Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 50

Cuba, un bilan nécessaire

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 50 · juillet 1971 · p. 18-25 · 5 459 mots

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Bientôt paraîtra une série de textes qui expriment la position que la IVème Internationale a prise au cours des années passées sur la révolution cubaine. Ces textes sont introduits par la préface suivante du camarade Livio Maitan.

4 février 1971.

La publication d'une série de textes que le mouvement trotskyste international a consacrés à la révolution cubaine a pour but non seulement de fournir aux militants une documentation utile, mais aussi de . mettre en relief l'influence que la victoire de Fidel Castro et les luttes qui s'ensuivirent en Amérique Latine, eurent sur le développement et le renouveau des organisations qui se réclament du marxisme-révolutionnaire.

L'étape où, dans de larges milieux d'avant-garde, inconditionnelle, est d'avant-garde, Cuba était l'objet d'une admiration est désormais dépassée ; Malheureusement, le plus souvent, l'apologétique préfèrent souvent, des gens qui s'étaient adonnés l'apologétique préfèrent maintenant les condamnations sommaires, pour ne pas parler de ceux qui ont tout simplement tourné la page, Cuba n'étant plus considéré à la mode. C'est donc, encore une fois, au mouvement trotskyste qu'il appartient de faire des analyses et de dresser des bilans d'une expérience révolutionnaire qui, quelles gue it, rester dans historie me de que puissent être les vicissitudes expérience capitale de notre époque.

I La genese de la revolution cubaine, sa victoire, les evenements de la première décennie de retat ouvrier, ont constitué un test capital pour les orientations et les conceptions du mouvement révolutionnaire. Comme tous les grands tournants historiques, la révolution cubaine a balayé nombre de lieux

. de positions fausses ou communs, ambigües, de schémas désuets, et a permis de mieux saisir dans leur complexité et leur richesse, les tendances fondamentales de cette étape. En même temps, elle a tait ressortir plus clairement les limites et les contradictions auxquelles ne peut échapper un état ouvrier dans le contexte international donné, dans le cadre du rapport de forces existant non seulement entre l'impérialisme et la révolution, mais au sein même du front non capitaliste.

Les écrits que nous publions analysent avec précision la signification et les leçons fondamentales de la révolution cubaine. Il nous suffira donc ici de les récapituler brièvement.

1) - La révolution cubaine marque un tournant capital pour un continent tout dimensions du ce en morte

Usa portee est comparable a celle de la révolution russe et de la révolution chinoise. L'existence même d'un état ouvrier à Cuba

La représenté et ne cesse de représenter, en Pimpérialismer set et d'efaible emiet de exceptionnelle à la lutte révolutionnaire. Sans la victoire de Fidel Castro, dix années d'histoire de l'Amérique Latine auraient été radicalement différentes : la crise très profonde des classes dominantes et des groupes dirigeants, le déclin irréversible des mouvements nationalistes petits-bourgeois réformateurs, l'essor et la maturation d'avant-gardes nouvelles, ou bien ne se seraient pas encore produits, ou bien n'auraient pas connu une telle ampleur et des rythmes aussi rapides. Même en Asie et en Afrique les leçons de la révolution cubaine ont laissé des traces considérables et ont contribué a la formation et au développement de mouvements et de cadres révolutionnaires. C'est ,encore plus vrai pour les pays capitalistes développés, notamment d'Europe occidentale, où, c'est bien connu, les mobilisations pour la défense de la révolution cubaine ont marqué une étape de la montée des avant-gardes dans les nouvelles générations qui ont deterle plus tard sur l'arène politique en mai bo en France eu en 1968-1970 erital Internationale n'a

Quatrième aucune raison de minimiser ce que Cuba a signifié pour elle : notamment en France

JCR sans Cuba et sans Guévara, la n'aurait pas connu un essor aussi rapide et la Ligue Communiste ne serait pas ce qu'elle est actuellement.

2) - Grâce à la révolution cubaine, non seulement des couches d'avant-garde relativement restreintes, mais surtout de Laries marges drameie de de plane de larges masses d'ouvriers, en marge du processus de production ont pris conscience des différenciations et des oppositions politiques et sociales fondamentales et de la possibilité de tout-puissant immerialisme battre l'ennemi numéro nord-américain. Une telle affirmation peut paraitre aujourd'hui un lieu commun, mais aucun militant qui a vécu l'expérience latino-américaine avant Cuba ne minimisera la portée du changement intervenu.

