Lanusse et Allende :
l'Amérique Latine est toujours à l'heure du Che !
Amérique latine campagne contre la répression
J.P. BEAUVAIS,
Pour '« Humanité », une « nouvelle Amérique est en train de naître » au sud du Rio Grande. Une Amérique où, l'image (embellie sinon mystifiée !)
du gouvernement d'Unité Populaire Chilien tous les révolutionnaires - les vrais - s'apprêteraient à bâtir la démocratie avancée.
Dans leur hâte à trouver un exemple, un modèle, une justification à leur politique réformiste à l'échelle internationale les staliniens en oublieraient-ils la réalité sociale d'un continent? En oublieraient-ils le récent coup d'état fascisant du général Banzer à La Paz ou l'extermination systématique de tout opposant menée sans reläche depuis 1964 par l'armée brésilienne au pouvoir... pour ne citer que ces deux exemples ? Loin d'être le paradis de la démocratie avancée, ou le terrain d'essai d'une quelconque politique d'Union de la Gauche, l'Amérique Latine reste, aujourd'hui encore, le continent de l'exploitation impérialiste par excellence, que ce soit sous la forme la plus classique et la plus sauvage -dictatures sanglantes - ou sous une forme plus subtile, sous un masque de pseudoréformisme et de soi-disant participation. Certes, la victoire électorale de l'Unité Populaire a quelque peu paralysé (mais pour combien de temps?) son action quotidienne au Chili même... Encore que nombre de ses agents tiennent toujours en main des leviers décisifs dans l'administration, la police, l'armée... sans parler des quelques milliers d'honorables fonctionnaires de la CIA (1500 officiellement (!) mais combien réellement ? ) dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne sont pas en chômage ! Pour le reste du continent rien n'est 38 changé. Répression massive ou répression sélective, arrestations, assassinats et déportations de militants révolutionnaires, de syndicalistes, restent le lot quotidien. Ainsi au Pérou où pourtant le régime militaire du général Juan Velasco Alvarado, n'a pas ménagé ses efforts et la démagogie pour se donner un visage progressiste et anti-impérialiste. Les syndicats enseignants déclenchent une grève au mois de septembre pour une augmentation de leur traitement. Suivie massivement, la grève se poursuit plusieurs semaines durant, se durcit, est appuyée par les étudiants. C'est le premier mouvement revendicatif de masse à l'échelle nationale depuis l'instauration du nouveau régime. Un précédent, la police envahit les réunions syndicales, attaque sauvagement les participants, arrête les dirigeants. Plusieurs d'entre eux sont immédiatement déportés. Prétextant de ses liens avec le mouvement syndical le régime fait arrêter notre camarade Hugo Blanco, qui avait été libéré quelques mois auparavant alors qu'il purgeait depuis 7 ans une peine de prison pour avoir organisé la lutte des paysans dépossédés de leur terre dans la vallée de Cuzco. Après un interrogatoire de 24 heures Blanco est déporté au Mexique avec la complicité ouverte de plusieurs officines de l'impérialisme, dont la compagnie aérienne US, Panamerican...
