Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 49

Comment a mûri l'explosion à Ceylan

Quatrième Internationale, n° 49 · mai 1971 · p. 14-17 · 2 753 mots

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Les événements de Ceylan ont vu se réaliser le plus large front unique international : des Etats-Unis et de la Grade edu Palistan, on Cantia , da Grande-Bretagne à l'Union Soviétique, de R.A.U., des deux Allemagnes. Quel est donc le mouvement, dans un pays grand comme le tiers environ de la France, qui a pu susciter un tront unique aussi large? Dans les lignes suivantes, nous donnerons un tableau aussi précis que bossible, qui, completant l'appel du Secrétariat Unifié de la IVeme Internationale, permettra de comprendre l'explosion ceylanaise, elle-meme partie intégrante des grands mouvements qui mûrissent dans cette zone de l'Asie centrée autour de la péninsule indienne.

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Le public ceylanais a entendu parler pour la première fois du J.V.P., Front de Libération du Peuple, il y a seulement environ, un an. A ce moment-là on les qualifia de « che guévaristes ». En fait le J.V.P. s'était organise clandestinement pendant plus de quatre ans avant que quiconque ait entendu parler de lui. Juste avant les dernières élections générales de mai 1970, le gouvernement qui était alors au pouvoir, celui de l'U.N.P., annonça l'arrestation de quelques membres du J.V.P. Le gouvernement prétendait avoir découvert complot visant à attaquer les lieux de vote et les urnes. On sait aujourd'hui qu'un tel complot n'existait pas. « L'information » devait provenir de l'U.N.P. qui, à ce moment-la, Joualt avec l'idée de procéder à un co up d'Etat parce qu'il allait à une défaite certaine aux élections générales. Pendant la campagne électorale, le J.V.P. soutint les candidats « progressistes » des partis de la « coalition ». En fait seuls nos camarades du Lanka sama samava rarts (nevolutionary) s'opposerent a la fois a l'U.N.P. et à la coalition dirigée par Mme Bandaranaike (la coalition comprend le celle-ci, le PC pro-Moscou et le Lsse). Sri Lanka Freedom Party, dirigé Les maoistes eux-mêmes avaient cherché à rejoindre la « coalition » et ce n'est que quand ils furent repoussés qu'ils appelèrent à boycotter les élections. Les partis de la coalition furent portés au pouvoir par une grande majorité.

Les militants du J.V.P. arrêtés par l'U.N.P. furent maintenus en détention . même après l'arrivée de la coalition au pouvoir. C'est pourquoi le J.V.P. organisa une campagne d'affiches dans toute l'ile pour demander la libération de sor leader, Rohan Wijeweera. Cette campagne d'affiches alarma le gouvernement. Les affiches étaient écrites à la main, elles apparurent partout en même temps, et cependant personne ne savait qui les avait posées. Le moment et l'organisation de la campagne étaient surprenants.

Lorsque Rohan Wijeweera fut mis en liberté par le tribunal, il chercha à répondre a quelques-unes des questions qui préoccupaient la « gauche ». I avait été un étudiant de l'Université Lumumba à Moscou Moscou et pent le différend sino-soviétique, avait soutenu les oositions chinoises. Les Russes n'en turent évidemment pas tres satisfaits et c'est pourquoi ils refusèrent de renouveler son visa après qu'il fût revenu à Ceylan pour des vacances. Il eut donc abandonner ses études. Pendant quelques temps, il travailla dans le PC pro-Moscou, bientôt, avec quelques autres Tente dement cue de manamarades membres, il le quitta pour rejoindre le PC maoiste. Très vite, C'est alors qu'ils décidèrent de former leur propre organisation. Leur désillusion les deux partis communistes était le produit l'expérience organisations. Il est peu probable qu'ils firent une analyse consciente politiques banqueroutières des deux partis staliniens. Mais ils comprirent par staliniens. Mais ils comprirent par propre expérience que ces deux partis n'avaient aucune perspective sérieuse de lutter pour le renversement révolutionnaire du capitalisme à Ceylan.

Wijeweera et ses camarades comprirent également un très simple fait, à savoir que la vieille generation de « gauche » Ceylan était maintenant une force usée ; plupart de membres ou étaient épuisés, ou étaient incapables de saisir réalités d'aujourd'hui.

