« Le militantisme des paysans ne s'est pas affaibli même légèrement... Ils sont maintenant totalement préparés à la lutte prolongée, s'organisant en coopératives pour les travaux de ferme... Jour après jour, des contributions financires leur proviennent de toutes les parties du pays, et le Hantai-domei n'a aucune difficulté financière. les organisations paysannes, les unes après les autres, ont offert leur solidarité militante, et même une mobilisation de milliers de paysans est arrivée de la. préfecture d'Ibaragi ( au nord de la préfecture de Chiba où se situe Sanrizuka
La jeune direction du Hantai domei projette national des paysans. Ils sont tout à fait décidés avec enthousiasme d'organiser un comité et prêts au combat prolongé. L'heure zéro est encore à venir ».
Ceci est une citation du numéro du 19 mars de Asahi Janaru,magazine hebdomadaire de qualité à audience nationale, qui parle de la combativité des paysans en lutte de l'Hantai-domei Ligue des Paysans de Sanrızuka-Shibayama contre le nouvel aéropage international de Tokyo ).
Le 22 février le gouvernement préfectoral de Chiba, aux ordres du gouvernement Sato, commença la premire « expropriation obligatoire » des terres contre l'opposition paysanne afin de terminer un projet de piste de
1 ) Peu après la décision de constuire l'aéroport de Sanrizuka, deux groupes de villageois apparurent qui donnèrent leur « accord conditionnel » et le Kodané tait kilomètres pour l'aéroport à environ 65 kilomètres à l'Est de la capitale. En fait le Kodan ( Compagnie Publique du Nouvel Aéroport International de Tokyo ) était déjà parvenu à ce moment là à s'approprier plus de 99% des terres nécessaires à l'aéroport. Il restait seulement 3,5 hectares sur un total de 5 500 encore à exproprier ( 1 ). L'expropriation cette fois-là, ne concernait que 0,15 hectares, situé au bout d'une piste en construction. Pendant les trois premiers jours de la procédure légale le gouvernement préfectoral, élections aux administrations et assemblées locales des 11 et 25 avril, répugnait à imposer une répression violente contre l'opposition, et restait réservé face à la forte combativité de la population en lutte. Il joua un jeu, établissant un « armistice » de deux jours à la fin de février après avoir montré la volonté du régime de faire disparaitre l'opposition du 26 février en utilisant la « police d'émeute » forte de 3 000 hommes. Le 2 mars, lorsque le gouverneur, avec l'approbation du Premier Ministre Sato, avança une première tentative sérieuse, plus de 3 000 « spectateurs », sympathisant avec l'opposition populaire, empêchèrent la police d'avoir les mains libres pour attaquer violemment les paysans. Ils se tenaient sur le chemin de la police et lui lançait même des pierres, appuyés parvenu à s'approprier plus de 99% des terres nécessaires le 20 octobre. 1 969, lorsque commença la construction:
QUATR par des militants ouvriers et étudiants qui étaient venus se joindre aux paysans en lutte.
Cependant, le gouvernement mobilisa plus de
3 000 policiers chaque jour du 3 au 6 mars, sauf pendant l'armistice du 4 mars, et empêcha astucieusement les masses sympathisantes de s'approcher près de l'endroit de l'expropriation
La police renforcée par des « gardes » loues par le Kodap détruisit, après de violentes charges les barricades solidement construites et fit évacuer les paysans qui s'étaient enchaînés aux arbres et aux piquets. Les paysans révolutionnaires ainsi que les militants ouvriers et étudiants brûlèrent des tonnes de pneus usagés, répandirent du miel, lancèrent des cocktail molotov et combattirent héroiquement avec des lances en bambou. Beaucoup furent blessés et la police bloqua même ceux qui essayaient de leur porter secours médicalement
(2).
Le 6 mars, alors que le gouvernement préfectoral de Chiba et le Kodap affirment que i « expropriation » est achevée, l'opposition avait subi 461 arrestations ; 821 personnes étaient blessées, alors que le « Hantei-domei » avaıt mobilisé environ 3 000 journaliers aux paysans en lutte. La section Japonaise de la
/Vème Internationale envoya environ 1 500 révolutionnaires, parmi lesquels de nombreux furent arrêtés.
Bien que l'on prétende que l' «expropriation obligatoire » est terminée, l'opposition n'est aucunement défaite, car le Kodap ne peut pas commencer les travaux de construction sur les terres qu'il affirme avoir expropriées. Le
Hantei-domei s'est réellement préparé à la situation présente en construisant plus de 50 tranchées souterraines pour résister combattre jusqu'au bout. Même les forces armées impérialistes durent renoncer à les prendre par peur de tuer ces paysans qui y restaient au risque de leurs vies. A partir du 7 mars, paysans et militants renforcèrent ces forteresses. Ils disposaient d'une large sympathie nationale. Comme il est dit au début de l'article, cette lutte ne sera pas vaincue sans avoir donné des coups fatals au régime impérialiste et capitaliste en Extrème Orient.
