faut une aide matérielle immédiate et considérable à la RDV et à la révolution au Sud Vietnam et il faut notamment s'efforcer par la propagande socialiste révolutionnaire de saper de l'intérieur l'armée US, et développer le mouvement de protestation le plus large dans tous les pays contre la politique de Johnson. Sur la base des idées de cet appel, des jeunes forces antiimpérialiste sont apparues, qui ignoraient le plus souvent jusqu'à l'existence de la IVème Internationale. Les noyaux trotskistes sont devenus le cœur du mouvement anti-impérialiste dans les pays capitalistes développés. Sur de nombreux points, les positions des forces révolutionnaires au Vietnam et de ces noyaux communistes révolutionnaires se rencontrèrent et s'identifièrent. De fait la diredtion vietnamienne refusa d'entrer dans le règlement de comptes entre l'URSS et la Chine. Ce règlement de comptes faisant peu de cas des intérêts objectifs de la révolution coloniale. Celle-ci pour la Chine était plus un tremplin lui permettant de contester la direction du mouvement ouvrier par la bureaucratie soviétique qu'une occasion de faire triompher la voie de la lutte révolutionnaire sur celle de la capitulation réformiste. Par contre la direction révolutionnaire vietnamienne reléguant l'étude et la discussion des divergences sino-soviétiques à l'activité interne du Parti des travailleurs du Nord Vietnam orientait toutes ses forces vers la lutte et la mobilisation de toutes les composantes de la population pouvant être ralliées à la lutte contre l'impérialisme. Cette politique fut très précieuse pour le mouvement anti-impérialiste dans le monde et pas seulement pour les luttes au Vietnam même. Confrontées aux développements victorieux de la guerre révolutionnaire du peuple vietnamien, direction soviétique et direction chinoise allaient être jugées à la mesure de leur soutien effectif à la RDV et au FNL sud vietnamien. La mise en place de cette dynamique qui contraint les Etats ouvriers à se déterminer sans cesse par rapport au critère de la lutte révolutionnaire est un apport décisif de la direction vietnamienne aux luttes de classe à notre époque. Elle ouvre en clair une nouvelle étape dans la crise du stalinisme. Elle met en échec le système de politique contre-révolutionnaire bâti par le stalinisme. Dans cette voie, les forces révolutionnaires indochinoises ont rencontré l'effort fait par les marxistes révolutionnaires des métropoles impérialistes en vue de saper de l'intérieur l'instrument même de la « paix américaine », l'armée impérialiste. Les appels lancés par le FNL aussi bien que par le Pathet Lao aux Gl's, les invitant à refuser de se battre, amplifient le travail interne de désagrégation de l'armée US mené par les militants anti-impérialistes des Etats-Unis, d'Europe (Allemagne notamment).
Ce double travail est dans la droite continuité de l'appel que Lénine et Trotsky adressaient aux troupes envoyées contre la jeune république soviétique. Il est là manifestation politique, effective d'un véritable internationalisme prolétarien qui permet de juger de l'internationalisme en paroles des directions staliniennes. La conjonction de la détermination révolutionnaire de la direction vietnamienne et du développement mondial de jeunes forces authentiquement internationalistes pose de nouveaux problèmes à l'impérialisme. Mais il est illusoire que ce mouvement de lutte qui se cherche encore, puisse à cette étape briser définitivement l'impérialisme. Celui-ci a bien d'autres ressources. Malgré le Têt 68, malgré l'ouverture de la Conférence de Paris, la guerre continue non seulement au Vietnam mais dans toute l'Indochine.