En même temps, la révolution cubaine a soumis à une vérification pratique tous les débats sur la nature de la révolution en Amisins consideraient comme stériles de Amérique Latine, que pas mal de scolastiques. Contrairement aux conceptions défendues par les staliniens, les réformistes et les centristes de tout caracter expérience vivante a démontré le acabit fallacieux et arbitraire de l'hypothèse d'une é tape démocratico-bourgeoise, nettement distincte de l'étape socialiste de revolution, ainsi que de la nécessité et de la possibilité d'une alliance avec bourgeoisie dite nationale. La révolution cubaine a révélé très rapidement sa nature de révolution permanente qui en rompant non seulement avec l'impérialisme, mais aussi avec les classes dominantes indigènes, y compris la bourgeoisie

« nationale », transcroissait sans solution continuité dans révolution socialiste. Paradoxalement, mais le paradoxe n'est qu'apparent, cette transcroissance se produisait avant même que ceux qui la stimulaient en aient eu clairement conscience.

3)- La victoire de l'Ejercito Rebelde était une confirmation supplémentaire de l'absurdité de toute théorisation sur les

« voies démocratiques » ou « pacifiques »

(encore plus risible pour des pays où n'existaient même pas de véritables institutions parlementaires, dont la présence en Europe occidentale peut fournir des justifications aux tenants des conceptions opportunistes). Elle impliquait aussi des ensepossibles d'une précis sur les formes rupture révolutionnaire dans le contexte latino-américain donné. Sur ce terrain, les discussions ont été vives dès le début et se poursuivent maintenant, même si polémique est entrée dans une nouvelle phase.

C'est à juste titre que les dirigeants cubains, Che Guevara en premier lieu, ont repoussé la thèse de l'exceptionnalité de la révolution cubaine. En pratique cette thèse etait l'écran derrière lequel cachaient non seulement staliniens, réformistes et centristes, dont constructions s'étaient lamentablement écroulées, mais aussi tous ceux qui, sur le papier et dans des termes très generaux, se declaraient pour la lutte armée sans en tirer toutefois les conclusions qui s'imposaient sur les tâches militaires spécifiques du mouvement et sur le choix concret des méthodes. Autrement dit étaient mises en échec toutes ces attitudes routinières conservatrices qui, en dernière analyse, se fondaient sur une utilisation mécaniste d'analogies historiques et une conception spontanéiste de la montée révolutionnaire des masses et de l'insurrection pour la prise du pouvoir.

L'issue victorieuse de la lutte révolutionnaire à Cuba, en dépit de toutes les interprétations superficielles et unilatérales. L'existence d'une avant-garde même faible a confirmé en outre que au début, mais qui, dans un contexte pré-révolutionnaire ou révolutionnaire, est capable d'exprimer clairement les intérêts et les aspirations des masses et d'établir des liens effectifs avec au moins certaines décisive du succès. Sous des formes tout à couches. est la condition fait spécifiques et qui pourront s'avérer mesure uniques, la révolution cubaine au-delà s'inscrit en faux contre toute négation essentiel de la conception léniniste du parti.

4) - L'attaque de l'impérialisme a stimulé très vite la dynamique de révolution permanente de la révolution cubaine sur le plan international. C'est surtout à partir de cette attaque en effet, que le groupe dirigeant a compris que seulement en s'intégrant dans le processus mondial de la révolution, Cuba pouvait échapper à l'étouffement et au danger d'une agression militaire. Par conséquent il a commencé à établir les alliances indispensables avec les autres Etats ouvriers, en s'efforçant de faire bloc avant ligne l'impérialisme, et gardant substantiellement son (indépendance politique tace aux plus puissantes directions bureaucratiques. même temps, ce qui est encore plus significatif,

QUATRI il a assumé vigoureusement le rôle de orte-drapeau de la révolution atino-américaine dans son ensemble.

L'entreprise de Che Guevara en Bolivie, au-delà des appréciations sur les choix et les méthodes spécifiques, a été l'expression la plus spectaculaire de l'orientation internationaliste des révolutionnaires cubains, lucidement conscients que leur sort est indissolublement lié au sort de la révolution à l'échelle du continent.