Ainsi en Bolivie, où la mobilisation croissante des masses devenait par trop dangereuse. Le coup d'état de Banzer en août dernier a été préparé, organisé dans ses moindres détails par l'impérialisme américain aidé de ses fidèles serviteurs brésiliens. La venue au pouvoir de Banzer s'est accompagnée d'un véritable massacre. C'est par centaines, par milliers peut-étre, — le saurat-on jamais ? - que mineurs, paysans, étudiants ont été massacrés à la La Paz et en province par les militaires d'extrême droite et leurs alliés civils. Banzer bien assis dans son fauteuil présidentiel, la répression a continué. Aujourd'hui encore militants révolutionnaires, syndicalistes, tout ceux qui de près ou de loin ont appuyé le réformisme hésitant de Torres sont traqués, emprisonnés, froidement assassinés. Nos camarades du POR ont payé un lourd tribut à ce massacre organisé. Plus de 40 d'entre eux sont morts, au premier rang desquels l'héroïque Tomas Chambi, dirigeant paysan mort à la tête d'une colonne armée à La Paz. Beaucoup d'autres sont emprisonnés ou ont « disparu »... Au Brésil, où notre camarade Luiz Eduardo Merlino est mort sous la torture le 20 juillet dernier, ou Carlos Lamarca a été sauvagement abattu quelques semaines plus tard, cette politique d'extermination est chose quotidienne depuis sept ans déjà. C'est par milliers que se comptent les prisonniers politiques, la plupart atrocement mutilés par des tortures fréquentes, qui ont au le « privilège » d'échapper à l'exécution sommaire. C'est par dizaines de milliers que se comptent ceux qui n'ont eu d'autre choix que l'exil politique. Au Guatemala, à Saint Domingue, au Nicaragua, sans oublier Haïti où le grotesque rejeton de Duvalier continue l'œuvre d'extermination entreprise depuis plus de dix ans par son père, des bandes d'hommes armés sont entrainées et grassement payées pour tuer ou faire disparaitre les militants révolutionnaires. Au Mexique la répression contre le mouvement étudiant n'a pas cessé depuis le massacre de Tlatellolco en septembre 1968. En Uruguay où les prisonniers politiques sont plusieurs centaines et où les tentatives d'assassinat se multiplient contre les candidats d'opposition aux élections. En Argentine enfin. Là, face à la politisation et la combativité croissante des masses, le dictateur Lanusse confronté à une crise économique qui s'étire depuis plus d'une décennie, s'est vu obligé de mener une politique d'ouverture et de concessions. Son but est, à terme, de réintégrer les péronistes dans la vie politique sans pour autant qu'ils prennent une place trop grande dans la direction d•affaires. C'est ce que les secteurs les plus rac onnaires de la bourgeoisie, de l'armée - sur lesqueis Lanusse s'appuie avant tout - ont tenté d'éviter à tout prix depuis 1955. La méfiance de ces piliers traditionnels du pouvoir, liée à la combativité sans cesse accrue du mouvement syndical dominé par les bureaucrates peronistes rend la tâche de Lanusse quasi-impossible. Le seul moyen d'affirmer son autorité, de rendre crédible aux yeux de ses pairs, est donc de frapper vite et dur sur le mouvement révolutionnaire. D'où la récente dissolution des syndicats les plus combattifs - en rupture avec la bureaucratie peroniste - à l'usine FIAT de Cordoba. D'où les coups portés à nos camarades argentins du PRT (Parti Révolutionnaire des Travailleurs) qui par leurs actions audacieuses - occupations armées d'usines en grève, séquestrations de représentants du grand capital etc. - montrent aux travailleurs la seule voie possible aujourd'hui : la lutte sans concession contre la dictature militaire. Plus de 80 militants du PRT sont aujourd'hui dans les prisons de Lanusse, dont le camarade Santucho l'un des principaux dirigeants de l'organisation, déjà deux fois arrété précédemment, et deux fois évadé. Plusieurs dizaines sont morts au combat ou assassinés de sang-froid ces derniers mois. On ignore le sort d'autres camarades, parmi eux Enrique Pujals, « disparu » fin septembre sans doute enlevé par une quelconque
Quatrième Internationale police parallèle et abattu par la suite... Les objectifs politiques que Lanusse s'est fixé impliquent une accentuation de ce cours répressif. Il lui faut en finir avec ces révolutionnaires qui, chaque jour, rappellent au peuple argentin la nature de son régime qu'il veut à tout prix faire oublier. Sans doute est-ce à ce prix que se bâtit la nouvelle Amérique chantée si lyriquement par Monsieur Georges Fournial dans l'Humanité ?... Pour notre part nous pensons que, cette nouvelle Amérique ne naîtra que du combat des révolutionnaires sur lesquels s'acharnent avec une violence redoublée l'impérialisme et ses sbires locaux. Dans ce contexte, la tâches des militants révolutionnaires, à l'échelle internationale, et singulièrement de la IVème Internationale dont les sections latino-américaines ont été durement touchées, est de défendre les militants révolutionnaires latinoaméricains victimes de l'oppression impérialiste. Dans les mois à venir, toutes les sections de l'Interpationale organiseront des campagnes de dénonciation de la répression et de défense des prisonniers politiques latinoaméricains. Pour que réellement naisse une nouvelle Amérique...