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La revue › n° 50

Pour un Québec indépendant et socialiste

Quatrième Internationale, n° 50 · juillet 1971 · p. 45-51 · 4 856 mots

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On sait l'importance qu'a acquise la lutte du peuple québecois pour disposer de lui-même en se séparant du Canada. Comme toute lutte nationale, cette lutte a un caractère profondément social.

Le dernier congrès de l'organisation trotskyste canadienne,

Socialiste Ouvrière / League for Socialist Action, a adopté une résolution intitulée « Pour un Québec indépendant et socialiste ». Nous publions ci-après des extraits de cette résolution, notamment ceux relatifs au Parti Québecois qui est, à présent, le principal bénéficiaire du mouvement pour

L'élément-clé dans le programme du Parti Québecois (PQ) était bien sûr sa revendication d'un Etat souverain du Québec et doté de tous les pouvoirs d'un gouvernement capitaliste « normal ». La souveraineté était, selon le PQ, l'instrument nécessaire pour l'émancipation des Québecois.

La petite-bourgeoisie québecoise s'est tournée vers l'indépendantisme pour exprimer sa frustration face à son instabilité et à sa vulnérabilité en tant que classe, et pour exprimer aussi son désir, impossible, de jouer un rôle indépendant dans la vie économique et politique. La signification principale du PQ est que, pour la première fois, des secteurs très significatifs de la nouvelle classe ouvrière québecoise ont appuyé un parti qui a présenté la solution à leur oppression nationale en termes d'indépendance politique. LA GAUCHE ET LE PQ.

L'attrait nationaliste du PQ était tellement fort qu'effectivement presque toutes les tendances de la gauche l'ont appuyé ouvertement ou lui ont donné un appui organisations nationalistes, presque toute la population étudiante, et les syndicalistes associés depuis longtemps au NPD ou au défunt Parti Socialiste du Québec. Seule la Ligue Socialiste Ouvrière révolutionnaire a fait exception à la règle. Le Front de Libération Populaire gauchiste a annulé sa manifestation prévue pour la veille des élections, manifestation qui démasquer « la farce électorale ». Le FLP trouvait que la majorité de ses membres et sympathisants étaient préoccupés par la campagne du PQ. Charles Gagnon, dirigeant du Front de Libération du Québec, annonçait à sa sortie de prison que, s'il pouvait voter, il voterait pour le PQ, parce que ce parti représente « un pas en avant ». CONTRADICTIONS DES PARTIS NATIONALISTES.

Parce qu'ils tentent d'escamoter les lignes des classes, les partis nationalistes sont toujours aux prises avec des conflits internes entre ailes droite et gauche. L'aile droite se base sur la bourgeoisie et les couches supérieures de la petite-bourgeoisie et elle est ainsi attirée vers l'impérialisme ; tandis que l'aile gauche se base sur l'appui à ces partis de la part des masses ouvrières ou paysannes dont les couches inférieures peuvent être attirées vers le programme du socialisme révolutionnaire. Le degré du conflit entre ces tendances dépend de l'hétérogénéité de la composition de classe du parti et de son poids dans la vie politique nationale. Lorsque le parti s'approche de du pouvoir, les contradictions s'aiguisent sous l'influence directe l'impérialisme normalement la direction, subit une pression puissante la poussant à laisser tomber agents autochtones; alors l'aile droite qui domine de son programme les revendications anti-capitalistes et à la faire se dissocier de plus en plus de sa base dans les masses, se servant même de la violence de l'Etat (si le parti est au pouvoir) pour supprimer son aile gauche.