L'AGRESSION IMPÉRIALISTE
PERPETUEE L'impérialisme US n'a pu faire valoir au Vietnam son « droit » d'écraser la révolution coloniale. Cependant il n'a pas renoncé à rendre celle-ci à ce point coûteuse qu'elle puisse dissuader les autres peuples du monde de suivre l'exemple vietnamien. Mais alors qu'il s'entête, la révolution vietnamienne suscite de nouveaux foyers révolutionnaires. Et alors que l'impérialisme US essaye de devancer l'éclatement de nouvelles luttes, la révolution a déjà miné ce terrain de la domination impérialiste. Dans cette situation refleurissent les arguments visant à justifier tant l'inaction des Etats ouvriers que le « nouveau cours » de l'impérialisme US sous Nixon. Pour certains les aspects de la guerre US en Indochine, guerre de destruction (bombardements massifs, guerre chimique, électronique etc...) sont des actions de dernier quart d'heure de l'impérialisme US. Au fond l'administration Nixon n'a plus qu'un souci, une « issue honorable » au conflit. Elle « matraque » d'autant plus qu'elle est résolue à quitter le Vietnam. Ce raisonnement, de facture surprenante du point de vue logique n'est pas nouveau. Pendant toute la période des bombardements massifs contre le Nord Vietnam, il a eu cours. L'impérialisme n'est virulent que pour autant qu'il veut håter des négociations pour mettre fin à la guerre. Cet argument s'il donne aux belles âmes libérales la douce impression d'être experts es-dialectique remplit bien les objectifs du libéralisme : désarmer la lutte révolutionnaire. A quoi bon le soutien ? Puisque de toute façon la guerre tire à sa fin. La lutte contre l'impérialisme US n'est plus de mise. On ne s'étonnera qu'à demi de voir les groupes « maoïstes » et apparentés dont la crise réduit singulièrement la vision internationale des luttes, apporter de l'eau au moulin d'une telle attitude. La situation est excellente en Indochine, à quoi bon dépenser dans le soutien aux peuples d'Indochine victorieux et de plus invincibles, voire victorieux parce qu'invincibles, une énergie si nécessaire aux tâches d'apologie de la pensée de Mao-Tsé-Toung ? Les communistes révolutionnaires n'ont cessé de dénoncer de tels arguments. Il importe aujourd'hui plus encore qu'hier de le faire alors que l'administration Nixon réussit à duper l'opinion publique américaine sur ses intentions. Sans cesse nous devons souligner les données actuelles de la politique US et dénoncer la propagande impérialiste. La première thèse de la propagande Nixon est celle de la désescalade. Cette thèse ne permet pas d'expliquer et l'extension de la guerre au Cambodge et l'agression de janvier 1971 contre le Bas Laos; elle entre en contradiction avec la reprise des raids massifs quoiqu'irréguliers contre le Nord Vietnam. En fait cette thèse s'appuie sur un vieil argument : le retrait destroupes US engagées au sol. Cet argument lui-même n'est en rien décisif. Du point de vue même des chefs militaires partisans de la guerre à outrance, ce retrait est inévitable. Pourquoi ? Parce que l'armée US en Indochine ne veut plus se battre au sol. Maintenir une telle armée en Indochine c'est accélérer sa désagrégation. La retirer, c'est éviter le pire. Il en résulte que le retrait des troupes ne manifeste en rien la volonté de paix de Nixon, mais manifeste la sauvegarde des intérêts à moyen terme de l'impérialisme US. De plus la Maison Blanche a depuis un an multiplié les déclarations confirmant son intention de maintenir au Sud-Vietnam un noyau dit de e forces résiduelles » de 50 000 hommes. Et cela tant que le régime Thieu ne serait pas à même de faire face seul à la « subversion communiste ». Thieu est loin du compte, Washington le sait, mais ne change pas d'un iota ses positions. La déclaration de Nixon le 12 novembre marque un net durcissement dans le sens de cette politique. De même que la bataille du gouvernement américain pour obtenir les crédits nécessaires à l'application de la vietnamisation. Cette bataille a duré plus de trois semaines en octobre et novembre, mais elle s'est terminée au profit de la Maison blanche. Par ailleurs le retrait des troupes hors d'état de se battre s'accompagne d'une intensification de l'effort de guerre US qui prend deux aspects majeurs. Tout d'abord le renforcement du caractère technologique de la guerre US : on n'enverra plus de troupes « chercher et détruire » l'adversaire. On confiera à des appareils automatiques dont le Pentagone parsème les territoires d'Indochine le soin de détecter l'adversaire. L'aviation US renseignée dans l'heure par ces « renifleurs » entre immédiatement en action et arrose de bombes multiples, de produits chimiques divers les zones où des déplacements « vietcongs » sont signalés. Il