Le niveau politique des membres du J.V.P. n'était pas très élevé. Par contre leur discipline leur efficacité organisationnelle étaient surprenantes. Par exemple, dans la période initiale, ils avaient une position « debrayiste » sur la classe ouvrière urbaine : celle-ci avait un meilleur standing de vie que les pauvres campagnes, donc conscience politique de ceux-ci était plus élevée que celle des travailleurs urbains. De même, parmi leurs trois principaux slogans, " y avait « contre l'expansionnisme indien » (les deux autres étant « contre Spe cat conte Pos avaleurs raterne l'impérialisme « contre (les travailleurs tamils) employés dans les plantations de thé. Bien que, dans la pratique, ils étaient en opposition au maoisme, ils n'en firent pas une analyse theorique: Par exemple, ils s'opposèrent à la coalition Bandaranaike qu'ils considéraient comme un front entre nurerier, parti bourgeois et un parti concluant qu'un tel front menait toujours à la défaite et à la désorientation de la classe ouvrière. Ils citaient l'exemple de l'Indonésie, mais en même temps ils expliquaient que le massacre des communistes indonésiens était dû à l'incapacité de la direction de Aidit à suivre la pensée de Mao. La discipline de ces camarades était par contre excellente.

ONALE 15 Ils s'arrêtèrent de fumer et de boire de l'alcool et utilisèrent l'argent ainsi économisé pour faire du travail politique. Ils s'organisèrent clandestinement parce qu'ils avaient instinctivement compris que la période de la démocratie bourgeoise à Ceylan arrivait à sa fin.

Venons-en maintenant aux événements qui suivirent l'élection qui assura l'arrivée au pouvoir de la coalition. Il faut se rappeler que les partis de la coalition et particulièrement les plus jeunes membres de es partis utilisèrent dans leur campagne contre !'U.N.P. beaucoup de rhétorique anti-capitaliste. Par exemple le jeune candidat du S.L.F.P., Nanda Ellawala, expliquait à ses électeurs ruraux comment lorsqu'ils viendraient au pouvoir, capitalistes de plumeraient vivants les rallaface Green. Ces partis étaient donc venus au pouvoir en créant l'illusion que la coalition détruirait le capitalisme et créerait une société socialiste où chacun aurait un emploi et un niveau de vie décent. C'est pourquoi immédiatement après la victoire de coalition les masses et notamment les secteurs les plus avancés commencèrent mettre en pratique ce que la coalition avait promis de faire. Par exemple le Jour qui suivit les élections il y eut démonstration spontanée contre Lake House, l'imprimerie au service de l'U.N.P. Le peuple voulait la brûler. Plus encore, dans différentes régions, des gens qui n'avaient pas de logements commencèrent a occuper les terres appartenant a des capitalistes. Aussitôt le gouvernement condamna ces actions et envoya l'armée et la police pour expulser les squatters. Leslie Goonewardena, ancien secrétaire du LSSP et membre du Parlement, fit une déclaration attaquant ces actions comme étant irresponsables et disant qu'il soutiendrait toute action légale, contre elles.

La coalition réservait encore plus de surprises Sues oues proude fent prise de venne et soutenaient. Prespone e n mane des rout de l'imprimerie grève pour soutenir telles revendications. Ces ouvriers n'étaient pas dirigés par les « casseurs » du LSSP (R) mais par des dirigeants responsables membres du LSSP. Mme Bandaranaike envoya son ministre des finances, N.M Perera (du LSSP), expliquer aux ouvriers pourquoi ils devaient retourner au travail sans leurs camarades qui avaient été renvoyés par le patron et en outre pourquoi ils devaient s'excuser auprès du patron pour s'être mis en grève. A la plantation de Norwood, la police commandée par le , gouvernement « populaire » Bandaranaike tira, tuant deux ouvriers de la plantation. En même temps, ce gouvernement n'avait rien à offrir aux milliers de jeunes chômeurs, aux travailleurs des villes campagnes dont le niveau de vie se détériorait rapidement. Le budget tant loué n'offrait rien au peuple. Le seul objet du budget était de dissiper les craintes craintes des capitalistes des locaux étrangers envers coalition et ses ministres « marxistes ».

En même temps, le gouvernement renforçait l'appareil de répression. augmenta les forces de police de 55 %. Il forma comité anti-révolutionnaire dans l'armée, comité qui comprenait parmi ses membres éminents le dirigeant du PC pro-Moscou, Pieter Keunemann, et l'ancien membre du CEI, Leslie Goonewardena. C'est à ce moment-là qu'il commença à arrêter, à intimider et à harceler les militants du J.V.P. En août 1970, le J.V.P. commença à tenir des meetings publics dans le pays. Le but de ces réunions était d'expliquer la politique le l'organisation à la population. Ces réunions attirèrent de larges foules de dix

• quinze mille personnes. Le J.V.P. expliqua qu'il n'était pas une organisatior « terroriste ». Il attaqua et dénonça le gouvernement de coalition comme un gouvernement capitaliste. Il expliqua qu'il voulait construire un parti révolutionnaire léniniste.

