Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 51 (29e année)

La crise du parti communiste espagnol

G. Ferrer · Quatrième Internationale, n° 51 (29e année) · septembre 1971 · p. 25-28 · 2 497 mots

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La crise qui affecte le stalinisme en Espagne et qui oppose à la direction Carrillo la traction pro-Moscou de Lister a atteint un seuil nouveau en juin dernier avec le meeting organisé dans la région parisienne par le PC espagnol aidé par le PC français, et le « VIllême Congres au PCE » réalisé par la traction de Lister

Bien que Carrillo, grace au succes du meeting de Paris, ait acquis une victoire relativement importante sur Lister, celui-ci en proclammant le « VIlème Congrès » a cependant voulu sanctionner son opposition à la politique de Carrillo par la constitution d'une nouvelle organisation indépendante.

Par ailleurs, des conflits comme celui survenu à la réunion du Conseil Mondial de la Paix où Carrillo, face à des représentants des partis communistes d'Europe orientale n'a pas pu faire démissíonner Lister de ses postes dans cet organisme), montrent que meme si aucur parti communiste n' a encore reconnu officiellement l'organisation de Lister, celui-ci jouit de la protection de Moscou. Dans ce sens, malgré la nature « groupusculaire » du parti de Lister par rapport à celui de Carrillo, la lutte entre les deux fractions possède une importance majeure de par ses implications internationales. Ainsi, le conflit qui oppose la bureaucratie du Kremlin aux désirs d'indépendance de Carrillo est lié directement à l'apparition au sein même de la direction du PO espagnol, d'une fraction pro-soviétique lepuis les prises de positions de Carrillo en ce qui concerne l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes du facte de Varsovie.

Pour comprendre l'enjeu du débat actuel au sein du PCE, Il taudrait donc analyser les thèses développées par Lister dans Carrillo, tant sur les questions d'actualité ses dernières publications contre apres guerre Mais la référence au sur l'histoire du PCE dans développement des luttes de classe en Espagne dans le dernière période sera la seule à pouvoir fournir une explication du cadre dans lequel la crise du stalinisme se manifeste actuellement en Espagne.

LE PCE ET L'APRES-GUERRE

Un aspect intéressant des écrits de Lister (notamment dans le livre BASTA (« Assez ») concerne les problèmes du PO depuis la tin de la guerre espagnole. A travers les « découvertes » que fait Lister, on peut voir, une fois encore, les aspects les plus obscurs des methodes et de l'évolution réformiste du PCE

Le sujet le plus intéressant est celui qui rappelle les rapports entre le mouvement de guerilla d'après-guerre en Espagne et les staliniens. Les guerillas étaient apparues, de manière générale, comme la révolte spontanée au cours des années 40 des derniers foyers de combattants anti-fascistes devant les massacres du franquisme, au moment où les espoirs avaient été stimulés par la chute d'Hitler et de Mussolini.

On ne peut nier heroisme des participants de ce mouvement, mais son échec à été directement lié à la politique pratiquée par le PC. La direction de l'époque, sous les directives de staline et de Dimitrov, devait s'appuyer sur les guerillas afin de pousser les forces républicaines en exil à • constituer un gouvernement anti-franquiste qui serait reconnu par les « démocraties occidentales »... Il s'agissait donc. de contrôler la résistance armée à l'intérieur afin de donner un certain prestige au « gouvernement provisoire » qui devait se former.

Mais peu après la conjoncture anti-fasciste favorable de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, Staline commença à prôner un nouveau tournant politique. En septembre 1948, il proposa de dissoudre les guerillas en Espagne ainsi que les syndicats clandestins afin de pouvoir s'intégrer aux syndicats officiels (c'est-à-dire au « syndicat » fasciste) ; ces décisions furent acceptées en octobre de la même année, par la direction du PCE (selon Lister, cela aurait été obtenu malgré l'anti-soviétisme embryonnaire de Carrillo, à l'époque !). Alors commença l'abandon à toute vitesse des nombreux foyers de guerilla, et la suspension de toute sorte d'aide. Sur les conséquences

Q UA tragiques de cette dissolution, tant des foyers armes comme des syndicats clandestins, Lister ne trouve qu'un seul coupable, Carrillo et ses amis, niant ainsı la complicité que lui-même et tous les dirigeants du Parti d'alors manifestèrent avec les directives de Moscou.

Au début des années 50, il y a eu « l'épisode » des épurations nombreux militants et cadres du Parti. Recherchant aujourd'hui les responsables de ces « procès » Lister présente Carrillo comme le principal promoteur... Entin, plus tard, c'est la lutte au niveau de l'appareil qui se déclenche et, tandis que les vieux staliniens comme Lister restent en marge, on assiste à la montée de Carrillo à la direction du parti, qui aboutira 1965 où les nouvelles thèses de Carrillo sur la lutte contre le franquisme triomphent sans de grands conilits, sauf l'exclusion de Claudin et d'autres et la scission d'un important secteur jeune de Catalogne, plus tard en 1967.

