Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 46

Sionisme, antisionisme, désionisation

Nathan Weinstock · Quatrième Internationale, n° 46 · novembre 1970 · p. 41-45 · 3 571 mots

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1. - Au moment de la guerre de juin 1967, une effroyable confusion régnait dans l'extrême-gauche à propos d'Israël et du sionisme. Des militants révolutionnaires convaincus se sentaient désemparés, hésitaient à prendre clairement position. Le désarroi fut évidemment bien plus accusé encore au sein de la gauche non révolutionnaire. De nombreux intellectuels occidentaux qui avaient combattu courageusement le colonialisme français en Algérie et l'impérialisme américain au Vietnam prirent fait et cause pour l'Etat sioniste, sans restriction aucune.

Les raisons de cet aveuglement ont souvent été exposées et parfois les intéressés eux-mêmes, comme Jean-Paul Sartre, parurent plus ou moins conscients des sentiments contradictoires qui les déchiraient. La question juive, qui rappelle inévitablement les génocides perpétrés par les Nazis, suscite une profonde culpabilité en Occident. Depuis la montée du fascisme allemand il est de tradition de considérer le Juif comme le symbole par excellence de l'homme opprimé. Par ailleurs, un manque flagrant d'information sur la situation réelle en Palestine ainsi qu'une propagande particulièrement habile réussi à transférer le capital de sympathie dont jouissaient les survivants de l'Holocauste à l'avantage du mouvement sioniste. Israël semblait l'incarnation même d'une réparation historique envers les Juifs : ce peuple qui avait subi tant de persécutions et de souffran ces obtenait enfin un Etat-refuge, hâvre potentiel qui garantissait les communautés juives du monde entier contre toute résurgence de l'antisémitisme.

Rappelons qu'il n'existait aucune étude de fond sérieuse de la question sioniste en langue française, avant que Maxime Robinson n'écrive 1967 son Israël, fait colonial, pour le numéro spécial des « Temps Modernes » consacré au conflit israéloarabe. La presse occidentale avait réussi à refouler hors de conscience l'existence du peuple palestinien. A peine évoquait-on parfois la présence de réfugiés arabes

La résistance palestinienne est venue bouleverser cette ignorance tranquille et o suscité une prise de conscience du phénomène sioniste dans l'avant-garde. Elle n'a pas encore dissipé pour autant toutes les confusions, ce qui se comprend d'ailleurs car la théorie révolutionnaire est toujours le fruit d'une élaboration politique et non pas le reflet mécanique des luttes qui se déroulent autour de nous.

2. - Le problème palestinien ayant été en quelque sorte catapulté tout récemment dans notre conscience politique, la compréhension des ressorts de la question reste encore fragmentaire. En outre, la réflexion théorique doit quasiment commencer à zéro puisqu'à l'exception de quelques secteurs d'avant-garde du mouvement révolutionnaire

•essentiellement la Quatrième Internationale - aucun effort d'analyse politique n'a été fait à ce sujet depuis la deuxième guerre mondiale. Le stalinisme a joué ici un rôle particulièrement néfaste en abandonnant la traditionnelle critique communiste du sionisme ou, pis encore, en pratiquant sous le couvert d' « antisionisme » une politique carrément antisémite. Les infâmes procès de Prague en 1952, suivis en U.R.S.S. du « complot » des « assassins en « blouse blanche » ont précédé dans cette voie l'ignoble campagne anti-juive menée par la bureaucratie polonaise et, dans une moindre mesure par les dirigeants soviétiques.

S'y ajoutait au surplus la propagande souvent antisémite des milieux réactionnaires arabes. L'audience du mouvement sioniste ne pouvait que croître face à des adversaires de ce calibre là

Chacun peut observer aujourd'hui les séquelles de ce passé qui est bien loin d'être surmonté. Il n'est que de considérer le vocable « sioniste ». Tour à tour on s'en sert pour désigner le fait de peuplement juif en Palestine, l'Etat israélien, l'ensemble des partisans de cet Etat, les Juifs qui lui apportent leur soutien, la population israélienne, etc. Il est bien évident qu'en baptisant de « sioniste » tout ce qui touche de près ou de loin à Israël on ne peut qu'aggraver la confusion existante. D'où la nécessité d'une clarification idéologique.

