Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 48

La situation au Proche-Orient

Quatrième Internationale, n° 48 · mars 1971 · p. 8-9 · 946 mots

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La révolution arabe a subi un coup terrible lors des affrontements sanglants de septembre dernier en Jordanie. La résistance palestinienne ne s'est pas remise depuis cette phase de guerre civile. Durant les mois qui se sont écoulés après septembre 1970, le régime jordanien n'a cessé d'organiser la chasse aux combattants palestiniens sur l'ensemble de l'étendue du territoire jordanien. Tout au long de cette période, les informations en provenance du Proche-Orient faisaient en permanence état d'affrontements mettant aux prises des forces armées de la résistance palestinienne et des unités de l'armée jordanienne. La contre-révolution jordanienne, d'extermination éclair des forces révolutionnaires qu'elle s'était fixés en accord avec les l'initiative en septembre sans toutefois toucher impérialistes, a été réarmée et rééquipée par les américains de façon à poursuivre son entreprise de liquidation des forces armées révolutionnaires de la résistance palestinienne.

Aujourd'hui la résistance palestinienne se trouve dans une situation trés délicate; elle se voit interdire ses moyens de propagande habituels; son apparition auprès de la population est compromise par la chasse que lui fait l'armée jordanienne; ses ressources en armes et en argent ont été sérieusement réduites par ces mêmes régimes arabes qui l'avaient jadis aidée à se développer puis l'ont abandonnée au moment de septembre. Enfin, isolée dans le contexte arabe, du fait de cet abandon des régimes dits progressistes (Egypte, Irak, Syrie, Lybie), la résistance palestinienne est devenue un danger pour ces mêmes régimes dont le virage à droite au lendemain de septembre 1970, par ses implications politiques à l'égard de la question israélienne et donc à l'égard de la résistance palestinienne, oblige ces régimes à se défaire d'un allié momentané dont le développement de la lutte dépassait trop les limites de forces d'appoint et de pression qui lui étaient assignées. La volonté de paix de la part des gouvernements arabes, qui traduit leur incapacité d'aller plus loin dans la lutte contre Israël et leur refus de s'affronter à l'impérialisme américain, les a fait accepter et rechercher un accord dont le plan Rogers était déjà unc première tentative.

Cette paix ne peut se faire qu'à la condition du muselage de la résistance palestinienne et ce d'autant plus qu'elle s'accompagne maintenant d'une perspective de plus en plus vérifiée et authentifiée : la création d'un pseudo-état palestinien regroupant dans une même entité administrative les palestiniens vivant en Cisjordanie et ceux de la zone de Gaza. Cette supercherie contre-révolutionnaire doit être dénoncée et combattue. Cette perspective a fait l'objet d'un assentiment total des forces contre-révolutionnaires qui œuvrent dans tout le Proche-Orient. Des américains aux soviétiques en passant par les jordaniens, les egyptiens et certaines parties des palestiniens, y compris des membres et non des moindres de la résistance palestinienne, l'idée d'un Etat palestinien est devenue le moyen le plus efficace pour réduire au silence les voies de la révolution arabe et paralyser momentanément, au moins dans cette région, les forces nouvelles.

Cette perspective cache une manœuvre qui montre à quel point les régimes petits-bourgeois « progressistes » arabes sont maintenant entrés dans une phase qui doit les mener à la reconnaissance implicite de l'Etat sioniste tel qu'il a été créé sous la forme de l'Etat d'Israël. Or, c'est pour mener la lutte contre ce même Etat sioniste que les coups d'Etat militaires s'étaient produits dans certains pays arabes au cours des années 50 et 60 (Egypte 1953, Irak 1958, Syrie), tout en liquidant l'administration pro-impérialiste qui opprimait les populations de ces Etats. C'est au cours de cette lutte que les directions arabes autour de Nasser avaient finalement préparé le terrain pour le lancement de la résistance palestinienne. Aujourd'hui la reconnaissance d'un Etat palestinien croupion équivaudrait à la reconnaissance de l'Etat d'Israël, car cet Etat palestinien n'est rien d'autre que la caution finale apportée à Israël par des palestiniens parmi l'ensemble des régimes arabes, « frères » comme on dit encore ! Au travers de cette entreprise, tous ceux qui en sont partie prenante donnent à l'impérialisme américain et à son valet jordanien d'une part, à l'Etat sioniste de l'autre, le 'pouvoir de créer une entité étatique dont la dépendance aussi bien à l'égard d'Israël que de la Jordanie sera totale.

Cette question d'un Etat palestinien a été évoquée favorablement par le roi Hussein dans une interview accordée à un journaliste du journal dominical, The Observer. Il est même allé jusqu'à dire qu'il accepterait de signer un traité de paix avec Israël et que « certaines modifications mineures des frontières pourraient être acceptées ainsi que l'internationalisation de l'ensemble de Jérusalem ». Le camp arabe est totalement désuni désormais; l'initiative qu'il a reconquise le roi Hussein agit comme le garant des intérêts impérialistes et comme un véritable serviteur de l'Etat sioniste.

La résistance palestinienne dans un cadre politique aussi défavorable à son existence et plus seulement à son action se trouve maintenant engagée dans une phase critique dans laquelle elle doit entreprendre une réorganisation profonde de ses structures politiques et militaires et reconsidérer son unité interne en regard des situations passées. Ses responsabilités dans les crises successives qui l'ont opposée aux régimes arabes doivent être considérées sans négligence.

La résistance palestinienne s'est affirmée comme l'expression révolutionnaire des palestiniens. La constitution de l'Etat palestinien n'est rien d'autre qu'une manœuvre afin de couper à la résistance palestinienne l'herbe sous le pied, tout en reconnaissant plus de vingt ans après une réalité palestinienne qu'il n'est plus possible d'ignorer à cause précisément du développement de la résistance des palestiniens. La dénonciation de cette mascarade est un devoir que les révolutionnaires doivent assumer afin de ne pas laisser courir des illusions qui font le travail de l'entreprise sioniste et impérialiste dans cette région du monde, profitant du silence des régimes arabes faillis et de la bureaucratie soviétique.

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