Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 1

6 novembre : le mouvement anti-impérialiste aux côtés des peuples d'Indochine

Yves Clément · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 1 · 15 janvier 1972 · p. 34-37 · 2 157 mots

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L e 12 novembre dernier, Nixon faisait une déclaration considérée comme « dure » : avertissement à

NOVEMBRE la RDV, volonté de poursuivre l'effort de guerre, aucune précision sur le retrait des troupes au delà du mois de féle mouvement vrier. Cette arrogance ne signifie pas une nouvelle orientation de la politique US en

Indochine : la vietnamisation et les bomanti - bardements massifs en restent les deux piimpérialiste liers.. Mais elle est l'expression d'un relatif changement sans doute tout à fait temporaire dans le rapport de force intérieur aux

USA, entre le mouvement anti-guerre et aux l'administration belliciste.

côtés

Car si le 6 novembre le mouvement antiguerre a rassemblé à l'appel du NPAC (1)

plus de 150 000 manifestants, dans 17 vildes les américaines, la journée du 6 n'a pas eu l'ampleur de celle du 24 avril.

peuples

DU 24 AVRIL AU 6 NOVEMBRE :

d'indochine

LES MANOEUVRES DE NIXON.

24 Avril : Ce jour-là, 500 000 personnes à

Washington et 250 000 à San Francisco, soutenues par de nombreuses sections locales du mouvement syndical avaient prouvé l'enracinement du sentiment anti-guerre dans le peuple américain. Des sénateurs du

Parti Démocrate se mêlaient aux marches de Washington et San Francisco. Non par anti-impérialisme, mais par démagogie pré-électoraliste. Ces messieurs ne faisaient que prendre le train en marche. Ce qui n'en était pas moins l'indice d'une division au sein même de la bourgeoisie US.

C'était un sérieux avertissement pour

Nixon qui en a tenu compte. En 1968,

Nixon s'est fait élire en promettant de mettre fin à la guerre. Une fin « honorable » pour l'impérialisme, cela s'entend. Il ne s'agissait quand même pas de se retirer et de laisser les peuples d'Indochine régler eux-mêmes leurs affaires. En avril 1971, une large fraction de la population américaine montre qu'elle en a assez des tergiversation. Bring the GI's home now ! Mai 71 :

c'est aussi le conflit avec la presse & the

New York Times », le « Washington Post » et le « Boston globe » publient les rapports secrets sur le Vietnam.

A sa façon la presse sent de quel côté penche l'opinion publique.

Nixon alors se rend compte qu'il faut manœuvrer subtilement. D'abord gagner du temps. Ne pas se retrouver dans l'inconfortable position de son prédécesseur Johnson en mars 68, après l'offensive de Tét. Et ensuite se présenter aux élections de novemout now!

Nov. 6 bre 72 à nouveau comme candidat de la paix. Et cette fois avec en main les cartes qui lui permettront de faire croire que çà y est, que la guerre va finir, que les GI's ne mourront plus dans la jungle indochinoise. Ces cartes, c'est la direction chinoise qui va les lui fournir. En invitant Nixon à Pékin, Chou En Lai et les secteurs de la bureaucratie chinoise qu'il représente vont poignarder dans le dos le mouvement antiguerre aux USA. Cette invitation va rallier à Nixon la presse et une partie de l'opinion publique. Les mêmes journaux qui au printemps publiaient des rapports montrant la responsabilité du Pentagone dans l'engagement au Vietnam, vont désormais faire le black-out sur la mobilisation de la rentrée, prévues dès le lendemain des marches du 24 avril. La population, matraquée sans relâche par la subtile propagande officielle, reste certes profondément opposée à la guerre. Mais cette opposition se double maintenant de sentiment que Nixon est un habile diplomate qui va tout arranger. Comme le déclarait le 10 novembre à la Mutualité un des orateurs du meeting du FSI, Jerry Gordon (un des dirigeants de la NPAC) : « Le peuple américain en a marre ; il a tellement marre de la guerre qu'il croit ce que raconte Nixon, qu'il veut le croire ».