Cette tendance d'évolution vers la droite se voit non seulement dans l'Union Nationale mais aussi dans le précurseur direct du PQ, le Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN). Parti nationaliste urbain, le RIN était le principal parti indépendantiste jusqu'à sa fusion avec le Mouvement Souveraineté-Association de Lévesque, qui aboutit à la formation du Parti Québecois. L'histoire du RIN fut une histoire de création continuelle de factions et de scissions entre, d'une part une aile droite qui ne cherchait pas plus qu'une « indépendance » bourgeoise sur les lignes du programme actuel du PQ, et, d'autre part, une « gauche » anti-impérialiste

Uses désirs d'une alliance avec la « bourgeoisie nationale » qu'elle identifiait soit à l'aile gauche du Parti libéral (Lévesque), soit à l'aile droite du RIN. La transition du RIN au PQ a été marquée programmatiquement par la mise au rancart des aspects anti-impérialistes du programme riniste et la rupture définitive de l'aile gauche qui refusait d'entrer au PQ.

Le programme bourgeois et le monolithisme organisationnel du PQ démontrent on peu de flexibilité. Il lui manque la capacité de manœuvre que possédaient le leux partis nationalistes de la petite-bourgeoisi Sa base agricole autochtone a été détruite. La nouvelle petite bourgeoisie urbaine est largement réduite à un rôle client vis à vis de l'impérialisme.

Le programme agricole du PQ indique comment il a entièrement brisé avec les partis traditionnels nationalistes à base rurale. La Solution déclare carrément que : « la population rurale …ou semi-rurale est vouée disparition ... (l'agriculture) devrait essentiellement se baser sur les grandes exploitations, exigeant chacune au moins autant de capital que l'usine moyenne. »

Le PQ ne cherche rien de plus qu'un léger élargissement des mesures prises lors de la célèbre Révolution Tranquille afin de moderniser les structures de l'Etat provincial capitaliste. « Nous sommes déjà rendus très loin » est une phrase qui se répète dans leur programme économique. « La souveraineté » à l'Etat les pouvoirs accrus pour exercer pleinement les « compétences » (un autre mot favori du PQ), les « leviers », les « outils », nécessaires pour faire fonctionner le système.

Le Parti Québecois est un parti bourgeois qui, à l'heure actuelle, ne possède aucun appui d'un secteur significatif de la bourgeoisie canadienne-française, canadienne-anglaise ou américaine. Mais son programme indique comment ces couches de la petite-bourgeoisie qui contrôlent le PQ sont complètement attirées vers la haute bourgeoisie, s'identifient avec, et dépendent d'elle. Le PQ est encore plus engagé dans la voie bourgeoise à cause des possibilités réduites pour la petite-bourgeoisie de manœuvrer entre l'impérialisme et le mouvement ouvrier de masse foote nu le ne reside pasains non progr deme bourgeois mais bien dans son attrait nationaliste. Mais l'indépendantisme de la direction du PQ n'est l'expression puissante et confiante d'une nouvelle classe dynamique, mais la réaction inquiète et peureuse de couches instables qui se sentent menacées par le poids croissant des intérêts impérialistes. Leur seul refuge est l'Etat du Québec, Etat vulnérable auquel ils attribuent des pouvoirs rédempteurs miraculeux, avec toute mystification pathétique d'une petite-bourgeoisie qui prend ses rêves pour la réalité. Si seulement ils pouvaient avoir leur propre Etat ! Faire en 1970 ce que leurs ancêtres n'ont pu faire en 1837-38 ! Malheureusement pour eux, ce qui est alors resté inaccompli est maintenant irréalisable.

L'impérialisme bloque les espoirs de la petite-bourgeoisie pour une révolution nationale bourgeoise et « tranquille », mais le développement d'une classe ouvrière puissante comprenant la vaste majorité de la population de la nation offre un autre allié, qui lui, a tout intérêt à combattre la domination impérialiste. Mais les masses ouvrières mobilisées dans la lutte nationale menacent d'agir non seulement contre le capital étranger, mais aussi contre ses agents au Québec, et de menacer toute la structure bourgeoise.

Incapable de voir à travers la réalité impérialiste d'aujourd'hui, craignant pour sa propre position, la petite-bourgeoisie craint le mouvement de masse et fait tout son possible pour limiter sa propre lutte aux cadres étroits de la machine électoraliste et parlementaire qu'est le Parti Québecois. Le PQ tente énergiquement d'assurer le capital étranger qu'il est la meilleure entrave du mouvement de masse.

