Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 46

Pour un Québec indépendant et socialiste

Quatrième Internationale, n° 46 · novembre 1970 · p. 5-6 · 1 050 mots

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Les enlèvements du diplomate britannique Cross et du ministre provincial Laporte, organisés par le Front de Libération du Québec ont eu un retentissement et des consé quences politiques que n'imaginaient sans doute pas les ravisseurs.

En fait, les mesures prises par le Premier ministre fédéral Trudeau — lois d'exception militaire, arrestations massives et arbitraires, occupation militaire des principales villes du

Québec — marquent un tournant décisif dans l'histoire de la confédération canadienne. Le mythe d'un Canada démocratique au sein duquel toutes les minorités — notamment les six millions de Québécois — peuvent « vivre et s'épanouir » est désormais balayé En réagissant aussi brutalement à l'action d'un groupe de quelques dizaines de personnes, en arrêtant dans la foulée plusieurs centaines de syndicalistes, de dirigeants étudiants, de professeurs, de journalistes et d'artistes, le gouvernement fédéral, émanation grand capital canadien anglais, a montré la frayeur que lui causaient les aspirations à l'indé. pendance nationale du peuple québécois.

Il n'y a guère plus de dix ans le Québec était un pays peu industrialisé, où une agriculture aux structures archaïques faisait vivre, souvent à la limite de la misère, une part importante de la population. L'exode rural en résultant était à l'origine d'une masse importante de chômeurs qui s'entassaient dans les banlieues des grandes villes. Le grand capital canadien-anglais et américain attiré par cette main-d'œuvre disponible, prête à se vendre à bas prix sur le marché du travail, et sans tradition d'organisation et de lutte, a commencé il y a une dizaine d'années à investir massivement.

C'est ce phénomène de modernisation rapide baptisé à l'époque « révolution tranquille », qui est à l'origine de la crise que connaît le Québec. Car, s'il disposait de ressources naturelles considérables et d'une main-d'œuvre abondante et docile, le Québec n'était pas du tout préparé à ce changement radical. En l'absence de techniciens, de cadres québécois qu'était incapable de produire à l'époque un système d'enseignement archaïque entièrement aux mains de la hiérarchie catholique, les grandes compagnies anglo-saxonnes en ont « importé » du Canada-anglais, plus rarement des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Ce phénomène s'est reproduit à tous les échelons de la société et c'est en ce sens que l'on parle au Québec de « situation coloniale ».

Ces transformations profondes de la société québécoise, cette oppression nationale accrue, ont créé les bases objectives du développement du mouvement nationaliste, québécois.

En l'absence d'une classe ouvrière politisée, c'est dans les milieux de la petite bourgeoisie intellectuelle, autour des campus francophones, qu'il s'est tout d'abord développé. Très vite, cependant, il a débordé ce cadre. De nombreux jeunes, pour l'essentiel chômeurs (d'après une récente statistique du gouvernement fédéral 27 % des Québécois entre 20 et 25 ans sont sans travail), sont devenus des militants nationalistes. Mais jamais ce mouvement n'a pris une forme organisée stable.

La confusion a été très largement accentuée par l'absence de traditions politiques de la classe ouvrière et de traditions révolutionnaires.

Dans un tel contexte sont nés - et se sont perpétués — des groupes terroristes, tel que le F.L.Q. En l'absence de perspectives claires, des groupes de jeunes se sont organisés clandestinement en vue de perpétrer des attentats. Ils pensaient ainsi secouer les structures sociales du Québec et du Canada. Souvent cela a mené à des actions dérisoires, sans grand impact et la police canadienne a eu vite fait de démanteler ces micro-organisations.

Depuis quelques mois cependant — et indépendamment de l'action du F.L.Q. — la situation politique a largement changé au Québec, et ce, sous l'influence de deux facteurs fondamentaux. D'une part, largement influencé par le Mai 68 français, un mouvement étudiant radical et de masse s'est développé. Les mouvements d'octobre 68, de février 69 autour de la défense de la langue française, ont attesté sa vigueur; pendant plusieurs semaines tous les campus universitaires, toutes les écoles secondaires, ont été occupés; des manifestations ont, à plusieurs reprises, regroupé des dizaines de milliers de participants.

D'autre part, alors que la classe ouvrière était jusqu'alors totalement étrangère au mouvement nationaliste, et entièrement sous l'influence des partis bourgeois traditionnels, les dernières élections provinciales ont montré un changement radical sur ce plan. Le nouveau parti nationaliste « Parti Québécois » a recueilli près de 25 % des voix et dans les circonscriptions ouvrières de la banlieue de Montréal il n'est pas loin de la majorité absolue. Certes le « Parti Québécois » est un parti traditionnel représentant les intérêts de la petite bourgeoisie québécoise. Son programme se résume à l' « indépendance pour le Québec ». Il n'en reste pas moins que le vote de la classe ouvrière québécoise revêt une grande signification politique. Pour la première fois les travailleurs québécois ont pris position contre la confédération canadienne, émanation de la grande bourgeoisie du Canada anglais, et en faveur d'un Québec indépendant.

Cette situation nouvelle rend encore plus dérisoire et erronée la ligne d'action du F.L.Q.

Aujourd'hui, plus que jamais, la lutte pour l'indépendance du Québec est à l'ordre du jour; plus que jamais cette lutte doit être soutenue et ceux qui la mènent défendus.

C'est sur le thème de l'indépendance qu'une nouvelle génération de jeunes québécois

- travailleurs et étudiants — s'est radicalisée depuis octobre 68. C'est sur le thème de l'indépendance que les travailleurs québécois ont déserté en masse les deux partis bourgeois traditionnels du Québec. La tâche des révolutionnaires, dans une telle situation est de politiser au maximum ce mouvement; elle est de montrer que le combat pour l'indépendance du Québec, et le combat pour un Québec socialiste doivent être menés de pair et ne font qu'un.

C'est la tâche que se sont fixés nos camarades canadiens de la L.S.A.-L.S.O. Il est évident que les récentes actions du F.L.Q. ne vont absolument pas dans ce sens. Certes, la violence du F.L.Q. est une réponse « spontanée » à la violence qui s'exerce quotidiennement sur le peuple québécois. Mais ce type d'action, qui ne fait guère progresser la conscience politique et l'organisation de la classe ouvrière, permet à lo bourgeoisie d'accentuer sa politique répression. Les centaines d'arrestations de dirigeants syndicaux, de militants étudiants et enseignants, de nos camarades trotskystes au Québec opérées par la police fédérale et la police provinciale en sont un exemple très clair. Cela nous empêche pas de défendre les militants du F.L.Q. contre la calomnie et la répression bourgeoise.

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