Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 49

Après 7 ans de dictature militaire, la gauche révolutionnaire au Brésil

Eduardo Pinheiro et J. Mattos · Quatrième Internationale, n° 49 · mai 1971 · p. 31-36 · 4 217 mots

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Nous avons mis à jour les contradictions profondes qui minent le capitalisme sous-développé brésilien (1). Malgré sa relative stabilisation, la dictature militaire est incapable résoudre les contradictions sociales et politiques engendrées par le régime défend, et de résorber ainsi le d'exploitation et d'oppression qu'elle mécontentement et la révolte des masses populaires. OU EN SONT LES REVOLUTIONNAIRES ?

Pourtant le régime ne s'écroulera point automatiquement sous le seul effet de ses contradictions. Une directior révolutionnaire capable d'intégrer les différents fronts de lutte dans la perspective du renversement du système à travers une guerre révolutionnaire prolongée est nécessaire.

La seule maturation des conditions objectives sans la cristallisation de forces subjectives capables d'intervenir consciemment dans une telle situation metable. Dans de sens, le vote deise n'assure révolutionnaire dans l'évolution ultérieure de la situation politique est la constitution de cette direction révolutionnaire, de cette (1) Voir Quatrième Internationale, No 48.

avant-garde révolutionnaire, tâche prioritaire de tous les militants révolutionnaires conséquents.

Evaluer le chemin parcouru dans le sens de la construction d'une telle direction révolutionnaire au Brésil suppose l'examen de l'état actuel de l'extrême-gauche brésiliennef if férentes de la place qu'y occupent les organisations de la gauche révolutionnaire, bref de faire le point sur les forces subjectives telles qu'elles existent aujourd'hui.

La gauche révolutionnaire brésilienne se présente aujourd'hui sous la forme d'upes. Nous poue dis dan date de par de générale, elles ont surgı dans la toulee de la Révolution cubaine, a la suite des répercussions au sein des organisations traaitionnelles de la gauche (le stalinisme et le nationalisme), de la crise du mouvement communiste officiel accélérée par les formulations de la direction castriste et, dans une moindre mesure, par le conflit sino-soviétique. Mais, de taçon plus précise, ces organisations se forment comme conséquence du bilan de faillite de la politique réformiste du stalinisme et du nationalisme. Ce bilan a été tiré par de nombreux militants après la défaite qu'a été le coup d'Etat militaire de 1964, qui a pu se réaliser sans une véritable riposte de masse.

Ces organisations se sont formées par un processus extrêmement complexe de ruptures, de scissions et de rentemente PARTI COMMUNISTE ont touché non seulement le BRESILIEN officiel de PRESTES, mais aussi des secteurs nationalistes de gauche (comme ceux liés à l'ex-gouverneur de l'Etat de Rio Grande do Sul LEONEL ainsi que la POLOP BRIZOLA) (2), Organisation Révolutionnaire Marxiste -Politique Ouvrière) (3), la principale organisation à la gauche du PCB avant rop est postile de diager qualques et l'AP (Action Populaire),

Best possible de dégager quelques tendances ou courants principaux qui permettent de mieux comprendre le complexe tableau actuel de l'extrême-gauche. Bien évidemment une telle classification reste schématique et à l'intérieur de ces courants principaux des différences importantes subsistent, tandis que certaines organisations restent à mi-chemin entre deux de ces courants. Néanmoins l'évolution récente, les alliances tissées dans l'action, •les regroupements qui tendent à s'opérer, permettent de faire une telle classification sans que cela puisse paraitre simple subjectivisme de notre part.

A ) UN COURANT QUI SE DIT DE LIBERATION NATIONALE ET QUI S'AUTO-INTITULE LA « GAUCHE ARMEE ».

Nous pourrions désigner ainsi le courant constitué autour du pôle VPR -ALN, organisations qui caractérisent le processus révolutionnaire brésilien comme étant une lutte de libération nationale (4).

