Documents de la IVe Internationale

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Lettre aux étudiants en lutte (extraits)

Victor Rico Galan · Quatrième Internationale, numéro spécial · juin 1970 · p. 38-43 · 4 153 mots

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Nous publions ci-dessous des extraits d'une lettre que le militant révolutionnaire mexicain Victor Rico Galan, prisonnier politique enfermé à la prison de

Lecumberri, a adressé • aux étudiants en lutte ». Et nous la faisons suivre par la réponse qu'y a faite le Groupe Communiste Internationaliste qui défend les positions de la révolution permanente. PERSPECTIVES

Il est clair, cela saute aux yeux, que la bourgeoisie au pouvoir ne pourra pas résister très longtemps à la nression terrible à laquelle elle est soumise. Nous le répétons : alors que les voies normales de luttes des masses sont bloquées et que ces dernières manquent de direction, de programme et d'organisations, la pression augmente encore et sans cesse. Sur quoi s'appuie le gouvernement? Faute de base sociale, il s'appuie uniquement sur la terreur. Mais la terreur a deux faces. Une face terrible, présente, agissante qui est l'appareil répressif, depuis les diverses polices de toutes les tendances bourgeoises jusqu'à l'armée. L'autre face, moins présente, moins visible se trouve là-bas, à l'horizon : c'est l'intervention yankee. Si on peut contenir la majorité de la population par la simple terreur des corps répressifs, il y a des secteurs importants qui sont contenus par la menace, également terroriste, de l'invasion nord-américaine. Tout le monde connait le manège immonde que font les politiciens du P.R.I. à propos • des choses qu'il est interdit de faire en Mexique •, parce que * nos voisins ne le permettraient pas ». C'est ce répugnant chantage qu'ils appellent « réalisme politique •. Cependant, même les polices, l'armée et le • réalisme politique » ne leur permettront pas de résister longtemps à la pression des masses. || est chaque jour plus évident que l'appareil répressif qui, en dernière analyse, est intégré à la société et sensible aux impacts

A COURT TERME de la lutte des classes, tend à se décomposer et, ce barrage emporté, il ne restera plus à la bourgeoisie mexicaine d'autre moyen de résistance que l'occupation yankee. Ce n'est pas par hasard que des voix très proches du gouvernement, bien qu'elles soient officieuses, parlent de la • vietnamisation du Mexique ». Il s'agit là d'une perspective bien réelle, à laquelle la bourgeoisie mexicaine se voit acculée par la dynamique même du processus. De fait, la «vietnamisation du Mexique» serait l'unique perspective possible s'il n'y avait pas d'autre alternative que le prolétariat ou la bourgeoisie au pouvoir.

Pourtant, il y a une autre alternative qui se dessine aujourd'hui en Amérique latine, et qui remporte des succès importants. Cette alternative provient d'éléments proches de la bourgeoisie, et même à son service, qui s'assurent le contrôle de la situation avec une politique petitebourgeoise, démocratique et nationaliste. C'est ce qui s'est déjà produit au Pérou et en Bolivie. Des événements aussi insolites et absurdes en apparence que les chefs des armées répressives au service de la bourgeoisie et de l'impérialisme -Velasco Alvarado et Ovando - sont aujourd'hui à la tête de gouvernements nationalistes et qu'ils suivent, avec les contradictions propres aux couches moyennes de la société, une politique globalement démocratique, cela peut s'expliquer seulement à partir des tensions sociales inouies auxquelles conduisent l'obstruction des canaux de lutte des masses et l'accroissement incessant de la pression de celles-ci. Quand cette pression arrive à un point de rupture, elle fait éclater la roche : elle transforme certains agents des oppresseurs, dans une certaine mesure, en portedrapeaux des opprimés. Velasco Alvarado et Ovando ne sont certainement pas Fidel Castro ; mais ils valent au moins Garrastazu Médici et Ongania. Ils ne sont pas non plus ce qu'ils étaient eux-mêmes, l'un en 1965 et l'autre en 1967. Mais, au fond, si l'on analyse la situation avec des critères objectifs, peu importe ce qu'ils sont ou ce qu'ils ont été. L'important c'est ce qui les pousse ou les tire, c'est-à-dire leur base sociale. Cette base sociale est paysanne et petite-bourgeoise, et, à une époque de transformations révolutionnaires fluides, cette base sociale ressent le poids spécifique du prolétariat qui l'entraine sans cesse un peu plus à gauche, vers le socialisme.