La lutte de Sanrizuka a trois aspects :
1 / la lutte des paysans pour protéger leur droit de vivre contre l'exploitation capitaliste ;
2) une lutte révolutionnaire contre une base militaire;
3) la lutte des citoyens pour protéger leurs vies quotidiennes des destructions de
2) Depuis le début de la lutte, il y eut de nombreux affrontements violents entre l'opposition et les forces de police. Plus de 3 000 personnes furent arêtées, plus de mille bléssés avant même l'affrontement de février-mars 1971. Des dizaines de personnes durent rester à l'hôpital plus de six pois six mois.
3 ) C'est un fait très important que les femmes des paysans participèrent très largement à la lutte. Elles disent qu'elles ont
LEME INTERNATIONALE l'environnement provoquées par l'aéroport.
Depuis 1966, lorsque le gouvernement décida que Sanrizuka serait le site d'un nouvel aéroport international utilisé par des avions
SST, la lutte des paysans s'est développée comme une lutte contre l'exploitation capitaliste de la vie des paysans. Naturellement c'était un mouvement de défense de l'exploitation agricole privée. Mais bientôt le mouvement alla au delà du caractère petit-bourgeois de protection de la propriété privée, surtout lorsque le régime impérialiste et capitaliste tenta d'imposer les intérêts des capitaux impérialistes aux paysans. Déjà en 1965 de jeunes paysans, très souvent fils et filles de fermiers assez aisés, commencèrent à se placer à l'avant-garde de la lutte, en déclarant qu'ils étaient paysans et qu'ils ne pouvaient être autre chose. Ceci doit être compris à la lumière du fait que toute la jeune génération de la partie rurale du pays tend à quitter les villages pour s'installer à la ville après avoir fini leurs études secondaires ( 4).
La jeune génération de Sanrizouka apprit pratiquement à travers le processus de la lutte que d'être citadins ne signifie rien d'autre que d'être plus étroitement organisés dans le système répressif du néo-capitalisme auquel ils voulaient échapper en quittant les villages. Ils exprimaient par conséquent tout à fait clairement leur refus absolu du cadre impérialiste, losqu'ils déclaraient être des paysans. Ils parlent très souvent de leur amour de la « terre », opposé à l'idéologie capitaliste matérialisée par la prospérité économique. Leur refus de l'idéologie bourgeoise traditionnelle est clairement montré quand ils affirment être obiligés de lutter contre la construction d'un aéroport. Ainsi la lutte des paysans pour défendre leur droit de vivre contre l'exploitation capitaliste est fermement liée au phénomène mondial de la radicalisation de la jeunesse, surtout pour les paysans de la jeune génération de Sanrizuka. Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles les paysans de Sanrizuka ont recherché la solidarité avec les jeunes radicalisés des campus universitaires.
Les paysans de Sanrizuka, à travers la coopération et la lutte en commun avec les militants étudiants, ont acquis la compréhension politique de ce qui se passait. Ils apprirent que l'actuel Aéroport International de Tokyo à Hanéda, dont le gouvernement leur a dit qu'il était trop petit, était utilisé militairement par les forces aériennes américaines et japonaises pour soutenir la guerre au Vietnam. Ils surent qu'ils devaient obtenu le droit complet de s'exprimer dans la lutte pour la première fois de leur vie.
4) L'agriculture japonaise est dite « Sanchan-Nogyo », c'est-à-dire une agrial tur e dont s'occupent les vieillards et les fenm es, pendant que les jeunes et les paysans eux-mêmes vont à la ville travailler comme ouvriers ( dans un grand nombre de casils ne reviennent jamais chez eux et sont tués dans des accidents du travail au lieu de construction refuser de céder leurs propres terres a l'impérialisme et ils déclarèrent qu'ils étaient totalement pour le FNL vietnamien ( 5 ). Aussi depuis 1968 les paysans en lutte de Sanrizuka peuvent être placés parmi les mouvements de masses d'avant-garde contre le traité de sécurité américano-japonais et pour le retour d'Okinawa au continent.
Dans ce processus les paysans ont aussi appris le caractère réformiste de Sohyo, du Parti Socialiste et du Parti Communiste japonais. Ils savent maintenant que ces partis ne sont pas révolutionnaires et qu'ils doivent se ranger aux côtés des jeunes radicalisés anti-impérialistes représentés par les trotskystes.
