Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 45

Cuba après l'échec de la Zafra

Quatrième Internationale, n° 45 · septembre 1970 · p. 9-9 · 817 mots

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L'échec de la campagne des 10 millions de tonnes de sucre et, plus généralement, les sérieuses difficultés économiques officiellement admises dans les derniers discours de Fidel Castro, posent une série de questions aux révolutionnaires non, seulement de Cuba et d'Amérique latine, mais du monde entier. Quelles sont les causes des échecs ? Où sont les responsabilités ? Quelles seront les réactions des masses cubaines et les initiatives du groupe dirigeant ? Quelles tendances pourraient se développer ou se renforcer dans la société cubaine ?

Contre ceux qui saisiraient les difficultés actuelles pour prendre leurs distances par rapport à la révolution cubaine, il faut rappeler encore une fois les facteurs fondamentaux qui y entravent un développement rapide et harmonieux, à savoir le lourd héritage du sousdéveloppement provoqué par la domination impérialiste et le blocus imposé dès les premières mesures révolutionnaires. Si quelqu'un pouvait avoir des doutes sur la portée concrète de ces deux éléments, le discours de Fidel du 26 juillet devrait suffire à le convainere (l'insuffisance de techniciens et de personnel spécialisé, Tinefficacité et la productivité limitée du travail sont justement des séquelles typiques d'une société nondéveloppée).

Il est difficile de contester que les choix économiques des dernières années, ont été fondamentalement imposés par des nécessités inéluctables. Cela vaut notamment pour la décision de miser prioritairement sur la production sucrière comme ressort principal du développement économique. Les erreurs devraient en réalité être recherchées dans la fixation de certains rythmes excessifs, dans la sous-estimation des déséquilibres que la concentration sur la campagne pour les 10 millions allait inévitablement impliquer, dans les efforts insuffisants pour exploiter d'autres possibilités.

Fidel Castro a souligné avec insistance que la responsabilité de l'échec n'incombe pas aux masses qui n'ont cessé de se mobiliser avec enthousiasme et dévouement : par une attitude qui n'a pas beaucoup d'antécédents, il a réclamé toute la responsabilité pour les dirigeants, y compris lui-même. Nous ne saurions évidemment être plus fidéliste que Fidel. Mais le problème n'est pas celui d'une carence des personnes, c'est surtout celui d'une carence des structures. En dernière analyse, Cuba paie le prix lourd pour l'inexistence d'organismes de démocratie prolétarienne articulés et fonctionnels, assurant la participation directe des masses à la gestion du pouvoir. Nous avons insisté là-dessus dès la première phase de la révolution et il devrait désormais être clair qu'il ne s'agissait pas d'une lubie doctrinaire, mais d'une nécessité stricte du développement de la révolution. Si ce problème avait été posé et résolu avant - les occasions favorables n'ont pas manqué, par exemple, au moment de la première offensive contre Escalante en 1962 —, le danger de déformation bureaucratique aurait sensiblement diminué.

Le problème est désormais sur le tapis et les dirigeants cubains sont engagés dans des discussions internes très importantes, comme l'a mentionné Castro dans son discours aux femmes. Nous ignorons les résultats de ces discussions, mais des indications nettement positives émergent aussi bien du discours du 26 juillet que de celui du 23 août. Fidel Castro a mis le doigt sur la plaie, dénoncé la carence de structures de démocratie prolétariennes, les insuffisances des organisations de masses et a posé le problème du contrôle et de la participation ouvrière dans la gestion des entreprises, en n'oubliant pas le principe de la révocabilité des responsables à tout moment (« à n'importe quelle heure du jour et de la nuit >). En même temps, il a exprimé encore plus énergiquement que par le passé sa pleine confiance dans les potentialités révolutionnaires des masses.

Si les énonciations des derniers discours sont suivies de réalisations, la révolution cubaine ferait un nouveau bond en avant et écrirait une nouvelle page. Mais il ne faut pas minimiser que les multiples difficultés ne pourront être surmontées qu'à condition d'adopter des solutions effectives et tout à fait nouvelles par rapport au passé. Certaines allusions dans les discours de Fidel ne sont pas rassurantes en la matière : ainsi la restructuration devrait être basée sur les organisations de masse déjà existantes.

En réalité c'est toute une structure politique qui doit être créée, une véritable charpente d'un Etat ouvrier, basée sur des organismes de type soviétique ; dans le cas contraire, on n'aura que des ersatz ou des solutions partielles qui poseront à une échéance plus ou moins courte, les mêmes problèmes. Le danger en sera d'autant plus grand qu'il existe à Cuba des cadres jouissant de certains privilèges, bien que limités, qui ont acquis une mentalité bureaucratique, et ce sont justement ces couches qui s'efforceront d'imposer des solutions tout à fait autres, de tendance « technocratique ». Il est évident que de telles tendances seront favorisées et aidées par les bureaucrates de I'U.R.S.S.

Des luttes très dures sont inévitables et le groupe fidéliste ne pourra exprimer et faire triompher une ligne révolutionnaire et démocratique qu'à condition d'agir avec une décision et une clarté extrême et d'assurer une mobilisation et une participation constante des masses.

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