Point de vue du Groupe Communiste Internationaliste sur la « Lettre aux étudiants en lutte » du prisonnier politique Victor Rico Galan.
La lettre du camarade Victor Rico Galan, « délit » d'opposition au régime oppresseur qui tient sous le joug la grande majorité des Mexicains, est la première tentative faite pour apprécier l'action engagée à l'intérieur comme à l'extérieur de la prison à la fin de l'année dernière. Il y expose des jugements assez solides sur l'origine de la répression du 1°r janvier, insiste de façon correcte sur la nécessité de développer le programme du mouvement étudiant en le liant avec les revendications d'autres secteurs de masses et propose une réévaluation urgente de la stratégie du mouvement révolutionnaire dans notre pays pour orien fer les luttes étudiantes.
Le caractère large et polémique du document de Rico, le moment particulièrement crucial où il a été écrit et les caractéristiques du processus dans lequel nous nous trouvons engagés exigent que l'on pèse avec soin les propositions qu'il contient. Et d'autant plus si l'on considère la lourde responsabilité qui incombe chaque jour à la gauche révolutionnaire. Dans l'appréciation de la lettre, on ne peut pas non plus ignorer qu'elle a été écrite par un prisonnier politique qui n'a pas participé à la grève de la faim et qui, dans une certaine mesure, a cherché par elle à justifier son abstention. Si l'on considère que, objectivement, le refus d'un nombre considérable -- quoique minoritaire -- de prisonniers politiques de participer à la grève de la faim, lui a fait perdre toute efficacité — parce que cela mettait en évidence le fait que les prisonniers politiques étaient divisés — il est important de dénoncer l'erreur commise par ces camarades. De plus, si l'on ajoute à cela que ses arguments pour justifier son abstention ne sont pas acceptables face à la nécessité d'agir unis, même si l'on a des désaccords, et, surtout, l'obligation de se soumettre aux décisions de la majorité des prisonniers politiques, on se convaincra de la nécessité de mettre nombre de points sur les i en ce qui concerne le texte en question.
Nous ne voulons pas insister sur le caractère politique de notre prise de position et sur le fait qu'elle ne recèle absolument aucune attaque de type personnel à l'encontre de Rico Galan. Il sera le premier à admettre qu'en politique les idées et les lignes ont leur dynamique propre qui peut être très étrangère à l'intention personnelle de celui qui les expose. De toute façon, notre attitude à son égard se trouve définie par les positions qu'il expose brillamment dans sa lettre ; de ce point de vue, également, nous ne faisons qu'accomplir une tâche élémentaire que lè camarade Rico lui-même qualifie de primordiale dans sa « lettre aux étudiants en lutte » : discuter. Et sur ce point nous sommes en accord total avec lui. En ce moment de confusion extrême où le chaos le plus total tient lieu de réponse aux « que faire ? comment le faire ? et pourquoi le taire? », ce serait une position très irresponsable de penser qu'il existe des Vérités Révélées. Non, en ce moment, personne n'est à l'abri d'erreurs, pas même des camarades aussi expérimentés que Rico Galan.
Les prisonniers politiques, dit Rico — et il faut le citer —, ne sont pas « le nombril du monde, ni Lecumberri le centre du pays ». La mobilisation, qui a culminé dans la grève nationale des 14 et 15 janvier, a des causes profondes, multiples et concrètes, parmi lesquelles l'agression contre les prisonniers politiques — la tentative d'assassinat collectif à Lecumberri - est un fait circonstanciel. C'est donc la situation de crise nationale. l'affrontement direct, un jour ou l'autre, avec le gouvernement, qui sont à l'origine de cette nouvelle poussée du mouvement étudiant.