Quatrième Internationale s'agit là de la mise en place d'un « champ de bataille électronique » que les immenses bases US de Thailande commandent d'ores et déjà. Cela permet de porter la guerre aérienne à un niveau jamais atteint à ce jour dans l'histoire de l'humanité. L'administration Nixon compte briser la résistance des forces révolutionnaires indochinoises grâce à la guerre aérienne dont un avantage majeur est d'occasionner peu de pertes US. L'intensification de la guerre se marque en deuxième lieu par le renforcement de l'aide militaire US aux régimes fantoches de Thieu, Lon Nol et de l'administration Souvana Phouma. Les Etats-Unis depuis l'automne 1968 ont contribué à augmenter de moitié le nombre, d'hommes de l'armée de Thieu, qui dépasse de loin aujourd'hui le million d'hommes. Mais surtout, ils ont forgé au Sud-Vietnam une véritable armée de mercenaires dont la seule fonction est de guerroyeret qui tire sa subsistance de cet état de guerre. Le régime de Thieu a perdu tout aspect e constitutionnel » : il fonctionne comme un immense appareil militaro-policier dont le carburant est le dollar US. Cet appareil est doté d'instruments spécialisés dans la lutte contrerévolutionnaire : les corps spéciaux de pacification, entraînés, conseillés par les services secrets de la Maison Blanche. Conclusion : l'effort de guerre US ne diminue pas. Il se rationalise. Si l'on examine le chiffre des dépenses consenties par les Etats-Unis en Indochine, celui-ci est nettement inférieur aujourd'hui par rapport à 1968. Cela ne veut pas dire qu'il y a mise en veilleuse de la politique contrerévolutionnaire, mais cela signifie une rentabilisation de la guerre impérialiste en In dochine. Le mercenaire thailandais coûte quinze à vingt fois moins qu'un soldat US et il est plus efficace. Cela a été compris depuis fort longtemps par la Maison Blanche qui a expérimenté la politique de vietnamisation au Laos et l'applique aujourd'hui à grande échelle dans tout le Sud-Est asiatique. Deuxième thèse de la propagande US. La guerre est aujourd'hui moins meurtrière. Pour les soldats US certainement. Mais le nombre des victimes civiles ne fait que croître. Et la destruction des cultures, la déportation et le massacre des populations ne sont pas des données susceptibles de croître à l'infini. L'effet cumulatif des destructions doit être pris en considération. Il y a un seuil de saturation de régions entières aux bombardements et aux produits défloliants au delà duquel la vie n'est plus possible. Selon l'administration Nixon un septième du Sud-Vietnam a été soumis aux défoliants. Les chiffres du GRP (un cinquième du territoire touché, 1 300 000 personnes intoxiquées) sont plus proches de la vérité. A l'échelle de la France, imaginons l'ensemble du Bassin parisien passé aux défoliants ! Aux pertes US (55 000 tués, 300 000 blessés environ), l'on mesure ce que doit être le nombre de pertes vietnamiennes.
Du combat contre la vietnamisation... C'est par millions que l'on doit compter les victimes de la guerre impérialiste. Le chiffre du tonnage de bombes déversé sous Nixon en Indochine est de loin supárieur au chiffre dont Johnson porte la responsabilité. Et cela malgré la suspension des bombardements contre le Nord Vietnam. L'impérialisme US s'enfonce toujours plus dans la guerre. Enfin malgré les divisions au sein de la bourgeoisie US aucune force n'a pu jusqu'à maintenant empêcher l'administration Nixon de poursuivre sa politique de vietnamisation, et de décrocher les crédits nécessaires à la poursuite de celle-ci (malgré une certaine opposition du Sénat). Pour 1972 une augmentation du quart des dépenses actuelles en bombardements est prévue. Révélateur également le fait que ces bombardements soient déjà planifiés jusqu'à la fin 1972. Le renforcement militaire, policier des régimes fantoches s'accompagne d'une tentative faite par l'administration Nixon de mettre fin à la dégradation de la situation économique tant. à Saïgon,_ Phnom-Penh que Vientiane. Mac Namara, président de la Banque mondiale apporte lui-même son expérience à la réussite de l'entreprise. Aux Etats-Unis enfin, si l'opposition à la guerre au sein de la bourgeoisie s'est considérablement renforcée depuis 1964, l'opposition libérale bourgeoise reste i npuissante face à Nixon. Car elle ne peut pas donner une réponse réelle à ce problème : comment häter la fin de la guerre tout en préservant les intérêts politiques et économiques des Etats-Unis dans le Sud-Est asiatique. Aucune force d'opposition bourgeoise n'a trouvé de meilleure solution que celle défendue par Nixon. D'où l'impuissance de l'opposition légale à la guerre. Quant à la réponse de Nixon elle diffère de celle contradictoire de ses adversaires impuissants. Nixon a renoncé à hâter la fin de la guerre : il a compris que le désengagement US dépend de la prolongation de la guerre, dépend de la capacité de l'impérialisme de gagner l'épreuve de forces sans y jeter ses propres forces vives. C'est le sens de la vietnamisation de la guerre.