Le Mexique a une grande tradition nationaliste. Il n'est pas nécessaire de le rappeler, car l'étape de Cardenas est présente dans toutes les mémoires. La petite bourgeoisie nationaliste, qui dépend économiquement de l'industrie nationalisée ou des entreprises d'Etat décentralisées comme le IMSS ou l'ISSSTE a un poids social considérable. La majorité de la population est paysanne. Le prolétariat lui-même, organisé au départ par les anarcho-syndicalistes — c'est-à-dire par une tendance petite-bourgeoise — et ensuite par les nationalistes du PRM, manque de traditions d'indépendance de classe, mais, en revanche, garde vivant le souvenir de son apogée à l'époque cardéniste. Plus qu'une analyse, ceci est un cadre rapidement brossé, à grands traits. Mais cela suffit pour comprendre où va notre pays. Quand Cardenas, à Irapuato, lit le discours le plus important qu'il ait fait depuis l'expropriation pétrolière, quand il parle de la situation mondiale et de la situation nationale, quand Il ébauche un programme nationaliste, il montre clairement l'influence qu'ont sur le Mexique des phénomènes comme ceux du Pérou et de Bolivie. Il exprime en termes programmatiques une partie des besoins des masses mexicaines, une partie des besoins de développement du pays et il répond - à sa manière, évidemment — à la pression énorme qu'il ressent lui aussi. Vers la fin de 1968, peu après le massacre de Tlatelolco, Cardenas fit des déclarations qui, si elles ne justifiaient pas la répression, pouvaient être, et furent de fait, utilisées à cette intention; aujourd'hui il soutient catégoriquement que la cause des étudiants est juste et qu'elle répond à des nécessités mondiales et nationales. Peut-on trouver une preuve plus concluante de l'augmentation vertigineuse

IONALE 39 de la pression des masses ? Ici comme ailleurs, la personne même de Cardenas Importe peu - l'important, ce sont les forces sociales qui ont déterminé le discours d'Irapuato. Qu'll lui soit donné suite ou non, cela est une toute autre question. Les classes en lutte trouvent toujours, tôt ou tard, ceux qui sont appelés à les diriger, si ce n'est pas directement et totalement, au moins de manière partielle et limitée.

Il n'est pas inutile de réaffirmer, bien que cela soit évident, que nous voyons dans le socialisme, la seule Issue réaliste et authentique pour le Mexique et le monde entier. Nous ne sommes pas d'accord avec le programme d'Irapuato. Nous ne pensons pas qu'il puisse se réaliser par des voies pacifiques, encore que Cardenas luimême n'ait pas semblé cette fois-là mettre beaucoup d'espoir dans le pacifisme. Nous ne sommes pas non plus d'accord pour éluder la question capitale de l'exploitation collective de la terre; et toutes les mesures que propose Cardenas, nous les avancerions, nous, de façon beaucoup plus radicale. Mais notre divergence fondamentale consiste en ce qu'un programme de ce type serait pour nous, non un objectif en soi, mais seulement un pas en avant vers le socialisme. Cela signifie que, dans notre programme, des mots d'ordre comme ceux qu'avance Cardenas, mais plus radicaux, seraient directement liés au programme historique de la dictature du prolétariat. Je ne dis là rien de nouveau : c'est une telle politique qu'avaient déjà tracée Karl Marx et Frederic Engels en 1850.

Les divergences n'excluent certainement par les coincidences. Un front anti-impérialiste est possible, et même nécessaire, pour donner une caution à la lutte des masses mexicaines et pour garantir, au moins pour un certain temps, le développement pays. Il n'est pas question de faire un front avec Cardenas, comme individu ou comme dirigeant, mais avec toutes les couches sociales qui, sans être d'accord avec la perspective socialiste ou sans la croire viable, sont décidées à lutter pour les droits démocratiques des exploités et contre la pénétration impérialiste au Mexique. Au niveau individuel et, concrètement, dans le mouvement étudiant, cela peut se manifester de mille manières confuses et souvent déformées. Les accords peuvent être partiels et seulement à moitié conscients chez beaucoup d'étudiants qui perçoivent seulement une partie du problème et ne le conçoivent pas dans son ensemble, serait-ce même qu'au niveau démocratique. Peu importe. Il faut discuter avec eux, chercher à passer des accords, même s'ils sont partiels, il faut chercher à définir un programme commun et à créer les organismes capables de le défendre et de l'im-

QUATR poser. De cette lutte et de ces discussions émergeront les dirigeants. L'important — je reviendrai plus loin sur ce sujet — est que la discussion ne s'égare pas en conversations de café interminables, mais qu'elle englobe l'ensemble, la masse des étudiants.

