La publication des thèses de la tendance du Manifesto - cette revue paraissant depuis quinze mois qui regroupe des dirigeants et cadres ayant rompu avec le Parti communiste - a suscité un intérêt très vif dans les milieux politiques italiens. Les spéculations de la presse à sensation et le désir naturel de la bourgeoisie d'exploiter l'événement en fonction de sa campagne pour affaiblir le P.C. italien y ont joué un rôle. Mais cela n'infirme pas l'importance intrinsèque de l'initiative que les rédacteurs du Manifesto ont prise et qui a déjà eu des répercussions très larges dans les débats au sein de la gauche révolutionnaire et * groupusculaire ».
Le moment pour lancer l'opération a été incontestablement bien choisi. Les groupes maoïstes ne cessent de traverser une crise qui réduit sérieusement leurs possibilités d'intervention effectives, les spontanéistes ont subi eux aussi des coups et beaucoup d'entre eux s'interrogent sur le bien-fondé de leurs conceptions, un nombre considérable de militants d'extrême-gauche réfléchit sur les leçons de 1969 et notamment sur les raisons pour lesquelles un mouvement de masses très puissant, où la gauche révolutionnaire était intervenue à plusieurs reprises en y jouant un rôle important, n'a pas eu de débouché politique et n'a pas impliqué une dislocation des appareils traditionnels qui ont été pourtant considérablement affaiblis à bien des égards. Le groupe du Manifesto a saisi cette situation. Estimant qu'il avait des possibilités de l'exploiter en sa faveur et rompant avec les hésitations qui avaient caractérisé son attitude pendant toute une période, il a pris l'initiative de rédiger des thèses dans l'espoir d'opérer comme un catalyseur.
Le point de départ analytique ne saurait être contesté. La situation objective en Italie exige la formation d'un parti révolutionnaire. Et des forces subjectives pour commencer à accomplir cette tâche existent depuis quelques années, non seulement au niveau du mouvement étudiant mais aussi au niveau de l'avant-garde ouvrière.
On ne saurait contester non plus l'influence prédominante que maintiennent le P.C. italien et les syndicats ni que • sans une crise féconde de l'organisation majoritaire de la classe ouvrière il ne sera pas possible de construire une nouvelle force révolutionnaire, capable de diriger le mouvement et d'expérimenter une stratégie adéquate. -La démarche dont la publication des théses n'est que le premier pas, vise justement à regrouper les forces jusqu'ici fragmentées de la gauche révolutionnaire, à faire sortir du P.C. et du P.S.I.U.P. des groupes de cadres et des militants critiques et à créer ainsi un premier pôle d'attraction susceptible de prendre des initiatives politiques aussi bien sur le plan national que partiellement et d'ouvrir des brèches de plus en plus importantes dans l'emprise des grands appareils.
Les thèses proposent aux organisations et aux groupes de la gauche révolutionnaire et à tous ceux qui reconnaissent la nécessité d'un renouveau profond du mouvement ouvrier, de développer un débat commun • sans sectarisme ni tacticisme ». un débat qui ne se limite pas à la seule confrontation théorique, mais implique aussi une vérification dans l'action. Ce débat pourrait mener à deux aboutissements opposés : soit la création d'« une première structure organisationnelle • commune rassemblant toutes les forces qui acceptent la même ligne stratégique, soit la continuation de la discussion et l'unité d'action * non seulement sur des points particuliers ou défensifs, mais aussi sur des plates-formes aidant l'unification stratégique ».
Après tous les ravages du sectarisme, ce n'est pas nous qui minimiserons la valeur d'un tel langage : une confrontation qui se place sur un terrain politique et théorique sans remplacer le débat par l'échange d'épithètes ou d'injures, et la recherche de toute possibilité d'unité d'action correspondent à une nécessité réelle. C'est pourquoi la section italienne de la Quatrième Inter nationale a décidé d'accepter l'invitation de s'associer à la confrontation que les rédacteurs du Manifesto lui avaient adressée.
iMais quelles sont les conceptions et les orientations que le Manifesto propose dans ses 200 thèses ?
Il nous est évidemment impossible tant de résumer ces thèses que de les analyser dans le cadre d'un seul article. Nous essaierons donc de fixer quelques points fondamentaux.