La VANGUARDIA POPULAR REVOLUCIONARIA (VPR : AVANT-GARDE POPULAIRE REVOLUTIONNAIRE) et l'AÇAO DE LIBERTAÇAO NACIONAL (ALN ACTION DE LIBERATION NATIONALE) ont été les protagonistes des actions armées portées contre la dictature militaire ces derniers temps. Elles sont de ce fait devenues le centre de l'opposition au régime, polarisant le prestige et la sympathie suscités par la rauche révolutionnaire mais aussi l'acharnement de la répression. (2) Beau-frère du président GOULART et leader de l'aile gauche du Parti Travailliste Brésilien. (3) Fondée en 1961 par des éléments originaires des jeunesses socialistes travaillistes et des intellectuels luxemburgistes de la Ligue Socialiste Indépendante. (4) On peut considérer dans ce même courant des organisations plus réduites comme le Mouvement Révolutionnaire Tiradentes (MRT) ou la le Mouvement Révolutionnaire du octobre (MR 8, ex-Dissidence ex-Dissidence Communiste de Ride Communiste Rio) quoiqu'il certaines différences formulation avec les autres.

L'ALN (5), l'organisation qu'ont successivement dirigée les camarades CARLOS MARIGHELA et JOAQUIM CAMARA FERREIRA « TOLEDO », tombés tous les deux sous les coups de la répression, s'est formée notamment à partir de militants du PCB. Dans le débat ideologique intense des années 1967-60, MARIGHELA, dont les déclarations et manifestes unifiaient politiquement l'organisation, affirma , de retour de la conférence de l'OLAS, la primauté de l'action et des initiatives révolutionnaires, d'où qu'elles partent. Cette conception non-dirigiste de l'activité révolutionnaire se matérialisa dans la pratique organisationnelle de l'ALN, à caractère très largement fédératif, laissant une autonomie d'action a peu près complète aux groupes de base.

Du point de vue des formulations stratégiques, la guérilla rurale était detinie comme la forme dominante de lutte dans la révolution brésilienne. Les actions urbaines étaient tantôt définies comme ayant pour but de préparer la guérilla rurale, tantôt comme un repli tactique pour tromper la répression qui les attendait dans les zones rurales.

Mais c'est la VPR (6), l'organisation dirigée par le camarade CARLOS LAMARCA, dont de nombreux militant riennent de milieux nationalistes de gauche ou de scissions de la POLOP (7), ui est allée plus loin dans des tentatives de théoriser sa pratique politique. notamment dans « La voie de l'avant-garde », textes du camarade JAMIL (8).

Dans l'introduction à cette brochure du camarade JAMIL un bilan parfois assez lucide est tiré de l'intervention de la « gauche armée ». On y reconnait le caractère très empirique de son activité et comment des actions d'accumulation de forces sans grand contenu politique explicite ont fait d'elle la seule opposition réelle à la dictature dans un contexte donné. En même temps le principal problème de cette « gauche armée » est relevé: son Isolement par rapport principales couches populaires potentiellement révolutionnaires. Les taiblesses politiques ne sont pas ignorées. notamment les lacunes dans la conception de la propagande armée. (5) Des textes de l'ALN ou de Marighela ont été publiés en français dans les Temps modernes et dans Tricontinental, ainsi que dans un volume paru aux éditions du Seuil. (6) En français, voir les entretiens publiés dans , plus reciemen la tembre 0) ela Breche (No 32 septembre 70) et La Breche la fusion d'un groupe de militants de l'ex-Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR), organisation de militaires liée à Brizola, et de la scission de Sao Paulo de la POLOP. (8) Brochure ronéotée en portugais, datée de de débats internes Ja mil rait endes de libéres 970 (septembre ? rassemble des textes en échange de l'ambassadeur allemand.

Le camarade JAMIL reconnait également de manière fort juste que la révolution brésilienne ne peut qu'être socialiste et qu'en fait l'alternative révolution anti-impérialiste ou révolution socialiste n'existe pas. Mais c'est pour aussitôt expliquer à l'aide d'arguments douteux que pour des raisons tactiques la VPR doit considérer son combat comme étant une lutte de libération nationale.