POL

Nixon à Pékin. N'en déplaise aux épigones occidentaux du Président Mao, cela n'apparait pas comme la défaite, l'humiliation, le voyage de l'oncle Sam à Canossa. Au contraire, nombreux sont les gens de la rue ou les éditorialistes qui applaudissent à la brillante manœuvre diplomatique. Des jeunes américains déclarent : « Le problème fondamental pour nous maintenant, c'est le problème noir, la pauvreté de millions de gens - Et la guerre ? - c'est fini. Le voyage à Pékin de Nixon va tout régler ». Cette cristalisation sur le voyage salvateur va jouer un rôle démobilisateur. Malgré des mois de préparation par la NPAC, malgré notamment le travail de masse réalisé par nos camarades trotskistes du SWP et de la YSA, malgré le soutien d'une partie du mouvement syndical encore plus importante qu'en avril, le 6 novembre drainera moins de manifestants que le 24 avril. Et moins en tout cas qu'il n'en faudrait pour faire reculer Nixon maintenant 150 000 DANS LA RUE Ces remarques faites, il importe de souligner qu'en descendant dans la rue, 150 000 américains ont attesté la perma-

LINE ICE

POLICE nence du sentiment anti-guerre. Cote-àcôte se sont retrouvés tous les secteurs de la société qui se sont radicalisés contre l'opposition capitaliste, chacun avec ses revendications propres : travailleurs, lycéens, étudiants, femmes, noirs, chicanos, portoricains, asiatiques (2) et homosexuels. A San Francisco, 50 000 personnes dans la rue. A la tête de la marche, les Gl's, les vétérans et les marins du « Coral Sea » qui s'étaient peu avant mutinés pour empêcher le départ du ravire vers les eaux indochinoises. Pour les orateurs : Tadao Masuki, survivant d'Hiroshima et représentant le Congrès japonais contre les bombes A et H, Andrew Pulley, candidat du Socialist Worker's Party à la vice-présidence des USA, Franklin Alexander, président du comité de défense d'Angela Davis et le lieutenant Gordon Piland, un officier opposé à la guerre. A New-York, 30 000 personnes. Meeting à Central Park. Y prennent la parole des dirigeants syndicalistes, Jerry Gordon, Linda Jeness, candidate du SWP à la présidence des USA, Jarvis Tyner pour le parti communiste, Juan Mari Bras, secrétaire général du mouvement pour l'indépendance des Porto-Ricains, et Kate Milett, auteur de best-sellers sur la libération de la femme. 10 000 à Chicago, 10 000 a Minneapolis, 10 000 à Boston. A Boston, Daniel Ellsberg (l'ancien fonctionnaire qui procura au « New York Times » les rapport secrets sur la guerre publiés en mai dernier) déclare à la foule : « Quand vous vous trouverez en face de candidats qui demandent le droit de vote à 18, 19 ou 20 ans, ne les laissez pas partir avant qu'ils vous aient dit ce qu'ils feront pour mettre fin à la guerre ». Très significatif ont été les rassemblements de Houston (Texas) et Denver (Colorado). 5000 à Houston, 15000 à Denver. Ce sont les plus grosses manifestations antiguerre jamais réalisées dans ces états du Sud où les traditions politiques sont conservatrices, voire ouvertement fasciste. A Denver, 1000 Chicanos ont défilé en criant : « Raza si, guerra No » (3).

Quatrième Internationale Dans toutes les villes, les manifestants ont également protesté contre l'explosion nucléaire souterraine d'Amchitka (Alaska) qui avait lieu le jour même (4). UNE MOBIISATION INTERNA TIONALE. En France, en Espagne, en Suisse, en Suède, au Luxembourg, en Allemagne, en Italie des actions ont eu lieu, différentes selon les conditions de mobilisation de chaque pays. L'appel de la NPAC était en effet destiné à l'ensemble des peuples du monde. Au Canada, on l'a vu, la protestation a été liée à l'explosion d'Amchitka. Au Japon, de violentes manifestations contre le traité nippo-américain sur Okinawa (qui prévoit le maintien des bases US utilisées pour la guerre en Indochine) se sont déroulées pendant une semaines. Le 19 novembre, deux millions de grévistes, des émeutes à Tokyo et à Osaka. Le formidable sentiment anti-

6 novembre guerre du peuple japonais pourra sans doute étre mobilisé lors de la prochaine journée d'action internationale prévue d'ores et déjà par la NPAC. Trois. mobilisations doivent attirer notre attention. En France, les 20 000 personnes (dont les deux-tiers dans le cortège FSI) représentent la plus grosse manifestation de solidarité avec l'Indochine rassemblant de façon unitaire les organisations d'extrème gauche, depuis l'avant-mai 68. Ce succès indique une remontée dans la prise de conscience que le soutien militant à la révolution indochinoise est nécessaire, même et surtout quand celle-ci remporte des victoires. Cette reprise de conscience a lieu après trois années de déséduquation par les maoistes et spontanéistes divers. En Espagne, la Ligue Communiste Révolutionnaire (sympathisante de la IVème Internationale) a mené une action exemplaire. Malgré la répression franquiste, malgré les efforts réclamés par la lutte de classes en Espagne (et notamment la solidarité avec la lutte héroïque des travailleurs de la SEAT), la LCR a assuré une campagne de propagande ; et le 6 novembre, 500 militants ont manifesté dans les rues de Madrid. Le cri de « Vive la révolution indochinoise » a retenti dans les rues de la capitale de Franco. Il n'y a pas eu d'arrestation.

