Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 47

La radicalisation présente aux Etats-Unis

G. Breitman · Quatrième Internationale, n° 47 · janvier 1971 · p. 40-44 · 3 905 mots

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Nous avons eu trois grandes radicalisations aux Etats-Unis depuis le début du siècle. La première s'est produite dans ce qu'il est convenu d'appeler la période d'Eugène Debs, commençant approximativement au début du siècle lorsque le Parti Socialiste a été formé, et se prolongeant jusqu'à la dernière guerre mondiale. La deuxième est située dans les années 30 et, bien qu'elle ait été submergée par les effets de la- 2ème guerre mondiale, il en restait tout de même des traces lors de la grande vague de grèves qui suivit la guerre. La troisième, dans laquelle nous avons la chance de nous trouver, a débuté il ya quelques années et possède visiblement encore une longue vie devant elle.

Il est important de noter les similitudes entre ces trois radicalisations si nous voulons comprendre correctement les problèmes et les perspectives qui s'offrent à nous à présent. Mais il est aussi important de voir les différences et leurs causes.

Ces trois radicalisations sont semblables en ce sens qu'elles expriment un mécontentement à grande échelle, une aspiration à des changements substantiels, de nouveaux modes de pensée, de nouveaux modes d'action. Cependant les trois sont tout à fait différentes l'une de l'autre.

La radicalisation du temps de Debs a été une réponse aux contradictions du capitalisme dans & inshase d'ingratian a des danise on met phase d'industrialisation, d'urbanisation et eut pas de révolution pour résoudre ces contradictions mais une évolution : une guerre, un grand essor de la productivité, l'affaiblissement des concurrents capitalistes européens et l'hégémonie mondial l'impérialisme américain. La radicalisation suivante émergea avec la grande crise économique qui ébranla la nation et se répandit à travers le monde à la fin des années 20. Le chômage, la famine, l'instabilité économique aux Etats-Unis puis la crainte de la guerre et du fascisme furent les facteurs qui lui donnèrent naissance. Elle aboutit à la syndicalisation de la grande masse des travailleurs industriels jusqu'alors inorganisée et à une lutte de classe très âpre. Des réformes furent obtenues mais dans des limites qui ne mirent pas en danger le système capitaliste ; le C.I.O. fut organisé mais le système bi-partit réussit à survivre.

Au milieu des années 50, la guerre froide, la guerre de Corée et la « chasse aux sorcières » qui s'en suivit, réduisirent à néant la gauche américaine. Tous les partis révolutionnaires et réformistes furent réduits à l'état de squelette. La désertion et le reniement devinrent choses courantes. De nouvelles théories expliquèrent les erreurs du marxisme et les véritables révolutionnaires se trouvèrent totalement rejetés sur la défensive. Le pire fut leur total isolement des masses populaires - c'étit la « période de la génération perdue ». Les aene avaient généralement peur de s'exprimer ; même des tendances modérément oppositionnelles dans les syndicats, n'avaient aucune influence face à la bureaucratie. En cherchant à justifier ses demandes annuelles visant à donner plus de fonds au F.B.l. j.Edgar Hoover était amené à expliquer que plus le mouvement radicalisé se réduisait, plus il devenait dangereux; il n'utilise plus cet argument à présent !

Les origines de la radicalisation actuelle remontent à la seconde guerre mondiale, aux forces technologiques et sociales qui furent alors libérées, au rôle de gendarme mondial assumé par Washington depuis, à la résurgence d'un nationalisme révolutionnaire dans le monde colonial, aux promesses qui furent faites et aux trahisons qui furent commises. Mais quand la radicalisation commença-t-elle véritablement à s'épanouir ? Certains diront qu'elle a commencé avec le boycott des autobus à Montgomery à la fin de

1955 ; d'autres diront que cela n'a pas véritablement commencé avant 1960 avec notamment, le sit-in des étudiant de l'université de Caroline du Nord ; d'autres encore opteront pour les émeutes de Watts il y a tout juste 5 ans. Pour ma part je pense que le mouvement de Montgomery, aussi important fut-il, fut un signe précurseur, plus • le signe d'un commencement que le commencement lui-même., et que le phénomène de radicalisation était bien entamé lors des événements de Watts, même s'il n'avait pas encore pénétré la conscience des masses ; c'est pourquoi si je dois faire un choix, j'obterais pour 1960 et les événements de Caroline du Nord.

