Les grèves de septembre 1969 et surtout les augmentations extra-conventionnelles relativement élevées qui ont été obtenues, ont eu une influence décisive sur la politique des conventions salariales des syndicats depuis l'automne 1969 mais aussi sur le climat de « l'action concertée » et sur les décisions fiscales et économiques du gouvernement fédéral. Cette influence est à noter dans tous les mouvements de salaire, depuis les diverses branches de l'industrie jusqu'aux services publics.
Après les grèves sauvages et les trois à quatre mois suivants pendant lesquels de nouveaux accords étaient établis dans l'industrie du fer, la sidérurgie et les mines, on s'efforça dans toutes les branches d'obtenir des négociations avant l'expiration des conventions salariales qui n'expiraient normalement que dans la première moitié de 1970. Là où les adversaires ne manifestaient pas de bonne volonté, les bureaucrates syndicaux (par exemple du syndicat du textile IG Textil et de celui des transports et services publics Oe.T.V.) n'avaient - même pas peur » de faire une grève d'avertissement dans quelques entreprises.
A la fin de novembre 1969, Schiller, ministre social-démocrate de l'Economie, se souciait surtout de l'attitude essentiellement plus négative des syndicats envers * l'action concertée » depuis les grèves sauvages de septembre (FAZ, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 10-11-69). Un projet de programme présente en toute hâte par le D.G.B. (C.G.T. allemande) demandait : * 12 % de croissance du revenu brut à la suite d'une travail salarié en 1969, 12,5 % en 1970, 9,7 % en 1971, 9,1 % en 1972, 9,5 % en 1973 et 8,1 % en 1974 », et en même temps uné diminution de la de la croissance des * revenus privés bruts par suite d'une activité patronale ou d'une fortune privée •. (IK, Industrie-Kurier, 13-11-69).
A une conférence de l'IG-Metall (syndicat des métaux) qui rassemblait des délégués d'entreprise fin novembre, * les délégués encourageaient la direction syndicale à lutter. Si des grèves sauvages donnent des résultats, disaient-ils, alors on peut obtenir encore beaucoup mieux au moyen de grèves organisées par les syndicats ». (FAZ, 27-11-69).
En janvier 1970, l'Oe.T.V. menaçait de grève les entreprises publiques. * L'augmentation doit être d'au moins 100 D.-Marks. pour tout le monde, sinon la paix sociale n'est plus garantie. » (Handelsblatt 6-1-70). C'est précisément le montant obtenu assez facilement dans les négociations à la suite des grèves de septembre, et qui maintenant limitait la marge de compromis de la direction.
Dans • l'action concertée - du 12 janvier, écrit le Handelsblatt du 14 janvier, * on peut beaucoup mieux comprendre pourquoi les dirigeants syndicaux — toujours fortement sous l'impression des grèves sauvages — ne veulent pas s'engager à un veulent pas s'engager à un quelconque accord sur les salaires... ». • A l'occasion des discussions sur les salaires dans l'industrie du vêtement, l'industrie-Kurier du 17 janvier demande « de comprendre... que le syndicat doit revendiquer pour des raisons de politique interne afin de ne pas rester en-deça des autres syndicats ».
En ce qui concerne le changement d'attitude de la direction de l'IG-Metall sur les augmentations de capital, l'IndustrieKurier du 24 janvier croit devoir noter que les événements de l'automne 1969 ont tellement inquiété et fait réfléchir la direction syndicale, qu'elle n'ose plus se permettre d'envisager la conclusion d'accords sans des clauses concernant les primes d'épargne (1)... Derrière, se trouve la pensée inexprimée que des grèves sauvages pourraient se répéter s'il ne se passe pas quelque chose au bon moment • (FAZ, 11-4-70).
Après que le syndicat de l'imprimerie et du papier ait fait échouer les négociad'arbitrage, l'Industrie-Kurier du tions 3-2-70 écrit : * Le choc des grèves sauvages de la fin de l'été 1969 continue à impressionner encore beaucoup de patrons, mais aussi ouvriers et militants syndicaux et voilà que seulement quelques mois après, de nouveau un syndicat verse de l'huile sur des cendres encore brûlantes. C'est le syndicat de l'imprimerie et du papier... •
(1) Prime d'épargne, paryée par les patrons et l'Etat, pouvant donner en 5 ans une . fortune • de 3.000 D-Mark, à condition de ne pas retirer l'argent pendant ce temps.
