Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 45

Trente ans après l'assassinat de Trotsky

Quatrième Internationale, n° 45 · septembre 1970 · p. 6-7 · 967 mots

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Il y a 30 ans, le 20 août 1940, Léon Trotsky était assassiné par un agent de Staline. (1). C'était le point culminant de la longue série de crimes de Staline à la suite de laquelle tout le vieux parti bolchevik avait été exterminé. Effectué pendant le flirt Staline-

(1) On annonce la parution prochaine d'un livre de J. Gorkin sur l'assassinat de Trotsky, dont livre complété par ce que l'on a appris depuis sur la véritable identité de l'assassin. Dans le numéro certaines pages ont paru dans le Nouvel Observateur. Il y a plus de vingt ans, un livre sur le même sujet et, si l'on s'en tient à ce que l'hebdomadaire a publié, il s'agit du même Gorkin avait publié d'octobre-novembre 1948 de notre revue, Alfred Rosmer n'avait jamais rendu visite à Trotsky reproduisait le récit du chef du Service secret de la police. condamnait ce livre : Gorkin qui, à Mexico, mexicaine de l'époque plus attaché à vanter son rôle qu'à trouver la vérité.

Hitler, au cours de la guerre, alors que ce dernier venait de balayer le front occidental et commençait ses préparatifs contre l'Union soviétique, l'assassinat de Trotsky marque le point culminant du stalinisme sous sa forme la plus hideuse. Lorsque Staline, après la guerre, voulut recommencer ses « épurations », il commit encore nombre de crimes, mais il n'aurait plus continué trop longtemps et mourut, on pourrait dire à temps ; ses successeurs, craignant l'explosion, lâchèrent du lest.

Mais la « déstalinisation » n'était pas la liquidation de la bureaucratie, c'était una politique d'autodéfense de celle-ci. Les mesures prises abandonnaient certains « excès » du régime de Staline, mais ne portaient pas atteinte à l'essentiel : la toute puissance politique de la bureaucratie, l'absence de tout élément de démocratie ouvrière. Illustration typique du caractère de la « déstalinisation » : le Kremlin considère toujours Trotsky comme son ennemi N° 1. Faut-il aussi rappeler que l'assassin de Staline a trouvé une retraite bien tranquille dans un des pays que contrôle le pouvoir soviétique ?

Depuis quelques années, la répression en U.R.S.S. a repris, le libéralisme relatif dant les inteilectuels ont joui après la mort de Staline fait place à des contraintes. Cette marche arrière commencée avant l'invasion de la Tchécoslovaquie s'est accentuée depuis lors. Il ne peut faire de doute que les dirigeants soviétiques actuels, éduqués à la Staline, voudraient bien recourir aux moyens de celui dont ils s'efforcent de rehausser le prestige. Dans ce sens, ils durcissent leurs méthodes, mais, les beaux jours du stalinisme étant dans le passé, ils ne peuvent aller à fond sans danger. La société soviétique et celles des autres Etats ouvriers aspirent à la liberté,

En outre, les Brejnev, les Kossyguine, ont affaire à une situation économique grave. de plusiedes fois capitalistes son peut a pente porter de elenant de agricu Le taux de croissance La productivité ne croît également pas. Le retard d'industries décisives comme celles des ordinateurs est presque catastrophique.

La bureaucratie s'était attribuée le mérite du gigantesque développement des forces productives, qui provenait de causes étrangères à elle et qui cachait partiellement le caractère désastreux de sa gestion. Aujourd'hui, elle s'avère non seulement un frein relatif mais un frein absolu au développement des forces productives. Elle ne pourra pas esquiver ses responsabilités. Les « réformes économiques », les mesures administratives, ne pourront pas améliorer la situation ; la démocratie soviétique n'est pas seulement gne aspiration politique de la société, elle est aussi devenue un élément indispensable de l'économie. Les citoyens soviétiques, les ouvriers et les paysans soviétiques ne feront pas redémarrer l'économie de leur pays sous l'effet de mesures administratives accouplées à des moyens répressifs aggravés, ils le feront quand ils ne seront plus des simples rouages maniés par la bureaucratie. Ils le feront quand un plan ne leur sera plus imposé, mais quand ils pourront librement, contradictoirement, discuter divers projets de plan, quand ils décideront eux-mêmes ce qu'ils veulent consommer et combien ils sont disposés à investir. Il est évidemment impossible de dissocier la liberté dans ce domaine, de la liberté dans tous les domaines de la vie sociale, politique et culturelle. st divisé quant aux solutions a retardé le Congrès du Parti, montrant ainsi qu'il a tiré Le Kremlin qui connait mieux que quiconque les difficultés qui l'assaillent et qu de l'expérience tchécoslovaque la leçon qu'une division publique de ses rangs. favoriser le déclenchement d'une intervention des masses. Pour gagner du temps, il fait des concessions à l'Amérique impérialiste, à l'Allemagne capitaliste, Il a même atténué sa politique aggressive envers la Chine populaire qui est un trop gros morceau à mettre à quia. Mais il reste toujours prêt à acheter un accord avec l'impérialisme aux dépens des mouvements révolutionnaires : il soutient le plan Rogers, gros d'une menace mortelle pour la résistance palestinienne, il continue à reconnaître le gouvernement de Lon Nol et ses «normalisateurs » de Prague ont fait le blocus de l'ambassade du Cambodge occupée par des étudiants révolutionnaires, il dénonce l'action des Tupamaros.

Mais cette « résurgence du stalinisme » est sans avenir, même à délais relativement brefs. Elle est le fait d'hommes dépourvus de solution politique, et qui, désespérés, pensent pouvoir arrêter la marche de l'histoire en comprimant les ressorts. Mais l'époque actuelle n'est pas celle de la résurgence du stalinisme. Au contraire, partout dans le monde, on aperçoit une résurgence, véritable celle-là, du marxisme révolutionnaire, du trotskysme. En ce 30° anniversaire de l'assassinat de Trotsky, le stalinisme est un cadavre politique et tout le mouvement qui l'avait encensé passe par une crise chronique. Par contre, c'est dans les œuvres de Trotsky que la jeunesse révolutionnaire trouve une orientation de combat, et l'organisation qu'il a créée, la Quatrième Internationale, voit s'ouvrir enfin la voie vers une Internationale marxiste révolutionnaire de masse.

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