Mais vous avez remarqué que ces trois événements sont des étapes dans le développement d'un seul et même processus - la résistance et la révolte contre l'oppression que subissent les noirs dans ce pays. L'oppression des noirs a toujours été le trait le plus répugnant du capitalisme américain, mais à présent il se révèle comme étant le maillon le plus faible de la chaine qui devait maintenir les masses soumises et dociles. Dès que le peuple noir commença à mettre à l'épreuve ce maillon, et à s'attaquer à cette chaîne, l'exemple fut repris et d'autres secteurs de la population commencèrent à se mobiliser. Les noirs ont joué un rôle important dans la radicalisation des années 30. Ils étaient au premier plan dans les combats des chômeurs, ont pris une grandes part dans les luttes des métayers du Sud et ils rejoignirent avec enthousiasme le C.l.O. dès que celui-ci leur ouvrit les portes. Il faut comprendre que le C.I.O. n'était pas seulement un syndicat tel que nous le connaissons aujourd'hui ; du moins il n'était pas perçu comme tel par la majorité opprimée les militants les plus révolutionnaires de l'époque - noirs OU blancs - . Le sort des noirs et des travailleurs dans leur ensemble leur paraissait intimement et inextriquablement lié à celui du C.I.O. et c'est pourquoi la lutte des noirs passa à travers celui-ci. Il en résulta que la radicalisation des noirs, bien qu'elle se produisit effectivement, n'eut pas à l'époque un rôle indépendant. Les formes que la radicalisation noire prirent dans les années 60 furent très différentes de celles des années 30 et leur contenu plus révolutionnaire. La première raison de cette différence réside dans le caractère de la période actuelle ainsi que dans le fait que cette radicalisation ne se fait pas sous l'hégémonie d'une bureaucratie ouvrière réformiste. C'est pourquoi étant plus indépendante, elle est plus susceptible de traduire les besoins et les aspirations des masses et de remplir le rôle •d'avant-garde qui lui était attribuée dans la théorie de Trotsky sur la révolution permanente appliquée aux Etas-Unis.

La radicalisation de la jeunesse est un phénomène mondial mais presque tout le monde sera d'accord pour affirmer que le combat des noirs a profondément influencé le développement de la radicalisation de la jeunesse américaine - pas seulement dans son expression mais dans son idéologie et ses formes organisationnelles ; on peut même dire qu'il a eu des effet semblables sur une grande part de la radicalisation de la jeunesse à l'extérieur des Etats-Unis. Cela est dû en parti au fait que les nouveaux mouvements tendent à prendre exemple les uns sur les autres, aussi bien qu'à réagir contre les mouvements antérieurs. Sil y avait un grand parti de masse marxiste dans ce pays, la jeunesse radicalisée s'en serait servi comme modèle pour construire son propre modèle, mais le seul exemple qui s'offrait à elle était le mouvement noir, c'est pourquoi il est devenu son modèle

