Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 49

A bas la campagne anticommuniste du gouvernement soudanais

Quatrième Internationale, n° 49 · mai 1971 · p. 45-47 · 1 622 mots

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La chasse aux sorcières contre les militants communistes et le démantèlement du PC sont à l'ordre du jour au Soudan. L'anticommunisme fait maintenant partie de l'idéologie officielle du régiment militaire nationaliste qui a pris le pouvoir le 25 mai 1969. Et c'est avec le soutien politique du « soi-disant Parti Communiste » que ce régime vint au pouvoir. Les déclarations du Chef de l'Etat soudanais, le général Penseny, diffusées par Radio Omdourman le 13 février 1971, confirment que des Etats arabes pseudo-progressistes ont pris désormais un cours ouvertement contre-révolutionnaire à la suite de la défaite de la Résistance Palestinienne en Jordanie en septembre 1970.

Les militaires ont déclaré une guerre meurtrière aux militants communistes : « A appartenir à une organisation communiste soudanaise seront écrasés et exterminés. partir de maintenant tous ceux qui se disent communistes ou reconnaissent Les communistes n'ont pas place dans la révolution et ils seront balayés ». On ne saurait être plus clair ; pas la moindre ambigüité. Numeiry justifie ses agissements contre-révolutionnaires par les raisons traditionnellement invoquées par nationalisme arabe anti-communiste quand il est au pouvoir ; « pour avoir tenté de saboter l'économie du pays, pour avoir miné l'unité nationale et avoir compromis les relations extérieures du Soudan ». Cela en conséquence justifie la position que « l'existence de ce parti communiste ne peut en tout état de cause être autorisée. Les membres de ce parti sont en fait isolés du reste du pays et nous avons l'intention de purger tous les services publics et tous les syndicats des éléments communistes qu'on pourra y trouver ».

Surtout, en tant que défenseur des intérêts économiques et politiques de la petite-bourgeoisie, général Numeiry, en bon disciple de l'importance du soutien et de l'aide de l'Union Soviétique pour la stabilisation de on propre régime ; aussi n'a-t-il pas perdu de temps pour déclarer que les mesure rises par « la révolution » à propos du parti communiste soudanais « n'affecteron en aucun cas les étroites relations qu'entretient le Soudan avec l'Union Soviétique et les pays socialistes ».

Nasser nous avait accoutumés à de telles déclarations violentes et sanglantes. Celles-ci ne sont en fait qu'un pâle reflet du vieux maitre ; Numeiry s'est répandu en imitation, ce qui a toujours été le style de la petite-bourgeoisie soudanaise face à aîné égyptien. Mais derrière les phrases et la démagogie traditionnelle du nationalisme arabe au pouvoir, les objectifs de Numeiry sont clairs.

Il veut consolider un pouvoir qui après deux ans d'existence est faible, dans une période difficile où tous les Etats arabes pseudo-progressistes virent à droite. Ainsi se termine le rôle historique anti-impérialiste et progressiste de la petite-bourgeoisie arabe dans les pays où elle avait pris le pouvoir par des coups d'Etat militaires : Egypte, Irak, Syrie, Libye et Soudan. Son incapacité à continuer dans une voie anti-impérialiste sans risquer d'être balayée par le mouvemnet des masses. Aussi recourt-elle à une politique d'élimination de toutes les forces politiques à sa gauche, notamment le PC soudanais.

Le Soudan d'aujourd'hui n'est pas l'Egypte d'hier! La direction militaire petite-bourgeoise soudanaise exerce un pouvoir de type bonapartiste nassérien ou plutôt elle s'y essaye. A plusieurs reprises au cours des deux dernières années elle a dû faire appel au PC soudanais pour écraser plusieurs complots de droite et éliminer l'aile droite religieuse directement liée à l'impérialisme. Le fait que le régime ait eu besoin de l'aide du PC prouve son extrême faiblesse. Maintenant le régime veut écraser la gauche, dominée dans son ensemble par le PC qui possède une influence de masse dans la classe ouvrière et parmi les paysans grâce à sa base syndicale. Le PC égyptien n'a jamais été dans une telle position de force.

La dissolution du PC égyptien au sein de l'Union Socialiste Arabe de Nasser eut lieu au cours d'une période de force du nassérisme, sous la pression de l'Union Soviétique qui trouvait que ce n'était que payer trop cher sa pénétration en Egypte. La petite-bourgeoisie soudanaise vient au pouvoir à un moment où le nassérisme n'est déjà plus à son apogée. Sa faiblesse l'a empêchée de prendre plus tôt le pouvoir. Elle n'a pu le faire qu'avec l'aide du PC soudanais.

Le PC soudanais a suivi le cours du PC égyptien mais à l'envers. Il a en son temps réprouvé la dissolution du PC égyptien. Un de ses dirigeants, Mohamed Ibrahim Naqd, exprima ouvertement la position de son parti sur la question. Dans sa Lettre Ouverte « A un Egyptien progressiste » (cf. Al-Hurriya, No554, 14 février 71), il déclarait : « Le PC soudanais, en dépit de l'importance et l'étendue de ses liens avec tous les cercles progressistes arabes, n'accepte pas l'intervention d'une autorité, fut-ce l'autorité soudanaise, dans ses affaires. Il regrette toute atteinte à son autonomie ».