LE PQ EST RESPONSABLE, NON PAS AU MOUVEMENT OUVRIER ...

C'est son appui actuel parmi la classe ouvrière qui donne au PQ toute sa capacité de manœuvre contre les partis bourgeois. (En fait, le succès électoral du PQ est largement dû à l'absence d'un parti ouvrier de masse). Mais (et ceci différencie le PQ du NPD d'une façon décisive) les syndicats ne sont d'aucune façon liés au PQ Ils ne l'ont pas créé, ils ne le financent pas, ils ne le contrôlent pas, et ils ont été amenés à critiquer le programme du parti tout en lui donnant un appui électoral. Pour gagner l'appui des travailleurs, et pour maintenir la sympathie qu'a la classe ouvrière envers lui à l'heure actuelle, le PQ pourrait être obligé de promettre ou d'entreprendre quelques mesures anti-impérialistes, en confrontant un secteur de l'impérialisme tout en se liant plus solidement à un autre secteur. Toutefois, le PQ n'est pas responsable devant les travailleurs, ni devant leurs syndicats.

..... MAIS A LA BOURGEOISIE.

Est-ce qu'une direction petite-bourgeoise pourrait, dans certaines circonstances, mener une lutte sérieuse contre l'impérialisme et la bourgeoisie nationale ? A Cuba, le Mouvement du 26 Juillet, sous une direction petite-bourgeoise radicale, a dirigé une révolution socialiste. Mais la direction castriste a commencé avec un programme qui, bien que bourgeois-démocratique, avait promis une réforme agraire profonde et l'industrialisation - deux revendications qui visaient les racines de la domination impérialiste et capitaliste à Cuba. Plus particulièrement, cette direction comprenait clairement que la dictature de Batista pouvait être renversée seulement par une lutte armée révolutionnaire ; cette attitude était pour elle un principe dans ses relations avec d'autres groupements. Elle cherchait à mobiliser les masses prolétariennes, les armant par la suite. Son indépendance relative face à la bourgeoisie lui a permis de tourner à gauche, sous les coups de la réaction américaine à ses premières démarches contre les monopoles. Moins d'un an après sa prise du pouvoir, elle avait rompu complètement avec la bourgeoisie cubaine.

Le Parti Québecois n'est pas un tel mouvement. Si l'exemple cubain nous démontre la variante de gauche la plus exceptionnelle, le PQ parait comme le parti plus bourgeois, le moins anti-impérialiste de tous les partis nationalistes bourgeois. Le PQ est responsable à la bourgeoisie et non pas à la classe ouvrière. Il représente avant tout l'immaturité politique de la lutte de classes au Québec et le manque de traditions politiques dans la classe ouvrière québecoise.

LE CARACTERE DE LA DIRECTION PEQUISTE EST DEFINITIVEMENT DETERMINE.

Le programme du PQ indique comment le parti est complètement contrôlé par ses dirigeants. Bien que les 80 000 membres du PQ soient en vaste majorité des étudiants, ménagères, cols blancs, avec. un certain nombre de syndicalistes, les cadres dirigeants du parti sont presque sans exception des hommes complètement intégrés à une perspective bourgeoise : des politiciens bourgeois habiles, d'anciens hauts fonctionnaires, des éléments professionnels riches, les « technocrates » des entreprises d'Etat, des journalistes et autres idéologues de la bourgeoisie.

La plupart d'entre eux sont associés à la bureaucratie gouvernementale et aux structures organisationnelles du gouvernement, qui sont nées durant les 20 dernières années à la suite de la dernière vague de pénétration impérialiste au Québec. Ces dirigeants responsables de la rédaction de lois de travail restrictives lors de leur séjour dans la fonction publique. Le parti a appuyé à maintes reprises des « lois d'urgence » forçant des grévistes à rentrer au travail (la grève des policiers, les fonctionnaires municipaux de Montréal, etc.)