LA DOCTRINE NIXON :
PROTOTYPE DE LA POLITIQUE
NEOCOLONIALE En résumé la doctrine Nixon de vietnamisation du conflit correspond à un effort colossal de l'impérialisme US pour définir une politique adéquate à la meilleure défense des intérêts stratégiques de l'impérialisme US. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale la politique américaine était dominée non seulement par la volonté d'endiguer la révolution mais encore par la volonté de la liquider. 30
Aujourd'hui l'impérialisme US renonce à certains de ses objectifs (attaquer l'URSS et la Chine) pour essayer de gagner en efficacité face à la montée de la révolution. Il rentabilise ses dépenses pour jouir d'une plus grande efficacité dans la lutte contrerévolutionnaire. La doctrine Nixon annonce une nouvelle décennie de lutte de l'impérialisme US contre la révolution coloniale. Nixon d'emblée veut aborder cette nouvelle période en se délestant d'un lourd passif légué par les administrations précédentes (Kennedy, Johnson). L'engagement des troupes US au sol en Indochine est une erreur militaire. Que le Pentagone la corrige ne signifie pas que le Pentagone est gagné par le pacifisme, mais qu'il essaie autrement de battre les peuples du Sud-Est asiatique. Dès le milieu des années 1960 l'impérialisme US a adressé des appels pressants aux autres puissances capitalistes. L'ensemble des pays du « monde libre » devait partager la tâche commune de lutte contre le communisme. En 1971 l'impérialisme US ne se contente plus d'appels, mais contraint les puissances « libres » à prendre leur part du fardeau de la guerre. Si cette situation attise les rivalités entre divers Etats capitalistes, d'ores et déjà l'on peut cependant dire que, bon gré mal gré, ceux-ci accepteront le Front unique anti-communiste que leur propose le gouvernement yankee. C'est de concert que les Etats-Unis, le Japon, les Pays Bas, l'Allemagne de l'Ouest, la Grande Bretagne, la France, l'Italie, la Belgique, l'Australie et le Canada, aidés par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque asiatique de développement, financent le « miracle » économique indonésien et la « révolution anti-communiste » (Monde diplomatique d'août 1971, article de François Ceyrac). C'est à une telle politique en Indochine que les champions du néo-colonialisme US voudraient parvenir. Les chances de réussite d'une telle entreprise restent faibles. Mais l'on doit noter le rôle de plus en plus important du Japon en Indochine, non seulement comme fournisseur de guerre, mais encore comme pôle nouveau du soutien militaire aux. régimes fantoches (notamment au régime de Lon Nol). Ce rôle de plus en plus agressif du Japon dans le Sud-Est asiatique est un des faits dont Melvin Laird, secrétaire d'état US à la défense se réjouit le plus. Depuis des mois les Etats-Unis n'ort cessé d'encourager le gouvernement japonais dans la voie de la remilitarisation (cf. Rouge No130) et du néo-colonialisme. La présence économique japonaise en Thailande illustre de façon flagrante cette orientation. Force est de constater que bien loin de battre en retraite de façon désordonnée, l'impérialisme US sous Nixon bande à nouveau ses forces et celles de la réaction mondiale pour. mettre en échec la montée révolutionnaire dans le Sud-Est asiatique. L'impérialisme US est prêt à utiliser les moindres faiblesses du Front révolutionnaire indochinois pour lui porter des coups redoublés. Si l'impérialisme US n'a pas poursuivi l'escalade au Laos en janvier 1971 en portant la guerre contre le Nord Vietnam c'est uniquement parce que les forces révolutionnaires indochinoises ont porté des coups retentissants aux troupes saïgonnaises, et entraîné la Chine à une démonstration sans ambigüité de soutien à la RDV (mars 71).
