D'une très forte brochure « Et après le 4 » du camarade Vitale, qui a paru à Santiago aux Editions Prensa Latino-Americana, nous avons extrait une importante partie du chapitre III consacré à l'interrègne du 4 septembre au
4 novembre. Après avoir indiqué quelles étaient les forces réactionnaires et fascisantes et les couches sociales où pouvaient s'exercer leurs activités pour préparer leur avenir, il indique les moyens utilisés par la Démocratie-Chrétin p fr par sAlende et les partis qui le soutiennent de tienne pour faire pression sur sueno façon à les paralyser. C'est ce passage
Pour mener à bien ses plans, la bourgeoisie ne dispose pas seulement de son pouvoir économique, de ses influences sociales et de ses liens avec certains secteurs de l'armée, mais aussi de la faiblesse de la direction réformiste qui ne prépare pas de façon active la défense du triomphe populaire. Pendant que les dirigeants réformistes sont embourbés dans leurs négociations chrétienne, la réaction pouvait mettre à avec la démocratie. son actif des progrès surprenants.
Il est inquiétant de voir la tranquillité avec laquelle de nombreux secteurs allendistes de la population, particulièrement dans les couches moyennes, observent le déroulement des événements. La majorité, qui n'a pas pris conscience des plans de la bourgeoisie, pense que la droite s'est ré. signée à sa défaite, et qu'au Chili on continuera à respecter le droit de la ‹ première majorité » électorale. Cette attitude, dangereusement confiante, montre à quel point la classe dominante et, dans une certaine mesure le réformisme, ont fait pénétrer dans le peuple l'idéologie à propos de la tradition « démocratique > et constitutionnaliste de notre pays, de ses partis politiques bourgeois et de ses forces armées. Cette attitude est moins manifeste dans le prolétariat, qui montre une plus grande méfiance de classe et une position plus vigilante pour l'éventualité où le triomphe populaire ne serait pas reconnu. Cependant, cette méfiance ne s'est pas traduite encore par des formes organiques qui permettent une préparation efficace et active pour arrêter la marche de la conspiration bourgeoise.
Une manifestation évidente de ces plans est le boycott économique, qui fait partie de la technique classique de complot utilisée par les classes dominantes d'autres pays.
Depuis le 5 septembre, la bourgeoisie a commencé une campagne systématique tendant à créer une apparence de « chaos que nous publions ci-après. économique >. Certaines entreprises, el parmi elles la General Motors, ont notifié à leurs fournisseurs la suspension de leurs contrats. D'autres ont paralysé leurs projets déjà commencés antérieurement au 4 septembre... A la Bourse et dans les banques, on a essayé de semer la panique. La dollar est monté au marché noir à des prix sans précédent. Le groupe « Los Piranas », dirigé par les Claro, a suspendu le paiement par la Banque Hypothécaire de leurs intérêts aux déposants. Dans certaines maisons de commerce, on refuse le paiement par chèques. Les Ciments Melon, entreprise dont la haute direction est assurée par Ernesto Pinto Lagarrigue, chef de l'alessandrisme, a supprimé la vente à crédit aux fabricants de carrelage. Les distributeurs de viande, comme Tattersall, ont essayé d'exiger le paiement comptant pour la viande SUT pied. Diverses entreprises ont commencé, quoique pas encore massivement, à licencier employés et ouvriers.
Vers le milieu de septembre, l' « opinion publique » a cru que la droite avait abandonné sa campagne d'alarmisme et de sabotage de l'économie du pays. Mais des rapports postétieurs, notamment celui de la Société de Travaux Publics Fabril, ont démontré que la bourgeoisie s'en tenait toujours à ses plans visant à semer la panique, puisqu'il mettait l'accent / sur le fait que la production industrielle avait non seulement baissé dans son taux de croissance, mais encore tombé brusquement en chiffres absolus, particulièrement dans les industries dites « dynamiques », c'est-à-dire les biens d'équipement et les produits de consommation durables (téléviseurs, frigos, électronique, automobile, ete.).
