Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 51 (29e année)

Crise du dollar et prévisions marxistes

Pierre Frank · Quatrième Internationale, n° 51 (29e année) · septembre 1971 · p. 20-24 · 4 355 mots

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Le marxisme, on le sait, mais il est parfois utile de le rappeler, n'est pas un procédé divinatoire, mais, entre autre, une méthode pour déceler les tendances qui se développent dans les divers domaines de la vie sociale, en particulier dans celui de l'économie. La crise du dollar a surpris très largement non seulement l'opinion publique en général qui n'est jamais renseignée correctement en matière économique et financière, mais aussi des cercles économiques et politiques qui sont sinon plus éduqués du moins plus renseignés dans d'autres domaines. L'écrasante suprématie du dollar date du lendemain de la 2o guerre mondiale quand l'Europe capitaliste et le Japon étaient exsangues. Il fallut de nombreuses années pour qu'une « étoile filante » (J.J. Servan-Schreiber, Le Monde dixit) découvre le « det americain », précisément à un moment où il était évident, à condition de disposer de lunettes marxistes, que ce « défi » appartenait largement au passé (bien que la , puissance américaine soit toujours limitees. Des le debut du boom, la IVème la IVème Internationale porta son attention sur le problème nouveau que posait cette situation inattendue. Voici les conclusions auxquelles elle arriva, dans un texte rédigé il y a 14 ans (oui, 14 ans), dans les « thèses sur les perspectives économiques et politiques internationales » qui furent adoptées par le Sème Congrès mondial :

« 10 - On ne soulignera jamais assez le rôle que jouent, dans l'économie américaine, les dépenses gouvernementales sous forme d'achats de marchandises pour des buts militaires, d'investissements de capitaux dans les entreprises gouvernementales militaires, d'entretien des forces armées, ainsi que sous forme d'aide l'étranger, publique, de ensemble. ensemble.

Le début technologique productive de l'automation accélérée des é économique et militaire à d'amortissement de la dette soutien des prix agricoles, de de la véritable révolution que représente l'utilisation l'énergie nucléaire et de ainsi que l'industrialisation tats du sud, sont parmi les premières manifestations de l'impulsion donnée ainsi à l'ensemble de l'industrie.

Ce sont ces investissements ainsi que l'extension du crédit à la consommation qui ont épaulé depuis 1953 l'économie américaine qui se trouvait essoufflée malgré le stimulant de l'économie de guerre, pour dépasser la « récession » et s'engager dans un nouveau nouveau boom.

Mais l'autre face de la médaille de cette « prospérité » qui grosso modo dure depuis le commencement de la dernière guerre est considérable) que capitalistes (Allemagne concurrence sérieuse marchés mondiaux et profilait à l'horizon.

d'autres puissances et Japon) menaient une

Etats-Unis sur les.

aux que la crise du dollar se

Nous soumettons aux lecteurs une série de textes parus dans les colonnes de notre revue, pour leur montrer que cette crise du dollar avait pour leur montrer que cette crise du dollar avait été prévue depuis longtemps par la IVème Internationale, que le mécanisme qui l'a produite n'était nullement mystérieux, qu'il était tout à fait conforme aux lois générales du capitalisme en dépit, ou plutôt à cause des mesures « anti-crise » que les gouvernements capitalistes, en premier lieu les gouvernements américains, avaient pris depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.

Tous les économistes, marxistes ou non, pensaient qu'après la période de reconstruction qui suivrait la fin de la 2ème guerre mondiale, surviendrait une période de crise économique, tout comme ce fút le cas à la suite de la guerre mondiale précédente. Or, loin qu'une crise se produise, il y eut un boom de l'économie capitaliste, coupé seulement par des récessions grands travau * publics. C'est toujours là le stimulant No 1 de l'économie américaine qui l'empêche de franchir la marge séparant la «prospérité » de la crise.

C'est également ce stimulant qui a favorisé, grâce aux surprofits d'une production à écoulement assuré telle que celle à buts militaires, les investissements de capitaux privés dans l'industrie afin d'élargir et de moderniser l'appareil procuctif américain dans son

* publics. C'est toujours là le stimulant No 1 de l'économie américaine qui l'empêche de franchir la marge séparant la «prospérité » de la crise.

C'est également ce stimulant qui a favorisé, grâce aux surprofits d'une production à écoulement assuré telle que celle à buts militaires, les investissements de capitaux privés dans l'industrie afin d'élargir et de moderniser l'appareil procuctif américain dans son constituée par l'énorme endettement public et privé de la nation et par la dépréciation accentuée de la monnaie. D'autre part, la surproduction de l'économie du pays est devenue aux Etats-Unis chronique.