Cette attitude froide, objective, de compréhension profonde de Rico et, pour autant que l'on puisse juger, des détenus du couloir N qui n'ont pas participé à la grève de la faim des autres prisonniers politiques, contraste notablement avec le « désespoir petit-bourgeois » des grévistes qui se donnaient pour objectif de « stimuler » la lutte des étudiants, Les camarades à l'intérieur et nous qui avons lancé la grève à l'extérieur ne pouvions pas, selon Rico, donner une issue à la base dont la question : « que faire ? » restait sans réponse. « La grève de la faim, précisément du fait de sa passivité, ne pouvait en donner ». De plus, « la grève de la faim entretenait l'illusion que la démocratie règne au Mexique » ; ce qui n'a pas du tout les faveurs des révolutionnaires comme Rico.
Ceux qui se demandaient : « que faire? » ne pourront que déplorer que la lettre de Rico soit arrivée trop tard, post festum, alors que les étudiants sont déjà retournés à leurs études, se préparant pour leurs examens généraux. Nous souhaitons que les lettres de Rico arrivent plus opportunément lors des futurs mouvements. Au fait, ce qu'avance Rico, estil si sûr ? A voir.
Estimer, comme l'indique Rico, qu'une mobilisation comme celle des trois dernières semaines est conditionnée socialement par une lutte nationale de masse est, du point de vue de la dialectique de la lutte révolutionnaire, une vérité très générale qui, en tous les cas, demande à être rendue un peu plus concrète. A ne pas le faire nous risquons de verser dans un comportement sectaire; tel le camarade Rico qui n'a parlé de la grève de la faim qu'à partir de l'attaque contre les prisonniers politiques, pas ayant comme aurait dû le faire tout révolutionnaire conséquent qui, malgré son opposition à l'action d'autres camarades révolutionnaires, s'y joint, conformément à la nécessité élémentaire du front unique face à l'ennemi. Nous demandons à Rico s'il connaît,
CONSCIENCE ET
Le camarade Rico connaît certainement cette phrase de Hegel : « La nécessité s'exprime toujours à travers le hasard ». Ce sont des milliers de faits fortuits qui expriment une situation de nécessité. Mais le hasard, camarade Rico, ne peut jamais que mettre à jour quelque chose qui se fait nécessité. Les « faits circonstanciels » ou fortuits, comme la répression du ler janvier, expriment une nécessité que le gouvernement a parfaitement comprise : la nécessité de réprimer toute velléité d'opposition. C'est cette nécessité qui a engendré la répression contre la grève de la faim que Rico passe sous silence et minimise frauduleusement.
Dans sa lettre, il s'attache à opposer les luttes étudiantes et populaires de Durango et Atencingo à celles provoquées par la grève de la faim. Cela nous paraît inadmissible de quelque point de vue que l'on se place. Les luttes de masse dans la République du Mexique se développent d'un bout à l'autre de son immense terri-
IONALE 45 lui, de meilleurs moyens de lutte que la grève de la faim, des modes de lutte autres que passifs à l'intérieur du pénitencier de Lecumberri. Affirmer que l'attaque contre les grévistes de la faim est un « fait circonstanciel » revient à ignorer que cette grève, quoique passive, a obligé la bourgeoisie à réprimer ce germe de « subversion » apparu le 10 décembre 1969. Au camarade Rico, si révolutionnaire et réaliste dans ses jugements politiques, qui écarte a priori les méthodes de lutte comme la grève de la fairn er reconnaît comme seuls efficaces les moyens de lutte plus incisifs, autres que les pétitions, nous devons demander : l'attaque du 1ºr janvier est-elle un simple fait circonstanciel ou un fait essentiel du point de vue de la logique répressive de Tlatelol-
Nous faisons peu de cas des « réflexions » plutôt subtiles qu'il insinue dans son appréciation de la grève de la faim comme par exemple : « Mourir de faim est tout autre chose. De faim sans alimentation aucune, sans grève; parce que la grève de la faim n'a jamais tué personne ». Une perle d'assez basse qualité qu'il est facile de réfuter en se demandant si quarante jours de grève de la faim ne mettent pas en danger l'existence de quiconque. Nous préférons plutôt aller à l'essentiel du sujet. Pas plus Rico que nous-mêmes n'avons participé à la grève de la faim et nous pensons que nous n'aurons pas grand mal à rester froids et objectifs. SPONTANEISME toire ; mais ce n'est que rarement qu'elles acquièrent l'importance qu'elles mériteni, par manque de perspectives politiques ou parce que, en fait, elles sont les poussées spontanées des masses exaspérées par la condition d'oppression à laquelle les condamne le régime capitaliste.