Le rapport économique présenté au gouvernement par Andréa Zaldivar, ministre des Finances, et rendu publie le 23 septembre, jeta des tonnes de charbon dans la chaudière de la panique. Il présentait, sous des apparences objectives, des faits,
EME INTERNATIONALE pour empêcher une fuite massive de capitaux. Dans cette matière, on a suspendu l'approbation des quotas additionnels de voyage, et l'application de l'accord qui permettait le paiement anticipé des dettes engendrées par les importations avec une couverture différée. De plus, on a donné instruction aux banques de soumettre à l'examen de la Banque centrale toute de mande d'achat de devises en échange d'apports de capitaux.
‹ D'autre part, le courant de revenus de capitaux s'est brusquement arrêté et n'indique pas de symptômes de reprise...
« Tandis que se produisait la situation décrite ci-dessus, on enregistrait en outre une brusque diminution de la demande, particulièrement dans les biens durables... en général, le public a orienté ses achats vers ces biens de consommation immédiatement indispensables.
‹ Un autre facteur a introduit une sévère perturbation dans les ventes : le changement qui s'est produit dans les modalités de paiement. La première réaction des industries et des entreprises de distribution fut de supprimer les délais de paiement concédés à leur clientèle...
« Le processus décrit plus haut s'est reflété en premier lieu dans la vente des stocks, la réduction substantielle des commandes aux fabricants, et dans certains cas dans la suspension des ordres déjà passés pour une livraison future...
« Certaines entreprises ont suspendu leurs plans d'expansion, voire paralysé ceux qui étaient en cours de réalisation. Les rubriques des textiles, du vêtement et de la chaussure ont souffert des diminutions des ventes qui oscillent autour 30 % au niveau de l'industrie. La vente des biens durables, comme les articles d'équipement domestique, les téléviseurs, les radios et les meubles, a diminué dans des proportions qui fluctuent entre 50 et 80 % suivant les branches. Le cas de l'industrie automobile est encore plus critique, puisque les ventes hebdomadaires qui étaient de l'ordre de 650 véhicules au mois d'août sont passées à moins de 180. Cette industrie a une importance spéciale à cause de la réaction en chaine qu'elle produit sur ses fournisseurs de pièces détachées, constitués de nombreux entrepreneurs petits et moyens qui, joints aux industries de finition, occupent près de 15 000 personnes.
« Après le 4 septembre, la construction de logements financée par le secteur privé s'est vue sérieusement affectée. Dans ce domaine, le secteur privé représente environ 60 % des investissements et oceupe directement plus de 40000 personnes...
des chiffres qui, s'ils ont base réelle, sont chargés subjectives qui répondent à politique du gouvernement peut-être une d'appréciations une intention
Frei ; celuici en fait, apparaît en collusion avec la droite pour les plans alarmistes concernant la situation économique et ses perspectives. A cause de l'importance de ce rapport, considéré par les journalistes comme un tremblement de terre politique, nous reproduisons ses points les plus marquants :
• Après Télection, le comportement de l'économie a radicalement changé, créant une situation qui altère de façon complète et généralisée la marche des diffé rents secteurs économiques... Le premier impact se reflète essentiellement dans la violente pression exercée par les déposants et épargnants pour retirer leur avoir et le garder sous forme d'argent liquide. Evidemment, l'effet de cette conduite apparaît dans les problèmes ainsi engendrés pour les caisses des banques et les caisses d'épargne, et se répercute en dernier ressort sur les disponibilités en billets. Ce dernier élément étant un produit qu'on doit fabriquer et manier en stocks adaptés aux fluctuations de sa demande, on a mis un soin particulier à résoudre les problèmes techniques qu'engendrent sa fabrication et sa distribution. L'importance de l'effet produit se reflète dans les chiffres suivants :
« a) Au mois de septembre, jusqu'au 14, le niveau des dépôts en argent liquide dans les banques est tombé aux alentours de 920 millions d'escudos.