12 - La conclusion doit être que les monopoles capitalistes aux Etats-Unis, servant d'un important degré de « dirigisme » de l'Etat capitaliste, ont la possibilité d'amortir les débuts des crises économiques limitées et de les transformer en « récessions » plus ou moins étendues et profondes - la différence entre la

Get la récession résidant essentiellement dans le fait que la crise ne se propage pas de façon cumulative mais atteint rapidement le point le plus bas du recul de la conjoncture, où elle se maintient plus ou moins longtemps selon l'ampleur des causes qui l'ont précipitée et des forces nouvelles qui entrent en action pour la surmonter. C'est la marche qu'a suivie depuis la guerre jusqu'à maintenant l'économie américaine.

Les « récessions » de 1949 et de 1953 expriment le déséquilibre passager entre la production élargie et la consommation en retard. Elles ont été dépassées, la première par la conioncture de la guerre de Corée qui a stimulé surtout les dépenses militaires de l'Etat, par le boom des investissements la seconde privés et l'extension du crédit à la consommation.

Mais ces moyens sont inopérants devant une crise de grande ampleur qui nécessiterait pour être « amortie » des accroissements tellement considérables des dépenses publiques que l'ensemble du système monétaire se trouverait ruiné même réserve s'applique également à la répétition à long terme de crises même limitées puisquil y a une limite à l'endettement public comme d'armements (et la prodution • en général aux dépenses et au stockage militaires) c'est-à-dire en définitive à la perte de valeur de la monnaie, au-delà de laquelle la banqueroute financière risque d'etre précipitée.

D'ailleurs, dans la mesure où la capacité de la duction augmente constamment tandis que production augmente constamment tandis que capacité de consommation (même abstraction faite du chômage) est constamment minée par la dépréciation de la monnaie, la fréquence des « récessions » ne saurait que s'accentuer ainsi que leur profondeur ...».» (Thèses sur les perspectives économiques et politiques internationales, présentées pour le Sème Congrès Mondial) Q.I. numéros de Juin-Juillet 1957, pages 79-81.

Tout ce qui est sur le plan théorique nécessaire pour comprendre ce qui s'est passé dans l'économie capitaliste depuis la fin de la guerre jusqu'à ce jour se trouve dans ces lignes : les facteurs qui ont joué dans la prospérité (investissements de plusieurs ordres, extension du crédit, politique d'armement...), la nature mécanisme des mesures qui transforme des crises keynésiennes « anticrise », qui commencent en récessions, enfin et surtout les

ONALE 21 conséquences de ces mesures, à savoir la perte de valeur de la monnaie menant vers la banqueroute financière ainsi qu'à la multiplication des récessions.

Environ deux années plus tard, en janvier 1960 (il y a donc 1l années de cela), nous signalions dans un éditorial de la revue les premiers signes du déclin relatif des Etats-Unis par rapport à l'Allemagne et au Japon, l'impossibilité pour ceux-ci de rester à la fois « l'arsenal » et le « banquier » du « monde libre », la nécessité où le capitalisme américain se trouverait amené à attaquer le niveau de vie des masses américaines. N'oublions pas qu'on était alors sensiblement au sommet de la prospérité et qu'en dehors de nous, personne, dans le mouvement ouvrier, n'apercevait ces tendances. Lisons :

« La décadence relative de la puissance américaine se reflète aussi bien sur le plan économique et militaire qu'international. La part des Etats-Unis dans le commerce mondial décroit au profit de celle de l'Allemagne, du Japon et des Etats ouvriers. Certaines exportations sont en déclin marqué depuis 1958: autos, aciers, avions, bateaux, • en particulier, et concurrencées par la production d'autres pays capitalistes, ou même par la production des firmes américaines intallées en Europe ou au Japon.

Mais c'est surtout la situation financière qui commence à préoccuper les milieux dirigeants américains et qui reflète à la fois le déclin relatif du domaine économique productif proprement dit et l'élargissement démesuré de l'économie improductive des armements et des dépenses militaires en général.

Depuis le dernier trimestre de 1957 les Etats-Unis ont eu un déficit dans leur balance des paiements : 3 milliards de dollars en 1958, plus de 4 milliards de dollars en 1959. Leurs dettes étrangères s'élèvent, d'autre part, actuellement à quelques 15 milliards de dollars, somme qui, ajoutée au déficit de la balance des paiements, équivaut à la totalité des réserves du pays.