L'analyse de la situation mondiale est basée sur deux axes : la condamnation de la direction soviétique et l'adhésion à la révolution culturelle chinoise. Plus précisément, l'Union soviétique aurait changé de camp, de nature sociale, et la * révolution chinoise représente la seule alternative à la crise de la stratégie soviétique et du mouvement communiste, le point de repère global des forces révolutionnaires à l'échelle mondiale. »
Il convient d'indiquer que — de ce qu'on peut saisir des thèses — le Manifesto n'accepte aucune des nombreuses conceptions sur la restauration capitaliste en U.R.S.S. qui ont circulé jusqu'à maintenant, mais, tout en esquissant des arguments bien connus que d'autres ont avancés, qu'il s'efforce d'y ajouter une interprétation « originale •. La restauration du capitalisme en Union soviétique se réaliserait à la suite d'une • annexion à la zone du marché impérialiste mondial *, du • développement massif des échanges •, d'une • homogénéisation substantielle du type de développement et du niveau de productivité =. Le moins qu'on puisse noter à l'encontre d'une telle argumentation est qu'il est tout simplement risible de penser que des échanges qui sont en chiffres absolus encore si réduits puissent avoir eu des conséquences d'une telle portée et, tout au plus. qu'une confusion existe entre une tendance potentielle à long terme et une réalité effective. Le « nouveau • ne peut donc être pris trop au sérieux (1).
L'attitude envers la Chine s'inspire, au fond, de la même logique qui a inspiré l'attitude d'une grande partie du mouvement ouvrier international envers l'U.R.S.S. dans les années trente et quarante. Lorsque les camarades du Manifesto expliquent qu'il est impossible • d'envisager la construction d'un parti révolutionnaire sans un - point de repère > international, nous sommes évidemment d'accord : nous avons fondé la IV* Internationale justement parce que nous sommes convaincus qu'il est impossible d'élaborer une stratégie révolutionnaire sans une perspective mondiale et de créer de véritables partis révolutionnaires à l'échelle purement nationale. Nous n'avons pas besoin, d'autre part, de rappeler notre appréciation sur la portée historique de la révolution chinoise, sur l'importance énorme de l'existence de la République Populaire de Chine et même sur la significa-
IONALE 37 tion de la polémique des dirigeants chinois contre les dirigeants du P.C.U.S. et des autres partis communistes. L'erreur de méthode des camarades du Manifesto réside avant tout dans l'abandon des critères d'analyse matérialistes de la société chinoise, ce qui les amène à une interprétation de la révolution culturelle et de la situation en Chine qui ne correspond pas à la réalité. Le reflet politique d'une telle méthode est une attitude d'adhésion sans réserve qui n'était pourtant pas le propre de la tendance du Manifesto au cours des premiers mois de son activité. Ainsi, les thèses affirment la valeur universelle des conceptions maoistes et de la révolution culturelle et considèrent qu'en Chine existe une véritable démocratie prolétarienne et que la direction chinoise exprime un * nouvel internationalisme > qui • fait confiance à la cohérence et à la richesse de la croissance révolutionnaire [de la Chine] et à la croissance autonome et parallèle de l'initiative révolutionnaire dans les autres secteurs du monde = (2). Tout cela est, entre autres, en contradiction avec d'autres parties du texte qui énoncent des conceptions différant sensiblement des conceptions maoistes, notamment en ce qui concerne la structure de la société révolutionnaire et la conception du parti. Si l'expérience avait effectivement une valeur universelle, pourquoi devrait-on la rejeter sur des points aussi fondamentaux ?
Il n'est pas sans signification que les thèses ne soufflent pas un mot sur la position prise dans le conflit du mouvement communiste par les dirigeants vietnamiens et qu'elles parlent de l'Amérique latine sans mentionner Cuba. Voilà un point révélateur aussi bien d'un impressionnisme tendancieux dans l'analyse que d'une volonté de ne pas se différencier des positions et des attitudes chinoises.
Une partie des thèses à laquelle les camarades du Manifesto attachent de toute évidence une importance centrale est celle qui traite de la maturité des conditions pour instaurer le communisme. « Pour la première fois dans l'histoire — nous explique la thèse 71 - le communisme dans sa signification radicale et donc le socialisme en tant que phase de transition, devien-
(1) Il est curieux que cette argumentation sur la restauration du capitalisme en U.R.S.S. semble avoir été découverte par les rédacteurs des théses dans les quinze jours qui se sont écoulés entre la rédaction du premier projet et la publication du projet définitif. Le premier projet n'adoptait pas explicitement la thèse de la restauration du capitalisme.
(2) Détail significatif : le premier projet esquissait une critique de la politique indonésienne de la Chine. Cette réserve a disparu dans le projet final. Les camarades du Manifesto se sont-ils convaincus entre temps que la ligne d'Aidit. appuyée par les dirigeants chinois, y compris Mao, était correcte ?