En fait la source de ce qui nous semblent des conceptions erronées de la VPR se trouve dans une incompréhension des rapports avant-garde / masses. Le travail d'éducation des masses qui est celui de l'avant-garde n'est pas perçu, ni non plus, donc, la nécessité d'ur programme de revendications et de mots d'ordre articulés dialectiquement et reliant. les préoccupations et les aspirations immédiates des secteurs populaires à la lutte politique, à la lutte armée. Il semble clair que sans cela il n'est pas possible d'arriver à intégrer des secteurs de masse significatifs à la lutte armée et de rompre l'isolement de l'avant-garde qui assume seule pour l'instant les tâches d'accumulation de forces, de propagande armée et d'usure de la dictature de l'étape actuelle de la guerre révolutionnaire. Avancer dans ce sens est indispensable pour passer à une étape supérieure de la lutte.

Dans le souci de faire table rase par leur critique du réformisme stalinien, la VPR a épousé des formulations tranchées et schématiques sous l'influence des écrits de Debray, renonçant en fait à tenir compte de l'acquis du marxisme-léninisme et de l'expérience du mouvement révolutionnaire latino-américain et international. Or, des schémas abstraits, que ce soient ceux des staliniens ou ceux qu'a avancés Debray, ne peuvent pas , constituer des guides valables pour l'action. Ainsi, par exemple, la VPR détend comme principes indispensables pour toute organisation révolutionnaire la sélection des militants et le libre débat politique interne. Néanmoins elle rejette le léninisme, sans voir que ses principes sont justement la sélection et le centralisme démocratique qui seul peut régir correctement le débat politique d'une. organisation révolutionnaire. Elle confond ces principes léninistes qui restent valables avec le système d'organisation qui peut en découler à un moment donné et dont le

ALE 33 parti bolchévique a été la concrétisation dans la révolution russe. Le repoussoir que constituent les partis staliniens certainement contribué ici à faire confondre ce que sont les principes léninistes d'organisation d'avant-garde avec la caricature bureaucratique et paralysante dont le PCB était un exemple Il reste aussi qu'il ne s'est trouvé toute la gauche révolutionnaire brésilienne aucun secteur capable d'actualiser le léninisme et de le défendre valablement, montrant quelles réponses il apportait concrètement, de manière pédagogique pour l'ensemble des militants révolutionnaires et non de manière abstraite et bavarde.

• n'en est pas moins vrai que ce sont les organisations comme la VPR et l'ALN qui ont eu le mérite de poser de façon brûlante au Brésil la nécessité de la lutte armée. Elles ont aidé ainsi considérablement à balayer toutes les illusions réformistes et pacifistes.

3 UN COURANT QUI

S'AUTO-INTITULE « SOCIALISTE " OU « PROLETARIEN ».

Ce courant, dont la VANGUARDA ARMADA REVOLUCIONARIA PALMARES (VAR - PALMARES : AVANT-GARDE REVOLUTIONNAIRE - PALMARES) et le PARTIDO OPERARIO COMUNISTA (POC : PARTI OUVRIER COMMUNISTE) sont le centre, a en commun la caractérisation de la nature de la révolution brésilienne omme étant socialiste et le projet d ontribuer à la construction d'un part ouvrier révolutionnaire que ces organisations jugent indispensable a la victoire.

La VAR - PALMARES a pour rincipale origine différentes scissions de a POLOP. Une unification en 1969 avec ceux qui aujourd hui composent la VPR (9) ut éphémere: depuis ces organisations n'ont pas cessé de s'éloigner d ans leurs formulations et leurs pratiques. Les éléments intégrant la VAR - PALMARES ont contribué à la première vague d'actions armées de l'année 1968. Ils ont été durement touchés par la répression. Un débat interne prolongé, en plus, la considérablement paralysée (10).

(9) En fait la VPR s'unifia avec les commandos

Pour origine les scissions de la de e de Libération Nationale (COLINA

Minas Gerais) et adopta le nom de

VAR - Palmares ; le secteur armé de l'organisation scissionna immédiatement, reprenant le nom de VPR.