II La portée historique de la révolution cubaine et les mérites incontestables de

Fidel Castro, et du groupe dirigeant autour de lui ne sauraient amener les révolutionnaires à mettre une sourdine sur les limites, les contradictions, les tendances potentielles négatives qui elles, découlent des conditions objectives ou de carances . d'ordre subjectif. Encore une fois limitons-nous à des rappels synthétiques.

1) - En règle générale, les nouveaux rapports de production ont assuré un developpement économique considérable, permettant une amélioration très substantielle du niveau de vie global des masses entre autres par l'élimination du fléau du chômage, du sous-emploi et par l'alphabétisation et la scolarisation généralisée. Toutetois, le sous-développement au départ, toutes les séquelles des conditions typiques d'une société arriérée (insuffisance du niveau technique, culturel, nombre limité des cadres et des spécialistes, survivance de mœurs propres une société pré-industrielle, etc..). et le blocus impérialiste ne provoquer des difficultés et des tensions pouvait pas ne pas tres graves, determinant en même temps une dépendance économique inévitable ar rapport à Union Soviétique. Les insuffisances dans l'élaboration systématique de projets et de plans économiques, l'accent excessivement mis, économiques, l'accent excessivement mis, surtout certaines, périodes, sur des conceptions volontaristes, l'adoption de certaines mesures outrancières d'expropriation dans le secteur de la listribution, dont les conséquences érieuses sur le plan économiaue son incontestables et dont la justification socio-économique semble douteuse, quelques concessions à l'utopisme dans la conception de la phase de transition du capitalisme au socialisme et au communisme, la sous-estimation des stimulants matériels, tout cela a aggravé les conditions objectives, contribuant à la faillite de la zafra des dix millions de tonnes et aux tensions qui se sont créées plus généralement au cours de la dernière année.

2) — Cuba n'a pas subi un processus de dégénérescence bureaucratique semblable à celui dont ont souffert - sous des formes variées - les Etats ouvriers d'Europe orientale et d'Asie et le régime a

EME INTERNATIONALE pu se baser sur des puissantes mobilisations des masses. Mais tendance qui s'est manifestée dès le début à prolonger et même à théoriser des rapports politiques et institutionnel:

luides - dont le rapport direct entre l leader et les masses était le couronnement - ne pouvait pas ne pas avoir à la longue implications très négatives. d'autres termes a fait défaut à Cuba une structuration du pouvoir révolutionnaire de nature soviétique, à savoir un pouvoir fondé des organismes révocables à tout moment, coordonnés de la base au sommet, de la périphérie au centre, tels qu'ils assurent effectivement la gestion du pouvoir par les masses ouvrières et paysannes.

groupe dirigeant a permis pendant longues années que les syndicats instrument irremplaçable pour la défense des intérêts des travailleurs même dans la Pemprise des vieux bureaucrates du PSP, de transition - restent reléguant même généralisations hâtives à une fonction essentiellement productiviste-propagandiste. Finalement, l'affirmation de la nécessité construire un parti marxiste-léniniste, accompagnée commencement par tentatives originales pour contrecarrer les dangers de pureaucratisation, ne s'est traduite dans la pratique que dans une mesure absolument insuffisante : entre autres symbolique que, douze ans après la du parti n'ait pas Dans ces conditions il était difficile pour l'avant-garde du prolétariat d'accomplir réellement ses tâches ; plus généralement, la classe ouvrière n'a pu jouer que tres partiellement et par des médiations multiples son rôle hégémonique.

3) - L'absence de structures politiques démocratiques révolutionnaires d'ensemble, la carence des syndicats, les limites graves dans le fonctionnement du parti, ont laissé des vides qui sous une autre, allaient être sous une torme ou sous remplis. Ainsi, s'est créée progressivement couche de dirigeants et de fonctionnaires aux différents niveaux qui en pratique a élaboré ou appliqué, sur la base de ses propres interprétations et de ses intérêts plus spécifiques, les décisions prises en principe par le groupe dirigeant au sommet. Dans une situation qui, malgré les progrès historiques que nous avons rappelés, restait caractérisée par la Ponctions de direction étant confiées à il était inévitable que une couche restreinte, se produisent des conditions privilégiées et une mentalité liée à ces conditions. Il n'y a pas de doute que les différenciations sociales et les privilèges sont encore très limités, et en tout cas, qualitativement différents de ceux d'Union Soviétique, des démocraties populaires et même de Chine. Mais décalage existe et une dynamique sociale et politique dangereuse opère. Elle est d'autant plus dangereuse que les couches embryonnaires de la bureaucratie cubaine peuvent exploiter en leur faveur le rapport de forces au niveau international, Pluss précisément la convergence entre interets, leurs aspirations, et les intérets et les aspirations de la caste bureaucratique de l'URSS, qui pour des raisons bien connues est actuellement en condition d'exercer sur Cuba toutes sortes de pressions, sinon de véritables chantages.