< b) Dans le système d'épargne se sont produits entre le 7 et 17 septembre des retraite de valeurs hypothécaires réajustables.., de dépôts d'épargne et de Bons de la Caisse centrale, pour, un total qui avoisine 340 millions d'escudos. Le soutien octroyé par la Banque centrale pour pallier la première des situations décrites s'est soldé par une livraison de 780 millions d'escudos en billets pour diverses rubriques jusqu'au 17 septembre. De ce chiffre, le système bancaire de Santiago en a reçu 688 millions, chiffre supérieur de 300 % à la livraison mensuelle moyenne dans les sept premiers mois de l'année. La Caisse des Banques put ainsi maintenir ses niveaux formels de fonctionnement, puisque c'est la Banque centrale qui reçut l'impact. Celle-ci a réduit ses réserves de billets d'environ 800 millions au milieu d'août à seulement 220 millions le 17 septembre...
‹ Il est important de faire ressortir, en rapport avec l'impact initial, les mesures prises dans le domaine des changes
« Enfin, les entreprises dont la production est liée aux plans d'expansion des entreprises privées ont vu diminuer les ordres d'achat et annuler certaines commandes ; ceci a un effet le plus immédiat sur les ateliers dont certains ont déjà annoncé leur paralysie prochaine...
« En même temps, le non-paiement des dettes va croissant et on enregistre une diminution dans les recouvrements des banques. Dans le cas de la Banque d'Etat, le chiffre normal des recouvrements mensuels était de 150 à 160 millions d'escudos, il est tombé à 80 ou 90 millions.
« Le financement nécessaire pour les trois prochains mois ne pourra provenir trois prochains mois ne pourra proveme d'impôts plus élevés ; aussi la seule voie serait de recourir au système monétaire, lequel, déjà affecté, devrait faire usage de l'émission inorganique, et dans des res lemission inorganique, el dans des lesmes tels que cela menacerait les bases ,mêmes de l'économie. »
Dans la partie finale des conclusions, le rapport du ministre des Finances signale : < Outre l'urgence causée par le retrait d'argent, le problème le plus sérieux auquel est confrontée la politique économique à court terme est la diminution des investissements, la contraction et le changement de structure de la demande, avec l'accroissement du chômage que cela occasionne... Pour que les mesures fiscales et de crédit aient un effet significatif, il faudrait recourir à l'émission inorganique d'argent dans des quantités d'une telle importance qu'elles sont incompatibles avec une gestion responsable de l'économie. Si on procédait ainsi, on créerait les conditions pour que se déchaîne dans le pays un processus inflationniste aux conséquences imprévisibles, sur tout le système économique. »
L'annonce intentionnellement alarmiste de Zaldivar — ce n'est pas par hasard que la presse bourgeoise la mit tellement en relief - visant à charger l'Angleterre de l'impression des billets sous prétexte que les ateliers spécialisés de l'Etat n'y suffisaient plus, mettait en évidence le but politique que recherchait le gouvernement Frei en faisant connaître la situation de ce problème-clé qu'est l'économie du pays.
Afin d'endiguer cette nouvelle version de la « campagne de terreur -», certains dirigeants du mouvement populaire ont signalé que la situation économique, après les moments critiques de la deuxième semaine de septembre, était revenue à la normale. A notre avis, c'est une erreur d'ignorer que certains des chiffres de Zal. divar ont un certain fondement réel : ils correspondent en partie au boycott bourgeois déclenché depuis le 5 septembre.
IONALE 9 La Fédération nationale du Textile dénonçait le 23 septembre le fait que les monopoles Yarur, Said et Sumas étaient en train de boycotter l'approvisionnement en matières premières et les usines Ananias, Monarch, Deik et d'autres encore avaient réduit la journée de travail et supprimé les heures supplémentaires. (EL Siglo, 25 septembre 1970).