Nous appellerons sionisme le courant idéologique et le mouvement politique de colonisation juive en Palestine. Partant de là, sionisme apparait donc avant tout comme un système donné de rapports sociaux entre les Juifs de Palestine (c'est-à-dire les Israéliens), d'une parf, et les Arabes palestiniens d'autre part, de même que tout colonialisme se résume en un type de relation déterminée entre colonisateurs et colonisés.

Concrètement le projet sioniste ne pouvait se réaliser que par la violence puisqu'i fallait l'imposer de force à la population autochtone. Il s'ensuit que la dépendance de la colonie juive de Palestine vis-à-vis de l'impérialisme est demeurée une constante inévitable dans le mouvement sioniste. L'inféodation actuelle d'Israël aux Etats-Unis perpétue l'alliance initiale conclue avec le pouvoir ottoman en Palestine qui fut suivie d'une longue période de collaboration avec le colonialisme britannique.

Cette définition permet d'écarter une série de conceptions erronées qui obscurcissent la compréhension du problème et nuisent au mouvement de solidarité à la révolution palestinienne.

Pratiquement, le caractère sioniste d'Israël se manifeste dans sa législation discriminatoire qui institue des privilèges nationaux pour les Juifs (Loi du Retour et Lois sur la nationalité) tout en les refusant aux Arabes, dans la législation coloniale héritée des Britanniques qui est appliquée à la population palestinienne (Defense Emergency Regulation), dans les expropriations de terres arabes et le « repeuplement » des régions habitées par des Palestiniens, dans la discrimination multiforme qui s'exerce au niveau social, politique et économique contre les Arabes, dans la répression des mouvements politiques palestiniens, dans la dictature de la classe capitaliste et l'intégration du mouvement ouvrier à l'Etat bourgeois justifiée au nom de l'unité nationale (sioniste), dans la dépendance de l'Etat hébreu des bailleurs de fonds étrangers et des puissances impérialistes nécessitée par la politique sioniste elle-même, dans les relations extérieures de l'Etat israélien fondées sur la lutte contre les mouvements progressistes du monde arabe et sur l'expansionnisme. L'ensemble de la politique israélienne est déterminée par la structure ségrégationniste de l'Etat et les conséquences politiques — telle que l'hostilité profonde des masses arabes envers le fait colonial israélien — qu'elle entraîne. La politique d'exploitation coloniale directe inaugurée après les conquêtes territoriales de juin 1967 a évidemment exacerbé ces tendances latentes du sionisme.

La) Le sionisme ne doit pas être confondu avec le fait de peuplement juif en Palestine.

Bien que la population israélienne soit un produit de la colonisation sioniste qui s'est effectuée au détriment des Palestiniens et ce durant une époque toute récente, — de sorte que la meurtrissure est encore profondément ressentie par les Palestiniens, peuple traumatisé par l'exil et la dépossession brutale de son territoire — aucun marxiste digne de ce nom ne peut mettre en cause l'implantation des Israéliens en Palestine. Les révolutionnaires prennent pour cible des structures sociales et politiques et non l'équilibre démographique ou ethnique. La lutte contre le colonialisme vise le système colonial et les privilèges qu'il institue et non la présence physique d'une communauté d'origine étrangère dans le pays colonisé. Le F.L.N. algérien n'a jamais réclamé le départ des Européens d'Algérie de même qu'aujourd'hui les révolutionnaires d'Afrique du Sud ne préconisent nullement l'expulsion des blancs. Ce principe est d'ailleurs officiellement admis non pas seulement par l'aile gauche du mouvement de résistance palestinienne mais également par sa fraction bourgeoise qui est la plus nombreuse, le Fatah. Dès lors il est aussi absurde de qualifier de « sionistes » des Israéliens que de qualifier le peuple américain pris en bloc et collectivement d' « impérialiste ». Car en agissant de la sorte, on accrédite l'idée que le combat est dirigé contre la population juive au lieu de l'être contre le système politique sioniste.