4) - Les orientations révolutionnaires et anti-bureaucratiques du groupe dirigeant cubain, ses initiatives en Amérique Latine, ses polémiques avec les partis communistes et la direction soviétique elle-même, ont contribué puissamment à la crise du stalinisme et des organisations bureaucratiques du mouvement ouvrier international. Toutefois, aussi bien à cause de leur formation que des condtionnements qu'ils subissaient, les dirigeants cubains n'ont pas acquis — ou n'ont pas exprimé

June compréhension globale phénomène bureaucratisation des partis communistes et de degenerescence des sociétés de transition. Cette carence théorique a eu des implications pratiques sérieuses, et, si elle n'est pas surmontée à temps, en aura d'autres dans l'avenir. C'est pourquoi les marxistes révolutionnaires de la IVème Internationale posent nettement le probleme. Ainsi, le manque de clarté sur la nature des partis communistes a amene à plusieurs reprises les dirigeants cubains à nour des insur l'apport des sur possible de ces partis au developpement de la lutte révolutionnaire en Amérique Latine : l'exemple le plus dramatique en fut donné par les tentatives d'accord avec les communistes boliviens lors de la ruérilla l'analvse et de Che. • méthode Ainsi les carences en ce qui

•la nature des Etats ouvriers concerne bureaucratisés ont beaucoup contribué à la prise de position sur l'invasion de la l'chécoslovaque qul sest traduite, pratiquemen Moscou et des partis pratiquement, par un alignement aux côtés de communistes les plus conservateurs et les Blasiande astripeler 1ci Combien von pis n'avons pas attitude ans aussi bien de et es masses des attitude a nui au prestige et à l'intluence Etats ouvriers opprimées domination bureaucratique que dans les avant-gardes jeunes qui ont anime la nouvelle montée dans les pays capitalistes

En ce qui concerne plus industrialisés. Pattitude réticente du groupe dirigeant lus spécialement ces avant-gardes, castriste face aux événements de Mai 68 en France a aussi joué négativement.

5) - L'impulsion historique que la révolution cubaine a donnée à la révolution latino-américaine et l'aide que l'Etat ouvrier cubain a assurée aux révolutionnaires de ce continent ne sauraient faire oublier les données

ONALE 21 négatives qui sont à la base de la crise des rapports entre la direction castriste et une série de mouvements qui s'étaient inspirés du castrisme à l'époque de leur formation.

Sur le terrain des généralisations et des indications stratégiques, les cubains ont donné un aval à des interprétations erronees ou du moins unilatérales experience révolutionnaire - qui exemple les cubaine elle-même, par exemple interprétations mettaient une sourdíne sur l'influence de masse que Fidel Castro avait déjà avant débarquement , sur l'influence qu'a eu sur le développement de la lutte armée la présence d'un mouvement anti-Batista dans les villes, etc. En même temps, dans le but de rejeter - à juste titre — les théorisations opportunistes l'exceptionnalité de la voie cubaine, ils allèrent jusqu'à ignorer ou à sous-estimer sérieusement les traits spécifiques réels qui fort probablement ne se trouveront plus réunis dans la lutte révolutionnaire d'autres pays ; il suffit de rappeler, encore une fois, l'attitude d'une partie de la bourgeoisie latino-américaine qui considérait sans avenir le régime de Batista et qui espérait que Fidel Castro suivrait la courbe d'autres leaders mouvements révolutionnaires petits-bourgeois d'Amérique Latine son arrivée au pouvoir.

