Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 50

Sous le drapeau de la Quatrième Internationale, 30 000 manifestants célèbrent le centenaire de la Commune

Quatrième Internationale, n° 50 · juillet 1971 · p. 13-17 · 1 541 mots

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« La Commune de Paris a ouvert l'ère historique des révolutions prolétariennes et socialistes. Elle nous offre le premier exemple historique d'une véritable dictature du prolétariat. Elle a permis à Marx et à Lénine de parfaire la théorie marxiste de l'Etat. Ceux qui ont fait avorter deux révolutions socialistes en France, celle de Juin 36 et celle de Mai 68, ne peuvent pas parler la tête haute devant le Mur des Fédérés. Il revient aux révolutionnaires qui œuvrent inlassablement pour la victoire de nouvelles révolutions socialistes en France centeaire de la commde de coltiv ne par le monde de célébrer le son œuvre. ». Par ces phrases prononcées lors de son discours de clôture de la manifestation internationale organisée à l'appel de la Ligue Communiste, des sections européennes de la IVème Internationale, et de Lutte Ouvrière, le camarade Ernest Mandel résumait bien le double symbole de cette commémoration, par 30 000 jeunes marxistes révolutionnaires venus des quatre coins d'Europe, du centenaire de la Commune de Paris. LE MEETING INTERNATIONAL

Cette commémoration avait débuté la veille au soir, le samedi 15 Mai, par un meeting international organisé dans l'enceinte de la Faculté des Sciences de Paris. C'est devant 10 000 personnes que, présidant le meeting, Henri Weber souligna dans son allocution introductive la signification profonde de cette manifestation. A l'heure où une

ONALE 13 peau de la iternationale tants célèbrent le la commune importante avant-garde ouvrière se dégage dans la lutte à travers toute l'Europe, il est essentiel d'affirmer l'existence d'un pôle marxiste révolutionnaire structuré, attractif, cohérent, capable de se lier profondément à l'avant-garde ouvrière et à la jeunesse en révolte et d'offrir des perspectives à leurs luttes. La puissance, le haut degré d'organisation, la discipline de notre manifestation devaient démontrer aux travailleurs avancés que, désormais, face au réformisme stalinien, un recours et une relève existent. Prenant ensuite la parole, François Duburg de Lutte Ouvrière, après s'etre felicite du succès du meeting, développa les theses de son organisation. Le meeting accueillit par une immense ovation l'annonce d'un orateur bengali, porteur d'un message des militants communistes révolutionnaires du Bengale Oriental en lutte contre les hordes de Yahia Khan. Le camarade du Bengla Desh dénonça les atrocités commises par les troupes pakistanaises au

Bengale et fustigea l'aide matérielle et politique que prodiguent aux assassins la bureaucratie soviétique comme la bureaucratie chinoise. C'est dans un silence impressionnant qu'ensuite l'assistance écouta pendant plus d'une demi-heure le discours en anglais du camarade Upali, membre de la section ceylanaise de la . IVème Internationale. Il fit le point sur l'essor des luttes à Ceylan, en Inde et dans tout le sud-est asiatique.

Enfin Daniel Bensaid devait conclure ce meeting en dressant le bilan du mouvement ouvrier révolutionnaire en ce centième anniversaire de la Commune.

Soulignant la faillite totale de la

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QUATR bureaucratie soviétique devenue une des principales forces de conservation sociale dans le monde, les limites de la direction maoïste attestées par la politique de la

Chine Populaire à l'égard de Yahia Khan et de Bandaranaïke, l'évolution inquiétante de la direction cubaine illustrée par l'affaire Padilla, l'orateur de la Ligue Communiste affirma qu'il n'est pas d'autre voie que de construire la IVème Internationale sur la base du marxisme révolutionnaire dont elle est seule porteuse. 30 000 MANIFESTANTS A BELLEVILLE

Le lendemain, dimanche 16 Mai, vers 15 heures, plus de 30 000 manifestants se massent dans le quartier de la Place des Fêtes, sur les hauteurs de Belleville qui furent le cœur de l'héroïque résistance des Communards.

Le cortège se caractérise par un décorum sans précédent : chaque cellule, chaque comité rouge, ont confectionné leurs banderoles, leurs drapeaux. En tête, les portraits géants de Marx, Lénine, Trotsky, et la banderole de la lVème Internationale. C'est un véritable fleuve écarlate qui submerge Belleville ...

Qui sont ces manifestants si parfaitement organisés ?

Il y a plus de 3000 militants venus d'autres pays: 1500 sont venus directement avec les sections de la IVème Internationale; les autres, par leurs propres moyens, prévenus par la presse des sections, par les affiches.

Il y a plus de 10000 militants de province. Il y a les militants de Lutte Ouvrière formant un cortège compact de 2 à 3000 manifestants. Il y a enfin la masse énorme des militants et des sympathisants parisiens. Beaucoup sont organisés par la Ligue ou en contact direct avec elle. Mais nombreux sont ceux qui sont venus au vu des affiches, des tracts, des feuilles d'entreprises, largement diffusés les jours précédents.

