Les événements se développent au Proche-Orient avec tant de rapidité qu'une analyse de ceux-ci écrite au moment où nous terminons la copie pour ce numéro serait largement dépassée quand elle paraîtrait. essentiellement dans cette note sur les orientations des forces étatiques principales qui interviennent dans le ProcheOrient et sur les dangers extrêmement grands qui résultent dans l'immédiat pour la révolution arabe en général, pour les résistants palestiniens plus particulièrement. Nous avons, en effet, dans cette partie du monde une illustration éclatante de la politique soviétique de « coexistence pacifique » et de l'exploitation qu'en fait l'impérialisme américain.
Rappelons tout d'abord que, depuis la défaite des pays arabes dans la guerre des Six Jours, la résistance palestinienne a progressé non seulement en combativité, mais surtout politiquement du fait de l'apparition de formations comme le F.P.L.P. et le F.P.D.L.P. qui préconisent une orientation socialiste à la lutte des fedayin. Dans le monde arabe étaient ainsi apparus les éléments susceptibles de cristalliser une direction de rechange par rapport à la direction nationaliste petite-bourgeoise de Nasser.
C'était là un danger politique considérable pour les impérialismes d'une part, pour la bureaucratie du Kremlin pour laquelle toute montée révolutionnaire entraîne un affaiblissement de son autorité à l'intérieur comme à l'extérieur d'autre part. En outre, aussi bien Washington que Moscou ont un intérêt économique à ce que le canal de Suez fonetionne à nouveau ; inutile d'expliciter ici les choses, la presse mondiale l'ayant largement fait.
Cette situation a amené les « super-grands » à s'entendre sur le « plan Rogers » présenté comme un plan de « paix ›. En réalité ce « plan Rogers » constitue en premier lieu l'acceptation par les Etats-Unis des nouveaux rapports de force qui existent dans cette partie du monde, et dont témoigne la présence en Méditerranée orientale d'une importante flotte soviétique. Ce n'est pas l'accord global, à l'échelle de la planète, que recherche le Kremlin, mais c'est un accord qui enregistre ses progrès de grande puissance dans une zone d'importance stratégique considérable.
Mais, cet accord, il faut le faire accepter par les puissances satellites sur le terrain, et aussi trouver le moyen de réprimer, d'éliminer si possible les mouvements de masse pour qui cette « coexistence pacifique » signifie le maintien d'un statu quo d'exploitation, d'oppression, de misère.
Les dirigeants des Etats arabes les plus concernés, c'est-à-dire Hussein de Jordanie
1 Nasser d'Egypte, se sont montrés assez aisément prêts à accepter le
« plan Rogers ». Moscou a longuement diseuté avec Nasser pour obtenir son accord, mais c'est probable ment au sujet des promesses qu'il demandait pour l'avenir.
Les Etats-Unis ont plus de difficultés avec Israël en ce qui concerne le & plan Rogers ›, car il implique pour Israël que ses politique américaine est prête à se faire aux dépens d'Israël quand ses intérêts le demandent. Israël pourra pendant un temps entraîner des perturbations, mais Israël qui dépend économiquement totalement des Etats-Unis ne pourra, sans risquer le suicide, résister longuement à la pression de Washington. Israël le pourra de guerre larvée depuis les « Six Jours » l'épuise économiquement et provoque une lassitude et, aussi, des doutes dans une partie, encore minime, de sa jeunesse.
Le seul obstacle au « plan Rogers » c'est celui des Palestiniens doni les conditions sont intolérables, et de qui sont issus des groupements d'avant-garde aux affinités indéniables avec d'autres mouvements révolutionnaires dans le monde.
Contre eux, les chœurs de la « coexistence pacifique » n'ont pas tardé à se faire entendre. Nasser et Hussein ont oublié leurs querelles anciennes. Nasser a commencé par priver les Palestiniens de moyens d'expression à la radio. Et c'est à Hussein qu'est revenu très naturellement le sale boulot. Dans les premiers mois de cette année, il reculait sous la pression des fedayin, il avait dû éliminer de la direction de son armée certains chefs, y compris des membres de sa famille, apparemment trop désireux d'écraser les Palestiniens. A présent, sûr de ses arrières, il se permet des provocations destinées à entraîner des affrontements et un bain de sang. Ses hésitations présentes s'expliquent seulement par son désir de dissocier les résistants et par ses craintes que ees troupes ne soient pas en état d'écraser rapidement les fedayin.
Le « plan Rogers » sera-t-il mis complètement en application? Ce n'est ni de Nasser et de Hussein ou du gouvernement israélien que cela dépend. Mais l'avenir le plus immédiat, pourrait-on dire, de la résistance palestinienne est en cause, et avec elle la révolution socialiste arabe. Il faut aider les combattants aujourd'hui menacés à se défendre et à progresser politiquement au niveau des dangers qui pèsent sur eux.