Ces luttes des ouvriers et des paysans sont, en général, écrasées, détournées ou neutralisées, que ce soit par manque de programme, par manque d'une direction ne serait-elle qu'indépendante du gouvernement — nous ne disons pas révolutionnaire — ou par la simple confusion de leurs participants. Par contre les luttes étudiantes depuis 1966, et surtout celles de 1968, ont un caractère idéologique et politique profond de dénonciation et de mise en cause du régime établi, de défi révolutionnaire conscient et d'incitation à le changer pour un nouveau régime. Penser que ces luttes sont inférieures à celles de Durango (en grande partie dirigées par la bourgeoisie locale !) ou d'Atencingo (engendrées par
QUATRI la misère la plus abjecte !) c'est considérer que le niveau de la révolte des masses aliénées à la suite de la bourgeoisie, ou celui des masses à l'état brut, qui ne sont que sujet d'exploitation et réagissent spontanément, est plus élevé que la cohérence politique atteinte par les luttes étudiantes pour la libération des prisonniers politiques; c'est croire au même niveau les masses les plus conscientes et celles qui s'engagent seulement dans un processus de prise de conscience.
Que s'est-il passé en réalité? La bourgeoisie, elle, sait très bien, contrairement au camarade Rico, où se situe le danger le plus proche. Ce n'est pas une coïncidence si la répression la plus dure s'est concentrée sur les étudiants ces dernières années (et sur les prisonniers politiques !), et par là nous ne voulons pas dire que la bourgeoisie mexicaine n'a pas perpétré de massacres en milieu ouvrier paysan (les copreros d'Acapulco en 1967 !) ; mais aucune répression n'a atteint le niveau politique (quantitativement et qualitativement) de Tlatelolco, et toute la différence réside dans le secteur qui a été frappé : le milieu étudiant en 1968 avait mené pour la première fois en 50 ans, depuis la révolution mexicaine, une lutte de masse, révolutionnaire dans son essence la plus profonde — et ceci n'est pas contradictoire avec le caractère démocratique de ses objectifs — et, surtout, avec une direction indépendante de la bourgeoisie et de son gouvernement.
Aujourd'hui, les contradictions les plus aiguës s'expriment au point momentanément le plus faible du régime.
Ceci apparait très clairement, à l'échelle internationale également. Si nous consultons les plus importants journaux europeens et nord-americains, nous verrons l'importance considérable qu'a eue l'agression du ler janvier. Par contre nous aurons
Dans sa lettre il indique que l'issue pour le Mexique réside dans la victoire tempora're de la tendance nationaliste, qui s'est hissée au pouvoir au Pérou et en Bolivie, et qui chez nous s'est donné un programme dans le discours de Cardenas à Irapuato le 20 novembre. Il parle également de la possibilité de constituer un front antiimpérialiste avec les tendances nationalistes; que celles-ci, irrémédiablement, c'est-à-dire objectivement et indépendamment de notre volonté, arriveront au pouvoir pour une période transitoire, bien sûr, parce qu'il ne renonce pas à affirmer la nécessité de continuer la lutte pour le socialisme. Tout cela il l'affirme sans
EME INTERNATIONALE du mal à trouver une mention quelconque des événements de Durango et d'Atencingo. Nous supposons qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur le caractère prémonitoire des luttes des étudiants et des paysans de Durango et d'Atencingo ; mais il faut savoir conserver les proportions entre « ce qui est apparent et ce qui ne s'exprime pas », ou entre « ce qui n'est pas apparent et ce qui s'exprime ».