QUATRI nent un problème mûr et un programme politique possible • ; et dans la thèse 79 le communisme est présenté « comme un programme politique concret au nom duquel la classe ouvrière lutte et exige le pouvoir ». De ces prémisses on y fait découler -ce qui est plus — la ligne stratégique générale valable pour l'étape actuelle. La justification d'une telle orientation serait qu'un • saut qualitatif - s'est produit en ce qui concerne le développement des forces productives et que • la société humaine dans les pays les plus avancés a atteint un niveau où la source décisive de la production élargie est ou pourrait être non le travail humain direct, mais le patrimoine social des connaissances. >
Toute cette théorisation est exprimée dans des formes suffisamment souples et imprécises pour permettre une défense • élastique • face aux critiques que les auteurs pouvaient aisément prévoir (certains d'entre eux ne sont pas passés en vain par l'école de Togliatti). Mais, au-delà de certaines formulations plus ou moins heureuses, la tendance très claire des théses est de minimiser les problèmes de la phase de transition précisément parce qu'on y présuppose que le passage au communisme - nous disons bien au communisme - sera relativement rapide (en cela, soit dit en passant, ils ne sont pas des maoistes orthodoxes), de sous-estimer la nécessité de préconditions objectives pour la construction d'une société communiste (en faisant des concessions visibles à des méthodes prémarxistes) et de surestimer le niveau qui a été atteint par les forces productives. En d'autres termes, les thèses confondent potentialités avec réalités et bâtissent une stratégie pour le communisme sur une telle extrapolation. En cela, ils rejoignent des formulations faciles a repérer dans les • théorisations = des spontanéistes de la nouvelle vague.
Nous sommes entièrement d'accord avec les camarades du Manifesto lorsqu'ils rejettent les conceptions sur la voie parlementaire, le « modèle de développement =, et tout l'arsenal de réformisme et du gradualisme qui caractérisent la théorie et la pratique du P.C. italien ; de même nous enregistrons avec plaisir leur affirmation nette du rôle irremplaçable de la classe ouvrière des pays capitalistes avancés. Nous partageons largement aussi leurs appréciations sur la signification de la montée de 1968-69 en Europe occidentale (3) et sur la situation actuelle en Italie et ses tendances les plus probables. Toutefois, quelques remarques importantes s'imposent :
En premier lieu, les thèses traitent d'une façon trop sommaire le problème de la prise du pouvoir. Les marxistes ne se sont jamais amusés à envisager toutes les variantes spécifiques possibles dans une ca-
EME INTERNATIONALE suistique stérile. Mais Marx et Lénine ont fixé de la façon la plus claire une série de critères et d'indications d'une valeur. universelle, à savoir la nécessité d'une destruction de l'appareil d'Etat bourgeois, l'inévitabilité de la violence révolutionnaire, la transformation - à un stade donné — de la lutte de classes en lutte armée et en guerre civile, etc. La thèse 87 estompe les termes du problème, reflète une conception centriste et trahit une sous-estimation vaguement luxembourgiste de l'exigence d'une préparation spécifique de la confrontation révolutionnaire. Cela s'exprime aussi par une sous-estimation de la problématique de la dualité de pouvoir — pourtant décisive dans toute révolution, indépendamment de sa durée éventuelle — et dans le refus de concevoir les conseils ouvriers surtout en fonction d'une telle situation.
Quant à la conception des structures d'une société issue de la révolution prolétarienne, nous sommes d'accord sur le rôle primordial des conseils et sur d'autres critères rappelés dans les thèses. Mais les camarades du Manifesto oublient de parler des syndicats, qui pourtant doivent jouer un rôle important dans le sens des conceptions exprimées par Lénine lors du débat qui eut lieu au commencement des années 20 et qui furent reprises plus tard par Trotsky. Qui plus est, ils devraient préciser leur position sur la question du droit à la formation de partis dans le cadre du respect de la légalité de la société nouvelle et du droit de tendance au sein du parti révolutionnaire. Les thèses - telles qu'elles sont — ne sont pas claires sur ce point essentiel.
Finalement, si elles rejettent à juste titre les conceptions du P.C. italien et du réformisme ancien et nouveau sur les objectifs dits intermédiaires, les thèses ne saisissent pas la nécessité d'un programme de transition insoiré des critères de Lénine et des congrès de l'internationale communiste. Cela représente d'une part une concession aux orientations ultra-gauches qui repoussent toute idée d'objectif transitoire comme étant réformiste, mais cela cadre aussi avec la conception d'ensemble sur la maturité du communisme et les voies de prises du pouvoir que nous avons mentionnées plus haut, et avec une certaine confusion entre les aspirations au socialisme en général et l'orientation anticapitaliste conséquente de couches d'avant-garde d'une part et la volonté de se mobiliser effectivement dans une lutte pour le renversement du système, d'autre part.
