Il y a dix ans, le 20 décembre 1960, au cours d'un congrès tenu dans le maquis sud-vietnamien, était fondé le F.N.L. Après plusieurs années de luttes de masses dans les villes malgré une répression sauvage du régime Diem, après les premières escarmouches de guerilleros paysans qui reprenaient la lutte armée contre l'exploitation des propriétaires pro-impérialistes revenus dans les fourgons américains, la résistance vietnamienne se dotait d'un instrument politique qui allait impulser sans fléchir une lutte qui dure maintenant sans répit depuis dix ans et qui s'accompagna d'une escalade croissante.
L'importance historique de ce combat est maintenant évidente pour toutes les forces révolutionnaires dans le monde entier. Grâce à un héroïsme admirable et aussi une stratégie incomparable, quelques millions de travailleurs ruraux et urbains allaient mettre en échec la première puissance du monde. La preuve était donnée qu'une stratégie révolutionnaire qui avait l'accord de l'ensemble des masses populaires, qu'une armée populaire solidement implantée dans ces masses, qu'un peuple tout entier engagé dans une lutte armée prolongée pouvait vaincre.
Mais cette victoire inéluctable a beau se profiler dans les faits, il s'en faut de beaucoup qu'elle soit définitive. En Indochine aujourd'hui après dix ans de combats, la guerre n'est pas finie. Pourtant l'issue se dessine. Après des décennies de luttes, la révolution indochinoise est à un tournant stratégique. Les années 1970 verront la défaite historique de l'impérialisme américain. Mais en attendant, il reste à analyser comment cela peut devenir une réalité : politiquement, militairement, diplomatiquement, l'année 1970 place la résistance indochinoise à la croisée des chemins. L'ESSOR DU MOUVEMENT POPULAIRE ANTI-IMPERIALISTE AU SUD VIETNAM
On ne répétera jamais assez que la lutte qui se mène en Indochine a été conçue par ses dirigeants comme une « guerre révolutionnaire prolongée » incluant lutte politique et lutte armée, luttes rurales et luttes urbaines. A cet égard, la gigantesque mobilisation populaire qui se développe à Saigon et dans les autres villes du Sud est la meilleure célébration qu'on puisse trouver de l'anniversaire de la fondation du F.N.L. La relative baisse d'intensité des affrontements armés ne doit pas entraîner une baisse d'intérêt au sein du mouvement anti-impérialiste international qui avait tendance à s'habituer à un conflit apparemment interminable. Les récents événements de Saïgon constituent un rebondissement - prévisible - dont l'importance historique doit être clairement mise en lumière. Rappelons-en les prémisses et les développements récents.
L'objectif stratégique de la résistance vietnamienne est de contraindre - au terme d'une lutte armée progressant qualitativement et quantitativement - les agresseurs impérialistes et leurs alliés à quitter le pays. L'étape ultime ne peut être qu'un écrasement militaire type Diên Biên Phu ou une insurrection urbaines qui retirer ou, négociations générale dans les zones rurales et oblige les troupes impérialistes à se à tout le moins, à ouvrir des en vue de ce retrait. Pour des raisons faciles à comprendre, la première hyphothèse doit être écartée étant donné le poids des forces militaires impérialistes sans commune mesure avec les troupes françaises en décomposition du général Navarre lors de leur écrasement à Diên Biên Phu. Qu'on se rappelle que 68% des forces terrestres et aéroportées des Etats-Unis sont utilisées dans la guerre du Vietnam et que certains cercles ultra-réactionnaires aux Etats-Unis n'excluent pas l'hypothèse d'une « intervention atomique tactique » pour sortir Nixon de l'impasse présente ! Certes, la force populaire dans une guerre juste est invincible à terme, mais nous devons rejeter catégoriquement un volontarisme débile dans les circonstances présentes. Les Vietnamiens en ont d'ailleurs fait la dure expérience lors de l'offensive du Tét de 1968. Gagner la lutte suppose aussi évaluer très justement le rapport de forces matériel et politique.
