Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 48

La crise des staliniens au Venezuela

Alfonso Ramirez · Quatrième Internationale, n° 48 · mars 1971 · p. 36-41 · 4 100 mots

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En Amérique Latine se poursuivent, dans toutes les organisations, des discussions qui portent sur le bilan des dix années écoulées depuis la victoire de la révolution cubaine et sur les diverses orientations suivies depuis lors. Une des organisations les plus affectées par ces discussions est le Parti Communiste Venezuelien; il avait d'abord été partisan de la lutte armée et avait soutenu les guerillas de son pays, puis il les avait abandonnées et avait été ouvertement combattu pour cela par Fidel Castro. Le PCV est à présent partagé entre plusieurs fractions. L'une d'elles, la plus à gauche, est dirigée par T.Petkoff, qui dirigea la Jeunesse et dont un frère tomba en combattant dans les guerillas. Nous publions la critique du dernier livre de T.Petkoff qui est parue à Caracas dans la publication Vea y Lea. Depuis que cet article a été écrit, le PC Vénézuelien a connu la scission. Nous publierons ultérieurement un article sur l'organisation formée par Introduction

Si le premier livre de Teodoro Petkoff, checoeslovaquia - el socialismo como problema, a confronté la direction conservatrice du Parti Communiste Venezuelien (PCV) à un problème réel, son deuxième, Socialismo para Venezuela ? (Editorial Domingo Fuentes, Caracas, Juin 1970) constitue la preuve irréfutable de la gravité de la crise déchirant cette organisation.

Bien qu'il soit écrit sans rancune, sur un ton qui ne cherche pas à blesser des réputations sacrées, ce petit livre est én train de secouer la vieille structure du PCV comme un tremblement de terre. Petkoff est un anti-stalinien non seulement dans ses idées mais aussi dans son style littéraire qui n'a rien de commun avec le caractère répétitif et lourd de celui de Staline qui endort le lecteur patient et que les communistes éduqués à cette école trouvent encore digne d'être imité des dizaines d'années plus tard.

La première déclaration catégorique de l'auteur, caractérisant le système économique du Vénézuela comme système capitaliste, pourrait sembler un simple lieu commun à une personne ordinaire. Il n'en est pas ainsi du point de vue officiel du PCV qui envisage

T.Petkoff. fondamentalement de chercher à sortir le pays de son sous-développement en suivant la voie capitaliste, puisque la ligne qu'il invoque est la lutte contre l'impérialisme, contre le féodalisme, contre les monopoles. Si les thèses de Petkoff devaient être acceptées, leur conclusion logique est très claire - la seule voie pour faire émerger le Vénézuela de son retard passe par le combat contre le capitalisme, ou, comme il l'écrit: « ...à notre époque, la révolution devient socialiste, ou simplement, il n'y a pas de révolution ». (page 59) La bourgeoisie nationale

Traditionnellement les partis communistes d'Amérique latine ont soutenu que la bourgeoisie nationale constitue un allié qui doit être recherché par les révolutionnaires dans leur lutte contre la subordination à l'impérialisme. N'ont-ils pas dit qu'en ce qui les concerne, le capitalisme en soi n'est pas un ennemi? Par conséquent, en accord avec cette thèse, il existe une bourgeoisie indigène inclinée à combattre l'impérialisme, à le vaincre et à développer parmi ces nations un capitalisme autonome (et en même temps libérateur). Ce qui n'est pas expliqué, c'est comment, si la bourgeoisie peut jouer un rôle aussi important, on peut dire que, dans cetteentreprise, le prolétariat exercera son hégémonie.

Petkoff soutient dans son livre qu'objectivement une telle bourgeoisie nationale ou progressiste n'existe pas, car les secteurs bourgeois dont les intérêts sont touchés par l'impérialisme et qui pourraient s'opposer à l'impérialisme, profitent en fait des liens économiques coloniaux. Et subjectivement, il est faux que la soi-disant bourgeoisie nationale possède une conscience nationaliste. Si la bourgeoisie est consciente de quelque chose, c'est que son capital provient du travail aliéné, des travailleurs, et alors nous devons nous demander : si la bourgeoisie latino-américaine réussit, comme l'espèrent les staliniens, à rompre avec l'impérialisme et à développer ces nations selon la voie capitaliste, quelle liberté cela apportera-t-il aux millions de travailleurs des villes et des campagnes ?. Seule la bourgeoisie indigène serait libérée.