Aussi ne doit-on pas se tromper sur les intentions d'un Kissinger que la presse bourgeoise nomme sans ironie le & Metternich de la paix américaine ». La reconnaissance de la Chine fait partie d'une vaste opération diplomatique visant à isoler l'Indochine. Si la Chine ne peut pas abandonner la révolution vietnamienne, dont les mises en garde à l'adresse de l'a allié fidèle » ne manquent pas, reste que Chou En Lai a donné tête baissée dans la « politique de détente » de Nixon, n'hésitant pas pour cela à briser l'offensive diplomatique lancée par le GRP début juillet 71. (cf. Rouge No 122). Nixon bien plus que Johnson ou Kennedy cherche à tirer le profit maximum de la politique de coexistence pacifique préconisée par l'URSS et à laquelle la Chine se rallie de plus en plus ouvertement. Cette politique de coexistence pacifique permet à l'impérialisme US de retarder les échéances, de gagner des mois, voire des années. Elle coûte cher aux peuples indochinois. Elle endigue la dégradation du rapport des forces entre bourgeoisie et prolétariat, impérialisme et peuples du monde, à l'écheIon mondial. Elle est aussi néfaste à la révolution qu'utile à la réaction. L'utilisation de la politique de coexistence pacifique est un des atouts majeurs de la politique néo-coloniale.
LA DETERMINATION A VAINCRE
DE LA DIRECTION VIETNAMIENNE C'est précisément sur ce point que la différenciation entre direction révolutionnaire vietnamienne, direction soviétique et direction chinoise va s'accentuant. Ce fait est très important pour l'évolution du mouvement ouvrier tout entier. Alors que l'URSS et la Chine se prétent avec plus ou moins de complaisance au jeu de la politique diplomatique américaine, la direction vietnamienne a clairement affirmé que le seul moyen de traiter l'impérialisme US était de l'abattre, de lui porter sans cesse des coups redoublés. On pourrait citer de pleins articles fort nombreux du Courrier du Vietnam à l'appui. Mais c'est sans doute au lendemain de l'annonce du voyage à Pékin que la direction vietnamienne a exprimé le plus clairement ses positions dans deux éditoriaux (19 et 20 juillet) du Nhan Dan, journal du Parti des travailleurs du Nord Vietnam. Nous n'entendons pas nous laisser dessaisir de notre victoire sur l'impérialisme US, tel fut le sens des déclarations de la direction vietnamienne. Les représentants du GRP ne furent pas moins fermes que ceux de la RDV. D'un bloc les révolutionnaires vietnamiens dénoncèrent et le refus de l'administration Nixon de répondre aux sept points, et l'occasion qui lui fut donnée par la Chine de ne pas faire cette réponse. L'enthousiasme pacifiste qu'orchestra la presse mondiale à l'annonce du voyage de Kissinger étouffa l'importance des prises de positions vietnamiennes. Certains journalistes allèrent jusqu'à dire que la Chine et le Vietnam agissaient de concert. Quitte d'ailleurs pour quelques uns d'entre eux à revenir en septembre sur leurs affirmations de juillet pour constater que l'offensive diplomatique du GRP du 1er juillet avait été brisée net par l'attitude de la direction chinoise (Lacouture lui-même versa dans cette