Mb) La lutte vise les structures de l'Etat israélien et non les partisans d'Israël. Il est vrai que la majorité des Israéliens et des Juifs soutient fermement la politique

Best la nécessité de mener une lutte politique de longue haleine au sein de la communauté hébraïque et de la population juive pour les sioniste. Dans la mesure où tous les mouvements représentatifs de la révolution palestinienne inscrivent — à bon droit — leur combat dans la perspective d'une coexistence future des Juifs et des Arabes en Palestine, il est clair que les masses israéliennes, encore trompées par l'idéologie sioniste aujourd'hui, seront précisément les partenaires futurs de la révolution palestinienne. C'est assez dire combien apparait importante l'action de l'avant-garde antisioniste agissant aujourd'hui au sein de l'Etat hébreu. Faire la révolution avec les Julfs de Palestine présuppose évidemment la croissance des forces révolutionnaires au sein de la population israélienne. Cela étant, il s'agit de comprendre les facteurs qui expliquent l'appui accordé par les Israéliens et les communautés juives au sionisme. Chauvinisme sans doute. Encore faut-il saisir les racines de ce nationalisme juif. Il s'explique d'une part par la tragédie juive contemporaine et, de l'autre, en ce qui concerne les Israéliens eux-mêmes, par des dizaines d'années de propagande arabe chauvine et raciste qui ont facilité la tâche de la bourgeoisie israélienne ainsi que par la faiblesse de l'avantgarde internationaliste arabe. La tâche des à proposer aux Juifs d'Israël une perspective

Même si l'on peut tenir pour insuffisantes des organisations palestiniennes à ce sujet, révolutionnaires palestiniens consiste donc de coexistence qui garantirait leur avenir.

les conceptions actuelles de la majorité il est certain que d'importants progrès ont été réalisés dans cette voie. Mais en définitive la meilleure des garanties serait

QUATRIEME INTERNATIONALE_ 43 la participation effective des Israéliens à la révolution arabe, ce qui revient à souligner à nouveau le rôle crucial de l'avant-garde antisioniste au sein de l'Etat hébreu. S'agissant des communautés juives, soutien massif sioniste d'israël s'explique essentiellement par le scepticisme profond des masses juives l'égard du socialisme solution de l'antisémitisme. Ici la réponse ne peut venir que de la génération révolutionnaire le rôle historique consiste précisément construire les partis de masses qui permettront de manière générale de redonner vie à l'espérance socialiste malgré Staline et ses successeurs, malgré Gomulka et Moczar, malgré Brejnev.

3 - Lutter radicalement sioniste signifie le combattre à sa racine même et par conséquent mettre à nu les bases matérielles du sionisme qui doivent être anéanties. Car quel que soit le poids des facteurs psychologiques et historiques — il est indéniable qu'en l'espèce il s'avère considérable — il faut remonter d'abord à l'infrastructure du mouvement. Dès lors, on peut distinguer trois éléments essentiels qui sous-tendent la structure sociale sioniste et dont l'existence conditionne et alimente la conscience sioniste