Il est à peine nécessaire en 1970 de dire que la radicalisation actuelle est la plus importante de l'histoire des Etas-Unis. Ce pays n'a jamais rien connu de semblable. Certes des jeunes ont pris une part active dans la vie du Parti Socialiste américain et dans les IWW au début du siècle ; il y eut même des grèves à cette époque qui virent la participation d'enfants employés dans la production. Mais il ne reste que peu de traces écrites de leur rôle distinct, et de toutes façons aucun mouvement de jeunesse autonome ne se forma à cette époque. Dans les années 30 il y eut des organisations de jeunesse, dont celle du Parti Communiste, du Parti Socialiste et du SWP, ainsi que des organisations étudiantes sur les grands campus. Des groupes de lycéens s'organisèrent même, mais pas une grande échelle. Ce sont ces organisations qui impulsient les plus grandes actions étudiantes dans les années 30. Ainsi lors de la grève de 1934, plus de 25.000 étudiants - dont la moitié de New-York - participèrent aux différentes actions organisées. En 1935 le chiffre des participants aux grèves était de 150.000. Ces chiffres nous montrent le caractère restreint de la mobilisation à cette époque, si on la compare à ce qui se passe aujourd'hui sur nos campus. Mais bien que restreint, ce mouvement n'en n'était pas moins radicalisé dans ses idées et ses actes, et ce n'est qu'après 1935 lorsqu'il combat sous le contrôle des staliniens (lors de la périodes des Fronts Populaires) qu'il devint bien moins radical et que son impact diminua dans le pays tout entier. La mobilisation actuelle sur les campus est donc bien sans précédent au niveau de sa force et son impact.

Il est impossible de parler de la radicalisation de la jeunesse sans mentionner la radicalisation au sein de l'armée américaine. Il n'y eut rien de comparable à ce qui se passe aujourd'hui lors de la lère guerre mondiale, ni pendant la seconde guerre mondiale ni même pendant la guerre de Corée, bien ' que celle-ci fut - et de loin - moins populaire que les deux précédentes. En tant qu'appelé pendant la 2ème guerre mondiale, et en

« go home movement » certifier que peux numériquement bien tant que participant au qui suivit la guerre, je ce mouvement fut plus important que l'actuel mouvement anti-guerre qui se développe dans l'armée ; mais je peux aussi affirmer que le mouvement actuel est infiniment plus politisé, plus audacieux ; c'est là le fruit de l'influence directe de la lutte des noirs, de la radicalisation de la jeunesse et du développement considérable du mouvment anti-guerre organisé chez les civils.

Une autre indication de la profondeur de la radicalisation actuelle est le développement du Mouvement de Libération des Femmes, en tant que mouvement indépendant. Même s'il en est aujourd'hui à sa phase première, il s'agit là d'un facteur aussi important que le mouvement noir et la radicalisation des jeunes, et peut à la longue contribuer dans une large mesure à la création d'une situation révolutionnam: Il est difficile d'envisager une situation révolutionnaire se développant sans que les femmes ne commencent à mettre en question leur rôle dans la société, et il est indéniable qu'aujourd'hui des milliers de jeunes femmes précisément ont commencé à le faire. Il y eut un groupement de femmes indépendant lors de la radicalisation de l'époque de Debs. Il fût à l'origine dune révolte contre les contraintes étouffantes de la morale conventionnelle et de la famille. Ce mouvement s'éteignit plus ou moins avec la fın de cette periode, non sans avoir obtenu le droit de vote pour les femmes. Dans les années 30, la radicalisation des femmes se confondit avec le mouvement syndical, un peu de la même manière que le fit le mouvement noir. Mais lorsque les syndicats, tels qu'ils étaient à l'époque, furent brisés, le mouvement des femmes qui leur était subordonne, se trouva sans issue, et disparut. En ce moment la radicalisation des femmes reprend sous une forme indépendante. Les seuls exemples d'organisation qu'ont les femmes aujourd'hui sont le mouvement étudiant et le mouvement noir. Il se peut que les femmes trouvent leur propre forme d'organisation et d'action, comme l'ont fait les noirs Cela donnerait à la radicalisation actuelle une force bien plus considérable. Il est important de comprendre le caractère national de ce phénomène ; il est né dans les grandes métropoles, puis s'est développé dans les villes moyennes et mêmes les petites villes Partout, des groupes naissent et se développent. Même le Sud du pays, traditionnellement réactionnaire n'est pas épargné. Jamais ce phénomène n'avait pris une telle ampleur. Au niveau des publications, jamais les éditeurs capitalistes, n'ont publié autant d'ouvrages radicaux ; il y a même une compétition acharnée entre eux pour publier des auteurs qu'ils auraient dédaignés il y a une quinzaine d'années. La littérature marxiste connaît aujourd'hui un succès sans précédent, et dans les écoles américaines jamais les ouvrages révolutionnaires n'ont été autant étudiés. Un phénomène tout fait nouveau est le développement de la presse dite « souterraine » (« Underground press »). Plusieurs centaines de journaux de ce type sont actuellement publiés et plusieurs millions de personnes les lisent régulièrement. Leur contenu n'a cessé de se politiser et de se radicaliser. Un autre trait marquant de la radicalisation actuelle est l'impact qu'elle a parmi les intellectuels, les professeurs et les artistes. Cet impact va bien au-delà de tout ce qu'on a pu connaître précédemment, notamment dans les années 30. A cette époque la radicalisation qui a marqué les milieux intellectuels, s'est faite e sous l'influence du stalinisme qui en a tracé les