L'auteur nous informe que les thèses du ème congrès du PCV, tenu en 1961, qui parlaient des potentialités révolutionnaires de la bourgeoisie nationale, ont pris un nouveau tournant - on soutient maintenant que cette classe peut être neutralisée. Et il ajoute, pour indiquer ce qui a été conquis au travers d'une telle politique : « jusqu'à maintenant, l'opération « bourgeoisie nationale » ne nous a pas permis de gagner, soit cette bourgeoisie .... soit la classe ouvrière. » (page 75) Les « étapes » de la révolution

Vu que, de l'avis des vieux communistes vénézueliens et latino-américains en général, le capitalisme et la soi-disant bourgeoisie nationale sont encore appelés à jouer un rôle progressiste, il est naturel qu'ils soutiennent que la voie au socialisme passe par une étape préliminaire, c'est-à-dire la révolution démocratique bourgeoise. Les taches principales de cette étape seraient d'accomplir la réforme agraire et la transformation démocratique de l'Etat, qui briseraient notre dépendance envers le capital étranger. Le socialisme viendrait plus tard, comme seconde étape du processus révolutionnaire.

Cette vieille idée menchévique fut combattue par Lénine en 1905 lorsqu'il démontra l'incapacité de la bourgeoisie à conduire la révolution démocratique bourgeoise et proposa à la place une alliance du prolétariat et de la paysannerie pour diriger la révolution. Lénine détermina le contenu de cette alliance en 1917 lorsqu'il dut convaincre son parti de la nécessité de prendre le pouvoir au nom de la dictature du prolétariat, entrainant derrière lui les masses paysannes. Du fait même que le pouvoir était détenu par le prolétariat, sa mission ne put se limiter aux simples tâches démocratiques ; il fut contraint simultanément d'entreprendre des restrictions étendues du

ONALE 37 droit de propriété privée sinon le processus révolutionnaire tout entier déraillerait. Ce faisant, le prolétariat faisait les premiers pas vers l'instauration du socialisme.

Avec ces deux documents de Lénine en main, Petkoff affronte le vieux menchévisme, qui fut ranimé par Staline après que l'expérience de la révolution d'Octobre ait réfuté dans la pratique la théorie absurde de la révolution traversant de telles étapes. Dans la même lignée, l'auteur est capable de citer d'autres emples historiques. Certains d'entre eux sont positifs, comme la révolution cubaine qui expropria rapidement les banques, les plantations et les industries détenues par les capitalistes étrangers, et dut agir de même avec les capitalistes indigènes, poursuivant ainsi l'accomplissement du cours ininterrompu d'une révolution dont l'issue fut socialiste. D'autres exemples sont « négatifs », comme les révolutions indonésienne et guatémaltèque pour lesquelles la tentative de s'arrêter à « l'étape » démocratique créa des illusions au sein des masses, permettant à la contrerévolution de les écraser.

Il serait bon de rappeler que la discussion sur les étapes du processus révolutionnaire était plus compréhensible dans la Russie de 1905 - où un régime autocratique était au pouvoir, où la terre se trouvait dans les mains des grands propriétaires et ou les libertés bourgeoises les plus élémentaires étaient inexistantes - que dans notre ineffable démocratie représentative du Vénézuela qui, après tout, nous permet d'écrire dans les journaux et a distribué 1.600.000 hectares de terre à environ 100.000 paysans.

L'application par son parti de la théorie des étapes à la situation fluide de l'année 1958 au Vénézuela conduit Petkoff à demander :

« Qu'est-ce que cette conception de l'unité nationale, dont la direction de notre parti fut le champion le plus franc en 1958, a de commun avec le marxisme? » (page 93).

Et à la page suivante, il donne son avis :

« La politique d'unité nationale, après le 23 janvier 1958, n'était rien d'autre qu'une nouvelle formulation de la politique de colla boration de classes, appartenant à l'époque de

Browder au cours des années du gouvernement Médina, dont les traces ont été si difficiles à effacer dans la direction du parti. Ce démon de la collaboration de classe qui est réapparu avec une telle persistance, sans cesse, dans les activités politiques (époque de Médina, 1958, et maintenant ertains signes inquiétants d'une conduite similaire envers le régime de Caldera)

est très difficile à exorciser du fait que son fondement théorique se trouve dans les conceptions démocratiques bourgeoises que la btroisième Internationale stalinienne imposa aux partis communistes des pays arriérés. En dernière analyse, le browderisme ne fut que la réduction à l'absurde de la politique des fronts populaires et des alliances avec l'ineffable bourgeoisie nationale dans les pays coloniaux ». (page 94) Les forces motrices