Mohamed Ibrahim Naqd rapporte que des tendances liquidationnistes et visant à la dissolution dans la « structure du pouvoir » apparurent en 1966/67, après la dissolution du PC égyptien en 1965 au sein de l'Union Socialiste Arabe de Nasser. II ajoute : « Il est possible que nos amis communistes égyptiens comprennent à quel point nous avons souffert en 1966 de la déviation liquidationniste droitière qui affecta notre parti au moment où nous essayions de tirer les leçons de leur expérience. Nous payons encore à l'heure actuelle le prix de cette déviation. Nous pensions que c'était une erreur que de considérer la dissolution du PC égyptien comme un nouveau type d'expérience ». Par conséquent la ligne de la direction du PC soudanais sur cette question est en complète contradiction avec l'Union sion aux eine nationale ale, colone en poil damal. Soviétique qui a toujours poussé les PC arabes à aller aussi loin que possible dans la voie de la soumission aux régimes nationalistes arabes, comme en Syrie et en Irak.

La crise soudanaise est de la plus grande importance. Elle met en question la traditionnelle politique stalinienne des fronts populaires au moment même où le monde arabe connait une offensive contre révolutionnaire généralisée contre toutes les forces progressistes.

C'est l'application d'une politique de front populaire au Soudan qui a provoqué la crise. Ce front, dont l'appellation locale est Front National Démocratique se compose essentiellement de deux forces politiques :

1) La petite-bourgeoisie représentée par le gouvernement militaire.

2) Le PC et ses organisations de masse, parmi lesquelles les syndicats ouvriers.

Loin de rejeter la perspective du front populaire, exprimant par là sa base doctrinale stalinienne, la direction du PC soudanais résiste aux manoeuvres du gouvernement militaire visant à tout discipliner.

Dans sa Lette Ouverte, Mohamed Ibrahim Nagd dit que « les membres du PC soudanais s'activent à stopper le déclin, et l'offensive de la droite, pour ouvrir la voie du pouvoir au Front National Démocratique ». Et il ajoute, c'est « grâce à leur travail conséquent travail conséquent et persévérant partout où sont les forces du Front, que ces convaincus que l'origine de crise actuelle réside monopolisation de l'autorité par un seul élément des forces qui forment ce front national ».

Le PC soudanais est opposé à l'application de la politique de front populaire par le gouvernement militaire soudanais. Dans son discours radiodiffusé, le généra Numeiry a déclaré : « Le Parti Communiste a rejoint la réaction dans son opposition à l'actuel régime révolutionnaire afin d'usurper le pouvoir » et « cela explique pourquoi les communistes soudanais ont attaqué toutes les décisions qui n'étaient pas les leurs. Ils se sont opposés à la fédération entre la RAU, la Libye, le Soudan et plus tard la Syrie ».

Ce qui est en jeu dans ce conflit politique, ce sont les intérêts contradictoires du gouvernement militaire et du PC. On a d'un côté un pouvoir militaire qui cherche à intégrer le Soudan dans une entité économique arabe (et si possible une entité politique, par la suite) selon l'intérêt de la classe dirigeante de ces pays. Pour mettre cette perspective en application, le gouvernement doit réunir toutes les garanties nécessaires en liquidant les forces politiques de gauche qui maintiennent toujours leur indépendance d'action.

De l'autre côté le PC soudanais a fait savoir publiquement qu'il ne se dissou dra it pas et qu'il continuerait à suivre une ligne opposée à celle du PC égyptien. L'aile gauche dirige le PC soudanais. Aussi est-il possible qu'un affronteme nt se produise entre les deux principales forces politiques du Soudan.

Sans présumer des futures positions politiques du PC soudanais résolution de sa direction à aller aussi loin que possible dans cette crise, il faut comprendre que dans le contexte actuel de cours droitier des régimes arabes pseudo-progressistes, la position qu'il a prise représente dans ces pays la seule réponse du mouvement ouvrier, après la défaite de la Résistance Palestinienne, aux entreprises contre-révolutionnaires de ces régimes.

Bien qu'isolés, les communistes soudanais sont engagés dans un conflit dont l'aboutissement aura un effet libérateur sur la classe ouvrière de ces pays arabes s'il est victorieux.

C'est en dernière analyse les rapports entre la direction de ce PC et Moscou qui décideront de sa volonté ou non de lutter.

errière le silence qu'il a observé jusqu'à présent, on peut aisement prevoir qu loscou fera tout pour renforcer ses intérêts étatiques et bureaucratiques au dépens du PC soudanais, de la classe ouvrière et des masses paysannes qu'il dirige.

Les marxistes révolutionnaires s'opposent fermement a ux a ttaques anti-communistes et contre-révolutionnaires aui frappent le PC soudanais. Ce n'est pas seulement le sort du PC qui est en jeu. Le sort de tout un mouvement ouvrier indépendant est menacé par le général Numeiry, menaces qui peuvent bientôt se transformer en actes.

Solidarité avec le Parti Communiste soudanais dans sa position de principe !

Vive la Révolution Socialiste Arabe !

22 mars 1971 Le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale.

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