En fait, toutes les références de Lister relatives à l'histoire du PCE se retournent contre lui et contre la direction du Parti toute entière. la recuon trcentere, tous etant soumis a une politique réformiste et stalinienne

D'autre part, une arme démagogique fondamentale de Lister consiste à critiquer les « méthodes bureaucratiques » pratiquées par la fraction de Carrillo. Ainsi, sa défaite bureaucratique devant l'hégémonie de Carrillo est presentee par lui comme l'exemple le plus trappant du manque de démocratie intérieure.

Quant à l'anti-soviétisme, Lister exploite à tond cette appellation, étant donné la persistance de Carrillo à condamner l'occupation et la normalisation de la Tchécoslovaquie. Lister arrive même à donner des exemples très concrets sur les activités « anti-soviétiques » de l'organisation

PCE qui demeurait en Tchécoslovaquie jusqu'au mois d'aout 68.

Toutes ces critiques ou la défense inconditionnelle de l'Union Soviétique se combine à une position, apparemment à gauche de la ligne officielle du PCE, ont pour but de gagner un certain appui parmi les cadres et militants de base du Parti. Mais diacile Mais, malgré ces efforts, il est très que Lister puisse, même en se parant révolutionı capable comme devant explique du

PCE

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Lister :

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Voulant présenter une aux positions actuelles de Lister fait une dén radicale de la politique d pour la liberté » pratiqué direction du PCE. Pour recouru aux critique directement par Mosco Carrillo, et dans les tr « garaudyennes » de C reprendra les attaques du

Mais Lister se évidemment embarrassé s'agit de critiquer ces thè elles traitent de l'armée de la violence et « réconciliation nationale ». de remettre en question de ces thèses (il serait de les voir condamner pro-soviétique outrancier !), stalinien ne fait que ne qu'un qu un alité » de expliquer. E •DU ISME alternative • Carrillo, onciation u « pacte e par la rela faites il a u contre lèses plus irrillo, il PCF.

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Au lieu le fond étonnant par un ce vieux qu il appelle les « déformations » laites par Carrillo; 1l tourni certaines anecdotes qui se réfèrent au rapprochement excessif avec les dirigeants de l'OPUS DEI; tout au plus, il montrera une certaine nostalgie de la stratégie frontiste classique de 36...

conditions où la présence de militants venus de l'intérieur de l'Espagne parait presque insuffisante. Enfin, ceci montre aussi que Lister agit, de fait, plus pour devenir un « groupe de pression contre Carrillo, sous les ordres de Moscou » que pour apparaitre déjà publiquement comme le « PC authentique » malgré ses autoproclamations. LE PC OFFICIEL DANS L'IMPASSE?

Consciente de toutes les implications à court terme de ses tensions avec Moscou, la direction du PCE avait déjà réagi de façon violente contre l'aile pro-soviétique inconditionnelle qui se forma à l'intérieur du Parti jusqu'à l'année de Carrillo conditions où l'Espagne parait presque insuffisante. Enfin, ceci montre aussi que agit, de fait, plus pour devenir un « groupe de pression contre Carrillo, sous les ordres de Moscou » que pour apparaitre déjà publiquement comme le « PC authentique » malgré ses autoproclamations. LE PC OFFICIEL DANS L'IMPASSE?

Consciente de toutes les implications à court terme de ses tensions avec Moscou, la direction du PCE avait déjà réagi de façon violente contre l'aile pro-soviétique inconditionnelle qui se forma réfuter ce la seule force réformiste, à l'intérieur du pays, capable de pouvoir structurer une alternative « démocratique » devant la crise du franquisme malgré toutes les limites objectives; la deuxiême, la possibilité de neutraliser l'opposition de Moscou, en recherchant un soutien, qu'il soit actif ou passif, de certains PC occidentaux (italien et anglais surtout) et même orientaux (Roumanie). D'autre part, la ligne de Carrillo trouve un écho dans le PC mexicain et dans la partie de PC vénézuelien qui a formé le M.A.S. (1).

Cependant, même si au niveau des luttes inter-bureaucratiques, Carrillo possède une certaine chance de réussir à court terme, l'arrière-fond de ces tensions repose

ALE 27

Et les dernières élections syndicales de mai-juin dernier ont été l'occasion de la polarisation au sein du mouvement ouvrier entre les forces (notamment le PCE) qui prônent la . « participation » au syndicat vertical et celles qui ont preconise le boycottage du k synalcat » tasciste toute l'extrême-gauche et certains secteurs d'origine chrétienne).

C'est donc la nouvelle situation repetes pagne ave dir chier e n Espagne, avec les échecs l'opposition au régime et développement du courant marxiste révolutionnaire, qui permet de penser qu'une nouvelle aggravation de la crise du PC se produira. Les derniers conflits à l'intérieur des Commissions Ouvrières en ce qui concerne les élections syndicales montrent combien fragile svndicales montrent combien fragile est l'emprise du stalinisme sur les forces ouvrières d'avant-garde. LES BUREAUCRATIES DE L'EST ET LE FRANQUISME

Aujourd'hui, les réserves de Carrillo par rapport aux bureaucraties de l'Est relèvent de deux aspects : d'une part la non identification avec le modèle répulsif de socialisme qu'offrent ces pays-là, et la recherche de la « voie espagnole au socialisme »; d'autre . part l'opposition entre politique extérieure des gouvernements de l'Est par rapport au franquisme (qui est celle d'un rapprochement progressif) et la ligne de « pacte pour la liberté » de Carrillo.