(3) Soulignons cependant que les thèses mettent exagérément l'accent sur les spécificités favorables: Italiennes, en sous-estimant implicitement la portée de Mai 68 en France et en saisissant seulement en Italie des traits qui existent dans d'autres pays.
Comme nous l'avons déjà dit, la problématique des thèses met en relief à juste titre le rôle des conseils aussi bien dans la lutte pour le pouvoir que dans la structuration de la société nouvelle. De même, contre le spontanéisme, les thèses réaffirment la nécessité du parti dont elles soulignent le rôle même après la prise du pouvoir. A propos des syndicats, les formulations sont par contre équivoques. Les rédacteurs expriment des appréciations que nous partageons sur l'état des syndicats italiens et sur les possibilités d'intervention que leurs contradictions offrent aux révolutionnaires. Mais ils donnent l'impression de croire que le syndicat comme instrument de la classe ouvrière est dépassé ou tend à être dépassé. En effet, la thèse 83, après avoir rappelé que • la distinction entre syndicat et parti a correspondu au rapport entre mouvement social et mouvement politique », explique que, < dans le capitalisme avancé, la distinction entre lutte économique et lutte politique tend à disparaitre ». D'où, pour ainsi dire, le dépérissement du syndicat. Nous n'avons pas besoin de démontrer ici à quel point une telle optique est erronée,. bien qu'elle parte de la constatation juste que, dans une période de tensions révolutionnaires, les liens entre luttes politiques et luttes économiques deviennent de plus en plus étroits. fallante dans les theses La use 0 de La conception du parti, elle aussi est dépousse le centralisme démocratique (* tel qu'il. s'est exprimé pendant la III° Internationale et tel qu'il sexprime encore aujourd'hui »), mais sans préciser quelle est la solution de rechange qui est proposée. Comme si toutes les expériences du mouvement ouvrier international et des révolutions de notre siècle ne permettaient pas de trancher la question, on y aboutit tout simplement à la réflexion — mi-banale, miéclectique - que • des situations différentes exigent des institutions différentes et la même structure peut avoir des significations différentes dans des situations différentes ».
C'est notamment à propos de ce problème démocratique qu'apparait une confusion existant aussi dans d'autres parties du document, à savoir la confusion entre léninisme et stalinisme. Pour esquiver partiellement le problème, les thèses utilisent à plusieurs reprises l'expression • II|° Internationale - sans préciser de quelle Ille Internationale il s'agit, celle de Lénine ou celle de Staline, alors que, dans plusieurs articles parus au cours des dernières années, certains rédacteurs ont montré qu'ils n'ignoraient pas cette différence qui maintenant est délibérément estompée. Ce résultat est obtenu en même temps en présentant certaines conceptions de Lénine d'une manière déformée et même caricaturale, esquissant une histoire de : /'U.R.S.S.
ONALE 39 stalinienne qui a très peu de commun avec la vérité historique, et en procédant à une opération analogue avec l'histoire du P.C. italien de la même époque. Les camarades du Manifesto, qui sont très sévères sur les tendances actuelles du P.C. italien à la collaboration avec la démocratie chrétienne, contestent que la nolitique de Front Populaire était conçue dans une optique réformiste et vont jusqu'à justifier ou à oublier la collaboration gouvernementale effectivement pratiquée par le Parti dans la période 1944-1947 (4). Tout cela est à la fois erroné et très peu original. L'identification tendancielle entre léninisme et stalinisme a toujours été l'argument de choix aussi bien des bourgeois qui voulaient dénigrer le communisme que des courants apologétiques du stalinisme ainsi que de tous ceux qui, dans le mouvement ouvrier, se sont exercés à déduire à l'aide d'une logique abstraite, une dégénérescence — qui a en réalité des racines sociales bien précises — à partir de conceptions et de formes organisationnelles.