D'une façon analogue, tout en partant d'une appréciation fondamentalement correcte des tensions révolutionnaires au niveau du continent et de la nécessité incontestable de repousser les analyses des réformistes et des centristes, Cubains formulaient la théorie schématique ambigue foco, alimentant chez de nombreux militants courageux mais dépourvus de formation politique et coupés des masses illusion que l'expérience de la Sierra Maestra pourrait se répéter dès qu'un minimum de conditions « techniques » serait rempli. li est vrai que cette théorie a été exprimée sous sa forme la plus systématique et la olus explicite dans le petit livre de Régis Debray. Il est vrai aussi que des textes cubains plus ou moins de la même époque, notamment le rapport de la délégation cubaine à la conférence de l'OLAS, sont sensiblement différentsde ce texte, sur lequel d'ailleurs Guevara avait beaucoup de remarques à taire. n'empêche que le succès de Revolucion en la revolucion? fut déterminé par la publicité et par le soutien cubain, qu'il était légitime d'interpréter comme • une approbation. Ici, nous touchons encore une fois du doigt les conséquences négatives des carences dans l'élaboration dirigeants cubains, de leur empirisme communistes que lans la foe diat ondis que presque personne ne défend aujourd'hui, mais qui a provoqué au moment de sa parution de

QUA véritables ravages, était de nature à encourager au maximum les tendances aventuristes et spontanéistes qui s'étaient deja répandues en Amérique Latine après la victoire de Fidel Castro. Le prix payé par le mouvement révolutionnaire à la suite de ces erreurs ne peut pas encore être apprécié dans toute son ampleur, mais il s'agit en tout cas d'un prix élevé.

III Comme le souligne l'un des articles inclus dans ce volume (2), la révolution cubaine est entrée dans une phase cruciale où s'affrontente des conception des conceptions et des forces opposées. Cette a une dimension dappensi de fortes etiora les masses et les internationale, couches bureaucratiques embryonnaires à Cuba est influencé aussi par le rapport de forces au niveau mondial. A ce niveau, la forte bure doratige la pas puis ante le encore de très grandes ressources et de marges de manœuvre considérables. Seuls des bavards ou des ignorants peuvent sous-estimer les difficultés terribles d'une édification socialiste dans le contexte donné ; il ne faut pas oublier un seul instant qu'au-delà de toute dissimulation tactique éventuelle, l'impérialisme yankee reste sur le pied de guerre. Mais pour ceux qui rejettent la perspective d'une résignation à dégénérescence bureaucratique et d'un fléchissement opportuniste qui, en dernière analyset isoleraient le régime des masses rendrait l'ile plus vulnérable à des attaques impérialistes éventuelles, solutions sont presque dictées. Íl est nécessaire prolonger effort productif exceptionnel - c'est la seule voie pour garantir que les besoins du peuple solent progressivement satistaits ce qui implique une rationalisation dont l'augmentation de la productivité du travail est une condition sine qua non. Il est nécessaire de miser sur une mobilisation et une activisation constantes des masses, ce qui ne sera possible que restructuration profonde de l'Etat ouvrier dans un sens démocratique la révole tunaie et les révolutionnaire, permettra que la classe ouvrière masses en général participent effectivement à la gestion économique et à la direction politique du pays.

Les prises de position de Fidel Castro, surtout à partir du moment où il a dû enregistrer l'échec de la zafra des dix millions, indiquent qu'une partie au moins du groupe dirigeant est consciente des tendances qui opèrent et de la nécessité de mener une dure bataille dans la direction sus-mentionnée. La réorganisation des syndicats par des élections aux différents niveaux représente un premier pas: un renouvellement s'est produit justement dans le secteur où s'étaient retranchés des bureaucrates anciens et nouveaux. Sur le plan des formulations, ce qu'a dit Castro dans un discours récent (7 décembre 1970) en évoquant les expériences historiques de la Commune de Paris et des soviets pendant la révolution russe, est significatif : il y affirme notamment l'exigence de « formes de représentation multiples grâce auxquelles le citoyen est représenté dans des formes différentes » et perspective d'une structuration institutionnelle qui permette au peuple de

‹ participer par ses representants directs a l'élaboration des lois et des mesures di gouvernement révolutionnaire ». Si le groupe dirigeant œuvre résolument dans cette direction, sans remettre les echeances et en valorisant beaucoup plus que par le passé l'expérience historique désormais longue du mouvement ouvrier sur l'échelle mondiale, il contribuera à bloquer des tendances dangereuses et à crééer les prémisses d'une construction exemplaire du socialisme.