En ce qui concerne le premier, il faut dire que la condamnation des événements dus la « normalisation » essayait de répondre, de la part de Carrillo, tant aux craintes de la bourgeoisie libérale lihárale esnaonole quant à espagnole quant à une alliance avec le PCE, qu'au mécontentement grandissant de rapport de mitante rempar Parti par Cependant, le refus de la direction du Parti de mener un débat profond sur toutes les implications ces événements n'a fait qu'accroitre l'hétérogénéité des organisations de base à l'intérieur du pays (dans lesquelles coexistent les « dubcekiens » majoritaires avec ceux qui commencent à contester de façon globale le « modèle » bureaucratique de socialisme qui existe dans ces pays-là; et jusqu'aux « pro-soviétiques » sous couvert des positions des Cubains et des Vietnamiens sur l'affaire tchécoslovaque).

sur une crise le PCE depuis annees 60 et qui période de déclin franquiste. LA LUTTE DE ESPAGNE ET LE LA LIBERTE »

Jusqu'au début les débuts des coincide avec la de la dictature

CLASSES EN

« PACTE POUR des années 60, seul seul le natio apparaissait comme une PC apparaissait comme une force organisée capable d'unifier les luttes contre le franquisme, luttes qui donnaient naissance à une nouvelle génération révolutionnaire. C'est surtout à partır des mouvements de grève de 1962, ave c la progressive du mouvement ouvrier et la radicalisation de la nouvelle génération ouvrière et étudiante, qu'un nouveau cadre de structuration politique du mouvement de lutte se dessine.

dictature

. gauche du situés à la développent depuis 1967 la conscience, encore contre la Les groupes

PC qui se exprimeront confuse, de alicto la dynamique anti-capitaliste de la lutte contre le franquisme et refuseront comme utopique la " transition pacifique de la dictature à la démocratie ».

Dès lors, avec l'évolution des Commissions Ouvrières, un débat politique permanent se développe parmi les forces ouvrières d'avant-garde. La crise économique de 1967 et l'état d'exception de janvier 1969 sanctionneront les erreurs des thèses qui croyaient à capitalisme espagnol; les evénements «beralsation » de décembre dernier ont été la manifestation la plus évidente du degré de politisation du mouvement ouvrier ainsi que de la maturation d'une frange importante de la gauche révolutionnaire.

. qui s'aggrave dans

•renaissance

Quant au deuxième aspect, il est évident que l'un des axes fondamentaux sur lesquels s'appuyait Carrillo pour rendre crédible sa politique réformiste consistait à Jouer sur la pression des gouvernements de l'Est devant les « évolutionnistes » espagnols. Ainsi, on offrait aux « évolutionnistes » la possibilité d'établir des relations diplomatiques et commerciales a la condition que les « ultras » du régime soient isolés... Mais les bureaucraties de l'Est, loin d'attendre l'utopique isolement isolement des « ultras », ont décidé de passer outre aux intérêts des « démocrates » espagnols, et on assiste aujourd'hui ~ l'établissement de relations entre certains franquisme. Plus encore, tout le mouvement ouvrier international • a pu voir la collaboration directe et u bi polonaise dans l'étouffement de la grève des mineurs des Asturies en janvier 1970, des envois de charbon polonais étant arrives en post-scriptum

EME INTERNATIONALE Espagne au secours des entreprises atteintes par la grève

C'est donc en partant de toutes ces données que l'on peut comprendre l'extrême fragilité des bases sur lesquelles agit la direction du PCE. Faute d'une organisation de masse: de type syndical qui soit représentative de la classe ouvrière, avec des alliés bourgeois qui se montrent réticents en raison de la radicalisation du mouvement ouvrier, les conflits entre Carrillo qu'offrir un par 'avenir du Parti

Pour 1e révolutionnaires, la Ligue Révolutionnaire de créer à la pôle organis capable d'inter qui secoue les combatifs du t Moscou ne font lorama sombre dans S marxistes et notamment pour

Communiste d'Espagne, il s'agit gauche du PC ce ationnel qui soit venir dans la crise secteurs jeunes et prolétariat espagnol encore sous l'emprise du stalinisme.

Août 1971. (1) voir Quatrième Internationale n*49.

Carrillo vient de faire un pas de plus pour se distancer de la direction soviétique, en rétablissant des relations entre le PC espagnol et le PC chinois. Cela n'a pas été fait de part et d'autre sur une base principielle, mais selon les meilleurs formules des diplomates de tous les pays. ceci dit, ce pas de la direction du PC Ceci dit, ce pas de la direction dù PC réponse alde que Moscou donne à Lister, et témoigne de l'affaiblissement de l'autorité du Kremlin sur les partis communistes.

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