(10) Eouverte la Dissidence (de Rio), au POC la VAR-Palmares adressa une lettre ouverte et au PRT avec des propositions d'unité d'action permanente.

Le POC fut fondé en 1968, produit de la fusion de la POLOP et de la Dissidence Léniniste du PCB de l'Etat de Rio Grande do Sul. Cette organisation avait pour projet de constituer une solution de rechange aux organisations du courant précédent qu'elle critiquait comme « militaristes ». Elle voulait intégrer des actions armées dans la perspective de développement de son travail en direction de la classe ouvrière, propagande arme serait le ravendant du travail réalisé dans les usines (11).

Dans la pratique, elle a été incapable de se constituer comme telle. Marquée par le passé de la POLOP qui avait eu activité essentiellement de lutte idéologique contre le nationalisme et le réformisme stalinien, le POC n' a pas su s'adapter aux nouvelles conditions de la lutte de classes au Brésil. De plus, son isolement national et son manque de définition face aux problèmes du mouvement communiste international, Pont empent de empité de la pose p son centrisme hérité de la POLOP, empêché de comprendre la crise du stalinisme telle qu'elle se développait en Amerique Latine, aiguisée par la révolution cubaine. Cela pour conséquence son incapacité à polariser organiquement les secteurs en rupture avec le PCB après leur lutte interne. Sans avoir jamais eu vraiment une tactique de construction du parti, le POC comme la POLOP avant lui, s'est cantonné dans une influence idéologique abstraite et diffuse : presque tous les nouveaux cadres militant au Brésil ont été formés à T'ABC du marxisme par la POLOP, mais ils ont rejoint aussitôt les autre organisations de la gauche révolutionnaire en cours de formation. PLi se te detait ratiem tactique de L'absence caractère confus des perspectives qu'il avançait pour le mouvement ouvrier. Il montrait son incompréhension rapports entre lutte économique et lutte politique de la classe qui se soldait par une coupure entre d'une part des revendications économiques, et d'autre part la perspective politique abstraite de la révolution socialiste. Au niveau des perspectives organisationnelles aussi, POC ne trouvait pas une solution précise à • avancer par rapport aux syndicats 11) En francais on peut se reporter à Rouge ou aux textes publiés en Document rouge 12) Organisation de Combat Marxiste Léniniste Politique Ouvrière, qui se dit fraction prolétarienne du POC.

Dans l'organe du POC Politica Operaria No22 (juillet 1970).

IEMEUNTERNATIONALE étatiques ni quelles devaient être les médiations. Bref, cette organisation à composition essentiellement etite-bourgeoise qui concentrait ses

Orces dans le travai en direction de lclasse ouvrière ne disposait pas des moyens politiques ni des instruments organisationnels pour s'implanter dans la classe.

Ces lacunes importantes et les déviations qui en résultaient ont fait que le POC ne s'est pas constitué comme l'alternative pratique qu'il voulait être, et on peut douter qu'il ait jamais été serait-ce qu'une alternative théorique aux organisations du permier courant. critique intemporelle et abstraite, dogmatique et sectaire, qu'il a faite du «militarisme» tend à nous faire penser que non.

Fin 1969, une tendance d'opposition développant une critique serrée de la direction du POC a vu le jour. A partir du moment où la direction s'est rendue compte que la tendance d'opposition devenait majoritaire, elle a fait scission (1970), reprenant le sigle POLOP (12); coupant court ainsi au débat politique qui mettait en cause son orientation traditionnelle. Le POC montrait à cette occasion combien formelle ou superficielle avait été son assimilation du léninisme.

La nouvelle direction du POC, ancienne direction de la tendance d'opposition a gauche révolutionnaire •a commencé à faire bilan brésilienne qui est aussi un bilan autocritique 13). Sous l'impulsion ce qui est une méthode correcte de certains de ses militants qui ne cachent pas leurs sympathies et l'influence trotskystes (14), un effort d'élaboration tactique assimilant la conception d'un orogramme de transition semble avoir ieu. Mais il est clair que les auestions politiques et organisationnelles qui permettraient un développement de l'influence du POC dans le mouvement ouvrier, qu'il juge prioritaire, sont loin d'être résolues.