Il va de soi qu'une évolution positive sera conditionnée en même . temps par l'adoption d'une orientation correspondant aux nécessités du mouvement révolutionnaire latino-américain à cette étape. L'attitude des dirigeants cubains à ce sujet semble confirmer qu'ils s'imposent une conduite prudente qui prolonge la pause de réflexion. De toute façon il parait d'une part que certaines conceptions « débrayistes » ont été abandonnées ou mises de côté , d'autre part qu'il y a un effort très clair pour exploiter la situation créée à la suite du tournant au Pérou, de victoire d'Allende au Chili, l'avènement du pouvoir de Torres en Bolivie.

Aucun révolutionnaire ne saurait critiquer le gouvernement cubain pour ses tentatives d 'exploiter les différenciations et les crises dans le front de l'adversaire et de briser le blocus économique, militaire et diplomatique. Ce qui serait très négatif, c'est tout penchant à des théorisations allant dans le sens de concessions sportinatietes opportunistes pis encore, toute exigences d'une stratégie révolutionnaire à long terme à des nécessités conjoncturelles de la politique de l'Etat cubain. Dans le cas di érou par exemple, ll est normal que les cubains exploitent les marges que leur offre l'orientation du régime militaire actuel, mais il est inacceptable que l'armée péruvienne soit caractérisée de oublié tout ce qu'avaient expliqué les « révolutionnaire » qu'en fait soit textes de l'OLAS et Che Guevara sur la nature de la révolution en Amérique Latine et sur l'impossibilité de miser sur des alliances avec la bourgeoisie dite nationale.

En ce qui concerne plus directement la lutte de s révolutionnaires latino-américaine, la presse cubaine, apres de nouveau beaucoup de place à l'activite une période de réticence partielle armée, en premier lieu men Uruguay, tte organisations qui mènent la lutte armentine et Brésil

Get le discours de Fidel Castro du 26 juillet de l'an passé est allé dans le même sens. Mais c'est une redéfinition de la position cubaine à propos des orientations et des méthodes lutte révolutionnaires latino-américains attendent. Une attitude d'attente - qui, en fin de compte, si elle devait durer encore longtemps, signifierait le choix de l'empirisme spontanéisme — ne peut aucunement être solution d'une direction dont les responsabilités sont directement proportionnelles à son prestige et qui est elle-même vitalement intéressée à victoires révolutionnaires en Amérique Latine à des échéances proches.

post sc cinq moi Dans les cinq mois qui se sont écoulés après la rédaction de Cuba: un bilan nécessaire, des polémiques virulentes ont été déclenchées sur la situation à Cuba, surtout en relation avec l'affaire Padilla. Des militants s'interrogeront pour savoir s'il n'est pas nécessaire d'apporter des changements au bilan esquissé. Aussi nous-paraît-il utile d'ajouter ce qui suit.

Tout d'abord en ce qui concerne les - ne sauraient étonner. Les tensions et les contradictions énoncées lors de l'échec de

1970 avaient des racines si profondes que personne ne pouvait sérieusement escompter de spectaculaires changements à court terme.

Centains ont critiqué is dirie ants Certains ont critiqué les dirigeants cubains pour avoir l'augmentation de la productivité et adopté la ley contra la vagancia pour frapper l'absentéisme. Ces objections proviennent le plus souvent de gens qui oscillent entre l'ultra-gauchisme le plus irresponsable et l'utopisme pré-marxiste.

Nous sommes convaincus que la révolution cubaine n'a pas encore exprimé toutes ses potentialités. C'est pourquoi nous avons attiré l'attention sur les taches qu'à notre avis doivent accomplir les dirigeants cubains. C'est pourquoi aujourd'hui plus que par le passé, en fixant leurs perspectives et leurs orientations, les marxistes révolutionnaires latino-américains seront inspirés par la conscience que leur devoir est défendre leur action anti-impérialiste l'Etat ouvrier cubain, qui anti-impérialiste l'Etat ouvrier cubain, Aus ne cesse de représenter le défi le audacieux et le plus narquois à l'impérialisme le plus puissant de l'histoire du capitalisme.

(1) Comme Ta TVeme Internationale n'a pas manqué de le souligner à l'époque, le discours de Fidel Castro d'Août 1968, contenait aussi une critique assez serree des méfaits de la bureaucratie ce qui explique pourquoi il n'a

›as été publié à Moscou malgré le soutien qu'il apportait à l'invasion.