Le rapport économique que nous commentons était sans équivoque destiné à recréer à un niveau supérieur et national la panique fomentée par la bourgeoisie et l'impérialisme dès les premiers jours qui ont suivi le triomphe politique électoral des travailleurs. Outre qu'il présentait une analyse l'économie avant le but de fabriquer vorable du régime fausse sur l'état de e 4 septembre dans une image finale fadémo-chrétien agonisant, le rapport prétend établir que la crise actuelle est le produit du résultat des élections présidentielles ; que, si l'économie s'est détériorée à un tel degré avant même que Salvador Allende n'assume son mandat, l'avenir des travailleurs et de la classe moyenne, pour ce qui est de trouver un emploi et la stabilité dans le travail, sera des plus incertains. Le gouvernement démocrate-chrétien, qui prend bien soin de ne pas désigner les vrais responsables du boycott économique, a encouragé de façon à peine dissimulée les plans de la bourgeoisie qui tendaient à semer la panique pour justifier son intention de ne pas reconnaître le triomphe populaire.
El Mercurio a aussitôt profité du jeu du gouvernement pour continuer sa campagne systématique de recherche d'une base sociale dans la petite bourgeoisie. Dans son éditorial du 25 septembre, intitulé « Inquiétante situation économique », il soutenait : < L'opinion publique se rend compte à présent qu'en peu de jours, la panique a détruit une prospérité Si bienaise l'application de mesures comme celles que préconise le Front populaire serait susceptible d'accélérer l'inflation à des rythmes imprévisibles, anéantissant des capitaux qui ont mis des années à se constituer. Dans cette situation d'urgence, qui aura à brève échéance des effets dramatiques sur des milliers de foyers, la politique continue à suivre son cours comme si nous étions dans une situation parfaitement normale. Beaucoup de nos hommes publics semblent ne pas se rendre compte que la panique est aussi une forme d'expression démocratique, car elle constitue la modalité suivant laquelle réagit la grande masse des détenteurs d'argent devant les risques qu'elle estime inhérents à une solution marxiste. Tandis qu'on
QUATRI parle de garanties pour que subsiste la démocratie, il commence à apparaître que le problème de base est celui de la subsistance de l'économie même du pays, gravement menacée par un changement de système qui s'oriente vers l'anéantissement de la propriété des particuliers sur les biens de production. On doit insister sur le fait que cette panique est bien loin de coïncider avec la défense des monopoles ou d'autres privilèges d'une petite minorité. Tout au contraire, c'est un groupe très nombreux de Chiliens, peut-être actuellement le plus dynamique de la population, qui fait l'expérience de l'insécurité pour son emploi, ses économies déposées, son logement, son entreprise petite ou moyenne. L'impression qu'avec le gouvernement de Front populaire, on ne voit pas le début d'un programme réaliste de réformes profondes, mais celui d'un processus révolutionnaire dont la dynamique pourrait bien échapper des mains de ses initiateurs, est ce qui paralyse l'énergie des Chiliens et les arrête dans leurs décisions économiques. Le pays vit une situation d'urgence dont le caractère dramatique ressort clairement de l'exposé de M. le ministre des Finances. L'opinion publique - dit enfin El Mercurio - a fait l'expérience surprenante de voir que la République court le risque de glisser par les voies légales vers le communisme; aujourd'hui, c'est une nouvelle surprise : le Chili court le risque de glisser, alors que règne un ordre complet, vers la catastrophe économique, » Ainsi continuait jusqu'à la fin septembre la conspiration, ouverte ou sans masque, de la bourgeoisie et de l'impérialisme.