C ) UN REFORMISME DE TYPE NOUVEAU : LE MAOISME.

Le maoisme brésilien a deux composantes: LE PARTIDO COMUNISTA DO BRASIL (PC do B) : (14) Le trotskysme au Brésil a longtemps été identifié au posadisme, aujourd'hui entièrement désagrégé et démoralisé. Les événements de Mai 68 en France et le rôle joué par la Jeunesse Communiste Révolutionnaire ont eu un impact assez important. Par la sulte, le prestige de la Ligue Communiste en France, du Parti Ouvrier Moscoso en Bolivie et du Parti Revolutionnaire Révolutionnalre dirigé Hugo Gonzales des Travailleurs en Argentine, ont fait connaitre les analyses et l'action de la I Vème Internationale.

« Mais il n'y a pas au Brésil d'organisation appartenant à la IVe Internationale ou entre tenant avec elle des rapports privilégiés ».

Parti communiste du Brésil) et l'ACAO POPULAR (AP : ACTION POPULAIRE).

Le PC do B s'est constitué en 1962 en des répercussions du conflit résultat sino-soviétique au sein du vieux PCB ro-Moscou dirige par Prestes. Il s'agit de a première organisation de rechange aux

Une série de vieux cadres staliniens, y compris des éléments qui avaient des responsabilités nationales dans le PCB, dirigeaient cette organisation. Avant lé coup d'Etat de 1964, elle n'a eu qu'une faible activité de type propagandiste. Après 1964, elle ne s'est pratiquement pas développée, ayant des difficultés à se différencier de la ligne du PCB de Prestes dans son intervention militante. Cela se comprend quand on sait que le PC do B, représentant du maoisme officiel reconnu par Pékin information, transpose pour le Brésil tout le schéma d'origine stalinienne de la révolution par étapes, Que cela soit assaisonné à la sauce de la du bloc des quatre classes, etc. « guerre populaire » ne change rien aux perspectives stratégiques que implique du point de vue des objectifs de la lutte et des tâches de la révolution ainsi que des alliances de classes à conclure.

Mais l'aile jeune, dynamique et ascension, du maoisme brésilien1961, ascension, •brésilien est constituée . son origine l'organisation des par l'AP. Fondée en l'AP était à catholiques radicalisés qui gagna rapidement l'hégémonie sur sur mouvement étudiant par • biais de l'Union nationale des étudiants (UNE). typique de l'inconséquence politique Avant 1964 l'AP était l'expression d'une petite-bourgeoisie incapable de se désembourber du nationalisme dominant dans la gauche. Elle évolua ensuite progressivement vers le marxisme, vers le maoisme, trouvant chez ce dernier une base théorique « matérialiste » ou « lutte de classes » pour le populisme qui restera toujours son trait dominant. Ce processus de radicalisation fut long • et difficile entraînant de nombreuses ruptures et scissions, comme celles des militants qui avec l'ancien Père ALIPIO DE FREITAS forma le PARTIDO REVOLUCIONARIO

DOS TRABALHADORES (PRT : PARTI

REVOLUTIONNAIRE DES

TRAVAILLEURS) avec un programme oolitique qui caractérise la révolutior résilienne comme socialiste et qui retuse la conception de la révolution par étapes.

L'AP profita pour son intervention et son recrutement de la crise l'Eglise catholique bour et d'organisations comme la JOC et la JUC. Elle subit egalerpet une muaatisadelle ie de pee point de vue l'époque, aujourd'hui qualifiée par elle-même d'ultra-gauche, où elle envoyait ses militants étudiants à la campagne our déclencher la « guerre populaire » l'a débarrassée de bon nombre d'éléments dilettantes qui la composaient traditionnellement. traditionnellement.