RIEME INTERIATIONALI limites. En fait, toutes les couches de la société americaine sont touchées par ce phénomène - qui vise à remettre en question les normes établies ; en premier lieu les écoles, la Justice, la Santé Publique et les Eglises. Le système pénitentiaire lui-même n'est pas à l'abri de ce mouvement et les prisons sont aujourd'hui un des lieux privilégiés des idées radicales et anti-capitalistes. C'est là un signe qui ne trompe pas quant à la nature de la présente période.

Mais qu'en est-il de la classe ouvrière ? « Comment pouvons-nous, nous qui luttons pour une révolution socialiste, et disons que la classe ouvrière sera la classe dominante dans la prochaine révolution, parler de la radicalisation au moment où les ouvriers paraissent être le groupe le moins radicalisé du pays. Ce qui a caractérisé la période de Debs est le fait que les ouvriers et leurs syndicats étaient politisés, révoltés et engagés pleinement dans la lutte. Comment pouvons-nous dès lors, définir la radicalisation actuelle comme étant la plus importante du siècle, alors que les syndicats sont amorphes, soutiennent très souvent la politique étrangère du gouvernement et développent plutôt la collaboration de classe que la lutte de classe ? Nous sommes très souvent confrontés à ce type de question. Il est vrai que lorsque nous parlons des périodes de radicalisation passées nous avons tendance à mettre en avant le rôle joué par les ouvriers et leurs organisations dans les combats. Ils ont pesé d'un tel poids sur les périodes concernées que souvent ils cachent d'autres éléments importants. En fait la radicalisation des années 30 n'a pas été initiée par la classe ouvrière. Les ouvriers entrèrent dans la lutte après que d'autres secteurs l'eurent fait. La classe ouvrière ne commença à se mobiliser véritablement qu'à partir de 1934, mais dès cette époque le mouvement de radicalisation avait quelques années derrière lui. Dès 1931, les fermiers étaient engagés massivement dans des actions militantes ; les « vétérans » de l'armée organisèrent des marches sur Washington en 1932: les chômeurs commencerent à manifester - sous la direction du mouvement radical, et non du mouvement organisé - dès 1930. En élections, les candidats communistes obtinrent plus d'un million de voix aux élections. Et même lorsque les ouvriers commencèrent à bouger, ce ne fut pas, au début, à travers leurs organisations.. La grande organisation ouvrière de l'époque était l'AFL (American Federation of labour), structure aussi peu militante et ininspirée que l'est aujourd'hui le Conseil Exécutif de l'AFL-CIO. Ce n'est qu'après plusieurs années de crise économique, que les dirigeants de l'AFL soutinrent l'idée de l'assurance-chômage et de la Sécurité Sociale ; ils se sont opposés par tous les moyens à ce que les ouvriers de l'automobile, de l'acier et d'autres catégories aussi importantes entrent dans la bataille contre les grandes entreprises pour obtenir le droit d'être syndiqués. C'est pourquoi lorsqu'au milieu des années 30, les ouvriers commencèrent à se mobiliser, ils ne purent le faire à travers les organisations ouvrières déjà existantes. Ils durent les contourner et créer de