Dans l'analyse que nous faisions au chapitre Il sur la signification de la candidature démocrate-chrétienne, nous démontrions que l'objectif fondamental de Tomic était de prendre le maximum de à Allende. Après le 4 septembre, la D.C., non résignée à la défaite de son grand Catapilco qui, d'après un commentateur, fut plus qu'un curé, a prétendu se dresser en arbitre politique de la situation nationale, dépositaire ab. solue de la constitutionnalité et en parti « élu » pour chilienne. Cette magnificence de langage cache une fois de plus, sous son apparence patriotique et désintéressée, l'essence bourgeoise de la politique des dirigeants démochrétiens qui tend à sauvegarder les intérêts de la classe dominante et des nouveaux objectifs de l'impérialisme yankee.
Pour réaliser sa nouvelle praxis politique, la D.C. fait du chantage auprès du Front populaire non seulement avec ses 75 voix parlementaires décisives, mais aussi
EME INTERNATIONALE avec le contrôle du haut commandement des forces armées.
Les dirigeants de la D.C., passant pardessus une partie importante de leur base populaire, particulièrement les syndicats paysans chrétiens qui ont reconnu publiquement le triomphe d'Allende, ont eu l'orgueil - défaut répudié par l'authenti que et originel christianisme de l'époque romaine impériale - de s'ériger en juge qui impose des conditions, et éventuellement des peines inavouées, à la candidature qui a triomphé avec l'appui de la large majorité des travailleurs chiliens.
Tout le pays connaît déjà les exiges ces que la D.C. a présentées le 24 septembre au Front populaire, pour octroyer les voix parlementaires dont a besoin Salvador Allendatre proclamé président Salvador Allende, selon la constitution bourgeoise, pour par le Parlement. Dans ce nouveau décalogue figure un point-clé. Il s'agit de l'exigence de maintenir la hiérarchie actuelle des forces armées et des carabiniers. Le « statut des garanties » déclare sur le point en question : « Il nous importe que les forces armées et le corps des carabiniers continuent à garantir notre coexistence démocratique. Cela exige qu'on respecte les structures organi. ques et la hiérarchie des forces armées et du corps des carabiniers, les systèmes de sélection, de conditions requises et de normes disciplinaires actuellement en vigueur ; qu'on leur assure un équipement adapté à leur mission de veiller à la sécurité nationale; qu'on n'utilise pas les tâches de participation qui leur sont assignées dans le développement national pour les dévier de leurs fonctions spécifiques ou pour compromettre leur budget ; qu'on ne crée pas non plus d'organisations militaires parallèles aux forces armées et aux carabiniers. » Cela signifie que la D.C. prétend continuer à garder, même sous le gouvernement d'Allende, le contrôle du haut-commandement des forces armées qu'elle a réussi à consolider depuis le « taenazo ». Cette « rébellion » sous des prétextes techniques, du général Viaux, l'an dernier, fut à notre avis encouragée et étouffée par le gouvernement Frei pour épurer le haut-commandement et le transformer politiquement en serviteur dévoué de la D.C.
Les dirigeants de la D.C., agents idéologiques et politiques pratiques des intérêts généraux de la bourgeoisie et de la nouvelle politique de l'impérialisme yankee, sont conscients que la meilleure garantie pour sauvegarder le régime capitaliste chilien est le maintien dans son intégrité de l'appareil d'Etat bourgeois et de son bastion, les forces armées. Les di- rigeants de la D.C., héritiers du ‹ savoir › séculaire du jésuitisme, savent que le Front populaire ne pourrait commencer la construction du socialisme si restaient intactes la machine étatique bourgeoise et, nous le répétons une fois de plus, sa place-forte, les Forces Armées. Plus encore, la D.C. sait que les forces armées seront une épée de Damocles pour le gouvernement Allende quand celui-ci voudra prendre ne fussent que des mesures démocratiques bourgeoises avancées, comlapprofondissement de la réforme me agraire, la réforme bancaire, l'étatisation du commerce extérieur et la nationalisation des entreprises étrangères, non seulement celles du cuivre, mais aussi les industries intermédiaires et dynamiques.