La seconde hypothèse - l'insurrection générale - est la seule à retenir. Cet objectif stratégique sous-tendait l'offensive du Têt au cours de laquelle un appel à l'insurrection était lancé à tous les habitants des villes pour renverser Thieu et Ky et chasser les Américains, appel réitéré en novembre de la même année. Malgré les reportages publiés dans la presse vietnamienne à cette époque, on peut dire que sur le plan intérieur, l'offensive de 68 n'a pas eu tous les effets escomptés. Bien sur, l'implantation en profondeur des réseaux de soutien urbains du FNL était clairement démontrée et les assaillants de Saigon purent en
QUATRI profiter, mais l'objectif central de l'offensive ne fut pas atteint. Le succès de 1968 fut surtout international car il contraignit Washington à arrêter les bombardements sur le Nord pour négocier et montra que la résistance vietnamienne avait virtuellement gagné la guerre.
Rétrospectivement, on peut affirmer que le non renversement de Thieu et Ky a été dû à un rapport de force défavorable entre . la mobilisation des masses urbaines et l'appareil de répression impérialiste. Le FNL avait beau incarner les espoirs et les aspirations de la majorité de la population, une partie encore importante de celle-ci restait dans l'expectative et devait être organisée plus efficacement. Le résultat de cette propagande de plusieurs années est donné par le mouvement de masse actuel de Saigon.
Depuis les soulèvements anti-américains de la troisième force bouddhiste en 1963, puis l'insurrection de plusieurs semaines à Hué d'où sortit l'Alliance des forces nationales, démocratiques et de paix - regroupement de milieux petits bourgeois et intellectuels auxquels se joignirent certains notables locaux qui rompirent définitivement avec l'administration fantoche, c'est la première fois que se développe à Saigon une agitation urbaine massive pour le retrait des Américains et la fin de la guerre qui touche étudiants, ouvriers, petits bourgeois, bouddhistes, anciens combattants unis dans une haine commune contre la clique fantoche. Il est évident que le surgissement d'une telle force dont les objectifs coincident avec ceux du FNL : retrait des troupes, gouvernement de coalition à la suite d'élections générales est un facteur extrêmement positif du point de vue tactique pour le Front.
La lutte actuelle contre la clique fantoche a pris un essor décisif lors de l'agitation étudiante de cette année. L'invasion américaine au Cambodge avait entrainé l'occupation de l'ambassade de ce pays par les étudiants qui venaient de faire une grève universitaire d'un mois accompagnée de manifestations de rues avec attaques de cocktail molotov contre les forces de répression sud-vietnamiennes. Malgré l'instauration du couvre-feu deux heures plus tôt, et l'interdiction des grèves et des manifestations, le mouvement ouvrier se joignait à la lutte et déclenchait une grève générale le 15 juin suivie par des milliers de travailleurs. La dégradation de la situation économique, la dévaluation de la piastre, les atteintes répétées aux libertés élémentaires, les exactions des militaires, la corruption et la prostitution générales sont les raisons essentielles de cette révolte. Même si elle débute sur des mots d'ordre simplement démocratiques, défense des libertés, la lutte qui s'engage a une dynamique très profonde dès le moment où elle s'attaque à la présence américaine et à la clique au pouvoir.