La) La bourgeoisie israélienne : Il existait autrefois des secteurs minoritaires du capitalisme juif en Palestine, avant la création de l'Etat d'Israël qui contestaient la ligne politique sioniste parce qu'elle menaçait de les isoler des marchés, arabes du Proche-Orient (ce fut notamment le cas de l'émanation politique des nouveaux immigrants allemands des années 30). Mais aujourd'hui l'ensemble du capitalisme israélien envisage son avenir dans le cadre de la consolidation des structures sionistes (le grand parti bourgeois formé de l'alliance du Hérout fascisant et des sionistes généraux appuie fermement l'expansion territoriale dans sa recherche d'un marché plus vaste que les frontières exiguës de 1549). Historiquement, sa politique áctuelle a été déterminée par le processus même de sa constitution. Le potentiel anticapitaliste de la révolution palestinienne accentue la dépendance structurelle, - économique, politique, diplomatique, — de la bourgeoisie• israélienne envers l'impérialisme. Bien que d'une relative autonomie politique, la bourgeoisie israélienne ne peut fonctionner économiquement qu'en tant que relais de l'impérialisme et politiquement elle est contrainte par ses intérêts vitaux d'assurer ce rôle face à la révolution arabe. La guerre de 1967 a confirmé cette orientation puisque les nouvelles frontières d'Israël mettent à la disposition de sa classe dirigeante en la personne des Arabes palestiniens un véritable sous-prolétariat colonial, source de surprofits.

En résumé, la bourgeoisie israélienne est structurellement liée à l'impérialisme et dépendance son essence sioniste puisqu'aux yeux de ses Israël n'a d'utilité qu'en tant que gendarme du Proche-Orient. La nature sioniste de la bourgeoisie israélienne est donc en quelque sorte surdéterminée.

Mb) La bureaucratie ouvrière : Comme on le sait, le mouvement ouvrier sioniste constitue la colonne vertébrale de l'Etat hébreu. Principal artisan de la colonisation juive, il a déterminé sa forme ségrégationiste spécifique. L'équilibre social d'Israël dépend de l'intégration de la classe ouvrière juive à l'Etat bourgeois qui a été réalisée par le biais du syndicat unique, qui est également un syndicat-patron, la Histadrout, et par l'interpénétration des partis ouvriers (principalement le Parti Travailliste) avec la bureaucratie d'Etat, l'appareil administratif et les cadres des organisations sionistes.

La bureaucratie ouvrière fait partie intégrante des structures étatiques et militaires (elle dominait déjà l'appareil pré-étatique à l'époque du mandat britannique). s'impose comme un allié indispensable à la bourgeoisie pour enrayer la naissance d'un courant prolétarien, politique ou syndical, authentique. Les institutions au travers des. quelles elle exerce son hégémonie (coopératives, kibboutzim créés sur la base de l'expulsion de la population arabe, entreprises industrielles et commerciales, politiques, etc.) sont structurellement et historiquement liés à la lutte contre les Palestiniens. A ces facteurs s'ajoute le rôle indispensable qu'elle a rempli en substituant le chauvinisme sioniste à la conscience de la classe. C'est pourquoi la liquidation des assises politiques et sociales de la bureaucratie ouvrière est le préalable nécessaire et indispensable à la défaite du sionisme.

Gc) L'infrastructure sioniste extérieure : La dépendance d'Israël envers l'impérialisme se double des liens entre « l'establishment » israélien et l'Organisation Sioniste Mondiale qui assume notamment le rôle de bailleur de fonds de l'Etat hébreu.

Pendant de longues années l'O.S.M. était essentiellement constituée par les masses juives auxquelles s'opposaient souvent les capitalistes juifs proprement dits (par exemple la Jewish Board of Deputies britannique, l'American Jewish Committee et des organismes similaires dans d'autres pays occidentaux). Or, le rôle stratégique accru rempli par Israël dans le cadre de la lutte contre la révolution arabe et son importance nouvelle - surtout depuis 1967, comme relais économique de l'impérialisme au Proche-Orient - ont déterminé une évolution sensible de la composition du réseau de soutien organisé de l'Etat hébreu. Depuis 1967, la classe dirigeante israélienne été amenée à chercher un soutien organique auprès des divers grands capitalistes d'origine juive et auprès du capitalisme international tout court — voir la dépêche de Reuter publiée par Le Monde du 9 avril 1970 sur la délégation de banquiers européens s'est rendue en Israël en vue de négocier des projets d'investissements — dépendance commandée par les difficultés économiques, structurelles et les problèmes posés par la « digestion » des territoires conquis. Le déplacement du centre de gravité de la structure politique d'Israël en faveur des partis bourgeois a facilité cette réorientation. A leur tour, les nouveaux bailleurs de fonds (voir les conférences des milliardaires juifs) ont imposé l'abandon d'un certain nombre de privilèges acquis par la bureaucratie à leur profit (pénétration économique étrangère, dénationalisations, aux entreprises coopératives ou étatiques), s'installant dans les secteurs rentables de l'économie israélienne.