Tout d'abord le PC pro-Moscou puis les autres partis de la coalition calomnièrent le J.V.P. en l'accusant d'être organisation soutenue par la C.L.A. Le J.V.P. ridiculisa ces accusations, soutenu l'impérialismerquoi il demandant au PC pourquoi avait pendant la leuxième guerre mondiale et pourquoi i avait fait un « bloc » avec PU.N.P. el en ou meme un orale son drage, 1948. Il eut une grande audience dans la Jeunesse et son journal était vendu dans était de 40 000. Mais il ne put trouver un imprimeur pour en imprimer davantage à la suite d'intimidations de la part de la police. La police commença alors à arrêter et à interroger des militants du J.V.P. pour obtenir des informations sur la force et l'influence de cette organisation. Quand cette campagne systématique d'arrestations harassement commença, le J.V.P. commença à chercher des alliés.

C'est à ce moment-là que les dirigeants du J.V.P. prirent contact avec les camarades de notre section particulièrement avec le camarade Bala Tampoe. Au début ils recherchaient une aide légale ; puis ils commencèrent des discussions sur les problèmes politiques. II était évident qu'ils avaient soigneusement observé notre politique et celle du C.M.U. Très tôt, ils donnèrent comme instruction leurs membres des régions urbaines d'adhérer au C.M.U., le plus important syndicat du pays, dirigé par Bala Tampoe Un développement parallèle se produisait dans les plantations de thé. Les ouvriers des plantations qui étaient déçus par la coalition et qui avaient enregistré la

IEME INTERNATIONALE faillite de leaders communaux comme Thondaman cherchaient une nouvelle direction. Dans ce sens ils voulurent vos camarades persuadérent ces militants de former leur propre organisation. Bala expliqua que les ouvriers des plantations avaient une tradition de passivité et que leur désir de rejoindre le C.M.U. n'était qu'un effort pour remplacer « sauveur » par un autre, que leur premier probleme était de faire pénétrer chez ces travailleurs l'idée qu'ils devaient compter sur leur propre force de classe. Bien sûr, nos camarades promirent de les aider pleinement. Ces militants acceptèrent ce conseil organisation, qu'ils appelèrent le Young et formèrent leur Socialist Front. Leur politique était très voisine de celle du LSSP (R) et leur but était de politiser et de mobiliser les travailleurs des plantations.

Lorsque le J.V.P. apprit l'existence de cette organisation, voulut avoir des discussions avec le Y.S.F. De ces discussions commença à naitre un front unique entre le J.V.P., le LSSP (R) et le Y.S.F. Ils tinrent un premier meeting sur une base de front unique à la plantation Norwood pour protester contre l'assassinat dé deux ouvriers indiens par la police. C'était là une occasion importante pour le J.V.P. qui voulait démontrer qu'il n'était pas contre les ouvriers indiens calomnies que contrairement staliniennes, n'était pas une organisation chauvine.

A la mi-février, ces trois organisations firent un autre pas important en avant pour consolider leur alliance. Ils organisèrent un meeting de masse à Colombo où il y eut plus de 10 000 Commonwealta protestation do te meeting dans lequel les problèmes abandon du protestation contre l'agression américaine au Vietnam) furent liés aux problèmes intérieurs. Pour la première fois le C.M.U. fut introduit dans cette alliance, ce qui constituait une nouvelle étape du développement de ce front unique révolutionnaire.

L'unité grandissante entre. le J.V.P., le LSSP (R) et le Y.S.F., effraya les leaders de la coalition. même temps, le gouvernement avait à faire face à une crise de devises et faisait appel à la Banque Mondiale pour obtenir de l'aide et des prêts. Mais la Banque Mondiale avait déjà accordé 50 millions de dollars au gouvernement de Ceylan qui n'avait oas effectué de remboursements réguliers. Dans une interview au « Ceylon Times », le ministre des finances, N.M. Perera, admit que de « dures mesures »devaient être prises pour rétablir l'économie. Sans aucun doute le budget de 1971 qui devait être annoncé ce printemps allait infliger de nouveaux fardeaux aux masses. Les masses s'impatientaient visiblement, par exemple les travailleurs du thé et du caoutchouc avaient , présenté une revendication de salaires six mois plus tôt et attendaient encore une réponse. C'est la combinaison de ces trois facteurs -l'apparition d'un front unique révolutionnaire de gauche, la dépendance croissante du gouvernement envers les impérialistes et le mécontentement de masse croissant — qui fournit la clé de la situation actuelle. Premi gouvernement décida de frapper le Le gouvernement décida de frapper le