Doit-on comprendre cette nouvelle manifestation de l'essence bourgeoise de la D.C., exprimée à travers son emphatique préoccupation pour l'intégrité des forces armées, comme une déclaration inavouée que c'est d'elle - la D.C. - que dépend de donner ou non le feu vert au déclenchement d'un coup d'Etat au Chili?
Dans un article publié dans Las Noticias de l'Ultima Hora du 24 septembre, Clodomiro Almeyda (1) dénonce certains aspeets de la manœuvre de la D.C. quand il écrit : « Introduire dans le vocabulaire politique le concept inusité d' ‹ autonomie > des forces armées el placer sur un même plan ce concept et celui de l'autonomie universitaire, comme c'étaient des idées analogues, renferme — pour ne pas dire plus — une dangereuse confusion conceptuelle et théorique dont on ne peut esquiver les conséquences politiques... Les forces armées, par définition, ne sont pas autonomes au sens où le sont les universités. C'est l'essence même de l'institution militaire d'être liée au pouvoir exécutif, ce qui revient à dire à l'autorité supérieure de l'Etat, par le lien de lobéissance. »
Un autre point fondamental des nouvelles « Tables de la Loi », élaborées sur le Sinaï d'Alameda avec une sagesse bourgeoise par les idéologues de la D.C. — si éloignés du spiritualisme du légendaire Moïse est celui qui parle du nouveau commandement interdisant toute intervention « d'autres organismes de fait qui agissent au nom d'un supposé pouvoir populaire ». Les nouveaux « Juges », ressuscités honteusement dans les actuels dirigeants de la D.C., ont indubitablement une haute conscience de classe au service des intérêts de la bourgeoisie : ils
IONALE et de son appareil d'Etat, et la possibilité réelle pour cialisme.
Le reste concerne : bourgeoise, bilité » des le Chili d'évoluer vers le sodes exigences de la D.C.
la sauvegarde de la presse insistant sur ‹ l'inexpropriamoyens de communications de masse ; un essai de diminuer l'importance de l'Exécutif au bénéfice d'un Parlement qui sera contrôlé par une majorité faite de la D.C. et du Parti National ; le maintien des collèges privés où s'éduquent la haute bourgeoisie et les fils de la petite bourgeoisie arriviste ; le statu quo sur le système bourgeois d'éducation y compris dans les manuels d'enseignement pour continuer à répandre l'idéologie et la mystification dans notre jeunesse sur les valeurs de la société capitaliste occidentale et chrétienne.
Les exigences de la D.C. tendent à accélérer une transaction avee le Front populaire qui garantisse un gouvernement modéré n'affectant pas sensiblement le régime capitaliste, et qui, étant un gouvernement semblable à d'autres, avec une opposition tolérée, permette à la D.C. de capitaliser en six ans les erreurs de cette administration, et, après avoir recueilli les restes du naufrage du Parti National, de s'ériger en unique terme de rechange bourgeois pour les élections présidentielles de 1976, ou avant & si Dieu le veut ». Luis Maira écrivait sous son pseudonyme de « Castor > dans Le Clairon la semaine suivant les élections, que la D.C. avec « l'appui de secteurs populaires ou moyens qui, lors de la récente campagne, furent trompés par la droite et amenés à agir contre leurs propres intérêts, sera toujours une alternative de pouvoir. » Cet objectif de la D.C. de capitaliser les voix obtenues par Alessandri est confirmée par la déclaration de Benjamin Prado, président de la D.C., le Il septembre : « La démocratie chrétienne constitue l'unique force politique démocratique capable d'opposer sa solidité idéologique et le soutien de sa base de masse, devenant ainsi le plus solide bastion de défense de la liberté et des garanties individuelles. »
Avec la présentation de son décalogue ultimatiste, la D.C., sous son apparence démocratique, a prouvé une fois de plus l'essence de sa pratique politique bourgeoise. Adoratrice en 1958 et 1964 du droit des citoyens et de la tradition chilienne de proclamer président celui qui est élu avec proclamer president celui qui est elu avec la « première majorité », porte-étendard du bien commun — qu'on suppose devoir s'étendre également aux travailleurs allendistes — la D.C. brûle aujourd'hui l'encens de la démocratie bourgeoise pour, comme Saint Pierre, trancher avec des se rendent compte que c'est dans le développement de ces pouvoir ouvrier et paysan que la clé du renversement de la
(1) Socialiste, nommé ministre précisément organes de se trouvent bourgeoisie des Affaires étrangères du gouvernement Allende.