Nous, socialistes révolutionnaires, sommes encore en minorité; nous ne représentons pas pour le moment une perspective immédiate, mais ultérieure. Une des leçons du 1°r janvier de Lecumberri est qu'après l'agression, les autorités se sont efforcées d'en rejeter la faute - naturellement — sur les prisonniers politiques et, parmi eux, surtout sur ceux du couloir «M». Ce n'est pas un hasard : c'est précisément en « M » que se trouvent les éléments nationalistes les plus typiques, comme Heberto Castillo, en qui le gouvernement voit ses ennemis immédiats. Une bourgeoisie en recul, qui fait une politique d'improvisation défensive, ne fait guère de prévisions au-delà de 24 heures. Il faut bien savoir que si nous tous, prisonniers politiques sommes en danger, les camarades nationalistes le sont peut-être de manière encore plus imminente : les autorités de Lecumberri ont fait courir le bruit absurde comme quoi Heberto Castillo, qui n'est jamais sorti de sa cellule, a frappé à la tête le général A.P. Vergas d'un coup de barre de fer. Les absurdités ne tombent pas du ciel : elles ont une origine politique.

Parce qu'il sont en minorité et, pour cette raison même, avec d'autant plus d'acharnement , les socialistes révolutionnaires doivent garder leur indépendance sur le terrain programmatique et organisationnel. C'est ce que disaient Karl Marx et Frederic Engels en 1850. II serait catastrophique de cacher les divergences afin de

NOS TACHES

Discuter. Voilà notre première tâche. Le processus se produira fatalement, tel qu'il est décrit ci-dessus, quoique nous fassions et même si nous ne faisions rien. Les lois de l'histoire sont objectives, on ne peut pas les modifier à volonté. Mais les délais peuvent être plus ou moins longs, et cela dépend dans une large mesure d'une avant-garde, la plus large possible, qui puisse comprendre dans quel sens évolue la situation et essaie de l'accélérer en agissant bien et au bon moment. Sans programme, sans organisation et sans direction, le processus est long, difficile, coûteux pour les masses, amer et dur. La solution évidente, pour aller plus vite. est d'établir le programme, de créer les organisations et de forger, pas à pas, dans la lutte, les directions. Cela n'est pas la tâche d'individus

IEME INTERNATIONALE conclure des accords et il serait impardonnable de faire des concessions de principe. Notre politique n'est pas - c'est un point capital — d'impulser la ligne de la petite bourgeoisie nationaliste, mais bien la ligne socialiste et prolétarienne. De l'impulsion que nous sommes capables de donner à la lutte du prolétariat, dépendra, grande partie, la rapidité de l'avance en de la tendance nationaliste, la profondeur qu'elle est capable de donner au processus et surtout le fait que la perspective socialiste se concrétise et apparaisse plus proche. Ce n'est pas nous • qui impulserons directement les dirigeants et les idéologues nationalistes ; c'est la lutte des masses. Il ne faut surtcut pas l'oublier.