La lutte contre le sionisme passe nécessairement par la rupture radicale avec le capitalisme étranger.

4 - Certains pourraient objecter que de toute manière la perspective d'alliance entre l'avant-garde israélienne et la révolution palestinienne est population d'israël est le produit du colonialisme sioniste et ne saurait mettre cause ses propres intérêts et privilèges de groupe.

Cette position est erronée car elle ne tient pas compte du caractère spécifique du colonialisme sioniste. En effet, le fondement de l'économie israélienne n'est l'exploitation de la main-d'œuvre palestinienne (bien que celle-ci y joue un sant depuis les conquêtes de 1967), mais bien l'exploitation de la classe ouvrière juive. Or les travailleurs israéliens ne sont pas structurellement liés au sionisme dont ils ne retirent pas en tant que tels des bénéfices. Le ségrégationisme spécifique du mouvement ouvrier sioniste a eu pour effet le développement en Palestine d'une économie juive en vase clos qui refoulait les Palestiniens et non pas d'une l'exploitation des indigènes. Il en est est résulté que les travailleurs juifs d'Israël forment pas aujourd'hui, en bloc, une aristocratie ouvrière de colonial occupant une place intermédiaire dans la stratification sociale entre le capitalisme colonial d'une part et les prolétaires indigènes de l'autre. Leur statut n'est pas lié à l'hégémonie d'une couche dirigeante coloniale sur la masse des Arabes. Par conséquent, elle pas d'intérêt propre au maintien de la structure coloniale sioniste, n'étant pas économiquement privilégiée grâce à la surexploitation coloniale des autochtones (ce raisonvaut évidemment que pour la classe ouvrière israélienne ensemble et non pas pour certaines couches supérieures privilégiées).

Le développement séparé de la communauté juive en Palestine - produit de la politique du mouvement ouvrier sioniste qui était désireux de garantir aux travailleurs juifs une place dans la production en leur assurant le monopole l'embauche au sein d'une économie purement juive - a eu pour résultat la transformation des colons juifs en une nation israélienne dotée de sa propre structure sociale (bourgeoisie et prolétariat), de sa propre économie (fermée) et de sa propre culture (hébraïque) qui la distinguent aussi bien des Arabes palestiniens, qui étaient exclus par principe du système social sioniste, que des Juifs du monde entier, économiquement intégrés dans la structure socio-économique des pays où ils On peut sans doute qualifier les Juifs d'Israël de juifs » mais uniquement à condition de rappeler que les Arabes palestiniens forment la nation arabe Palestine. Lorsque certaines organisations palestiniennes des Israéliens. il convient de rendre hommage à l'esprit qui les anime : la volonté de considérer ces Juifs comme des citoyens à part entière de la Palestine future. L'on ne saurait oublier pour autant que la différence entre les deux peuples est d'essence nationale et non pas religieuse.

que cette nation israélienne s'est constituée au détriment des autochtones par le refoulement Arabes (boycott, expropriations, expulsions) ne change rien à la réalité de son existence en tant que nation et surtout pas au fait que le prolétariat israélien a des intérêts distincts bourgeoisie. pourquoi l'évolution déterminante pour l'oveni lutte de classes au sein de la société israélienne s'avérera des Israéliens au Proche-Orient. C'est en cela que le « cas » israélien est spécifique et se distingue fondamentalement du colonialisme classique.

5 - Arrivé à ce point de notre raisonnement, nous pouvons aborder la question de la désionisation. Les révolutionnaires israéliens entendent par là la destruction des structures socio-économiques et politiques oppressives et coloniales d'Israël. Or, il est évident que cet objectif suppose au préalable une lutte révolutionnaire au sein d'Israël.