Beaucoup de dirigeants péquistes ont une longue histoire de services loyaux au sein des partis traditionnels de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. Le principal dirigeant du PQ, René Lévesque, a dirigé plusieurs ministères dans le gouvernement libéral de Jean Lesage. Le dirigeant adjoint du PQ, Gilles Grégoire, a dirigé une aile nationaliste au sein de la délégation du Crédit Social à la Chambre des Communes à Ottawa. Le vice-président du PQ, Jacques Parizeau était un des principaux conseillers économiques sous les régimes libéral et unioniste; il contribué à rédiger beaucoup de la législation anti-ouvrière actuellement en vigueur.

UN PIEGE ET UN OBSTACLE

Le PQ a déjà détruit beaucoup de gens de la gauche qui ont abandonné leurs propres organisations pour y entrer. L'on avait rationalisé ce liquidationisme avec la théorie (malheureusement toujours largement répandue dans la gauche québécoise) qu'en tant que parti bourgeois, le PQ est une étape nécessaire dans la lutte de libération québécoise. D'autres ont justifié leur action en disant que le PQ pourrait devenir un parti ouvrier, ou, au pouvoir, un gouvernement des travailleurs et des cultivateurs capable d'entreprendre de sérieuses initiatives anti-capitalistes. La théorie n'est qu'une réédition de la "« théorie des étapes » du Menchévisme et du Stalinisme. Cette théorie discréditée est un refus du rôle dirigeant de la classe ouvrière sans parler du refus de la nécessité du parti d'avant-garde prolétarien pour résoudre même les tâches nationales de la révolution. En ce qui concerne la spéculation que le PQ pourrait devenir un parti ouvrier, tout ce qu'on sait de ce parti exclut un tel développement.

Loin de se développer dans la direction d'un parti ouvrier, le PQ tendra à s'endurcir dans le sens opposé. Depuis plusieurs années, un des deux principaux partis bourgeois s'identifie avec une position relativement nationaliste. Tout indique que le Parti Québecois pourrait devenir le parti de rechange de la bourgeoisie. L'Union Nationale qui a joué ce rôle pendant plus de 30 ans, est maintenant réduite à sa base rurale déclinante ; elle est probablement irréparablement écrasée suite à la débâcle du 29 avril. La démagogie réformiste du PQ et la base de ce parti parmi la petite-bourgeoisie urbaine indiauent que le PQ est un candidat éligible pour remplacer l'UN.

Conséquemment, il est absolument inadmissible pour les révolutionnaires de se dissoudre dans le PQ, enterrant les effectifs révolutionnaires au moment où ils ont le plus besoin de maintenir un visage indépendant.

Mais le PQ comprend parmi ses membres et partisans des milliers de jeunes et de travailleurs qui en sont aux premières étapes de leur politisation. Ainsi il contient de nombreux éléments du futur parti révolutionnaire de masse. Certains dans la gauche ont proposé pour cette raison que les révolutionnaires adoptent une orientation tactique envers le PQ, afin de travailler en son sein pour y gagner des effectifs du futur parti des travailleurs.

En principe, rien n'empêche les socialistes révolutionnaires de travailler pour promouvoir leurs idées et pour renforcer leurs propres forces, même au sein d'un parti nationaliste bourgeois tel que le PQ, pourvu qu'ils maintiennent leur identité distincte et leur liberté de critiquer le parti. Mais le Parti Québécois n'est d'aucune façon un champ pour l'activité révolutionnaire.

Quelle que soit la démocratie formelle que les structures du parti semblent offrir, le parti est fermement contrôlé par sa direction petite-bourgeoise avec son optique bourgeoise. Même à son congrès de fondation, la « gauche » était solidement battue et son principal porte-parole, Pierre Bourgault, a été exclu de l'exécutif. On lui a par la suite refusé la nomination dans deux comtés différents, avant qu'on lui permetté de contester sans succès, le siège de Bourassa. Lorsqu'il semblait que les délégués au congrès du parti ; c'est son point de vue qui domine et non pas d'un Québec unilingue, Lévesque est intervenu, menaçant même de démissionner, afin d'assurer la défaite de la proposition. Les mobilisations des membres du PQ se limitent en général aux assemblées électorales, aux réunions de comté (dans lesquelles les petits-bourgeois prédominent largement) ou à des ralliements de recrutement de temps à autre. Ces ralliements sont organisés comparativement à des galas apolitiques. Le parti ne publie même pas un journal pour ses membres.