La radicalisation des luttes est en effet assez étonnante: le 30 Août dernier
June manifestation de 1000 étudiants de Saigon, Dalat, et Hué réunis à Saigon en vue de déterminer un programme de luttes contre l'instruction militaire obligatoire dans les écoles a été sauvagement réprimée par la police
EME INTERNATIONALE fantoche dont l'assaut était mené par le chef de la police de Saigon Tran Van Hai, tortionnaire célèbre par les exactions des prisons saigonnaises. La police prend d'assaut à coup de grenades lacrymogènes l'Ecole d'Agronomie et ratisse les locaux : « les correspondants de presse présents à cette manifestation, précise le journal saigonnais Doc Lap, ont été témoins des scènes de répression les plus brutales de l'histoire de la lutte politique au Vietnam. De nombreux étudiants et lycéens continuent à être matraqués au cou, à la tête et à recevoir impitoyablement des coups de pied donnés avec des chaussures de combat cloutées de fer » les journalistes d'opinion « modérée » n'échappèrent pas à la boucherie. Huynh Tan Mam, président de l'association des étudiants saigonnais fut arrêté et longuement torturé. A la suite d'une grève générale des lycées et facultés l'administration fantoche dut le relacher, renonçant à l'inculper pour appartenance à la Fédération des Etudiants pour la libération du Sud (organisation intégrée au FNL).
Le mois d'octobre fut marqué par une reprise du mouvement de grèves (notamment des dockers) à la suite de la dévaluation de la piastre du 3 octobre. Cette agitation endémique a culminé en décembre avec la décision d'organiser une guerilla urbaine contre la présence militaire étrangère au Vietnam. Des véhicules américains sont incendiés, des militaires attaqués, on brüle les effigies de Nixon. A Saigon, les officiers restreignent au maximum le déplacement des soldats américains dans la ville.
Tout ceci explique que des dirigeants nord vietnamiens comme Pham Van Dong (1) estiment que « ce qui se passe dans les villes a une signification extrêmement importante. Ce n'est pas un hasard si les masses s'y sont dressées depuis quelques années, depuis 1969 surtout, et ces masses comprennent toutes les classes de la population depuis le peuple laborieux jusqu'aux étudiants, aux bonzes, à la bourgeoisie libérale, aux intellectuels. aux journalistes, à des parlementaires. Tout ce monde lutte selon des mots d'ordre qui sont essentiellement ceux du G.R.P. ». Cette opposition massive s'unifie aujourd'hui sur des mots d'ordre qui n'étaient jusque là que des mots d'ordre « communistes » : retrait des troupes, renversement de Thieu et Ky. C'est toute la différence avec les mouvements antérieurs qui étaient résolument anti-FNL. On comprend donc que le G.R.P. suive ces regroupements avec beaucoup d'attention. VERS UNE ISSUE POLITIQUE?
Après l'offensive du printemps 1968, et l'inversion du rapport de force qui s'ensuivit, le FNL et le G.R.P. ont développé une tactique à moyen terme en vue de rallier les couches sociales qui se cantonnaient jusque là dans un attentisme prudent. Le G.R.P. estime en effet que le soutien des couches petites bourgeoises et même «bourgeoises » aux cofés des travailleurs est un élément décisif pour la • le renverse première étape : le renversement de la clique saigonnaise. C'est dans le cadre de cette stratégie par étapes qu'il faut comprendre les différentes initiatives des trois dernières années, faute de quoi on risquerait de les critiquer d'un point de vue abstrait et intemporel comme « opportunistes » (cf. réprobation de la Chine Populaire à l'ouverture des conversations de Paris). Ainsi, le nouveau programme du FNL de 1967 comportait d'importants « assouplissements » par rapport à celui de 1960 en vue de rallier les couches indiquées précédemment, la création de l'Alliance en 1968 leur offrait une perspective organisationnelle, la formation du G.R.P. en juin 1969 présidé par Huynh Tan Phat (2), les déclarations récentes de Mme Binh apportant un soutien éventuel au général Minh font partie de cette stratégie « au finish ». Les conditions sont en effet réunies pour renverser Thieu et Ky et les remplacer par un gouvernement provisoire pluritendanciel chargé d'organiser des élections à une Assemblée Constituante après le retrait des troupes étrangères.