L'aspect de la lutte des citoyens pour protéger leur vie quotidienne Contre la destruction de l'environnementçomme on l'a vu récemment. Bien sûr, les habitants des villages et des villes proches ont eu peur du bruit au décollage et à l'aterrissage des avions, surtout du bruit insupportable des SST. II est vrai qu'au début ils ne pouvaient comprendre dans quelle mesure les conditions de vie seraient détruites par le nouvel aéroport et les avions, de même que par les différentes formes de circulation allant et venant à l'aéroport (6). Mais des luttes de masse contre la polution de l'air et de l'eau et la destruction de la nature,se sont nationalement développées surtout depuis le milieu de 1969, et les paysans de Sanrızuka en sont venus à savoir combien les habitants des villes voisines de l'Aéroport International d'Osaka, à Itamié ont eu à souffrir du bruit, des gaz et de l'essence des avions, etc. ( 7 ). Ils en sont venus à connaitre combien il est terrible de souffrir de la « Maladie Minamata » provoquée par les composés organiques du mercure déversés par une importante usine de produits chimiques de Shin Nihon Chisso ( Nouvelle Industrie Chimique Nitrique du Japon ). Ils ont appris les nombreux cas de pollution de l'air et de l'eau, provoquant tres souvent des maladies, quand ce n'est pas la mort. Ils refusent clairement d'être sacrifiés aux intérêts du grand capital, surtout à parler d'ouvernement lorsque le gouvernement commence projet « d'industrialisation » des régions autour de l'aéroport ; parce qu'il est clair que Sanrizouka et ses environs, bénéficiant autrefois de la nature, seront privés dans deux ou trois ans de toute forme de nature salutaire; on leur donnera à la place unair empoisonné coloré et poussiéreux exactement comme à Kashima, à 80 kilomètres à l'est de Sanrizuka, à Yokksichi où beaucoup de gens souffrent de l'asthme, et
6 ) Dons, en un sens, la lutte de Sanrizuka a un caractère commun avec les luttes contre la construction de nouveaux aéroports.
7 ) L'aéroport International d'Osaka est situé au milieu d'une zone résidentielle dans la banlieue d'Osaka et est un cas représentatif des nuisances causées au public par un aéroport.
8 ) Bien qu'il y ait de nombreux cas de ce genre au Japon, la « Maladie de Minamata » est une des quatre plus grandes maladies provoquées par la « pollution accidentelle de la dans de nombreux cas semblables au Japon .
Même des élèves du primaire et du secondaire se sont organisés pour combattre le nouvel aéroport. Ils exposèrent même la complète banqueroute du système d'éducation impérialo-capitaliste en posant une question à leurs propres enseignantsqui en étaient venus à les « persuader » d'assister à l'école plutôt que de rejoindre la lutte, question à laquelle ils furent incapables de répondre : « Pourquoi vous les professeurs, n'osez-vous pas vous battre contre l'aéroport pour défendre des conditions d'études valables pour nous ? ». Ces élèves apprirent en vérité beaucoup plus qu'il ne leur avait été donné de le faire à l'école. En fait le Shonen-Kodotai ( Groupe d'Action des Elèves ) fut une partie de l'opposition parmi la plus forte et la plus militante ainsi que le Seinen-Kodati ( Groupe d'Action des Jeunes ) organisé par les plus âgés du cycle secondaire.
Les trois aspects de la lutte de Sanrizuka représentant directement les caractères fondamentaux de la radicalisation de la jeunesse phénomène mondial, le soutien des masses et la lutte solidaire des masses laborieuses, doivent se développer plus avant. Le pays semble maintenant entrer dans une autre étape de la montée révolutionnaire pour la première fois depuis 1968-69. La classe ouvrière surmontant la bureaucratie syndicale et la position centriste de gauche représentée par le Kakushiu- Kaigi ( Comité d'Osaka pour la Radicalisation du Mouvement Ouvrier ) ( 9), va maintenant se mobiliser sur des mots d'ordre strictement révolutionnaires contre l'exploitation capitaliste. L'augmentation des salaires n'est plus la revendication essentielle des jeunes radicalisés qui représentent le sentiment aénéral des travailleurs. Ils luttent pour le contrôle ouvrier, dépassant les structures bureaucratiques des syndicats, dans les différentes luttes recemment dans le pays. Les étudiants construisent leurs luttes d'abord autour du problème de l'enseignement médical dont la dégradation et l'échec complets ont été montrés au public par le scandale de l'examen d'entrée. Les luttes contre le projet de loi d'immigration proposé par le gouvernement visant à réprimer les Coréens et les Chinois vivant dans le pays, et les luttes d'Okinawa seront les fers de lance de l'agitation à venir, ainsi que les luttes révolutionnaires de
Sanrizuka contre la construction d'un nouvel aéroport. La Section Japonaise de la lVème
Internationale sera toujours à l'avant-garde des luttes.
Nature » avec la Mercuralisation de la Rivière
Agano, dans la Préfecture de Niigata ( c'est médicalement le même cas que la Maladie de
Minamata ), la Maladie Itai-Itai ( toxicose du calcium ) dans la Préfecture de Toyama, et l'asthme Yokkaichi provoqué par une importante pollution de l'air due au complexe chimique pétrolier à Yokkaichi près de Nayoya.
9) Voir Workers Prepare for Spring
Offensive par Susumu Okatani, IP no9, 8 mars
1971 p.209.