C'est l'aile Lévesque qui détermine le caractère du parti ; c'est son point de vue qui domine, et non pas celui des suivistes « de gauche » ou des bureaucrates réformistes des syndicats. Ces derniers s'accrochent au PQ à cause de leur propre peur du mouvement de masse. En autant que le mouvement ouvrier se mobilise contre le capital, il entrera en conflit avec le PQ.

Le PQ est une énorme diversion de la lutte révolutionnaire, un obstacle à la libération nationale des québecois. On ne peut réformer le PQ. Il doit être détruit.

On ne gagne pas les travailleurs à une politique de lutte de classes à travers des manoeuvres opportunistes. Les révolutionnaires doivent maintenir complètement leur indépendance politique et organisationnelle vis-à-vis du PQ. Ceci est une condition préalable à la prise de direction des luttes de masse à venir, luttes qui confronteront et démasqueront le PQ.

LA POSSIBILITE D'UNE INDEPENDANCE « FROIDE »

Malgré toutes ses limitations stratégiques, le PQ garde une certaine mesure de flexibilité tactique sur sa gauche, flexibilité qui dépend du degré auquel la direction syndicale est prête à jouer le jeu et à lui donner un camouflage de gauche. Il n'est pas impossible, sous la pression du mouvement de masse, que le PQ accède au pouvoir avant que les travailleurs (qui fournissent la principale poussée de la lutte indépendantiste) n'aient réussi à construire leur propre parti de masse.

Dans La Souveraineté et l'Economie, la direction péquiste a déjà esquissé de façon assez détaillée leur stratégie d'une indépendance « froide » (« dans l'ordre, dans la modération, dans un cadre aussi rationnel que possible ») qui serait obtenue avec l'appui de la bourgeoisie anglo-canadienne et américaine, afin justemment de couper court au mouvement de masse à la gauche du PQ. Selon le PQ, un tel mouvement menace de déclencher une « guerre économique suicidaire » contre les intérêts impérialistes.

Mais il est douteux qu'un gouvernement péquiste, porté au pouvoir sur le sommet d'un puissant mouvement de masse indépendantiste, pourrait maintenir la stabilité sociale que ses politiques bourgeoises exigent, sans avoir recours formes les plus répressives du pouvoir : se passer du parlement, avancer des mesures visant la suppression des syndicats, etc. Loin d'être une étape progressiste sur la voie de la libération québécoise, un gouvernement PQ serait un gouvernement carrément réactionnaire.

NOS TACHES DANS LE MOUVEMENT NATIONALISTE

La contradiction essentielle du Parti québécois réside en ce qu'ayant récupéré le mouvement nationaliste entier ainsi qu'une bonne partie de la gauche, il absolument répondre présenté par le mouvement indépendantiste. Les socialistes révolutionnaires de la Ligue Socialiste Ouvrière ont maintenant la responsabilité encore plus dans le mouvement nationaliste afin de le défendre et de participer à toutes les actions de masse d'envergure, pour présenter notre programme qui présente la seule voie pour une véritable indépendance du Québec, l'indépendance dans le cadre socialiste.

Nous nous sommes toujours et entièrement identifiés au mouvement nationaliste dans son ensemble : mais ce mouvement devient maintenant un axe principal du travail de la LSO. Aujourd'hui, la classe ouvrière se dirige clairement sur le chemin indépendantiste. Le PQ reflète le niveau politique actuel du sentiment indépendantiste de masse dont le dénominateur commun n'est pas encore beaucoup plus que la vague revendication de souveraineté. Ce serait une grave erreur pourtant que de mettre sur un pied d'égalité le mouvement pour l'indépendance et le PQ, ce dernier représentant beaucoup plus les traits arriérés du mouvement que son potentiel révolutionnaire.