Quatriême Internationale oscillation journalistique). En vérité dès le 19 juillet Nguyen Thi Binh affirmait que le temps était révolu où les grandes puissances pouvaient passer par dessus le dos des peuples pour résoudre les problèmes du monde. Avertissement et mise en garde. C'est aux Vietnamiens de décider de leur propre sort, c'est à Paris que Nixon doit répondre aux sept points et non à Pékin. Et la direction chinoise est mise en demeure de se plier aux principes qu'elle affiche. Cette position des directions vietnamiennes tant au Nord qu'au Sud filtra dans la presse. En fait le texte intégral des éditoriaux du Nham Dan des 19 et 20 juillets (publiés dans le Bulletin du Vietnam N° 269 édité par la Délégation générale du gouvernement de la RDV en France) va beaucoup plus loin. Alors que toute la presse mondiale applaudit à « l'initiative de détente et de paix » de Nixon, le Nhar Dan dénonce * la position obstinée du gouvernement américain à propos du problème vietnamien ». Cette position « traduit la nature agressive et belliciste des impérialistes US, laquelle se manifeste pleinement dans leur stratégie planétaire contre -révolutionnaire qu'ils appellent la « doctrine Nixon ». Ce thème de la stratégie planétaire US est tout à fait décisif, car il appelle une riposte révolutionnaire à l'échelon mondial. Il. ne s'agit pas là d'un thème de propagande, mais d'un thème d'éducation et de réflexion enraciné dans la pensée des dirigeants vietnamiens actuels. Aucun parti ouvrier, aucune direction communiste, à l'exception de la direction cubaine au milieu des années 60, n'a depuis l'avènement du stalinisme tenté un tel
Du combat contre la vietnamisation effort d'analyse rigoureuse de la politique US. Le N° 26 des Etudes vietnamiennes est le premier volume d'une série d'ouvrages appelés « Aperçus sur le néo-colonialisme US », le premier volume (publié en 1970) s'intitule « néo-colonialisme et stratégie mondiale a. Il est un témoin indubitable de l'effort que les communistes vietnamiens font pour déployer une véritable analyse léniniste des luttes de classes à notre époque. On a souvent dit que la pratique révolutionnaire vietnamienne était authentiquement révolutionnaire. Il faut réaffirmer qu'il est de même de l'essentiel de leurs analyses actuelles de la situation mondiale et de leurs tâches. La Doctrine Nixon, dit le Nhan Dan, prend la relève des politiques agressives des administrations US précédentes. « Elle résulte aussi d'une situation où le rapport de forces dans le monde a changé à l'avantage des forces révolutionnaires, au désavantage des forces impérialistes, et où les Etats-Unis impérialistes se sont affaiblis et s'engagent dans une grande crise. Pour parler brièvement, la « Doctrine Nixon » est une stratégie planétaire contrerévolutionnaire des impérialistes US qui repose sur les forces militaires et le matériel de guerre US, qui vise à réaliser une alliance des forces contre-révolutionnaires dans diverses régions du globe, à diviser les pays socialistes, à entrainer telle ou telle partie à s'opposer à telle autre, afin de combattre le mouvement de libération national et de provoquer une évolution pacifique contre-révolutionnaire dans les pays socialistes ». Jamais du sein du mouvement ouvrier, émanant de la direction d'un Etat ouvrier, n'était venue une analyse aussi nette de la politique impérialiste, de la façon dont celle-ci joue de la coexistence pacifique pour renforcer les bureaucraties ouvrières dans une attitude contre-révolutionnaire. La division sino-soviétique, la non réalisation du Front unique anti-impérialiste, deviennent des objectifs martelés par l'impérialisme US. Et également « l'évolution pacifique contre-révolutionnaire dans les pays socialistes ». La Doctrine Nixon c'est aussi et fondamentalement cela. Et les méfaits de la coexistence pacifique, de la politique de grande puissance dont le patron est Staline luimême sont dénoncés à nouveau dans la suite de l'éditorial du Nhan Dan. « La « Doctrine Nixon » appliquée en Asie consiste à rassembler les forces contrerévolutionnaires dans cette région, à prendre comme noyau le militarisme japonais pour former une alliance régionale et diriger le fer de lance sur les pays socialistes et le mouvement de libération des peuples. Le secteur clé de l'expérimentation de cette doctrine, son premier banc d'essai, ce sont le Sud-Vietnam, le Laos et le Cambodge. La politique de Nixon vise encore à réaliser un compromis entre les grandes puissances pour obliger les petits pays à accepter leur arrangement ». 32