Pour finir, je. veux éclaircir un point qui découle de tout ce qui a été dit, mais qu'il n'est pas inutile de résumer explicitement. Si j'avance ici l'issue nationaliste comme immédiate, ce n'est pas parce qu'elle me parait la meilleure, bien au contraire, mais parce que c'est quelque chose qui va se produire, indépendamment de notre volonté. Il s'agit là d'un fait objectif qui ne dépend de la volonté de personne. Je répète que la seule issue réaliste pour le Mexique et le monde entier est le socialisme et que c'est pour lui que nous devons lutter. En faisant cela, nous hâtons, que cela nous plaise ou non l'apparition et le triomphe transitoire de la tendance nationaliste. Mais en même temps — et c'est ce qui constitue notre revanche - nous rendons plus proche, plus imminent, l'établissement de la dictature du prolétariat. Ne pas oublier cet objectif, ne pas se contenter de solutions partielles, pour bénéfiques et avantageuses qu'elles puissent paraître à un moment donné, est un impératif suprême. AUJOURD'HUI ou de groupes réduits. C'est un programme pour les masses que l'on doit établir, ce sont des organisations de masse que l'on doit créer et ce sont des directions de masse qu'il faut forger. Pour cela, il est nécessaire de discuter avec les masses, d'apprendre auprès d'elles et de rechercher avec patience et ténacité les perspectives programmatiques et organisationnelles qui répondent aux besoins. Les établissements universitaires sont mobilisés. Ils doivent être convertis en centres de discussion. En premier lieu, de discussions des problèmes étudiants. L'appui passif d'un grand nombre d'étudiants qui foni grève mais ne vont plus dans leurs établissements, vient de ce qu'ils n'y ont pas un intérêt direct. Déjà en 1968, dans une lettre du C.N.H. [Comité National grève], je montrais la nécessité, l'urgence, pour le mouvement étudiant de trouver un programme étudiant. Il faut en discuter dans les établissements. Les étudiants qui appuient le mouvement de manière passive sont d'accord, par exemple, sur la demande de liberté pour les prisonniers politiques. Mais cela ne suffit pas pour les mobiliser. Il est urgent de discuter de questions comme celle du calendrier scolaire. La bourgeoisie, continuant sa politique défensive, a fait avec le calendrier - et par conséquent, avec les programmes d'étude - une salade absurde, un véritable fouillis qui rend les études totalement impossibles. Ce phénomène est tel que personne n'étudie en médecine, pour la simple raison que ce n'est pas possible. Il en résulte qu'une grande majorité de professeurs subissent un grave préjudice; car ils donnent des cours dans un grand nombre d'établissements pour pouvoir subsister et quand les uns s'arrêtent, les autres fonctionnent, si bien qu'ils n'ont pas de vacances. Une mise au point ferme et nette du problème du calendrier scolaire aurait l'appui immédiat des professeurs et serait bien vue par toute la population. Qui serait en désaccord avec le fait que les étudiants veulent étudier ? Avec quel argument les autorités de l'éducation nationale défendraient-elles des calendriers qui ont des buts politiques et non pédagogiques ?

Je signale ce problème comme un exemple. Je suis très loin d'être un expert sur les problèmes étudiants, et sans doute vous, étudiants, pouvez proposer des thèmes de discussion beaucoup plus vivants, directs et importants que ceux que je pourrais vous proposer. Mais il est impératif que l'on discute largement de ces problèmes dans les assemblées générales, là où vient la masse des étudiants. Ils viendront dans la mesure où l'on parlera des problèmes qui les touchent et dans la mesure où tous pourront faire entendre leur voix, et où on discute pour arriver à des conclusions communes et non pour imposer une ligne particulière, qu'elle soit celle d'un individu ou d'un groupe. Le programme étudiant doit sortir de ces assemblées, de ces discussions, ainsi que les organisations représentatives, démocratiques, capables d'améliorer le programme, de l'imposer aux autorités, de rechercher les méthodes de lutte les plus adéquates en tout lieu et à tout moment. En ce moment, par exemple, on discute pour savoir s'il faut faire grève, s'il le faut absolument ou s'il faut organiser des grèves échelonnées. C'est un faux problème, un problème mal posé, dans la mesure précisément où le mouvement n'a pas encore défini ses objectifs 'et ne s'est pas organisé pour les obtenir. Quand on a un programme et des objectifs, les méthodes découlent de la situation même, en tenant compte en tout premie

IONALE 41 lieu du contexte général de la lutte des classes dans lequel se débat le pavs, contexte qui rend impossible la répétition mécanique des méthodes de 1968. La masse ne veut pas recommencer les actions de 1968 ; elle sait que c'est impossible et elle a raison.