Une orientation envers le mouvement nationaliste à ce stade de son développement politique risque-t-elle de subordonner les révolutionnaires à la politique de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie? Au contraire, ne pas s'engager dans le mouvement serait l'abandonner à ces forces venant de classes étrangères qui s'alimentent de la confusion répandue par le manque d'une voix ouvrière indépendante et qui sont encouragées par l'absence des socialistes révolutionnaires.

Notre tâche principale est d'intervenir dans le mouvement, de bâtir les cadres socialistes révolutionnaires et de diriger la poussée indépendantiste sur son chemin naturel, vers les conclusions anticapitalistes qui s'imposent. Toute la logique de développement du mouvement va dans le sens d'une confrontation avec le PQ : à travers un conflit croissant entre d'une part, le PQ et les larges mouvements, ouvrier, étudiant, et nationaliste extraparlementaire et d'autre part, à l'intérieur du PQ, entre sa base de masse non-bourgeoise et sa direction. La perspective la plus probable pour le PQ est une polarisation entre son aile droite qui craint le mouvement de masse et une aile gauche qui reflète les pressions du mouvement de sur le PQ ; au fur et à mesure que cette pression montera, surgiront des masse tentatives d'organisation de factions, des scissions et probablement des expulsions précipitées de la gauche. Il est donc nécessaire que les socialistes révolutionnaires travaillent au sein du mouvement nationaliste pour construire l'alternative indépendante de classe en dehors du PQ : le confrontant, le défiant d'agir et fournissant le véhicule pour les éléments évoluant vers la gauche, forcément repoussés du PQ par la politique de plus en plus procapitaliste de sa direction. La durée pendant laquelle le PQ sera capable de maintenir et de capitaliser sur les illusions des masses quant à sa capacité en tant que véhicule pour la libération nationale, dépend largement du succès des révolutionnaires dans la construction d'une alternative ouvrière viable à l'extérieur et indépendante du PQ.

LA REVENDICATION D'UN PARTI OUVRIER

La base de cette alternative existe déjà dans les syndicats, puissantes organisations de masse de la classe ouvrière québécoise. Leurs 600.000 membres se sont déjà engagés dans des luttes militantes qui les ont menés à des conflits aigus avec les partis et les gouvernements traditionnels de la bourgeoisie, mais aussi avec la politique ouvrière du Parti Québécois. Plusieurs autres affrontements figurent à l'ordre du jour.

Déjà les luttes du mouvement ouvrier ont montré une forte tendance à déborder les limites de la lutte économique et à chercher une expression politique. Jusqu'à tout récemment le mouvement vers la formation d'un parti ouvrier québécois était clairement discernable.

Le développement du PQ a-t-il invalidé cette perspective ? Pas du tout. Le PQ n'est simplement qu'une autre révélation de la puissance du nationalisme et du sentiment indépendantiste dans les larges couches de la classe ouvrière. Mais l'essor du PQ souligne également le refus des syndicats et de la direction du NPD d'affronter la question nationale. Dans ce sens, le PQ est le résultat direct de l'hostilité du NPD envers le droit du Québec à l'autodétermination ainsi que du chauvinisme pourri des bureaucrates syndicaux au Canada anglais qui se sont attaqués démagogiquement au « séparatisme » de la même manière que les portes-paroles de la classe possédante.