Il est encore tôt pour dresser un premier bilan du débat que l'initiative du Manifesto a lancé. A en juger à partir des premières réactions, il n'y a pas de groupes ou de mouvements d'extrême-gauche qui soient prêts à accepter un véritable dialogue et à commencer avec le Manifesto la marche vers une unification théorique, politique et organisationnelle. Les réponses que nous connaissons jusqu'ici sont marquées par un réflexe sectaire d'autodéfense ; même lorsqu'elles visent des contradictions réelles et de véritables points faibles elles le font sous une forme stérile qui démontre la volonté de clore le débat avant même que celui-ci se développe. Il faut reconnaitre toutefois qu'au-delà du sectarisme, une certaine logique politique inspire les réactions. Les camarades du Manifesto expriment leur adhésion apparemment sans réserve à la révolution culturelle chinoise, mais ils sont considérés nécessairement comme des gens peu conséquents et hérétiques par les maoistes qui jurent sur la pensée de Mao-Tsé-toung et n'acceptent pas la moindre entorse, füt-elle implicite, à l'orthodoxie maoïste. De même, il y a quelques notions et quelques nuances d'une saveur spontanéiste dans leur texte, alors qu'en tout cas, ils sont très loin de satisfaire les exigences des véritables spontanéistes.
Tenant compte des éléments dont nous disposons à l'heure actuelle, il est fort probable que le groupe du Manifesto ne réussira pas l'opération d'unification des groupes de la gauche révolutionnaire ou d'une partie d'entre eux. La conséquence
(4) La thèse 114 affirme que l'accord Togliati-
De Gasperi impliquait une - restriction mentale ».
Voilà donc le jugement politique remplacé par une appréciation psychologique d'ailleurs contestable 1
Q VATRI en sera que le panorama si bigarré — et si déroutant pour des observateurs étrangers sans mentionner les impressionnistes du tourisme politique (5) - est destiné à subsister encore pour longtemps et même à se compliquer davantage. La conséquence en sera aussi que la nouvelle formation politique - si elle voit le jour - aura beaucoup de peine à s'implanter en milieu étudiant et même à établir des liaisons suffisamment solides dans ces couches d'avant-garde ouvrière où les organisations ou les mouvements d'extrême-gauche exercent déjà leur influence (6).
Les marxistes révolutionnaires italiens, comme nous l'avons déjà dit, ont décidé, lors d'une session récente de leur comité central, d'accepter l'invitation à la discussion que les camarades du Manifesto leur avaient adressée. Ils ont souligné dans leur •organe Bandiera Rossa l'importance d'une confrontation théorique et politique accompagnée par une vérification pratique et ils ont ajouté que, si la gauche révolutionnaire était capable, en rupture avec une tradition de sectarisme stérile, d'une discussion d'ensemble sur les problèmes clés d'une stratégie révolutionnaire, cela représenterait un progrès incontestable, indépendamment des aboutissements politiques et organisationnels d'une telle discussion.
En méme temps, ils ont décidé d'exprimer clairement leurs divergences avec les théses sur des problèmes fondamentaux, divergences qui les empêchent d'envisager la possibilité d'une unification ou d'une parti-
EME INTERNATIONALE cipation à l'opération politique en cours. Mais ces divergences n'excluent pas la recherche concrète de convergences, d'un débat constant, d'une unité d'action qui ne soit pas seulement à fonction défensive. Les expériences des prochains mois montreront dans quelle mesure cette perspective pourra se concrétiser.
19 octobre 1970.
(5) Nous avons constaté à plusieurs reprises que des revues considérées sérieuses ont ouvert généreusement leurs colonnes à des représentants de groupes presque inexistants ou à des intellectuels donneurs de conseils que personne en Italie ne prend au sérieux. Nous sommes d'accord pour que tout le monde puisse s'exprimer, mais il ne faut pas donner une optique tout à fait fausse et dresser des tableaux qui n'ont pas la moindre correspondence avec la réalité. Nous pensons, par exemple, au dernier numéro des Temps modernes, où sont publiés des articies de personnages sans tucune audience en italie, ne représentant aucune force organisée. füt-elle très modeste, et qui sont même discrédités pour leurs migrations fréquentes d'un groupe à l'autre. Par exemple, Luca
Meldolesi qui, après geant étudiant teinté est pessé en 1969 à maoiste qu'est l'Unio Lotta continua. Voilà clarifier des questions avoir joué le rôle de diride spontanéisme en 1968, la misérable secte stalinone, pour rejoindre en 1970 quelqu'un de qualifié pour théoriques ou diffuser dea idées «nouvelles• | André Gorz a-t-il oublié définitivement ses anciennes emours - les Foa, Trentin et compagnie dont il avait chanté les louanges il n'y a pas si longtemps — et a-t-il de nouvelles passions dans la péninsule ? Un peu moins de subjectivisme, monsieur Gorz, s'il vous plait 1
(6) Il faut dire que la réaction des groupes est partiellement justifiée en ce sens que les thèses ne se préoccupent pas d'analyser leurs positions et les fourrent dans le même sac d'une façon par trop désinvolte.