Or, au début de la décade écoulée, les réserves dépassaient de 15 milliards de dollars environ toutes les obligations du pays. En 1955 le surplus n'était que de l'ordre de 10 milliards ; en 1959 il était presque égal à zéro.

Dans ces conditions, il devient impossible, y compris aux Etats-Unis, d'étre à la fois « le banquier et l'arsenal » du monde capitaliste. D'où l'avertissement sévère et répété de Washington à ses partenaires atlantiques de contribuer davantage aux dépenses militaires et de songer à unir les ressources disponibles destinées à « l'aide » aux pays sous-développés. Pour que les Etats-Unis maintiennent la course aux armements et leurs obligations internationales actuelles, ils seront forcés de pratiquer des coupes sévères dans le niveau de vie des masses américaines. » (Q.I., No 8, janvier 1960, éditorial, pages 2-3).

Nous revenions sur ces questions une fois de plus environ deux années plus tard, alors qu'un premier craquement s'était fait entendre sur la

Bourse de New-York. Sous le titre « Krach à

Wall Street », on pouvait lire dans une note éditoriale :

« Kennedy serait assez porté vers un nouvel accroissement de ces dépenses publiques, afin de pomper plus de pouvoir d'achat dans l'économie et de soutenir ainsi la reprise branlante. Mais les banquiers — y compris le Secrétaire au Trésor, Dillon - déconseillent vivement cette mesure dont ils craignent des répercussions néfastes sur la balance des paiements des Etats-Unis, c'est-à-dire une nouvelle perte d'or. Si, en désespoir de cause, la grande bourgeoisie américaine se décidait quand même pour pareille mesure, elle serait sans doute obligée de dévaluer le dollar ou d'augmenter le prix de l'or, afin de consolider momentanément la situation financière internationale ébranlye.

En fin de compte, ce sont les ouvriers qui risquent de payer les frais de cette opération d'assainissement. La pression sur leurs droits acquis se renforce. Une pression sur leurs salaires pourrait s'y joindre bientôt, lorsque l'impérialisme américain déclenchera à son tour une campagne d'exportation et ser heurtera au barrage des salaires plus bas de ses concurrents européens. En riposte à cette pression, la classe ouvrière américaine pourrait faire preuve d'un regain de combativité étonnant. Le devoir des marxistes révolutionnaires américains est de se préparer pour une telle éventualité, et d'ouvrir au prolétariat de leur pays la perspective politique qui reviendrait d'actualité dans un tel climat, celle du Labour Party basé sur les syndicats. » (Q.I. No 16, juillet 1962, page 16).

Ainsi, nous posions dès 1962 la question des rapports entre le prix de l'or et le dollar dont la valeur était déclinante. Nixon vient de prendre dix ans plus tard une solution que ces lignes d'envisageaient certes pas, mais le fond du problème était posé par nous comme personne ne le faisait encore à l'époque.

Quelques mois plus tard, le Marché Commun européen passait par une crise, entre autre à la suite du refus de de Gaulle d'accepter l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun. A propos de cette crise et des problèmes qu'elle posa, une note éditiriale souligna les divers aspects des rapports des Etats-Unis notamment avec les pays capitalistes d'Europe, et les rapports de force qui tendaient à s'établier au sein du Marché Commun. Elle le fit dans les termes suivants:

« De même, tout en érigeant lui-même à l'occasion des tarifs douaniers protecteurs, l'impérialisme américain exerce une pression pour un abaissement général des tarifs et accentue en même temps les investissements à l'intérieur du Marché Commun qui « tournent » en quelque sorte le « tarif extérieur commun ». Cette politique d'exportation accélérée des capitaux vers les pays impérialistes concurrents - plutôt que vers les pays coloniaux et semi-coloniaux considérés comme « mauvais risques » - a le double avantage d'aller battre le concurrent sur son propre terrain et de maintenir un certain chômage aux Etats-Unis, ce qui exerce une pression sur les salaires américains. Le but essentiel de ces exportations, c'est d'ailleurs de profiter de la différence des salaires (quelques secteurs industriels américains font même fabriquer les pièces détachées à l'étranger pour les assembler ensuite aux

Etats-Unis), et d'espérer qu'à plus long terme une égalisation des salaires américains et européens serait ainsi obtenue. Mais, entre temps, cette politique d'exportation des capitaux aggrave le déficit de la balance des paiements et constitue donc une arme à double tranchant du point de vue de l'impérialisme américain.