Au début du dernier chapitre de ce livre, l'auteur fait une déclaration dont l'honnêteté fait contraste avec la façon hypocrite dont la direction du PCV a considéré la possibilité des alliances politiques dans la lutte politique, son avance aux autres groupes intéressés à faire progresser la révolution. « Quiconque ne se considère pas comme un révolutionnaire sincère | en lisant ceci, on se demande si

Petkoff estime que c'est là la source d'une telle hypocrisie), considèrera les autres comme de simples alliés de passage, des compagnons de route en quelque sorte, des personnes qui peuvent être manipulées, utilisées. Et même si telle n'est pas l'intention, objectivement, it traite ces alliés comme d'utiles imbéciles ». (page 106)

Après avoir dédicacé quelques pages à la classe ouvriere des Etats-Unis, dont la contribution à l'avènement du socialisme mondial n'est pas aussi distante que le croit le camarade Petkoff, ce dernier fait le compterendu du rôle joué par les travailleurs vénézueliens dans les luttes politiques des années récentes. Celles-ci n'ont pas vraiment joué un rôle de premier ordre, et l'auteur explique ceci non seulement par la perspective et la formation de notre classe ouvrière, d'origine paysanne très récente, avec un fort pourcentage d'immigrants qui arrivent avec le rêve de devenir riches, avec une armée de réserve industrielle qui est presque plus vaste que celle qui est employée, mais aussi par le rôle vraiment inique joué par notre direction syndicale réformiste.

Il n'excuse pas les syndicalistes du PCV. bien qu'il ne leur attribue pas tous les reproches. Et avec raison : peut-on demander aux dirigeants syndicaux de suivre une ligne plus militante que celle suivie officiellement par leur parti ? « Tenter d'attirer une partie de la bourgeoisie implique nécessairement d'atténuer - ou d'éliminer - des références en opposition au système d'exploitation que la bourgeoisie incarne ». (page 126)

Petkoff conclut en déclarant qu'en plus de la classe ouvrière, il existe trois secteurs sociaux qui poussent le Vénézuela vers le socialisme: la moyenne et pauvre petite bourgeoisie, la population marginale, et les paysans pauvres. Pour le principal, on peut étre d'accord avec cette formulation tant qu'est effectué un examen prudent de la classe moyenne composée de petits propriétaires et qu'une considération adéquate est portée aux nouvelles classes moyennes, les cols blancs.

Sur la poulation marainale de nos villes. Sur la population marginale de nos villes, " il observe correctement qu'elle n'est pas sans emploi mais non employée, qu'elle n'a jamais été employée et n'a aucun espoir de l'être à moins qu'une révolution ne lui ouvre une issue. La paysannerie pauvre, bien que son nombre décline dans la société vénézuelienne d'aujourd'hui, doit être gagnée par la classe ouvrière à sa cause, sinon on risque une défaite.

Deux observations doivent dissiper tout doute actuel quant aux forces motrices de la révolution. la première est qu'il est plus correct de dire que la révolution doit être dirigée par la classe ouvrière, qui est intrinsèquement la classe la plus révolutionnaire de la société, et qu'elle attirera la petite bourgeoisie sans le support de laquelle il est illusoire de penser à la victoire, avant de proclamer la formule imprécise d'une alliance entre ces deux classes, en oubliant de souligner la prédominance des travailleurs. (voir page 130)

Il est vrai que les étudiants (secteur le plus saillant de la petite bourgeoisie radicalisée) ont accompli un travail d'avant-garde en Amérique latine ; mais la seule façon dont ils peuvent garantir que leur participation n'ouvrira pas la voie à l'aventurisme, comme cela s'est produit au Vénézuela avec le MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) est d'identifier totalement leur lutte aux intérêts du prolétariat, comme cela s'est produit à Cuba avec la direction révolutionnaire

Les dirigeants de la révolution vénézuelienne peuvent être d'origine sociale petite bourgeoise, comme cela s'est trouvé dans presque toutes les parties du monde; mais ils entrent dans le flot de l'histoire non en raison de leur origine sociale mais seulement lorsqu'ils deviennent des dirigeants de la classe ouvrière. Grâce à cela, lorsque Petkoff proclame qu'au Vénézuela « une confrontation prend forme entre les pauvres et les riches, entre les possesseurs et les non-possesseurs »

(page 136), ce mot d'ordre avec son attrait à résonance populaire doit étre compris comme signifiant que seuls ceux qui n'ont rien d'autre que leurs salaires sont capables de conduire au domaine de la liberté ceux qui ont davantage que leurs salaires.