Mais les forces objectives, propulsant les syndicats vers l'action politique indépendante, demeurent, même si le détour péquiste a retardé leur imapet pour une période de temps indéterminée. Aussi longtemps que les effectifs socialistes révolutionnaires sont peu nombreux et relativement isolés du secteur décisif de la classe ouvrière, la revendication d'un parti ouvrier québécois retient toute sa pertinence comme moyen de populariser d'une façon réaliste la nécessité de rompre avec le PQ

Un parti ouvrier de masse (si nécessaire pour libérer l'ouvrier québécois du marasme et de la mauvaise direction de la politique bourgeoise et petite bourgeoise) sera sans doute indépendantiste. Et, construit à travers une lutte contre le réformisme explicitement bourgeois du PQ, ce parti peut être révolutionnaire.

Notre tâche est de projeter un programme qui démasque l'insuffisance du PQ et qui trace ainsi la voie vers le parti ouvrier, c'est-à-dire le parti des syndicats indépendants comme le prochain pas logique sur le chemin de l'indépendance du Québec. Le concept que l'indépendance de la nation se fera à travers l'émancipation de la classe ouvrière et vice versa — peut être exprimé par la revendication : pour un Québec Indépendant et socialiste, lançons le Parti Ouvrier.

Si la revendication du parti ouvrier garde sa validité, sa perspective immédiate est toutefois remise. L'alliance quoique temporaire et faible, d'un secteur de la direction syndicale avec le PQ, signifie que l'argumentation pour un parti ouvrier doit être posée plus que jamais en termes de revendications programmatiques projetant les travailleurs vers la lutte contre la politique bourgeoise soutenue par le PQ et vers l'action de classe indépendante. Autour de ces revendications se formera une nouvelle direction syndicale révolutionnaire. Alors que même un parti ouvrier entravé par un programme réformiste serait un pas en avant, nous devons expliquer clairement qu'un parti révolutionnaire de masse est ce qui est exigé et ce que nous

UN PROGRAMME POUR L'INDEPENDANCE

Dû au fait que la revendicaton d'un Québec indépendant a déjà été soulevée aussi par des forces autres qu'ouvrières, pour leurs propres raisons et de façon beaucoup plus articulée, ses implications révolutionnaires ne sautent donc pas aux yeux de ceux qui ignorent la méthode marxiste de rechercher la dynamique de classe essentielle qui se trouve derrière cette revendication. S'il est vrai que la petite bourgeoisie obscurcit cette dynamique en refusant de la lier avec un programme conséquent revendications anti-impérialistes et anti-capitalistes, pour révolutionnaires il faut que la revendication pour l'indépendance s'exprime à travers celle d'un Québec indépendant et socialiste.

La demande d'indépendance, une fois reprise par de larges couches ouvrières, possède une logique puissante peut soulever tous les autres aspects programme révolutionnaire. Revendiquer un Québec indépendant et socialiste, c'est poser politiquement pour la classe ouvrière ce que pose le NPD au Canada anglais sous l'aspect organisationnel, à savoir : qui va gouverner ? Les capitalistes et leurs agents qui sont complètement liés au capital étranger, ou les travailleurs, les seuls à avoir un intérêt de classe conséquent à rompre avec les monopoles étrangers ?

La résolution 1968 de la LSO/LSA a présenté notre programme révolutionnaire dans le cadre du parti ouvrier québécois, que nous avions, à cette époque, toute raison de croire imminent. Conséquent avec le tournant dans notre orientation, il nous faut maintenant présenter ce programme dans le contexte de ce que fera un gouvernement des travailleurs dans un Québec indépendant. Dans l'immédiat, une telle présentation tactique de notre programme peut s'avérer très utile en décrivant la différence entre notre programme et le programme et les actes du Parti Québécois bourgeois.

Comment présenter le défi d'un Québec indépendant et socialiste ? Quelques exemples suffisent. d'enseignement dans toutes les écoles et langue de travail et d'industrie à tous les Nous exigeons que le français soit la seule langue officielle, langue niveaux. Si les capitalistes ne s'y soumettent pas, que les conseils ouvriers nomment des administrateurs d'usines qui parlent français et représentent les intérêts de la nation québécoise. Ils remplaceraient les administrateurs anglophones, chauvins et arrogants, qui renforcent le règne de leur classe en écrasant les droits nationaux des Québécois.