Cela nous paraît étonnant que Rico ne comprenne pas ce qui précède alors qu'il a parfaitement compris la nature de la répression, ce qu'il appelle « le caractère spasmodique du terrorisme gouvernemental », qui n'est pas dû seulement à la faiblesse sociale du régime mais aussi à la pression énorme à laquelle il est soumis du fait que « le terrorisme a une dynamique sociale propre et que personne ne peut contrôler » — que le responsable d'un acte concret de terrorisme soit Corona del Rosal ou Echeverria. « Parce que », ajoute Rico, « le phénomène dans son ensemhlo ne dépend pas d'une volonté individuelle. Il s'agit d'une responsabilité sociale, d'une responsabilité du gouvernement dans son ensemble ». Ce terrorisme, camarade, devient chaque jour plus nécessaire dans l'appréciation de la politique du gouvernement.
Si l'on comprend ainsi le mécanisme de la répression, faut-il aller très loin pour trouver les raisons de l'agression du janvier? Ce qui s'est passé ensuite à I'U.N.A.M. n'est qu'une riposte face à l'agression nécessaire provoquée par une grève de la faim occasionnelle que quelques « petits-bourgeois » avaient entreprise depuis le 10 décembre à Lecumberri. Cela camarade Rico, qu'il nous en déplaise ou non, est le résultat de l'action engagée par quelques dizaines de prisonniers politiques qui, peu importe les moyens passifs qu'ils utilisent (qu'ont-ils d'autre ?), veulent lutter contre le régime. avancer aucune preuve à l'appui de sa prophétie et il se contente de rapporter des anecdotes amusantes comme cette accusation de la presse contre Heberto Castillo d'avoir frappé à la tête avec un tube le capitaine Puentes Vargas qui a dirigé l'attaque du lºr janvier; à l'en croire, les nationalistes sont les principaux adversaires du gouvernement à l'heure actuelle. !| affirme que c'est le mouvement de masse qui engendre le mouvement nationaliste et qui hissera au pouvoir un néo-cardénisme.
Il est nécessaire d'expliquer ce qui se passe aujourd'hui au Pérou et en Bolivie.
QUELLE EST LA PERSPECTIVE PROCHAINE ?
QUELLE EST LA PERSPECTIVE PROCHAINE ?
Ce qui se passe aujourd'hui là-bas n'a rien à voir avec une révolution, à moins qu'on ne la qualifie de nationaliste ou petitebourgeoise ou de quelque autre adjectif. Ce qui se produit, oui, c'est une tentative de prévenir une révolution plus profonde et, dans le cas de la Bolivie, de la montée du mouvement guerillero qui a été durement réprimé par ceux-là mêmes que Rico considère comme une sorte de rédempteurs de la patrie. Les forces armées, camarade Rico, ne peuvent pas nier leur origine ni leurs attaches, encore moins leur caractère d'organes de répression au service de la bourgeoisie 24 heures sur 24. II s'agit de comprendre très clairement ces mascarades qui se produisent actuellement en Amérique latine.
La petite bourgeoisie au pouvoir en Bolivie ! A la tête d'une révolution ! Quoi de plus comique, camarade Rico! Dans sa prophétie — nous espèrons qu'il ne se piquera pas de cette qualification somme toute assez pertinente vu que les opinions de Rico n'ont aucun fondement, prédisent des événements irrémédiables, prédestinés... — il avance : « Si je caractérise la solution nationaliste comme immédiate, ce n'est pas qu'elle me paraisse la plus souhaitable, loin de là, mais bien parce que c'est un phénomène qui va se produire, indépendamment de notre volonté. Il s'agit d'un fait objectif, qui ne dépend de la volonté de personne », qui amène triomphe de la petite bourgeoisie.
Ce qu'il nous offre, c'est la consolation de pouvoir continuer la lutte pour le socialisme - dans la deuxième phase de la révolution : la phase socialiste.