Pour organiser la lutte, nous avons — vous avez surtout - l'expérience des comités de lutte et du C.N.H. Dans la mesure où, actuellement, les comités de lutte sont des noyaux combatifs, dans beaucoup de cas pas liés à la base, et issus de décisions d'assemblée, ils sont faibles et insuffisants comme instruments pour avancer. Cette faiblesse se multiplie dans les comités de coordination. Le vieux C.N.H. détenait sa force de sa représentativité et du fait que les mandats des délégués étaient révocables ; mais son point faible résidait dans son caractère d'organisme transitoire, issu du mouvement et condamné à mourir avec lui. Pour cette raison, il fut liquidé avec une relative facilité. Aujourd'hui, il faut profiter de l'expérience et forger une organisation stable et permanente. Non du haut en bas, mais au contraire de bas en haut. Dans les assemblées de faculté doivent être élus ceux qui comprendront le plus clairement les problèmes, qui trouvent le plus souplement et le plus profondément les solutions et qui montrent le plus de décision pour la lutte. Avec eux, on doit tenir un Congrès, d'où sortira comme organisme permanent un Comité Central Etudiant. L'idéal serait qu'il soit national, mais il ne faut pas tomber dans l'illusion à vouloir cacher les apparences. Sa représentativité est plus importante que son ampleur. et s'il ne peut être national pour le moment, il suffira bien qu'il représente les facultés et les lycées aujourd'hui mobilisés

J'insiste par-dessus tout sur le fait que les étudiants eux-mêmes peuvent apporter des idées beaucoup plus concrètes et lucides que celles que je suis à même de suggérer. Mais ce n'est pas en notant soigneusement quelques questions que la lumière se fera immédiatement pour toutes. C'est une conquête irréversible du mouvement étudiant mexicain que de s'ouvrir aux exploités et d'aller vers les ouvriers et les paysans, comme ce fut le cas pour les usines ou à Topilejo en 1968. Pourtant cela fut fait alors avec une certaine ingénuité : les étudiants croyaient de bonne foi qu'ils allaient politiser les ouvriers, alors que, dans leur grande majorité, ils ignoraient ce qu'est un syndicat, comment il est structuré, comment s'y fait la lutte interne. Les ouvriers recevaient avec sympathie ces « maitres > improvisés, mais ils ne pouvaient leur faire confiance à cause de ces manifestations visibles d'ignorance et il n'était pas possible que la classe sociale qui, par excellence, est la plus atta-

QUATRI chée à la lutte organisée, change l'essence même de cette lutte sous l'effet de l'improvisation hâtive étudiante.

Ils sont nombreux, les étudiants qui ont appris cette leçon, qui ont assimilé cette expérience. Mais on sent chez certains un sentiment de désarroi, d'impuissance, en face des forces productives. Ce sentiment est faux. Les ouvriers et les paysans ont besoin des étudiants. Les • petits chefs », avec tout leur appareil d'ouvriers privilégiés, les mercenaires à leur solde et, en dernier lieu, avec la police qui vient toujours à leur aide, empêchent à tout prix les assemblées dans les locaux syndicaux ou bien les autorisent seulement sils peuvent les contrôler rigoureusement. Dans les usines, dans les centres de travail, les ouvriers qui essaient d'avancer des idées, de défendre des programmes, de réaliser une activité syndicale ou politique sont désignés à la répression et privés de leur emploi. Plus encore : on les met sur les • listes noires • patronales, ce qui fait qu'il leur est impossible de trouver un autre emploi ailleurs. Dans les syndicats et dans les usines, il est interdit de discuter, d'échanger des idées, de structurer des organismes et de promouvoir des programmes.

C'est dans ce sens que les étudiants peuvent jouer un rôle important. Il n'est pas question qu'ils enseignent quoi que ce soit aux ouvriers. Il ne s'agit pas de les * politiser », Ils connaissent mieux que personne leurs propres problèmes. Mais les étudiants peuvent s'approprier les établissements non seulement pour discuter des problèmes étudiants, mais aussi pour les offrir au prolétariat comme centre de discussion, d'échange d'idées et d'organisation. Le fait même que les étudiants occupent leurs établissements (l'Université, la • Polytechnique ») constitue déjà un stimulant pour les ouvriers, car ils n'iront rien leur proposer d'extravagant : aujourd'hui les facultés sont occupées, demain ce seront les usines. Et ce que l'on peut offrir aux ouvriers, on peut l'offrir à tous les exploités. Un des problèmes les plus aigus du moment, qui gardera une importance capitale dans un avenir prévisible est celui de la cherté de la vie. En complé-

Si la lutte pour les prisonniers politiques se réduisait à faire sortir de prison cent et quelques personnes, ça ne vaudrait pas la peine que des milliers et des milliers de Mexicains s'y engagent. Ça ne vaudrait certainement pas les vies perdues à Tlatelolco. Mais nous, nous représentons des