En fin de parcours, le cortège traversa le cimetière du Père Lachaise en sifflant l'Internationale et le Chant des Martyrs et, tandis que les militants défilaient interminablement devant le Mur des Fédérés, une gerbe en forme de faucille et de marteau, frappée d'un sigle « 4 » y fut déposée.

Le meeting final rassembla l'ensemble des manifestants massés devant la porte prieriale dour modire, que skie ta principale du cimetière. Alain Krivine IVème Internationale pouvait organiser

LEME INTERNATIONALE aujourd'hui un tel rassemblement, qui est en lui-même une réponse aux calomnies des staliniens et des sceptiques. François Duburg de Lutte Ouvrière revint sur l'enseignement historique de la Commune. Enfin Ernest Mandel prit la parole. Interdit de séjour en France, il fut accueilli aux crise de « les frontières, on s'en fout ! ». Il rappela ce que représentait pour les révolutionnaires la Commune de Paris et tira les enseignements de cette manifestation quant à la force actuelle de l'Internationale. USURPATEURS ET PALES IMITATEURS

Après une telle démonstration de force, les autres organisations politiques de gauche et d'extrême-gauche se devaient de faire bonne figure ... ce qu'elles tentèrent de faire avec beaucoup d'efforts, reconnaissons-le, mais en ordre dispersé, le week-end suivant ...

Le samedi 22 Mai au matin, la CFDT appelait à un cortège distinct. Ce fut l'occasion pour le PSU, le Secours Rouge, bientôt suivi de tous les groupes maoïstes, spontex, etc., de montrer les forces vives de ce qu'ils appellent le « nouveau mouvement ouvrier ». La CFDT avait fait de la répression le thème central de la manifestation. Les tracts d'appel ne faisaient même pas mention des luttes en cours, notamment de la grève RENAULT. Aussi la Ligue Communiste n'a-t-elle pas participé à cette opération ultra confuse. La droite de la CFDT voulait tirer profit de cette manifestation à des fins anti-communistes ... Que le PSU, le Secours Rouge et les autres le veuillent ou non ils se sont prêtés à cette opération et ont fourni une arme de choix aux bureaucrates staliniens de la CGT, trop contents de pouvoir faire leur amalgame traditionnel entre opposants de gauche et opposants de droite. Les groupes maoïstes et autres qui développent de longue date des thèmes anti-syndicaux et nous reprochent de ... « coller au cul des réformistes » ont défilé derrière la CFDT. 'Avec le PSU, ils espéraient en un cortège massif. Las ! ... Les ambigüités de l'opération étaient telles que ce fut un échec cuisant, puisque le cortège ne regroupa guère plus de 4000 participants, de l'aveu des organisateurs eux-mêmes ...

Ce même samedi, mais l'après-midi cette fois, eut lieu un autre défilé qui allait être l'occasion d'un spectacle pour le moins inhabituel. La social-démocratie, héritière de toutes les trahisons du mouvement ouvrier, commémorait la Commune. Les dirigeants de Force Ouvrière, de la FEN et du Parti Socialiste, se sentaient soudain des âmes de Communards. Ces Versaillais avaient reçu un renfort de poids puisque Pierre Lambert, dirigeant de l'OCI, ne rechignait pas au coude à coude avec le grand dirigeant ouvrier Jules Moch (qui, comme chacun sait, s'est affirmé lors de son passage au ministère de l'intérieur comme le briseur de grèves le plus brutal et le plus efficace de la IVème République), et avec les représentants les plus patentés de la Franc-Maçonnerie ...

Cette manifestation organisée par les débris de la gauche anti-communiste n'avait qu'un but: concurrencer la manifestation du PCF le lendemain. Sur ce terrain, malgré l'apport « massif » des lambertistes, le résultat ne fut guère concluant : 7000 manifestants tout au plus ...

Le lendemain après-midi, le Parti Communiste avait mobilisé pour ce qui devait être « la plus grande manifestation de commémoration de la Commune ». C'était la Commune que le PCF

ONALE 17 enfouissait profondément: il avait le matériel ad hoc puisque les drapeaux tricolores, des égorgeurs versaillais, dominaient largement le défilé.

La manifestation dans l'ensemble manquait singulièrement de dynamisme et d'enthousiasme. Même numériquement le PCF n'avait pas déplacé les grandes foules. S'il était long, le cortège était également lâche et fort espacé et regroupait tout au plus 50 000 participants, ce qui est fort peu pour le PC. D'autant que cette fois, il est difficile de l'accuser de n'avoir pas mobilisé sérieusement. La campagne hystérique d'injures et de calomnies qui avait suivi notre manifestation de la semaine précédente ne laisse aucun doute à cet égard.

Quatre manifestations donc ont marqué à Paris le centenaire de la Commune. Une seule était une manifestation de militants communistes, une seule par ses mots d'ordre, son enthousiasme, son ampleur, était digne du combat des Communards. Elle s'est faite sous le drapeau de la IVème Internationale.

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