Dès lors, l'apparition de courants politiques oppositionnels à Saigon même, présente dans la conjoncture actuelle un grand intérêt. Il s'agit essentiellement d'une opposition de « droite » groupée autour du général Minh (3), de l'opposition bouddhiste radicale, une opposition catholique « de gauche » regroupée autour du député Ngo Cong Duc et du journal Tin Sang, saisi quasi quotidiennement depuis lessor du mouvement populaire saigonnais. Plus récemment un Front populaire de lutte pour la paix a été constitué le 11 octobre à Saigon. Fort proche des mouvements de lutte contre la répression, il a déclenché une rigoureuse campagne pour retrait troupes américaines constitution d'un gouvernement représentatif au Sud.
Le G.R.P. est en contact permanent avec ces milieux comme l'a révélé le 21 septembre Mme Binh, contacts qui concernent même certains membres du gouvernement saigonnais. Le rapport du directeur de la C.I.A., Richard Helms, qui s'est aperçu que « 30.000 espions communistes sont infiltrés dans l'administration de Saïgon » n'est peut-être pas complètement erroné ! Il est clair, en tout cas, qu'une opposition de masse existe au Sud-Vietnam telle qu'on la vit en 1963, année qui précéda l'invasion massive des troupes américaines sur l'ensemble du territoire. Mais à la différence de celle-ci, son anti-communisme traditionnel tend à céder le pas derrière une haine solide des envahisseurs, responsables de la situation catastrophique qui touche toute la population. C'est cela l'élément nouveau de l'année 1970 et l'on mesure les capacités tacticiennes du G.R.P. lorsqu'on voit comment il épouse les buts spontanés de ce mouvement pour l'amener à ses propres vues. Ce que l'offensive générale du printemps 1968 n'avait pu réunir (4), il est possible que le mouvement actuel l'obtienne en 1971 s'il continue sa radicalisation. Mais pour cela, deux facteurs sont nécessaires : une reprise des luttes victorieuses sur le terrain et du mouvement de soutien politique international pour contraindre Nixon à capituler et à retirer ses troupes.
ALE 47 LA PLACE DE LA RESISTANCE VIETNAMIENNE DANS LE FRONT REVOLUTIONNAIRE INDOCHINOIS
L'événement capital de l'année 1970 est l'extension de la lutte armée révolutionnaire au Cambodge et au Laos. Pour sortir de l'impasse au Sud-Vietnam, les Américains ont fomenté un coup d'Etat contre Sihanouk coupable par sa neutralité d'aider le F.N.L. et envahi le Cambodge pour démanteler le « Pentagone » de la résistance vietnamienne qui n'existait que dans l'imagination des stratèges américains ; double opération qui se solda par un double fiasco.
Désormais la révolution devient continentale et l'interdépendance des luttes dans toute l'Asie du Sud-Est est évidente. La solution du conflit au Vietnam est inséparable de celle dans les autres pays et réciproquement. La constitution du Front Révolutionnaire Indochinois (comme en 1950) exprimait la volonté de traduire dans la stratégie militaire cette nouvelle réalité politique. A l'heure actuelle la situation est marquée par un développement inégal de la lutte :
- succès spectaculaire du F.U.N.K. cambodgien ;
- progression parallèle du Neo Lao Hak Sat laotien ;
- stagnation relative de la situation au Sud-Vietnam.
Cambodge, le constat d'échec de l'agression américaino-fantoche se vérifie de jour en jour (5). L'armée de Lon Nol est en pleine décomposition, des bataillons entiers disparaissent ; l'isolement de Phnom-Penh est presque total ; dans le F.U.N.K. l'aile pro-communiste a conquis de solides positions de l'aveu même de Sihanouk. La stratégie du F.U.N.K. n'est pas pour le moment de prendre pouvoir investissant , la capitale cambodgienne car cela entrainerait une nouvelle intervention américaine, dont le poids serait difficilement supportable. Mais pour l'instant, profondément implantés dans les masses rurales des 4/5 du pays, il font peser une menace sérieuse sur le régime fantoche et basculer le rapport de force en Extrême-Orient du côté des révolutionnaires.