EME INTERNATIONALE ment de la lutte fondamentale pour les augmentations de salaires, il est nécessaire d'organiser la lutte pour le contrôle des prix, non par le biais des employés du gouvernement dont c'est le métier (ils sont aussi voleurs que les industriels et les commerçants qui augmentent le prix des articles de première nécessité), mais au moyen de comités de ménagères qui sont les plus directement touchées, mais qui sont dispersées et sans possibilité de se réunir et s'organiser. Une ligne d'action qui offre de grandes perspectives est précisément que les étudiants aident à organiser les ménagères et collaborent avec elles dans la lutte contre la vie chère, en réalisant des actions diverses, qui peuvent aller du boycott d'établissements bien déterminés qui font monter les prix, jusqu'à l'action directe et violente.

Il faut analyser, en outre, les problèmes du développement du pays et en premier lieu, les déformations et les freins qu'impose la pénétration impérialiste. En conséquence, il faut inclure dans le programme les exigences minima d'un programme antiimpérialiste comme la nationalisation de toutes les entreprises étrangères, l'expulsion de la CIA, du FBI et des autres agences d'extorsion et de terrorisme impérialiste qui fonctionnent librement au Mexique : procès de tous leurs agents qu'ils soient nés ici ou étrangers ; abolition du contrôle et de l'influence impérialiste sur les universités et les autres centres culturels, comme, par exemple, des moyens d'information: relations avec tous les pays du monde y compris la République Populaire de Chine, la République Démocratique du Vietnam, le Gouvernement Provisoire du Sud-Vietnam, la République Démocratique Populaire de Corée, la République Démocratique Allemande, etc. L'expulsion de l'impérialisme ne pourra être complète qu'avec la dictature du prolétariat ; mais on peut déjà avancer dans cette voie.

Naturellement, l'organisation des masses est étroitement liée à l'organisation de leur avant-garde, et en particulier à la structuration du Parti de classe du prolétariat, ce qui serait un autre thème à développer. milliers de paysans emprisonnés à travers tous le pays pour avoir mené leurs luttes. Plus que cela : nous sommes le témoignage vivant du fait qu'il est Interdit au Mexique de s'organiser de façon indépendante et de lutter pour des objectifs populaires. Nous libérer équivaut à briser cette inter-

LES PRISONNIERS POLITIQUES : UN PROBLEME DE PLUS

LES PRISONNIERS POLITIQUES : UN PROBLEME DE PLUS diction. Vous qui êtes dehors, et nous qui sommes enfermés, nous avons une tâche commune : nous, de ne pas boiter car la liberté d'un boiteux n'est rien d'autre qu'un cadeau de la bourgeoisie pour quiconque s'incline devant elle ; vous, de nous libérer parce que la liberté d'un combattant montre à tous la validité du droit à se battre.

Mais ce serait une erreur catastrophique d'isoler la lutte pour notre liberté de la lutte générale des masses pour leurs objectifs démocratiques et historiques. Pourtant certains actes comme la grève de la faim ou les pétitions • humanitaires » tendent à cela, à savoir : isoler notre défense de l'ensemble des demandes populaires, à l'enlever des dures mains du peuple. Si quelqu'un veut nous défendre par humanitarisme, qu'il reste chez lui i La lutte pour la liberté des prisonniers politiques est une partie inséparable de la lutte pour les libertés démocratiques des travailleurs. Pour le moment, il faut en discuter en même temps que des revendications étudiantes, ouvrières, paysannes, populaires

IONALE 43 en général, et la lutte pour les prisonniers politiques doit être inscrite dans le programme de tous les exploités et de tous les opprimés. Telle est la voie, également, qui permettra d'éviter un nouveau Tlatelolco à Lecumberri. En ce mouvement, les étudiants en médecine se sont mis en grève avec un programme comprenant des revendications et où ils se déclaraient solidaires des prisonniers politiques. Voilà la position correcte.

Nous n'avons pas besoin de gens qui pleurent et qui compatissent à nos malheurs. Nous avons besoin de gens qui luttent. Confiants jusqu'au bout en cette lutte, nous continuerons à avancer sans hésiter. Nous jouerons notre rôle. Nous pouvons tomber, mais jamais ne tombera de nos mains le drapeau rouge du prolétariat.

Prison de Lecumberri, 14 janvier 1970, VICTOR RICO GALAN.

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