En effet, la liquidation des structures sionistes ne peut se faire qu'avec la participation d'un secteur important de la classe ouvrière israélienne. Si elles devaient s'écrouler par le seul effet d'une force extérieure, rien ne serait résolu puisque la communauté nationale hébraïque, même privée d'un Etat propre, engendrerait à nouveau une structure de type colonial par le seul jeu de la circulation des capitaux, de l'avance technologique israélienne et l'existence d'une puissante bourgeoisie industrielle et financière juive. La base ouvrière israélienne doit donc être amenée par le développement du processus révolutionnaire à conquérir l'hégémonie politique au sein de la nation en abattant sa bourgeoisie et ses alliés de la bureaucratie ouvrière au terme d'une lutte de classes. Du reste, les conditions spécifiques de la lutte des fedayin (armée de partisans massés aux frontières de l'Etat sioniste, majorité des Palestiniens réduits à la condition d'exilés, conditions géographiques défavorables à la guérilla, proportions numériques en faveur des Israéliens), imposent cette alliance comme axe stratégique essentiel, de même qu'elle commande la liaison organique de la révolution palestinienne avec la révolution arabe. L'avenir de la lutte palestinienne décidera sur l'arène du Proche-Orient tout entier y compris la lutte sociale qui se déroule au sein d'Israël.

Mais la désionisation ne risque-t-elle pas d'être un paravent masquant le maintien du statu quo sous un « emballage » juridique nouveau? Non. Elle présuppose destruction radicale des structures politico-sociales existantes à défaut de laquelle elle ne saurait se réaliser. Pourtant, diront certains, désioniser Israël, c'est finalement œuvrer en faveur de l'existence d'un israélien, ce qui est contraire aux objectifs des Palestiniens qui veulent précisément l'abolition de cette entité à base mono-ethnique et coloniale instituée sur leur territoire. En vérité, on ne saurait prédire quelle sera la forme constitutionnelle précise de la Palestine future sous peine de prophétiser dans le vide ou, pis encore, de se substituer aux premiers intéressés. On ne peut qu'énoncer des principes : droit au retour des réfugiés, autodétermination des Palestiniens, libre exercice par les Israéliens de leurs droits nationaux. Un tel programme peut se concevoir dans un cadre unitaire palestinien, comme dans une structure fédérale ou confédérale ou même dans un ensemble arabe. L'essentiel est de comprendre qu'il n'est pas possible d'escamoter par des subtilités verbales le problème national israélien. Laissons aux impuissants le plaisir de se gargariser en des formules creuses du type soi-disant Etat israélien », • prétendue nation israélienne », « colonie sioniste en Palestine occupée »... qui reflètent leur indigence idéologique ; ils croient résoudre la difficulté en la niant. La destruction des structures sionistes d'Israël - qui requiert nécessairement la participation des révolutionnaires israéliens eux-mêmes - laisse donc la place libre à de nombreuses formules institutionnelles. Ce qui est capital c'est la nécessité pour la communauté israélienne de s'intégrer d'une manière ou d'une autre au mouvement révolutionnaire arabe.

Il est encore trop tôt pour savoir si ce cadre sera limité à l'aire géographique de la Palestine. Cette question, comme celle du cadre institutionnel, dépend en dernière analyse du développement futur de la lutte de classes à l'intérieur d'Israël et de la croissance ultérieure du courant révolutionnaire arabe. Mais la reconnaissance des droits nationaux israéliens n'a rien à voir avec le maintien des actuels rapports de type colonial entre Israéliens et Arabes. L'impossibilité de coexister avec Israël ne résulte pas du fait que l'Etat hébreu se trouve être juif mais bien de son essence coloniale. Aussi est-ce seulement dans la révolution contre les structures oppressives que le dialogue israélo-palestinien peut prendre naissance et que se forgera l'avenir des deu peuples.

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