Les patrons et le syndicat du bâtiment sont, même avant les négociations, déjà d'accord pour réorganiser la profession afin de la rendre plus attractive, vu qu'après les grèves sauvages, la situation globale des salaires avait changé considérablement et que le bâtiment était descendu à la 25° place sur l'échelle des salaires.
Partant du fait • choquant » qu'étaient pour les syndicats les grèves sauvages de l'été 1969, - la direction motivait sa revendication... selon une vue à long terme de politique contractuelle et stratégique... de sorte que les entreprises et les ouvriers intéressés par la politique de contrats salariaux actuelle n'exercent qu'une influence minime sur la nature et l'ampleur des revendications et de ce fait sur les moyens de les réaliser = (I.K., 3-3-70).
• Depuis les grèves de septembre, l'atmosphère dans les entreprises est plutôt instable. C'est pourquoi la direction de l'IG-Metall veut prévenir une nouvelle agigation... comme c'est le cas maintenant chez Ford.... en expliquant sa politique dans les entreprises et dans les assemblées syndicales, et même plus fortement que par le passé... Comme premier pas, le procès-verbal de la réunion confidentielle annuelle de la direction élargie qui restait autrefois très secret, a été envoyé à quelque 80.000 militants. > (Kölner Stadtanzeiger, 4-3-70).
Les grèves sauvages de septembre 1969 continuent de préoccuper les syndicats. L'Institut des Sciences Sociales Appliquées a, pour le compte du D.G.B., interrogé 1075 personnes dans quatre entreprises, du 17 décembre 1969 au 25 jan-
Les mouvements de salaire causés par les grèves de septembre et la vague de grèves stimulée jusqu'à maintenant. n'ont encore rien perdu de leur dynamique. L'expansion économique constante dans la République fédérale et dans la plupart des pays industriels du continent offre à la classe ouvrière ouest-allemande des conditions économiques excellentes pour ses revendications.
Abstraction faite de quelques prophéties pessimistes tendancieuses, les instituts d'étude de la conjoncture « sérieux » ont prédit un affaiblissement de l'expansion pour l'année 1970. Si la phase montante de la conjoncture dure plus longtemps qu'initialement prévu, cela est dû à des facteurs qui n'ont été reconnus que récemment et qui ont leurs racines dans la récession de 1966-67.
Une expansion parallèle inhabituelle sur le continent européen causait une deman-
IEME INTERNATIONALE vier 1970. Il s'agit des firmes Eisenwerke Neunkirchen (industrie du fer), Mannesmann-werk Huckingen,, et des mines < Minester Stein > et • Camphausen ». L'attitude des personnes interrogées au sujet des arrêts spontanés de travail est en général favorable. La majorité absolue estime que les possibilités de nouvelles grèves sauvages dans des situations semblables étaient élevées. Plus de la moitié se montrait disposée à faire grève à l'avenir. » (IK, 26-2-70.)
La résiliation de l'accord de septembre, huit mois plus tard, par le syndicat des mines et de lénergie, provoque des plaintes de l'Industrie-Kurier du 7-4-70 : « Après que, dans les grèves de l'automne 1969, les salariés aient fait l'expérience de leur puissance sur les syndicats et les patrons, après qu'ils aient mis en question de leur propre autorité la raison d'être des ayndicats en politique de salaire - et aussi aux dépens du patronat, les syndicats sont maintenant obligés, pour conserver leur influence, de mettre en avant constamment des revendications radicales, pour empêcher que la politique de salaire se fasse encore dans la rue... Leur direction s'est empressée de montrer sa fermeté et sa volonté de lutte à temps pour la journée syndicale de vendredi prochain à Duisburg. Il est bien possible que, dans la décision de la direction syndicale à Bochum, la peur de nouvelles grèves, qu'elle croit devoir prévenir, ait aussi joué un rôle. » (FAZ, 7-4-70.) • Les nouvelles revendications salariales sont motivées par le fait qu'il y a à nouveau de l'agitation dans les mines = (Mannheimer Morgen, 2-4-70). de étrangère qui se développait justement dans une période où le niveau de la demande intérieure était déjà élevé. Ainsi le boom a été prolongé. Des luttes de classe — surtout en Angleterre, en France et en Italie - ont eu des effets supplémentaires sur la demande extérieure, les grèves y provoquant des pertes de production et des augmentations de salaires importantes. L'économie ouest-allemande en profita. Des taux d'inflation essentiellement plus élevés dans les pays ouest-européens les plus importants assuraient que les charges momentanées sur l'exportation allemande causées par la réévaluation étaient absorbées.