Finalement, si même le plan de Gaulle devait obtenir un certain succès, il aboutirait, en définitive, au renforcement politique militaire de l'impérialisme ouest-allemand proportionnel à sa supériorité économique.

Surestimant la puissance économique • et militaire française, de Gaulle aurait en définitive travaillé « pour le roi de Prusse ». Déjà au lendemain de la crise de Bruxelles, c'est l'Allemagne qui semble devenue l'arbitre de la situation; c'est auprès d'elle et non de la France que Washington et Londres alternent menaces et manœuvres de séduction. »

Q.I. N° 18, mars 1963, note éditoriale : crise du Marché Commun, pages 12-13).

Autrement dit, les contradictions et conséquences de la politique américaine d'investissements chez ses concurrents d'une part, la montée économique extraordinaire de l'Allemagne de l'ouest et les conséquences qu'elle a aujourd'hui dans le sein de la Communauté Economique Européenne, y sont indiquées.

Dans le courant de l'année 1965, la IVème Internationale tint son 8ème Congrès mondial (le 2ème après la réunification). Une résolution politique y fut adoptée que nous avons publiee dans un numéro spécial. On y lit :

« Cependant cette récession générale reste inévitable. Dans l'ensemble, l'expansion s'est essouflée et ralentie partout ou est sur le point de le faire. La capacité excédentaire qui existe dans une série de secteurs-clés de l'industrie pèse lourdement sur les investissements dans ces secteurs, aussi bien en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord et au Japon. La politique « anticrise » couramment suivie par gouvernements capitalistes n'a pas manqué de saper de plus en plus, comme prévu, le pouvoir d'achat de leurs monnaies. Le déficit permanent de la balance des paiements des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne déterminent une détérioration de la position du dollar et de la livre sterling, les deux monnaies qui, ensemble avec l'or, font aujourd'hui fonction de moyens de paiement internationaux, et inquiète de plus en plus la bourgeoisie mondiale. Quelles que soient les solutions immédiates apportées à cette crise, l'économie impérialiste restera placée devant le dilemne : ou bien crise grave de surproduction ou inflation croissante liée à des récessions périodiques.

L'accroissement des dépenses d'armement perdra de même son efficacité pour relancer sérieusement une économie impérialiste déjà caractérisée par un niveau très élevé de ces dépenses. Une première menace d'essouflement du boom américain en 1965 semble avoir été en partie conjurée par l'importante augmentation des dépenses militaires découlant de l'agression impérialiste au Vietnam. Mais cette augmentation même limite les possibilités d'empêcher l'éclatement d'une véritable récession par un nouveau bond de ces dépenses dans les années à venir. » (Résolution politique du 8ème Congrès mondi al, décembre 1965, Q.I. No 27, février 1966, pages 10-11).

Dans ces lignes sont indiquées les premiers signes d'essouflement de la prospérité relativement prolongée du capitalisme, les premiers effets de relance des dépenses pour la guerre du Vietnam mais aussi le fait que des limites existent à ces dépenses si l'on veut éviter une crise grave. Après bien entendu l'héroïque résistance des masses vietnamiennes et l'ampleur du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis, c'est un des éléments les plus importants qui a amené le tournant de la politique de Nixon aussi bien envers la Chine que sur le plan économique et financier. On y souligne une fois de plus la détérioration constante du dollar et du sterling qui, lui, n'en pouvait mais depuis plus longtemps.

En 1968 la crise du système international atteignait une ampleur telle que, dès mars 1968, le gouvernement américain prenait une première mesure pour sauver autant que faire se pouvait son stock d'or. Dans le No 35 de janvier 1969, le camarade Ernest Mandel consacrait un article important intitulé « la crise du système international » à cette crise; nous republions ici d'importants passages :

« La crise du système monétaire international, que les marxistes avaient prévue à une époque où les apologistes du néo-capitalisme étaient convaincus que le mode de production capitaliste avait résolu l'essentiel

Uses contradictions (1), s'exprime actuellement par des convulsions qui succèdent à un rythme de plus en plus rapide : crise de la livre sterling suivie de sa dévaluation en novembre 1967; crise du dollar en mars 1968, suivie de l'établissement du double prix de l'or; crise du franc français accompagnee d'une dévaluation camouflée de ce prix, d'une réévaluation camouflée du Deutsch Mark (D.M.) et d'une nouvelle crise du sterling en novembre 1968. Il faut examiner la nature et le

(1) « Le dilemme devant lequel est placé l'Etat à l'âge du capitalisme en déclin, c'est le choix entre la crise et l'inflation. La première ne peut être évitée sans que la seconde soit accentuée...