(2) Cf « Une étape cruciale pour la révolution cubaine ». riptum 's après

Il est difficile de concevoir comment

Cuba pourrait développer son économie et surmonter les conditions arriérées héritées de la période capitaliste sans élever substantiellement son potentiel de production et sans accroitre la productivité du travail. D'après les compte-rendus officiels, ce but est

Poumination des gaspillages de ressources à cette étape, avant tout par et par une utilisation plus rationnelle de la main d'œuvre. La ley contra la vagancia aussi a opéré dans ce sens, avant même d'entrer en application : selon des chiffres donnés par Castro le Premier Mai, plus de

100 000 personnes ont été nouvellement intégrées dans la production. Cela confirme que le problème était réel. Pour notre part, nous estimons que les explications données par les cubains sur les causes du phénomène sont en gros correctes. administratives même modérées, implique •Le recours à des mesures touiours des dangers (par exemple des abus pourraient découler de l'application aroyer det de drone pe to de l'article 12 qui prévoit

Mais cette considération générale ne peut aucunement faire ignorer la réalité du

QUATR problème de la discipline du travail, qui est particulièrement sérieux dans des sociétés de transition où l'essor de l'industrialisation implique l'intégration dans production moderne contingents massifs de travailleurs d'origine paysanne.

Certains passages de discours récents de Castro suggèrent que le groupe dirigeant autour de lui a maintenant une compréhension plus lucide et plus réaliste des problèmes qui se posent dans la phase transition. Castro a notamment expliqué qu'il ne fallait pas confondre phase socialiste et phase communiste attirant l'attention sur l'impossibilité d'assurer une égalité des salaires et sur la nécessité d'utiliser « certains ressorts »

(determinados resortes). d'autres termes c'est une utilisation des stimulants materiels qui est acceptee, sans renoncer aux stimulants politico-idéologiques. Cela implique non seulement la survivance d'inégalités de salaires, mais aussi concession de certains avantages aux travailleurs plus actifs et plus disciplinés, dont les familles ne jouiraient pas d'un revenu supérieur à un certain plafond (par exemple, l'exemption du paiement du quota prévu par la loi urbaine pour le logement). Le danger bureaucratisation inhérent à de telles différenciations sera limité au maximum dans la mesure où des limites et des critères seront fixés et respectés et où un contrôle démocratique réel d'en bas sera introduit.

Toujours au sujet des problèmes cruciaux de la phase de transition, les dirigeants cubains se sont posé à plusieurs reprises au cours des derniers mois le probleme de méthodes nouvelles d'éducation, surtout sous l'angle de l'unification entre la formation scolaire et la participation a la production. Des experiences remarquables sont en cours et Castro a évoqué le 25 avril les termes essentiels du problème : « Notre pays — a-t-il dit - doit adopter l'éducation universelle conjointe au travail universel. Il est clair que l'éducation universelle existe déjà à un niveau déterminé : cela concerne notamment la masse des jeunes. Maintenant, elle devra donner de grandes possibilités aux ouvriers. Si nous allons élargir de plus en plus les niveaux de l'enseignement et rendre l'enseignement de plus en plus universel, il est logique que la participation à la production doit aussi être universelle. C'est pourquoi nous affirmons qu'il faut réaliser la participation a la production à partir de a Secundaria Basica. C'est à partir d'ur age tel que nos jeunes doivent participer aux activités productives, parce que dans biens Pa ment et de intere des e matériels dont le peuple a entier » (1).

IEME INTERNATIONALE anisation ne restructuration Pobique et organisationnelle plusieurs discours de Castro après l'échec de la zafra de 1970, la ligne reste essentiellement celle que nous avons analysée dans un article précédent (2) : le organisations de masse. dans ce cadre, la but est de revaloriser et d'élargir les réorganisation des syndicats a poursuivie a la base (33815" avec un effort pour les réanimer sections syndicales ont été organisées, d'après

Fidel Castro) et la Fédération des

Etudiants Universitaires a été formée. A d'importantes occasions, de larges consultations populaires ont eu lieu avant l'adoption définitive de projets de lois (par exemple, dans le cas de la ley contra la vagancıa).