CROSS

InT.

NO PEACE FOR NIXON

ALL THE GI'S

ARE HOME!

ON TO WASHINGTON...NOV. 15%

POLICE LINE

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DEP

POLICE

En Suisse, nos camarades de la Ligue Marxiste révolutionnaire ont diffusé pendant une heure de la propagande antiimpérialiste, grâce à des haut-parleurs installés dans une des tours de la cathédrale de Lausanne. Des dizaines de milliers de personnes ont pu entendre les accents de l'internationalisme prolétarien descendant de la maison du Seigneur. La presse suisse a largement rendu compte de cette action audacieuse. LA GUERRE CONTINUE, LA MOBILISATION AUSSI ! La guerre va continuer. Nixon l'a affirmé avec arrogance. Sur le terrain, la lutte s'intensifie. Coup d'état en Thailande pour « parer à la subversion communiste » : l'armée de Lon Nol est prise à la gorge et réduite à la défense de Phnom Penh, l'armée de Thieu lance une opération... dans les faubourgs de Saïgon. Dans les zones libérées du Laos, du Cambodge et du Vietnam, les bombardements continuent plus massifs, plus sauvages que jamais. Ils s'intensifient de nouveau sur la RDV. La vietnamisation s'avérant un échec, il n'est pas impossible non plus que d'ici deux à trois mois le rythme de retrait des troupes se ralentisse. Quant au secteur de l'armée qui assure aujourd'hui l'essentiel de l'effort de guerre US (l'aviation et la marine) il n'en est pas question dans le plan de retrait. Or le retrait de toutes les troupes est une exigencefondamentale dans le plan en 7 points du GRP. La mobilisation aux USA va donc se poursuivre, Nixon-le boucher, Nixon-le ruse suivre, Nixon-le boucher, Nixon-le rusé (Trickie Dickie, comme l'appellent les Américains) sera harcelé sans cesse malgré ses manœuvres. Une convention nationale du NPAC a lieu en décembre. Elle fixera les modalités d'une journée d'action internationale de printemps. Les mots d'ordre en seront : - Retrait immédiat des GI's (mot d'ordre toujours valable puisqu'il y a encore 200 000 fantassins US en Indochine) - Arrêt immédiat des bombardements - Retour des soldats de l'Aviation et de la Marine . La NPAC s'efforcera de réaliser l'unité du mouvement anti-guerre : le People's Coalition for Peace and Justice, dans laquelle militent les membres du PC américain, a été invité à la convention du NPAC. Le PCA ment lorsqu'il affirme que le NPAC veut diviser le mouvement anti-guerre. C'est au contraire le PCA qui facilite cette division, en essayant de noyer la mobilisation anti-guerre spécifique dans un vaste programme démocratique en 16 points (qui éventuellement pourra se révéler utile pour soutenir le programme électoral du Parti démocrate 1).

De nouveaux secteurs du mouvement ouvrier sont susceptibles de se joindre aux futures manifestations. Car, le 8 novembre, la Commission des Finances américaine a décidé que les salaires ne progresseront pas au-delà du taux annuel de 5,5 %. Or, des con rats patrons-syndicats ont déjà été signé, prévoyant des augmentations de 10 %. Cette décision de la Commission des Finances s'inscrit dans la politique de la bourgeoisie qui consiste à faire payer aux travailleurs le coût de la guerre. Le blocage des salaires pendant trois mois, l'été dernier illustrait déjà cette politique.

L'attaque frontale développée par la bourgeoisie contre la classe ouvrière est un facteur objectivement favorable à la poursuite et à l'élargissement des mobilisations antiguerre : car, pris à la gorge par les victoires de la résistance indochinoise, l'impérialisme ne cédera que sous une forte pression. Le moindre fléchissement dans la mobilisation, aux USA comme ailleurs, permet à Nixon de relever la tête et de parler haut. Tant qu'un seul soldat américain, tant qu'un seul bombardier de l'US Air Forces, sera en Indochine, il faudra se tenirprêts pour aider les révolutionnaires indochinois.

Yves Clément. (1) Coalition Nationale d'Action pour la Paix, la plus importante des organisations anti-guerre aux USA. (2) Il existe dans les grandes villes d'importantes communautés chinoises et japonaises. (3) Du nom du « Raza Unidad Party », le parti autonome des Chicanos. (4) Au Canada, 100 000 personnes étaient dans la rue contre la bombe. Dans l'Etat de Colombie britannique, 60 000 syndicalistes ont cessé le travail pendant une demi-heure par solidarité avec vail pendant une demi-heure par solidarıte avec les manifestants.

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