Mais, si cela n'est qu'une prophétie, d'où vient-il que le camarade Rico ne se montre pas plus ambitieux et qu'il nous prédétermine ainsi? (« le processus se produira fatalement, tel qu'il se trouve déterminé, quoique l'on fasse, et même si nous ne faisons rien. Les lois de l'Histoire sont objectives, on ne peut les modifier à volonté »).
Cette solution nationaliste qui est au centre de la prophétie de Rico n'a rien de nouveau. Cette prophétie avait été formulée pour l'essentiel en 1967 (et il y a même bien plus longtemps) quand le Parti communiste mexicain (P.C.M.) à son XV* congrès a fait la déclaration suivante :
« Seule une nouvelle révolution, la révolution démocratique populaire et anti-impérialiste qui regarde vers le socialisme, peut résoudre les problèmes qui s'opposent au développement impétueux de l'économie nationale, élever substantiellement le niveau de vie des masses et démocratiser la vie
ONALE 47 politique nationale ». Bien sûr, le P.C.M. a le droit lui aussi de signer des prophéties, et même de se rapprocher du camarade Rico. La seule différence entre ces deux prophètes c'est que le P.C.M. réclame la direction de ce mouvement nationaliste tandis que Rico nous recommande de rester indépendants (sectarisme?...) organiquement et programmatiquement des théses d'Irapuato de Cardenas. Pour lui rendre justice, nous devons reconnaître que le camarade Rico est plus modeste que le P.C.M. ; de plus il reconnait, en forme d'autocritique, que ce qu'il avance dans sa lettre n'est pas une analyse, mais « un cadre tracé d'un trait grossier, à la brosse », qu'il estime suffisant pour comprendre la marche du pays, l'évolution du pays Interrogeons-nous sur la provenance, la source des prophéties de Rico.
Et, en premier lieu, le fait que dans sa longue lettre Rico n'aborde qu'à un détour le rôle que sera amené à jouer le parti révolutionnaire dans « l'évolution future du pays ». Dans ce « cadre brossé à grands traits » il aurait dû ménager une place plus grande au parti révolutionnaire. Il échapperait ainsi à certaines erreurs, et avont tout au fatalisme. Du rôle qu'assume le parti, de sa capacité d'agir, de la dynamique qu'il est capable d'impulser dépend sans aucun doute l'avenir du prolétariat et de la révolution mexicaine (et, par là, de la faillite des prophéties de Rico). Ne pas comprendre cela ne relève pas non plus du hasard. Rico a une conception sociologique de l'Histoire, un faux objectivisme face aux lois sociales qui lui fait croire à la fatalité et à la prédétermination, qui le poussent à pontifier.
Ce problème du parti est celui qui doit motiver tout révolutionnaire authentique en prison comme ailleurs, au sein du mouvement étudiant comme ailleurs. Seulement ainsi nous pourrons parler d'une perspective révolutionnaire et assurer le triomphe des masses exploitées. Aujourd'hui on ne peut faire un pas en avant dans la lutte révolutionnaire sans résoudre en même temps la tâche historique, qui a tant de retard, de la construction du parti marxiste.
En second lieu, le fait que Rico ait une conception de la révolution qui le rapproche des staliniens. II dit qu'il est possible d'expulser graduellement l'impérialisme ; et s'il en est ainsi, est également possible la phase préliminaire, le triomphe nationaliste dont il vient de parler : une telle conception, tout simplement, n'est pas marxiste.
Pour Rico, les exemples de la révolution chinoise, cubaine ou bolchévique ne comptent pas. Aussi bien, il ne s'est jamais demandé sérieusement si le triomphe d'une révolution par étapes est possible.
Il accuse les prisonniers poiltiques de vouloir dissocier la lutte pour leur liberté de la lutte générale des masses pour leurs objectifs démocratiques et historiques. Là, sans aucun doute, il ne s'agit plus d'une prophétie.