QUATRIEME 1 nouveaux syndicats dans

De même aujourd'h prédire avec certitude c syndicats lors du proces de la radicalisation. || syndicats se transforme car il serait bien surp rester identiques à eux bouleversements aus déroulent tout autour d' syndicats radicalisés, d' pas, mais cela ne sera p processus de radical eux-mêmes. Ce qui se radicalisation de la classe décennie, est qu'il ne s' répétition du processus la classe ouvrière des inc syndiquée radicalisation ne tourner problème de leur syndic sera plutôt l'oppositio patronat de démar syndicales. Il parait ég radicalisation de la classe aura un caractère beauc pendant les années 3 l'intervention de l'E l'économie, ainsi que ( domaines de la vie phénomène inévitable. E distinguer un syndicat ra qui ne l'est pas en 197 politisation ; non pas r son sens étroit, électora où le syndicat rép problèmes politiques et à la société toute entièr des minorités en dehors lieu de travail, les dr pollution, etc.. Un autre aspect à ne p nous permettre de vóir q que prendra la radica ouvrière, est le fait que origine aussi bien sur le dehors du lieu de travail venir du fait que le trav chicano, un membre d'u qu'il est jeune, que c'es être soldat, etc...

Dans quelle propor actuelle a-t-elle pénétré ( le savons pas. Une chose c'est que la composition dans une très large mesu années: l'institution de l'abaissement de l'âge de croissant de jeunes ent production sont les pr changement. Beaucoup notamment ont déjà radicalisation générale attitudes et son style, l le respect ou le nor patronale, le respect

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La a donc pas autour du alisation. Un des axes n aux tentatives du i teler les structures alement clair que la ouvrière des années 70 sup plus politique que 0; la croissance de tat capitaliste dans lans presque tous les sociale, en fait un n fait, ce qui pourrait dicalisé, d'un syndicat O, c'est son degré de ›olitisation prise dans iste, mais dans le sens ind activement aux sociaux qui sont posés = : la guerre, les droits aussi bien que sur leur oits des femmes, la as oublier et qui peut selles seront les formes lisation de la classe celle-ci peut avoir son lieu de travail, qu'en de l'ouvrier. Cela peut ailleur est un noir, un ne minorité opprimée, t une femme, qu'il va tion la radicalisation lans les usines, nous ne• est certaine cependant, de la classe ouvrière a, e, changé ces dernières la Sécurité Sociale, la retraite et le nombre rant dans le cycle de ncipaux signes de ce de jeunes travailleurs été influencés par la de la jeunesse, par ses eurs idees sur le travail, 1-respect de l'autorité ou le non-respect de

ALE 13 13

On peut sans crainte, généraliser le fait que le niveau politique et théorique d'une radicalisation ne peut être au-dessus du niveau