Aujourd'hui l'AP est plus maoiste que les maoistes officiels du PC do B eux-mêmes. La force qu'elle constitue et ses possibilités de développement lui ont déjà valu la reconnaissance de Pékin information. La perspective avancée par l'AP est celle d'une fusion avec le PC do B pour constituer le « parti marxiste léniniste unifié », un « parti prolétarien de type nouveau ». Elle se heurte jusqu'à présent aux réticences des vieux cadres staliniens du PC do B, qui comprennent bien qu'une fusion équivaudrait à leur dynamique et jeune que représente l'AP. absorption de fait par la force Une telle fusion ferait en tout cas du Brésil le seul pays d'Amérique Latine, avec la Colombie, où le maoisme représente quelque chose d'organiquement substantiel.

Dira-t-on que la ligne politique que représente le maoisme n'est pas viable en Amérique Latine ? Le maoisme, même quand il proclame la « guerre populaire », reste un réformisme stalinien de type nouveau par ses formulations politiques. Car ce sont ces dernières qui sont déterminantes : l'adhésion à la lutte armée du PARTI COMMUNISTE VENEZUELIEN, du PARTI GUATEMALTEQUE DU TRAVAIL, ou du PARTI COMMUNISTE DE COLOMBIE, n'a rien changé à leur réformisme, vu que ces partis staliniens gardaient toujours comme perspective la révolution démocratique-bourgeoise dans une première « étape » avec les les habituelles alliances avec le secteur des classes dominantes qu'ils appellent « bourgeoisie nationale ».

Leur sectarisme et leur dogmatisme rebutent. Ils ne craignent même pas le ridicule, puisque Libertaçao, l'organe de l'AP va jusqu'à critiquer l'enlèvement de l'ambassadeur allemand comme étant une diversion, car l'impérialisme allemand serait « secondaire » par rapport a la « contradiction " rosette dictorialisme aimerie in. Les principale » analyses sur la direction castriste et le régime cubain comme « petitbourgeois sont également difficiles à avaler par des latino-américains pour qui Cuba socialiste reste le premier territoire libéré de la domination impérialiste et de l'exploitation capitaliste.

Pourtant cela ne suffit pas pour régler le sort du maoisme au Brésil. Il y a des facteurs structurels qui fondent une certaine permanence du courant maoiste :

d'abord et surtout l'importance de la

Chine Populaire dans les rapports de forces internationaux, le pôle qu'elle constitue dans la crise du mouvement communiste traditionnel, la • formation sociale même du Brésil, ensuite, avec le poids considérable de la paysannerie qui donne aussi une certaine marge de crédit aux conceptions maoistes de guerre populaire. Enfin, face à la crise de la direction cubaine en tant que direction continentale, le courant maoiste, malgré le sectarisme de sa critique du « foquisme

QUATR petit-bourgeois », peut se présenter comme une alternative auprès de certains secteurs déçus.

Voilà pourquoi il convient que ceux qui sont attachés à la construction d'une direction véritablement révolutionnaire au Brésil ne sous-estiment pas le maoisme dans la présente conjoncture. Le refus des maoistes d'engager des luttes anti-capitalistes dans le mouvement ouvrier et le rôle de frein qu'ils sont prêts à jouer de par leurs schémas abstraits donnent une idée du caractère néfaste de suffit pas de les ignorer, comme le font de nombreux brésiliens, encore faut-il les combattre politiquement.

ET LE P.C.B. ? Entin, quoiqu'il soit de plus en plus lifficile le ranger dans l'extrême-gauche, il faudrait dire un mot sur le PCB stalinien de PRESTES,

C'est l'ensemble des analyses réformistes staliniennes qui Perspectives révisionnistes et des s'est trouvé infirmé par le coup d'Etat militaire de 1964. Le PCB a accusé ce coup dur parla crise qui l'a ravagé ensuite et par les nombreuses scissions qui se sont opérées, se soldant par une véritable saignée de ses meilleurs cadres et de ses secteurs les plus dynamiques. La crise a touché le sommet de l'appareil bureaucratique et pas seulement ses bases (15). Le parti a perdu également toute l'influence qu'il avait dans le mouvement étudiant et le prestige dont il jouissait dans le mouvement ouvrier, mener sa politique réformiste de pression.