La seconde observation se rapporte à l'instrument politique exigé pour guider le processus révolutionnaire vers son point culminant dans la prise du pouvoir. La faillite de toutes les forces qui sont entrées en action en Amérique latine depuis la victoire de la révolution cubaine est due principalement au fait qu'au lieu d'entreprendre la formation d'une organisation durable, militante, des masses dans un parti politique de caractère fondamentalement prolétarien, ils ont cherché à y substituer des mouvements hétérogènes dans les villes ou les campagnes - trés militants, peut-être, mais sans racines réelles dans la population urbaine ou rurale.

L'implication des masses dans l'action pure et simple peut conduire à la dissipation du mouvement, comme cela s'est produit en comme cela s'est produit en janvier 1958, si aucun parti n'existe pour les guider. Les détachements armés qui sont entrés en campagne pour les guérillas ont ressenti, même lorsqu'ils étaient dirigés par un Che Guevara, l'absence d'une organisation implantée dans les masses. Et les généraux réformistes, imitateurs de Nasser ou du cachet péruvien, ne sont que cela - des réformistes ; et ni en Egypte ni au Pérou on ne peut vraiment parler de socialisme. Internationalisme et Trotskysme

Qu'un membre du Parti Communiste Vénézuelien puisse avancer de telles idées pour un débat public et interne, montre que quelques membres du parti ont évolué du stalinisme le plus obscur vers les meilleures traditions du marxisme révolutionnaire, puisque Petkoff a clairement découvert des vérités du passé qui s'appliquent au présent. Et le fait qu'il puisse les avancer dans un livre sans avoir encore subi le destin de ceux si nombreux qui ont été excommuniés par les pontifs du parti, ne signifie pas qu'« un esprit de tolérance » ou qu'un certain sens du « fair play » règne dans le parti mais que ces idées sont apparues dans de nombreux esprits et que Teodoro Petkoff n'est pas seul.

L'auteur a annoncé qu'il se prépare à écrire un essai sur la politique internationale du mouvement révolutionnaire. On doit souhaiter qu'il le fasse bientôt, puisque son opposition à la théorie des étapes demeure sans conclusion s'il ne conçoit pas la révolution comme étant d'envergure internationale. Douglas Bravo a déclaré que la lutte actuelle pour le socialisme peut prendre beaucoup de son inspiration dans la lutte engagée par Bolivar, San Martin, O'Higgins, Artigas, « parce que ce continent, découpé en plus de vingt républiques n'est qu'une seule nation qui a été divisée ...

.. pour mieux l'exploiter ». Et les Thèses d'avril de Lénine, que cite Petkoff, se terminent plus ou moins par les mots suivants:

nous commençons la révolution mondiale, seule sa victoire garantira notre victoire et la transition vers un système socialiste.

Dans l'introduction du livre de Petkoff, l'étrange déclaration suivante apparait :

« Cette crise mondiale est la crise du stalinisme, dont la carcasse idéologique rigide, politique, organisationnelle et même morale est aujourd'hui battue par des courants toujours plus forts, plus lucides, et par d'importants courants qui se lèvent dans les partis communistes, qui en sont venus à comprendre qu'à partir d'un certain moment, le stalinisme ne bloquait plus seulement les sociétés où les partis communistes sont au pouvoir, mais, a egalite avec le trotskysme - pouvoir, mais, à égalité avec le trotskysme - qui chercha à être sa négation à une époque - ne fournissent plus les réponses exigées par une force révolutionnaire luttant pour le pouvoir ». (page 8 et 9)

Les staliniens ont tué le trotskysme à diverses occasions. Est-ce à cause de la faillite absolue de ces tentatives violentes qu'un antistalinien a décidé de les désavouer et de donner l'assurance que le trotskysme, est mort d'une mort naturelle ? Mais la vérité est que le trotskysme est resté bien vivant - par dessus tout au niveau théorique.