You de. la tendance qui influe la du parti radicalisation. Prenons cela comme point de départ, et considérons brièvement. qu'elle était la situation dans les années 30. Politiquement on peut diviser la décennie en deux parties. Jusqu'en 1934 les staliniens quoiqu'influents n'étaient pas totalement hégémoniques dans la gauche ; cela essentiellement à cause de leur politique sectaire de l'époque qui correspondait à ce qu'on a appelé la troisième période. La deuxième moitié de la décennie après 1934 vit le P.C. totalement hégémonique au sein de la gauche américaine, isolant les autres tendenceș révolutionnaires. Ce fut la période dite de Front Populaire où les staliniens abandonnèrent l'ultra gauchisme pour atteindre les sommets de l'opportunisme et de la collaboration de classe. Ainsi, devinrent-ils aux Etats-Unis les plus fervents suporters de la politique du New-deal de Roosvelt et des adorateurs du drapeau américain du Parti Démocrate et de la Société des Nations Ce tut la en tait le niveau théorique de la radicalisation , de la seconde moitié des années 30, bien enrobée comme il se doit de références à Marx et à Lénine. Aujourd'hui bien qu'il n'y ait pás de parti prédominant, le nivéau de la radicalisation est bien supérieur. Les marxistes révolutionnaires étaient capables en diverses occasions de gagner assez d'appui pour rendre effective une politique et des actions qui ont obtenu des victoires. L'un des exemples les plus significatifs à cet égard est la politique de mobilisation des masses en vue d'obtenir le retrait immédiat des troupes américaines au Viet-Nam. Le degré supérieur de politisation est en partie dû, non aux vertus spéciales de la génération actuelle, mais à la situation historique dans laquelle nous nous trouvons. Dans les années 30 on peut dire qu'une génération entière de révolutionnaires a été anéantie ou réduite à l'impuissance par le stalinisme. Or, aujourd'hui, le stalinisme ne possède plus les moyens de monopoliser à lui seul la gauche, il est seulement une tendance parmi d'autres. Les chances pour la génération révolutionnaire actuelle de se développer et de rester sur, une ligne révolutionnaire, sont beaucoup plus grandes. Ceci est une raison parmi beaucoup d'autres qui nous permet d'être optimistes. Par ailleurs, à la différence de l'époque , de Debs ou des années 30, ule capitalisme n'a pas développé une politique de réformisme démagogique ; il est peu probable qu'il le fasse, vu les problèmes auxquels il est lui-même confronté, encore qu'il ne faille pas rejeter totalement cette hypothèse.

•« L'anti-communisme » a perdu beaucoup de sa force en tant que moyen de s'opposer à la radicalisation. Nous ne sommes plus en 1930, époque à laquelle « le fascisme était au coin de la rue ». La répression n'est pas une arme nouvelle pour les capitalistes, comme certaines personnes peu informées ont tendance à le croire, et n'oublions pas qu'il y a des limites que la répression ne peut franchir en période de montée de la radicalisation.

En conclusion, je voudrais apporter une correction à ce que j'ai écrit il y a un an et demi l'autorité des bureaucrates syndicaux, sont nettement différentes de celles de la génération précédente. Quelques-uns des plus avisés des bureaucrates syndicaux ont compris ce phénomène et s'en alarment ; les changements à venir dans les syndicats seront en grande partie le fait de ces jeunes travailleurs. partie le fait de ces jeunes travailleurs.

QUA 44 dans un article du « Militant » sur « Réforme et Révolution ». J'y écrivais : « Les Etas-Unis ne sont pas aujourd'hui dans une situation révolutionnaire ... mais d'autre part ... il y a inquiétude considérable, frustration, une aliénation sociale et le début visible d'une radicalisation dans ce pays, spécialement dans la jeunesse …. cela signifie qu'une situation favorable se développe pour les révolutionnaires et qu'une couche croissante de la population peut être gagnée à la cause de la révolution avant qu'une situation révolutionnaire véritable ne surgisse. Le développement de cadres révolutionnaires de valeur est plus probable aujourd'hui qu'à n'importe quel moment de ces 30 dernières années. Ceci était écrit avant que j'ai eu une vision d'ensemble des différentes radicalisations du passé, alors que je pensais que la crise des années 30 n'avait pas encore eu d'égale. Ce que je modifierais à présent avec certitude c'est la dernière phrase. Le développement de cadres révolutionnaires de valeur, la construction d'un parti marxiste tel qu'il puisse jouer le rôle moteur dans la radicalisation actuelle et ses prolongements, est beaucoup plus possible aujourd'hui qu'à n'importe quel moment de l'histoire américaine.

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