La situation au Laos est fondamentalement déterminée par le succès de l'offensive février 1970 dans la plaine des Jarres. Malgré un pilonnage sans précédent, pire bombardements au Vietnam, et des menaces d'invasion directe par les troupes impérialistes, les guérilleros laotiens ont mené une campagne spectaculaire en élargissant leur contrôle du Sud du pays, ouvrant la voie vers la frontière cambodgienne (prise de Saravane en Juin dernier). Pour le moment, le Neo Lao Haksat conserve l'initiative militaire et politique.
Si le mouvement était suivi par une nouvelle offensive au Sud Vietnam, il est clair que les positions de l'impérialisme seraient sérieusement ébranlées et Nixon serait contraint d'accélérer le processus de retrait (qui a entrainé déjà le départ de 150 000 hommes).
conférence militaire des FAp, tenue mois de décembre s'est une avec la
QUA 48 participation d'officiers du Nord Vietnam où ces problèmes ont dû être discutés. Mais chacun se rend compte que la pression américaine reste très forte surtout après les menaces de reprise des bombardements au Nord de Nixon : de ce fait, une nouvelle offensive ne s'improvise pas.
Après le Tét 1968, la riposte américaine a été très dure et le Front a dû fragmenter ses forces armées en petites unités plus dispersées et moins vulnérables. Dans le même temps, la clique Thieu-Ky se lançait dans une campagne barbare de « pacification » qui obligeait les paysans à se regrouper dans les camps de concentration baptisés « hameaux stratégiques » faire échapper au contrôle du F.N.L. II semble qu'au départ, cette pacification ait eu un petit succès et que les opérations de l'armée révolutionnaire en aient été gênées, ce qui expliquerait la relative accalmie de l'année 1970. Par ailleurs, l'armée fantoche après avoir desserré l'étau, a pu utiliser certaines unités au cambodge et l'administration fantoche étendre son emprise sur des zones qui étaient jusque là aux mains des révolutionnaires.
Sur la base de ces « succès », Nixon a cru pouvoir tabler sur la « vietnamisation » et contraindre l'armée fantoche à se débrouiller par ses propres moyens avec une aide subtantielle de l'aviation américaine. Mais les observateurs sérieux s'accordent pour dire que le G.R.P. a renforcé son implantation politique et que l'accalmie sur le plan militaire ne signifie nullement que l'armée du Front soit en difficulté. Au contraire les accalmies de ce genre ont souvent, dans le passé, préludé à une reprise des combats. Il est possible que le Front attende encore le départ de quelques dizaines de milliers de soldats américains de plus en plus démoralisés, ou l'aggravation de la situation à Saigon, mais n'oublions pas que la saison séche commence maintenant ...
En définitive, du point de vue militaire, les révolutionnaires sont dans une position forte dans toute l'Indochine. Mais personne ne peut affirmer que Nixon acceptera de retirer les troupes avant les élections présidentielles américaines de 1972 si la pression militaire des insurgés se renforce. Au contraire, il a toujours affirmé que le retrait progressif serait immédiatement stoppé si la situation devenait menaçante pour les américains et les fantoches. Les menaces de reprendre les bombardements massifs au Nord au moment où la R.D.V opérait un redressement économique doivent être prises au sérieux. La fuite en avant pourrait bien être préférée à une capitulation.