QUATRI critères d'élite qui doit entrer ou non dans le royaume présidentiel.
La direction de la D.C. - détentrice, semble-t-il, de la vérité bourgeoise absolue - décide à travers son & statut des garanties » ce qu'est la démocratie et qui sont les démocrates, qui est libertaire et qui ne l'est pas. Loué soit Dieu! Les nouveaux pontifes de la démocratie — une vingtaine de dirigeants démo-chrétiens -s'arrogent le droit de représenter l'opinion de dix millions de Chiliens. Cela semble une façon bien antidémocratique de défendre la démocratie. C'est une attitude véritablement totalitaire de la part de gens qui prétendent s'ériger en portedrapeaux de l'antitotalitarisme. Ce n'est pas par hasard que le ‹ doyen de la démocratie ». El Mercurio imnlore la mocratie », El Mercurio, implore la déda. mocratie-chrétienne de sauver le Chili du ‹ totalitarisme communiste », même si pour cela il faut employer le totalitarisme fasciste. En réalité, ces détenteurs de la fausse conscience de la liberté sont capables de lutter pour elle jusqu'aux ultimes conséquences, même s'ils doivent recourir à une conspiration antidémocratique et fascisante.
Les flambants croisés de la foi démocratique, nouveaux soldats disciplinés de l'ordre d'Ignace de Loyola, prétendent avoir le dernier mot de la politique chilienne. Ils sont absolument persuadés qu'il dépend de leurs saintes mains de concéder la prospérité pour que Salvador Allende franchisse sain et sauf le seuil de la Moneda le 4 novembre. Mais vous vous trompez, messieurs les dirigeants de la
EME INTERNATIONALE D.C. Vous n'êtes pas la clé de la situation politique au Chili. Ce sont les ouvriers, les paysans et les étudiants. L'histoire n'est ni fabriquée ni combinée par les élites, bien qu'elles arrivent parfois à déformer momentanément les processus de changement. Si les travailleurs chiliens se préparent, après avoir pris conscience des plans des réactionnaires, ils feront sauter en mille morceaux la politique à double face de la bourgeoisie, exprimée d'un côté par le visage ouvertement profasciste du Parti National, de l'autre par le visage masqué, mais pour autant non moins dangereux, de la démocratie-chré. tienne.
D'ici le 4 novembre, la droite, avant et après la séance parlementaire du 24 octobre, essaiera pa nier le triomphe Mais comme elle n'a du haut commanden elle pourrait faire Parallèlement, elle cations, comme celle bres de la Démocra passer pour memb vrières-Paysannes, ques préfabriquées treprises commercia boycott économique. rue pour provoquer subornation et le ch r tous les moyens de de Salvador Allende. i pas encore le contrôle sent des forces armées. un saut dans le vide. continuera ses provo. exécutée par des memtie Radicale se faisant res des Brigades Oucomme les auto-attade banques et d'enles, le sabotage et le , les manifestations de • des affrontements, la subornation et le chantage, et mille et une formes de la technique classique du complot fascisant. Seule la mobilisation combattante des travailleurs pourra mettre an coup d'arrêt à la conspiration bourgeoise.
Santiago, 30 septembre 1970.