C'est bel et bien une accusation, mais sans autre preuve que cette prophétie de la victoire nationaliste. Comment s'articule, camarade Rico, la lutte pour la liberté des prisonniers politiques avec la lutte générale des masses ? Nous pensons que là se situe la racine de toutes ses opinions malheureuses. La lutte démocratique, y compris celle pour la liberté des prisonniers politiques, n'est possible que du point de vue du triomphe de la révolution socialiste.
La lettre du camarade Rico débutait sur des bases très révolutionnaires. Il nous engageait à ne pas faire confiance au gouvernement et condamnait la grève de la faim des prisonniers politiques. On s'attendait à ce qu'il propose une forme de lutte plus radicale, que ses propositions répondent avec précision au problème que nous avons abordé de l'articulation de la lutte socialiste et de la lutte démocratique. Pourtant, les propositions qu'il fait dans la partie finale de sa lettre ne vont pas plus loin que la lutte démocratique. Rico pense-t-il qu'à le suivre sur la plate-forme de lutte qu'il propose, les étudiants vont pouvoir préserver une indépendance programmatique et organisationnelle ? N'est-ce pas Rico qui avec son programme de lutte « pour tout le peuple » et pour « les masses », sans spécifier que la lutte n'a pas d'autre perspective que socialiste, fomente la confiance dans la démocratie? Croit-il pouvoir lancer un promocratie ? Croit-il gramme pour tout le peuple en général ? Pourquoi ne s'est-il pas adressé clairement aux étudiants pour leur dire que les luttes démocratiques n'auront d'issue que par la force et la violence, et qu'elles ne vaincront que par le renversement de la bourgeoisie? Pourquoi ne leur a-t-il pas rappelé que la force fondamentale qu'il faut organiser est le prolétariat et non le peup'e en général? Pourquoi n'a-t-il pas dit que la seule façon d'articuler la lutte démocratique avec la seule perspective réaliste — le socialisme - c'est un programme de revendications transitoires qui per-
Il n'y a pas, du moins dans notre pays, la moindre possibilité nationaliste ; nous pourrons rediscuter du Pérou et de la Bolivie. Aucune possibilité de démocratiser la vie publique nationale si ce n'est dans la perspective et sous la condition de la victoire du prolétariat. Et la révolution prolétarienne ne se réalise pas par phases ni graduellement, mais en un processus de •ruptures et de changements brusques, permanents, vers le socialisme. Quand le processus se confine, disons. dans une « révolution nationaliste », dans la victoire de la petite bourgeoisie que propose la lettre, il n'y a simplement pas révolution. La perspective prochaine que prévoit Rico n'existe pas. Il n'existe de perspective de victoire qu'à la seule condition d'articuler correctement la lutte démocratique et la lutte pour le socialisme. Et s'il n'y a pas d'issue socialiste, ce qui se produira sera une caricature de révolution, comme celle que propose le P.C.M. mette de réduire l'écart entre les possibilités révolutionnaires objectives de la situation actuelle et la consciente des masses qui retarde sur elles?
Tout simplement parce qu'il a une opinion très particulière du mouvement étudiant. Il s'agit, à l'entendre, de petits bourgeois qui ne pourront pas obtenir grand chose d'une lutte que seul « le peuple en lutte pour ses objectifs historiques » pourra résoudre. Nous ne sommes pa cherte de la vie, contre les calendriers. ses appels à la lutte contre etc. Nous ne sommes pas non plus contre les appels de ses lettres antérieures; mais si l'on ne résout pas le problème de la stratégie pour la prise du pouvoir, si on n'avance pas une perspective qui englobe la lutte démocratique dans celle du prolétariat, celle des prisonniers politiques dans la lutte des exploités, qui est la voie vers le socialisme, alors, camarade Rico, nous serions socialistes en paroles mais pas en actes. Nous serions sujets aux fluctuations qu'imprime la réalité en l'absence d'une conception programmatique marxiste. Nous serions à la merci des oscillations quotidiennes qui nous mèneront un moment à l'ultragauchisme pour nous ramener ensuite au réformisme le plus vulgaire comme c'est lamentablement le cas dans cette lettre « aux étudiants en lutte ».