La capacité de résistance monétaire - qui est par définition limitée dans le temps - paraît ainsi l'obstacle insurmontable auquel se heurte à la longue l'intervention modératrice de l'Etat dans le cycle économique. La contradiction entre le dollar, instrument anticyclique aux

Etats-Unis, et le dollar, monnaie de compte sur le marché mondial, est devenue insurmontable », écrivions-nous en 1961 (Traite d'Economie marxiste, tome l, pp. 192-193, éditions Julliard, Paris).

,du système monétaire fonctionnement international fondé sur l'«exchange gold standard » et relier sa crise aux contradictions fondamentales qui déchirent le système capitaliste mondial à notre époque. gold standard » et relier sa crise aux contradictions fondamentales qui déchirent le système capitaliste mondial à notre époque.

Lorsqu'un pays souffre d'une balance des paiements déficitaire, il liquide ses réserves, s'endette progressivement et finit par s'étrangler dans les mailles du filet. Lorsque des pays impérialistes qui fournissent les monnaies de réserve se placent à leur tour dans une situation déficit chronique de la balance paiements et règlent ce déficit au moyen de leur propre monnaie, deux réactions sont possibles dans les autres pays. Ceux-ci peuvent avoir besoin de dollars et de livres sterling à des fins commerciales ou militaires, ou simplement se trouver dans l'impossibilité de refuser cet afflux de réserves de change d'un genre particulier ; dans ce cas, le système fonctionne sans trop d'accrocs. Ce fut le cas de la livre sterling avant Suez, du dollar entre la crise de Suez et les années 1964-65. Dans ce cas, le rôle de la monnaie en tant que moyen d'échange (y compris sur le plan politique) a priorité sur son rôle en tant que moyen de paiement. Mais si des pays impérialistes considèrent que l'afflux de « réserves de change » exprime en réalité l'inflation qui règne aux Etats-Unis; que les monnaies de change se dégradent et perdent constamment une fraction de leur pouvoir d'achat ; que dès lors l'accumulation de réserves de change en dollars leur fait perdre à la longue une bonne partie de la valeur de leurs réserves, parce que cette dépréciation rend inévitable une dévaluation du dollar par rapport à l'or, alors ils cherchent à convertir une partie croissante des dollars qu'ils détiennent en tant que réserves de change en or, et tout le système monétaire entre en crise. Dans ce cas, le rôle de la monnaie de réserve en tant que moyen de paiement et stock de valeur (réserve) prend le dessus sur son rôle en tant que moyen d'échange.

Les pays qui ne fournissent pas de monnaie de réserve doivent régler les déficits de leur balance de paiements en or ou en dollars; la masse des « liquidités internationales » reste ainsi inchangée. Mais les Etats-Unis peuvent régler le déficit de leur balance des paiements en dollars. L'afflux de ces dollars dans les autres pays impérialistes y élargit immédiatement la base de la pyramide monétaire renversée (exactement comme le ferait un afflux d'or en régime d'étalon-or). Par conséquent, l'inflation du dollar accroft la circulation monétaire de tous les pays impérialistes, c'est-à-dire alimente et amplifie l'inflation universelle.

Mais la cause de cette inflation, ne l'oublions pas, est, en dernière analyse, l'ensemble des techniques néo-capitalistes tendant à éviter une crise économique catastrophique du type de 1929-32. La cause de l'inflation du dollar, c'est la politique d'armement et de guerre, la valse crédits au secteur privé, l'endettement croissant de l'Etat, des entreprises et des particuliers. Or, une crise économique catastrophique aux Etats-Unis s'étendrait automatiquement à tous les pays impérialistes.

QUATRI Vouloir donc à tout prix « étouffer » l'inflation américaine, c'est, pour les autres pays, un remède pire que le mal. C'est pourquoi on peut prédire avec certitude que l'inflation persistera. Tout le débat concerne exclusivement son ampleur, et la répartition de ses charges entre les diverses puissances impérialistes.