Mais le peuple vietnamien ne se laíssera pas intimider. « L'époque actuelle est l'époque du soulèvement indomptable des peuples, l'époque où une petite nation est aussi capable même de vaincre des agresseurs colossaux. Le Vietnam n'est pas un grand pays, son territoire n'est pas vaste, sa population n'est pas nombreuse, et cependant il a successivement e vaincu plusieurs grands impérialismes ». (Il s'agit de l'impérialisme US, français, japonais, mais aussi chinois avant la prise du pouvoir par le PCC, dont parlent abondam ment tous les manuels d'histoire vietnamienne)La lutte menée par le peuplevietnamien est l'image radieuse de l'époque où les peuples sont maîtres de leur destinée ». Pour cette raison, si « perfide et diabolique » qu'elle soit, la Doctrine Nixon va à la faillite. Aucune « baguette magique » n'y changera quoi que ce soit. Il n'est qu'une seule façon de traiter l'impérialisme « combattre et vaincre ». L'éditorial du 20 juillet reprend et développe tous ces thèmes. « La clique perfide de Nixon » a beau « se démener ici ou là pour chercher une issue, elle n'échappera pas à la défaite » car « la voie décisive est aux vainqueurs des agresseurs et à eux seuls ». Et le peuple vietnamien se battra « tant qu'il reste un agresseur sur notre sol » comme l'a rappelé Ho Chi Minh mourant. « La seule chose que l'impérialisme respecte c'est la force » écrivait l'éditorial du 22 juin 1965 de cette revue (IVème Internationale, No 25, juillet 1965). Depuis six ans la direction vietnamienne n'a cessé de manifester que l'impérialisme US ne reculait que lorsqu'il y était contraint. La détermination de la direction vietnamienne a porté celle-ci à la tête des luttes révolutionnaires dans le monde, sapant les bases de la puissance impérialiste US et ébranlant le système capitaliste jusque dans ses fondements. Pham Van Dong déclarait le 2 décembre 1970 à Jacques Decornoy a C'est l'époque du déclin des impérialismes, y compris l'impérialisme américain ; nous jouons un rôle dans cette évolution ; nous l'avons joué, nous le jouons, nous le jouerons, et cela, magnifiquement ». La « Doctrine Nixon » aujourd'hui ne surprend pas les forces révolutionnaires indo chinoises, car comme le disait Phan Van Dong dans la même interview, la « guerre suit une logique implacable mais qui nous sert admirablement. Depuis des années nous avons tout fait pour voir clair dans ce processus logique, dans la dialectique de ce processus, et bâtir la-dessus notre stratégie : la guerre de longue durée, la guerre populaire, la stratégie militaire et politique et, depuis quelques années la stratégie diplomatique. Nous sommes à l'aise dans cette logique puisque nous en possédons le secret, ce secret que M. Nixon, la Maison Blanche, le Pentagone ne peuvent comprendre. Cette logique s'insère dans toute l'histoire de notre époque » celle de l'indépendance de tous les peuples, celle du déclin de l'impérialisme. Et l'éditorial du 20 juillet déclare : « Notre lutte est conforme aux lois du développement de l'histoire. Elle fait partie des trois courants révolutionnaires de l'époque et en même temps contribue à aider la position stratégique d'offensive de la révolution mondiale et le développement impétueux de ces trois courants qui déferlent partout dans le monde ».