A ce niveau l'issue du conflit dépasse l'affrontement en indochine et concerne les militants anti-impérialistes et l'opinion internationale. A la bataille militaire et polițique que mènent les camarades indochinois doit s'ajouter une bataille diplomatique qui requiert une aide et une mobilisation internationale: il faut contraindre l'impérialisme à capituler et à quitter l'indochine ! (les notes de bas de page se trouvent page 54)
PORTER LA MOBILISATION ANTI-IMPERIALISTE A UN NIVEAU SUPERIEUR
Après les « moratoires » du deuxième semestre 1969, la mobilisation aux Etats-Unis avait atteint un niveau fantastique après l'invasion au Cambodge et les assassinats des étudiants de l'université de Kent. Six millions d'étudiants en grève occupaient les « campus » et les transformaient en univérsités anti-guerre. Des secteurs du mouvement ouvrier entraient pour la première fois dans la lutte (6).
Après septembre le mouvement a connu une phase de reflux. Certes la politique de « vietnamisation » de Nixon a pu abuser une partie de l'opinion mais les facteurs objectifs de la politique intérieure américaine comptent moins que les difficultés subjectives rencontrées par le mouvement anti-guerre aujourd'hui. Les divergences qui existent dans le mouvement anti-guerre expliquent aussi cette démobilisation partielle (7). Le New Mobe et le PC. américain d'un côté, les ultra-gauchistes du Progressive Labor (maoïste) et du S.D.S. de l'autre en ont une grande part de responsabilité
La chute relative de la mobilisation internationale exprime directement -les mutations survenues dans les différentes avant-gardes : éclatements des mouvements étudiants de masse unifiés dans le seul combat anti-impérialiste, poussées réformistes et spontanéistes freinant la mobilisation ultérieure, bataille politique des organisations marxistes révolutionnaires contre la dégénérescence réformiste ou révolutionnariste, tous ces facteurs expliquent que la situation soit fort différente de celle d'il y a trois ans.
En France, les organisations traditionnelles ont pu réaliser de spectaculaires mobilisations (10 mai 1970) mais la forme cartellisée n'est pas d'une grande souplesse et ne permet pas une propagande permanente (sans compter qu'elle permet les exclusions contre les organisations révolutionnaires). Or, nous sommes les seuls à pouvoir assurer une propagande qui explique clairement la dynamique profonde de la révolution indochinoise par rapport à la crise actuelle de l'impérialisme (8) et à susciter un front révolutionnaire anti-impérialiste dont l'axe de lutte principal serait le soutien à la révolution indochinoise. La réalisation d'un tel front est liée intrinsèquement aux discussions au sein de l'extrême-gauche française en vue d'actions communes et à la bataille politique qui l'accompagnera nécessairement mais il s'agit d'une tâche importante pour l'année 1971. Les Vietnamiens comptent sur un développement de la propagande et de la mobilisation internationale. Les sections de la /Vème Internationale, les organisations marxistes révolutionnaires et l'extrême-gauche feront tout pour répondre à cet appel pour hâter la victoire de la révolution indochinoise en reprenant l'initiative.
Retrait immédiat des troupes impérialistes de l'indochine.
Tout le pouvoir au Front Révolutionnaire Indochinois.
- Mobilisation internationale pour la victoire de la révolution en Extrême-Orient.
(1) interview de Decornoy,, Le Monde (2 décembre 1970).
(2) architecte, membre du présidium du C.C. du F.N.L. et officiellement secrétaire du « parti démocrate ».
(3) chef de la junte militaire qui renversa le régime Diem le ler novembre 1963 candidat éventuel aux futures élections présidentielles.
(4) L'appel du C.C. du F.N.L. demandait à toutes les couches de la population sud vietnamienne (3 fév. 1968) « sans distinction d'opinion politique ou d'âge » de se dresser unies dans une insurrection armée pour « écraser l'appareil administratif fantoche ».
(5) Cf. Rouge No69 • 22 juin 1970 et Rouge No84 - 19 Octobre 1970.
(6) Cf. Quatrième Internationale No44 de juillet 1970
(7) Cf. Quatrième Internationale No45 Septembre 1970 p.32 a 34.
(8) II suffit de voir le fiasco essuyé par l'Union de la Jeunesse Communiste Française lors de la mobilisation ponctuelle du 20 décembre dernier.