Cependant, son inaction ne doit pas faire croire que le PCB a disparu totalement et pour toujours de la scène politique. L'appareil stalinien par les liaisons qu'il entretient avec Moscou peut survivre et reconstruire le parti quelle que soit la crise qu'il ait traversée. Il exprime à l'échelle nationale un courant qui trouve sa raison d'être dans la défense des intérêts internationaux de la bureaucratie soviétique. Malgré la crise internationale du stalinisme de plus en plus accentuée, courant survivra encore. Plus particulièrement au Brésil, l'appareil du vieux PRESTES adopte aujourd'hui la même attitude que celle qu'il avait eue pendant la dictature de VARGAS : attendre que ça change, attendre des temps meilleurs. Il espère pouvoir y joue

L'équipe de cadres du PC pro-Moscou qui au Pérou a profité de la junte militaire réformiste pour conquérir de nouvelles bases et consolider poli que tavora de as ses e spectives te positions conioncture montre bien; or le parti péruvien de EUDOCIO RAVINES avait reçu de sérieux coups dans la période précédente. (15) Il faut se rappeler que des dirigeants prestigieux comme Marighela. Mario Alves, Jacob Gorender et autres ont fait scission.

Ces facteurs rendent toujours actuelle la lutte contre les formulations réformistes et révisionnistes du stalinisme.

UN BILAN NECESSAIRE. La situation actuelle impose à la gauche révolutionnaire brésilienne de tirer un bilan de son expérience de trois années de lutte armée. d'en décager des lecons pour l'action à venir.

Le stalinisme a été un cadre stérilisant pour l'avant-garde révolutionnaire. La critique même qui en a été faite n'a pas toujours permis de sortir des schémas et des conceptions imposés dans la période antérieure. Les formulations de Debray en sont un exemple. Ce genre de formulations a coûté à l'avant-garde révolutionnaire qui s'est formée dans la foulée de la révolution cubaine, des revers, des occasions perdues et des vies de combattants courageux. L'empirisme s'en est trouvé stimulé et on a rejeté avec le stalinisme l'expérience des luttes révolutionnaires précédentes ainsi que l'acquis du marxisme-léninisme.

La gauche révolutionnaire brésilienne a parcouru son chemin dans l'isolement des combats qui se menaient dans le reste du monde, y compris de ceux du continent latino-américain . Pourtant les tâches d'élaboration stratégique et tactique qui lui reviennent ne peuvent pas être assumées en vase clos. En dernière face à la réalité de l'impérialisme américain et de son rôle de gendarme du système capitaliste international, le processus révolutionnaire brésilien ne pourra déboucher qu'à l'échelle continentale. Voilà pourquoi la perspective d'une unification sur une igne marxiste révolutionnaire de aujourd'hui par la clarification et le passe l'extrême-gauche brésilienne politique fraternel dans lequel l'ensemble des forces œuvrant à la victoire de la révolution socialiste mondiale ont leur mot à dire.

Mais, au delà des problèmes politiques auxquels elle doit faire face, le premier problème pour la gauche révolutionnaire ns ps en termes urvivance physique. Toutes les organisations sont numériquement très faibles. La dictature militaire utilise des moyens répressifs dignes des tortionnaires nazis. Un nombre élevé de militants a déjà été assassiné. Beaucoup se trouvent en prison, soumis aux pires sévices. Dans une telle situation la solidarité active avec les révolutionnaires brésiliens en butte à la répression de style fasciste est une tâche prioritaire pour les militants internationalistes de tous les pays. Elle ne doit pas rester l'exclusivité des libéraux et des humanistes. Seuls les révolutionnaires peuvent dénoncer la nature de classe du terrorisme des militaires brésiliens. C'est leur devoir de le faire.

Janvier 1971.

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