Rappelons que le processus ininterrompu de la révolution culminant dans le socialisme fut exposé par Trotsky des 1905 et, pour le désigner, il utilisa le nom déjà donné par Marx lui même - la révolution permanente. S'il n'y avait pas eu Trotsky qui le premier commença à combattre le stalinisme aux côtés de Lénine et continua la lutte dans les prisons de Staline, le régime bureaucratique n'aurait jamais été expliqué scientifiquement, des avertissements opportuns n'auraient pas été donnés contre la montée du fascisme, et la politique criminelle de l'Internationale Communiste en Chine, en Espagne, en Yougoslavie, en France et en Indonésie parmi d'autres pays, n'aurait pas été dénoncée à titre de trahisons, et l'histoire de l'Union Soviétique serait restée enterrée sous le poids des pires calomnies.

S'il n'y avait eu le trotskysme, le centralisme démocratique cocomme principe organisationnel devant être suivi par les partis communistes aurait été oublié, de même que le droit de former des tendances, l'internationalisme prolétarien et tant d'autres principes léninistes que, le stalinisme, prenant ombrage du reflux de la marée révolutionnaire mondiale, obscurcit par ses crimes.

Et le trotskysme fut le premier à caractériser le système cubain comme Etat ouvrier, un an avant que Fidel Castro ne reconnaisse sa nature socialiste ; et les meilleures analyses de la révolution coloniale et de la crise qu'affrontent les Etats ouvriers et le capitalisme mondial sont venues du camp du trotskysme.

Mais le trotskysme vit aussi dans le domaine de la pratique. Il est sorti très renforcé du soulèvement de Mai 68 en France. Aux Etats-

Unis, il se tient à l'avant-garde de la défense de Cuba socialiste et dans la mobilisation de milliers de gens contre la guerre du Vietnam.

Et, pour mentionner l'Amérique latine, au

Pérou, le trotskyste Hugo Blanco est considéré comme un révolutionnaire modèle.

Le fait est que le trotskysme, malgré l'affirmation contraire de Petkoff, continue d'être la force la plus consciente d'opposition au stalinisme.

Après l'invasion de la Tchécoslovaquie, les héritiers de Staline ont encore tué le trotskysme. Mais ce phénix de la révolution ne va pas mourir, semble-t-il avant que la dernière des révolutions socialistes dans le monde n'ait été victorieuse. N'aurait-il pas été plus approprié pour Petkoff et les autres véritables anti-staliniens de jeter aux visages des staliniens ces lignes de Don Juan Tenorio : « Ceux que vous avez tués sont tout à fait vivants » ? L'aile droite et l'aile centriste

A l'opposé du point de vue gauche de Petkoff se trouve une aile droite du PCV qui défend la position même que le parti a soutenue depuis 1936. Examinons quelques phrases d'une déclaration faite par un représentant de l'aile droite, le Dr Pedro Ortega Diaz, et publiée dans Desinde (dernière quinzaine d'octobre 1969) :

« Certains ont dit que notre révolution est anti-impérialiste et anti-capitaliste. Concrètement cette position est soutenue par camarade T. Petkoff. Je veux attirer l'attention de mes lecteurs sur ce problème. Adopter comme but immédiat de notre révolution un combat contre l'impérialisme et contre toute sorte de capitalisme serait une si grave erreur avec des conséquences si nuisibles qu'elle ne pourrait être comparée qu'à celle que nous avons commise en approuvant et en mettant en pratique la ligne de l'insurrection et de la lutte armée dans les années 1960-67 ».

Pour l'aile droite du PCV, la lutte doit être anti-impérialiste et anti-féodale, mais non anti-capitaliste. Et, en conséquence, non dirigée contre la bourgeoisie en général. Voici ce qu'il dit :

« En parlant de la manière la plus scientifique, nous pouvons dire que cette domination s'exprime dans la contradiction: la nation vénézuelienne contre les monopoles étrangers. Les forces sociales correspondantes sont d'une part une partie des monopoles US et un secteur très étroit de notre bourgeoisie associé à ces monopoles, dont ils sont en même temps dépendants. Nous avons dénommé cette couche en tant que « bourgeoisie associée, dépendante » ; les tétes les plus typiques sont les Vollmers, Eugénio Mendoza et son groupe, les Boultons, l'autre groupe

Mendoza, les Phelps, le groupe Zuloaga -

Machado et d'autres.