" Maitres Chez Nous » ? « La Souveraineté » ? Un Québec indépendant et socialiste instituerait la planification économique dans les intérêts des Québecois, et les intérêts des monopoles qui violent nos richesses pour bourrer leurs coffres-forts aux quatre coins du monde financier. Comme une première étape essentielle, on se dirigerait vers la nationalisation sous contrôle ouvrier de tous les secteurs-clés des industries étrangères — qui constituent au moins 80 pour cent du capital au Québec. Un programme visant l'expropriation des capitaux étrangers pourra se développer logiquement d'une campagne nationale exigeant la parité des salaires avec Montréal, puis la parité des salaires entre les ouvriers québécois et leurs confrères ontariens. Les compagnies qui menaceraient de quitter un Québec indépendant seraient nationalisées.

La petite bourgeoisie met de l'avant sa revendication que le Québec ait une voix indépendante plan international aux affaires culturelles. Une politique étrangère indépendante? Mais certainement. Pourtant, un Québec indépendant doit exprimer sa solidarité complète avec la révolution coloniale, avec le Vietnam, avec Cuba et tous les peuples luttant pour se débarrasser de l'emprise de l'impérialisme américain et de ses alliés. Un Québec indépendant et socialiste favoriserait l'aide et le commerce avec ces pays ainsi que tous les Etats ouvriers sur la voie du développement socialiste. Il romprait avec les alliances impérialistes et s'allierait au bloc anticapitaliste.

L'UNITE AVEC LES TRAVAILLEURS DU CANADA ANGLAIS

Qu'est-ce que la lutte pour l'indépendance signifie pour l'avenir des relations entre les travailleurs québécois et leurs confrères anglo-canadiens ? Si au cours des récentes années, la lutte ouvrière québécoise a tendu à se développer selon sonpropre rythme, plutôt qu'en harmonie avec le modèle d'unité organisationnelle croissante avec les ouvriers du Canada anglais, ceci est dû par-dessus tout à l'impact de la question nationale au Québec. Aux effets radicalisants de la conscience nationale, s'est ajoutée l'aliénation découlant du fait que le mouvement ouvrier anglo-canadien faillit à défendre le droit du Canada français à l'autodétermination.

L'unité entre les travailleurs des deux nations ne se fera qu'à travers une lutte basée sur une compréhension commune que la nation québécoise a le droit de déterminer son propre sort, y compris le droit de se séparer si elle le désire. Aujourd'hui plus que jamais notre mouvement doit concrétiser ce droit à l'intérieur du mouvement ouvrier en défendant la revendication des syndicats québécois pour une pleine autonomie au sein des structures syndicales pan-canadiennes et internationales.

A cause de leur oppression nationale, les travailleurs québécois, à l'instar des Noirs et des Chicanos aux Etats-Unis, ont déjà montré leur capacité à jouer un rôle d'avant-garde dans les luttes pour le socialisme qui se développent en Amérique du Nord. Le sentiment croissant pour l'indépendance du Québec constitue un autre grand pas en avant, en démontrant une compréhension grandissante de la part des travailleurs québécois du fait qu'ils ne sont nullement représentés dans les structures actuelles du pouvoir. Même le vote péquiste d'avril 1970 manifeste d'une façon déformée leur volonté de lutter pour l'indépendance en tant que classe sociale.

socialistes révolutionnaires, aller au-delà de notre défense de l'autodétermination (pierre angulaire de notre position vis-à-vis de la question nationale) pour se solidariser dès maintenant avec l'appel pour l'indépendance, c'est jeter les bases essentielles de notre intervention dans le mouvement de masse à l'avenir. Héritiers des meilleures traditions et des acquis théoriques les plus avancés du mouvement ouvrier international, les cadres de la LSO/LSA sont destinés à jouer un rôle dirigeant dans les luttes à venir. Leur capacité, unique dans la gauche, de résister aux pressions populaires de capituler face au PQ, témoigne déjà de leur adhérence intransigeante aux principes révolutionnaires.

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