Son but était d'isoler et de détruire l'avant-garde politique avant que les masses elles-mêmes soient prêtes à entrer en lutte et d'utiliser l'état d'urgence pour prévenir l'agitation ouvrière. Pour leur part, les impérialistes avaient une autre bonne raison de décider d'accerem le pinte opérationy au gouvernement, présente du point de vue stratégique militaire. Les événements qui se sont produits depuis le o mars ont ete en tal la conséquence d'un plan gouvernementa bien dressé qui fut mis en application plus d'un mois auparavant.. Dans la première semaine de mars la police fut mise en « alerte » et le 6 un groupe de « jeunes » attaqua l'ambassade américaine avec des au voisin Melode l'ambassadel estract laissant quelques tracts question d'un Mao Youth Front exigeant que les Etats-Unis quittent le Vietnam et cessent leur aide au mouvement « anti Che Guevara ». Le gouvernement attribua cela aussitôt au J.V.P. et invoqua des pouvoirs spéciaux comportant le pouvoir de faire des perquisitions, d'arrêter et de détenir toute personne sans jugement. Le J.V.P. repoussa immédiatement toute responsabilité, déclarant qu'il s'agissait l'un acte de provocateurs. Il n'y a pas a Ceylan de mouvement qui s'appelle le Mao Youth Front. En outre, le gouvernement n'apporta aucune preuve corroborant ses allégations. Peu après il commença à arrêter tout militant connu du J.V.P., y compris son leader Rohan Wijeweera. arrêta aussi le leader pro-chinois N. Sanmugathasan et même quelques militants du LssP. Le 13 mars le gouvernement « découvrit » un « complot » visant au renversement du gouvernement par le J.V.P. et déclar 'état d'urgence

L'étape suivante de l'opération gouvernementale étalt de détruire toute infrastructure du J.V.P. Il s'efforc d'utiliser les pouvoirs extraordinaire s accordés par l'état d'urgence pour

ONALE 17 rechercher très largement tous les militants du J.V.P., tous les sympathisants et tous ceux suspectés d'activité révolutionnaire. Certes le J.V.P. était prepare pour cela, du moins la majorité de ses membres était alertée. Les militants n'étaient pas alors résolus à engager une lutte pour laquelle les travailleurs des plantations et le secteur urbain n'étaient pas encore prêts. Mais ils destruction de leur organisation et, si le décidèrent de permettre gouvernement décidait de le faire, d'y résister.

En fait le gouvernement avait sous-estimé l'organisation du J.V.P. ainsi gut y avait des amis du Jve dans te soutien masse dont il

One réalisait également pas gouvernement et meme dans l'armée.

J'autre part la coalition surestimait la capacité de l'armée à combattre dans les

Elle ignorait la force de campagnes. combat du J.V.P. et le fait que la plupart des simples soldats provenaient des régions rurales et avaient plus de sympathies pour le J.V.P. que pour le gouvernement.

De notre point de vue la situation est loin d'être satisfaisante. Trois secteurs importants des masses opprimées n'ont pas encore bougé: les travailleurs des olantations, les travailleurs des villes et la population 'tamile dans le nord. Ceci était dû en partie au manque d'organisations capables de les mobiliser. également à la suppression informations et à la propagande gouvernementale selon laquelle il s'agirait d'un mouvement « fasciste » et de droite. La tâche urgente pour nous maintenant est de dire la vérité à la population. Cette tâche ne peut aujourd'hui être accomplie légalement. C'est donc une nécessité urgente de trouver les moyens de la remplir par tous les moyens nécessaires. Des événements on peut tirer la conclusion qu'il y aura une lutte prolongée, que l'état d'urgence sévira Iongtemps, et qu'à une certaine étape les ouvriers et les minorités se mobilseront. Nous devons nous préparer à fournir toutes les formes d'aide nécessaires pour assurer la victoire de cette lutte. La lutte a évidemment commencé plus tôt que nous ne le voulions. Mais il n'y a maintenant d'autre cours que de lui donner un soutien maximum.

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