Les grands propriétaires sont liés à ces groupes par des milliers de liens imbriqués et dépendants. D'autre part se trouve la nation vénézuelienne, qui est victime des Américains et de leurs partenaires ».

Ici se trouve la raison justifiant « de ne pas poser le problème de la liquidation immédiate du capitalısme ». « Offrir nos alliés aux ennemis impérialistes US est la pire affaire possible, et, pour nous, poser le problème de la révolution anti-capitaliste aujourd'hui signifie recruter des alliés pour nos principaux ennemis ».

Enfin regardons comment cette tendance relègue le socialisme à un futur lointain et voilé : « .. toutes nos révolutions de libération ont un caractère socialiste dans le sens où elles s'attaquent à l'impérialisme US, qui est la principale force maintenant le capitalisme »-

Comme on peut le voir l'aile droite communiste vénézuelienne n'a pas dépassé la phase menchévique. Mais il existe aussi une tendance centriste, dirigée par Pompeyo Marquez, auteur des Thèses programmatiques qui sont actuellement discutées dans le parti. Il affirme ce qui suit : « le Vénézuela a cessé d'être un pays dans lequel le capitalisme est prédominant ». (Ceci et les citations ajoutées extraites des déclarations faites par Marquez, ou du projet de théses, est paru dans le supplément spécial à Tribuna Po palar, 25 juin 1970).

Apparemment Marquez est d'accord aveC Petkoff en ce qui concerne la nécessité d'affronter le capitalisme et la bourgeoisie, à laquelle il dénie l'adjectif « national » : « En rejetant la voie du développement capitaliste, en disant que le capitalisme en tant que système pour notre pays conduit à un renforcement de la dépendance et mène à l'aggravation des problèmes économiques et des problémes affontés par les masses, nous devons présenter une alternative opposée à cette voie de développement capitaliste.

L'alternative que nous proposons est de briser la dépendance et d'ouvrir au pays la perspective de la construction d'une société socialiste ».

Mais nous remarquons que Petkoff appelle spécifiquement à la révolution socialiste comme unique voie, alors que Marquez parle d'abord de briser la dépendance, et puis

« d'ouvrir au pays la perspective de la construction d'une société socialiste ». Or, comme il le dit ailleurs : «... ce que nous proposons est un développement indépendant qui doit évoluer d'une facon ininterrompue vers le socialisme ». Malgré le « ininterrompu ».

synonyme de permanent, Marquez parle d'évolution à la fin de laquelle nous espérerons avoir le socialisme, alors que

Petkoff est très catégorique - la façon de briser la dépendance est de briser le capitalisme. Quel système s'offre comme alternative ? Le socialisme. Alors, au travail.

En fin, Marquez se rapproche beaucoup plus d'Ortéga Diaz que de Petkoff. En résultat, l'aile droite et l'aile centriste se sont mises d'accord pour exclure Petkoff du

Bureau Politique et projettent de l'exclure définitivement du Parti.

Sur d'autres sujets, Marquez se trouve encore plus loin du marxisme révolutionnaire lorsqu'il pose la nécessité d'une « révolution populaire démocratique ». Cette définition, du fait même qu'elle ne définit rien d'un point de vue de classe, est éminemment stalinienne.

Mais ou Marquez montre le plus clairement qu'il n'a pas été capable de rompre avec son passé stalinien, c'est lorsqu'on voit sa résistance à caractériser correctement la bureaucratie qui dirige la Russie.

Pour lui, les critiques de la bureaucratie, qy* la montrent comme oppresseur du peuple russe et de ses intellectuels, comme jouissant de privilèges spéciaux, comme bourreau des révolutions politiques en Hongrie et en Tchécoslovaquie, comme compromise avec le capitalisme au travers de la coexistence pacifique, comme falsificatrice de l'histoire révolutionnaire la plus glorieuse - tout ceci, pour Marquez, signifie faire circuler « des thèses anti-soviétiques, anti-socialistes et anti-

ALE 41 communistes ».

Avec un saint patron comme Marquez en a un, en lequel il peut croire entendre ses prétendues prières révolutionnaires, il est compréhensible que cette position centriste puisse rapidement tomber vers la droite, surtout lorsque cette droite continue à s'éroder. Et cette érosion (incluant l'érosion biologique) a commencé il y a quelque temps.

La crise du Parti Communiste Vénézuelien est le reflet du déclin mortel du stalinisme. Il est logique que la jeunesse complète le processus de son achèvement.

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