L'orientation internationale cubaine s'est précisée davantage selon les lignes suivantes:

* consolidation de bons rapports avec l'URSS et d'autres pays de l'Europe Orientale et, en même temps, effort pour améliorer davantage les rapports avec la Chine

* recherche d'une alliance de plus en plus ouverte non seulement avec le Chili d'Unidad Popular, mais aussi avec le Pérou de Velasco Alvarado (attitude prudente envers la Bolivie : « En Bolivie aussi il y a un processus révolutionnaire ... Nous n'avons pas pris position en ce qui concerne la direction de ce processus - a dit Fidel le 19 avril)

solidarité exprimée aux mouvements qui luttent en Amérique Latine, notamment en Uruguay, au Brésil, en Argentine de mais en meme temps, abstention toute appréciation politique précise, et, à plus forte raison, toute suggestion stratégique ou tactique.

Comme nous le disions au début, c'est l'attention des commentateurs politiques surtout le cas de Padilla qui a attiré et nourri les polémiques les plus âpres. A ce sujet, il faut avant tout répéter une fois de plus que nous contestons la légitimité non seulement des critiques des avocats de la bourgeoisie, mais aussi de celles qui proviennent d'intellectuels qui subissent emprise du maoisme. En effet , avec quel sereux peut-on se scandaliser de l'affaire Padilla lorsqu'on , a accepté sans fléchir aussi bien la ligne culturelle néo-jdanovienne des Chinois que les condamnations pendant la révolution culturelle de vieux dirigeants, accusés des pires forfaits, dénoncés formellement comme espions et agents du Kuomintang et de l'impérialisme depuis le commencement de leur activité politique? Pourquoi devrait-on accepter par exemple, les sermons d'un homme comme Bettelheim qui pontifie sans Saline at avale preste les vergogne, assommer les dirigeants cubains lui qui à l'époque de toutes les « autocritiques » des années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale et qui même aujourd'hui n'élève aucune objection contre les méthodes utilisées par le groupe dirigeant maoïste?

Cela etant clair, il faut dire très nettement que l'affaire Padilla est de nature à susciter des préoccupations légitimes. Nous avons une opinion négative sur ceux des poèmes de Padilla que nous connaissons, aussı bien du point de vue de leur valeur artistique que de leur contenu idéologique. Mais il ne s'agit pas d'un problème. qui soit à régler par mesures arrestations et des autocritiques lamentables. La pratique stalinienne qui consiste à distribuer genereusement l'épithète d'agent de la CIA ne se iustifie pas non plus. Que les dirigeants cubains aient estimé devoir utiliser de telles méthodes, voilà ce qui est alarmant, très alarmant, principalement pour ceux qui avaient salué avec enthousiasme leurs Bureausratisme et Setio den coation des pratiques propres du stalinisme. Nous ajouterons que certains passages de quelques textes récents,, dont la résolution du Congrès de l'Education et de la Culture, soulèvent aussi des problèmes. Nous faisons allusion, par exemple, à l'insistance sur le idéologique, à la déclaration de guerre à tout expression culturelle considérée comme étrangère à la société révolutionnaire cubaine. Nous faisons allusion aussi à la façon d'aborder le problème des homosexuels ou celui des extravagances adoptées par une partie de la jeunesse.

La polémique contre les intellectuels d'Europe Occidentale est elle aussi menée dans des formes très discutables. Nous n'avons pas. besoin de dire que l'effort pour émanciper la culture cubaine de toute emprise impérialiste est entièrement justitiée et qu'il est juste de repousser la prétention de certains intellectuels de s'ériger en « conscience critique de la société » à l'échelle mondiale. Mais ce qui n'est pas légitime, c'est de fourrer tout le monde dans le même sac, d'estomper ou d'oublier la distinction capitale entre culture impérialiste ou néo-capitaliste et culture d'avant-garde ; entre intellectuels qui suivent la mode et intellectuels révolutionnaires qui sont sincèrement consternés par la perspective que des méthodes qui ont provoqué de terribles ravages, dans le mouvement ouvrier international, s'imposent aussi à Cuba; entre exilés professionnels qui ne veulent pas revenir dans les lieux chauds et militants obligés de quitter leur pays temporairement pour échapper à une répression implacable. Dans un cas au celui de José Revueltas, fidel et ses amis devraient savoir que les critiques ne proviennent pas d'un bistrot parisien, mais d'une prison de Mexico.

De cette analyse rapide, la conclusion à tirer est que la lutte qui caractérise cette étape cruciale de la révolution cubaine reste ouverte et sera très serrée dans le proche avenir. Les données essentielles du problème - et du bilan que nous avons dressé — n'ont subi aucun changement qualitatif.

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