VIETNAMIENNE
DANS L'ARENE INTERNATIONALE Il n'est pas besoin de parler longtemps de la situation militaire sur le terrain pour montrer à quel point les révolutionnaires vietnamiens maîtrisent la logique du processus de la guerre en Indochine. Il suffit d'évoquer la situation de l'armée de Lon Nol au Cambodge, les revers cinglants que viennent de lui infliger fin octobre début novembre les forces révolutionnaires indochinoises. Par contre il nous semble plus important ici d'insister sur la façon dont la direction vietnamienne maîtrise la logique de l'évolution du rapport de forces entre classes à l'écheIon mondial. Nous écrivions (Editorial du
11 mars 1965, revue N° 24 citée) : les impérialistes « comptent sur des divisions, notamment sur des divisions au niveau gouvernemental entre l'Union Soviétique et la République Populaire de Chine ». L'inquiétude perce dans les déclarations des Vietnamiens eux-mêmes. L'impérialisme veut jouer de la rivalité URSS-RPC. Mais les Vietnamiens, eux, essayent de tirer un profit bien meilleur que Nixon des divergences entre l'URSS et la Chine Populaire. C'est là un des paradoxes de la situation : un des arts des forces révolutionnaires vietnamiennes, tirer parti de cela même qui affaiblit, se renforcer par cela même qui les affaiblit. Depuis des années les communistes vietnamiens ont refusé de s'engager dans le conflit sino-soviétique. La logique de la révolution vietnamienne s'approfondissant, celle-ci a de plus en plus un poids objectif déterminant pour toutes les luttes de classe. Dès lors la direction vietnamienne est dans une situation de plus en plus favorable par rapport à l'URSS et à la Chine, dans une situation dont elle est juge et de moins en moins victime. Les récents événements le prouvent. Au lendemain même de l'annonce du voyage à Pékin, Moscou était saisie d'un branle bas d'initiatives en faveur du Vietnam. Pour la direction soviétique le moment était venu de refaire une part de prestige perdu aux dépens de la Chine. D'où une vague de nouveaux accords entre l'URSS et le Nord Vietnam au terme desquels l'URSS renouvelle une aide importante au Nord Vietnam. (Accord du 7 octobre 1971). Une déclaration commune vietnamo-soviétique a été publiée le 8 octobre, elle est contresignée par Le Duan et M.Y. . Podgorny, cette déclaration est indubitablement le texte le plus « gauche » qu'un représentant du gouvernement soviétique signé depuis des décennies. Les compromis passés dans le texte final traduisent une position de force des vietnamiens. Nous ne sommes décidemment plus en 1954 ; les révolutionnaires bien loin de plier sous la pression des directions de l'URSS et de la Chine leur font payer y compris politiquement le prestige de leur amitié. A peine les liens renforcés avec l'URSS, l'équipe dirigeante vietnamienne se tourne vers la Chine et lui donne l'occasion de manifester à son tour son « soutien indéfectible » à la lutte du peuple vietnamien. Alors que nous écrivons ces mots, 15 millions de Chinois sa-
Quatriême Internationale luent l'arrivée de Pham Van Dong à Pékin. Depuis août 71 Chou En Laï n'a cessé de donner des gages (au moins verbaux) à la directionvietnamienne quand bien même est elle prête à se lancer dans la politique de coexistence pacifique au détriment des peuples d'Indochine ne peut le faire durablement sans s'isoler par rapport au mouvement de libération nationale, se couper des forces vives de la révolution et donc se mettre en danger par rapport à ses propres masses chinoises radicalisées. La révolution culturelle n'est pas si éloignée, elle continue de gronder. La Chine ne peut pas se passer de l'amitié du peuple vietnamien. Et l'URSS ne peut tolérer la consécration d'une amitié sino-vietnamienne exclusive. Cela couperait l'URSS de toute présence en Asie du Sud Est, de toute possibilité de peser encore dans la situation en Asie. L'URSS et la Chine se trouvent donc piégées à leur propre politique de grande puissance. C'est à un 1954 à rebours que nous sommes en train d'assister. Les communistes vietnamiens ont compris les contradictions tant de la politique de l'URSS que de la politique de la Chine Populaire. Ils s'en servent, et ils s'en servent remarquablement. Ainsi semble-t-il peu probable qu'un nouveau Genève se noue aux dépens de la Révolution Indochinoise. Au contraire, la vérité est que, plus que jamais, le Vietnam, et toute l'Indochine aujourd'hui, sont le foyer permanent où viennent se rallumer, se vivifier, se retremper les luttes révolutionnaires de notre époque. Malgré la politique de la Chine, malgré celle de l'URSS il n'y aura pas de retour à l'Asie de Bandoung. Le neutralisme des classes dirigeantes inféodées à l'impérialisme agonise. La « neutralité » que réclament aujourd'hui les peuples en lutte n'est rien d'autre qu'une façon d'affirmer l'indépendance de la lutte de ces peuples par rappendance de la lutte de ces peuples par rapport à la politique des bureaucraties ouvrières. La direction vietnamienne a infailliblement depuis dix ans fait face à des responsabilités historiques colossales. Il appartient aux forces marxistes révolutionnaires dans le monde, il nous appartient, d'aider les révolutionnaires indochinois à sceller le front de la lutte mondiale contre l'impérialisme US. A mesure que nos forces se développent nous remplissons mieux cet objectif. Ce n'est que le début d'un long combat. par Camille PAULET