Il y a donc une contradiction inextricable entre le dollar, instrument de lutte anticrise aux Etats-Unis et dans le monde capitaliste d'une part, et le dollar, monnaie de réserve du systéme international, d'autre part. Cette contradiction se double d'une seconde contradiction, celle entre le dollar, moyen d'échange international, et le dollar, moyen de paiement international. Dans le premier rôle, le dollar devrait être aussi abondant que possible (ce qui signifie en pratique que son approvisionnement est « souple » et sa valeur forcément instable). Dans le deuxième rôle, il devrait être aussi stable que possible, ce qui signite que son approvisionnement devrait s'adapter rigidement aux besoins (toute surabondance entame automatiquement la valeur des signes de remplacement monétaires).

Cette contradiction reflète un conflit d'intérêts au sein de la bourgeoisie mondiale. Ceux qui vendent et achètent des produits aux Etats-Unis, principal secteur du marché mondial, sont intéressés à un approvisionnement abondant, voire inflationniste en dollars ; les fluctuations de son pouvoir d'achat (sauf celles à court terme) ne les importunent guère. Mais ceux qui détiennent des avoirs en dollars (obligations publiques et privées, gros dépôts bancaires, grosses polices d'assurance) sont évidemment intéressés au maximum de stabilité du pouvoir d'achat du dollar. Les banques centrales du monde entier et la plupart des banques privées se trouvent dans la deuxième catégorie; une bonne partie des trusts industriels se trouvent dans la première (surtout s'ils se sont lourdement endettés en dollars !).

La position privilégiée que le dollar a occupée pendant deux décennies dans le système monétaire international reflétait la situation exceptionnelle de l'économie américaine et la puissance de l'impérialisme américain au sein du système capitaliste international. Cette situation s'est graduellement modifiée ; cette puissance est en déclin relatif. Toute réforme tant soit peu viable du système monétaire international reflètera donc forcément les nouveaux rapports de force au sein du système, c'est-à-dire réduira fortement ou même supprimera le rôle de la livre, réduira le rôle du dollar, réduira également le rôle de l'or. Les rapports de fore trancheront en définitive la question de savoir si ce sont des devises européennes unifiées ou des expériences partielles de « monnaie mondiale » qui se substitueront au rôle déclinant de l'or, de la livre sterling et même du dollar en tant que moyen de paiement international.

Tout ajustement du système monétaire international, de même que toute modification des parités monétaires nationales, n'est pas seulement une arme de concurrence inter-impérialiste ; elle est aussi un instrument de lutte de classes, nationale et internationale.

Leitort concentré du grand capital consiste toujours à faire supporter par les travailleurs les frais

• de l'inflation monétaire et de sa

« réforme ».

international de classes puisqu'elle concurrence

La crise du système monétaire tend donc à accentuer les conflits au sein des pays impérialistes, reflète une exacerbation de la inter-impérialiste : chaque classe bourgeoise est amenée à assainir sa situation compétitive sur le dos de ses propres ouvriers. Les manifestations de cette tendance se multiplient depuis quatre ou cinq ans en Europe ; elles traverseront bientôt l'Atlantique pour frapper d'abord les Etats-Unis et le Canada, ensuite le Japon.

ar analyse de la cent au question poste. Ces lignes répondent aux questions posées

Les mesure prises par Nixon confirment également les conséquences qui y étaient prévues: la concurrence internationale va s'exacerber, l'inflation se poursuivra. On peut aussi prévoir una contraction du commerce mondial. Enfin, conformement aux lois du système capitaliste, ce sont les ouvriers qui sont appelés à faire les frais de cette crise, et c'est donc pour une exacerbation de la lutte de classes qu'il faut se préparer. Pour la première fois depuis la fin de la guerre, cette tendance, prévue dans les textes que nous publions, commence sa réalisation aux États-Unis où les salaires réels ont baissé depuis quelques années.

Cet article, d'une façon, est une partie du dossier que la IVème Internationale peut présenter quant à ses prises de position sur la marche de l'économie capitaliste, depuis la fir de la guerre.Nous sommes certains qu'on ne peut trouver aillers dossier plus riche et plus correct. Ces analyses ont, rappelons-le, été établies pour la plupart dans une période où la IVème Internationale connaissait de grandes difficultés dues en partie à la prospérité capitaliste, Aujourd'hui, les perspectives économiques et sociales que nous avions tracées au cours de cette période sont en cours de réalisation. Forte de ce travail théorique, renforcée par l'apport déjà très sensible des forces jeunes, la IVème Internationale se trouve dans une position améliorée pour poursuivre sa fonction sur le plan théorique, remplir son rôle d'avant-garde révolutionnaire dans les conditions de crise du capitalisme qui se sont manifestées en Mai 68, et que des crises successives, de tous ordres, sont en train d'alimenter.

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