Le facteur principal de la demande croissante de l'étranger serait néanmoins • une suite de la récession de 1966-67 •, comme l'a formulé prudemment le rapport annuel des conseillers économiques du gouvernement fédéral. Par suite de la faiblesse de
LES CAUSES DU MAINTIEN DE LA CONJONCTURE
LES CAUSES DU MAINTIEN DE LA CONJONCTURE la demande intérieure, beaucoup de patrons allemands devaient s'orienter vers les marchés extérieurs; il est possible
IONALE 27 tablis au même niveau. Tous les faits montrent que la formation de stocks de matiéres premières a augmenté plus fortement que la production, de sorte que la formation de stocks de produits finis impulsera encore pendant quelque temps la conjoncture intérieure.
La modernisation importante de l'appareil de production et son utilisation croissante (2) à cause de la demande extérieure persistante ainsi que la demande intérieure de biens de production et par la formation de stocks n'ont cependant pas seules contribué à un fait inhabituel pour une période de boom, à savoir que la courbe de croissance de la productivité ne s'est jusqu'a maintenant que peu nivelée.
Récemment encore, on obtenait des accroissements de productivité en provenance notamment de la tendance à moyen terme (1968 + 12 %: 1969 + 7 %, IK, 25-4-70). L'enquête suscitée par le D.G.B., financée par le gouvernement fédéral, Aspects économiques et sociaux des modifications techniques de la République féfédérale, établissait la tendance suivante pour la productivité globale :
Productivité globale (production brute intérieure en prix de 1954 par heures de travail fournies).
en moyenne:
de 1950 à 1960 : 6,8 % par an, de 1960 à 1968 : 5,0 % par an, de 1968 à 1980 : 4,4 % par an.
A côté de la modernisation importante de l'appareil de production, des investissements d'infractructure et des investissements dans le cadre du programme gouvernemental d'amélioration des structures, modernisation qui a amené incontestablement une amélioration essentielle de la structure du capital productif, la récession avait cependant apporté un facteur essentiel à la hausse rapide de la productivité : la bureaucratie syndicale, déconcertée par l'instabilité que montrait le capitalisme, pratiquait une politique de loyauté absolue envers le système et se livrait à une attitude si réservée et si dévouée en matière de conventions salariales que, jusqu'en septembre 1969, - et, par là, plus longtemps que dans les deux cycles précédents = (Gutachten 1969), les salaires connaissaient un retard essentiel par rapport au développement de la productivité.
* Selon nos estimations, les salaires nos réels ont pris (sur la base de 1965) un retard de 2 à 2,5 % depuis 1968, qui a atteint plus de 3 % dans la première
(2) Utilisation globale de la capacité des industries de transformation : fin 1960 95 %: mi1962 : 90 %: mi-1965 : 88 %: fin 1966 : (moyenne) 80 % En 1969, - il faut compter avec une occumi-1967 78 % : 1963 97 %. pation encore plus grande - (Mandel : Die deutsche Weitschaftskrise, gutachten 1969 ; Sondergutachten ; • Zur Konjunkturlage im Frühjahr 1970).
que, maintenant, ils gliger ces marchés, ture leur permette le marché intérieur.
ne veulent plus nébien que la conjoncde se concentrer sur
Cette tendance a été probablement favorisée par des paiements anticipés étrangers - • un résultat de l'afflux de liquidités venant de l'étranger dans la phase d'incertitude monétaire de 1968-69 > (Gutachten, 1969).
L'économie ouest-allemande a créé toutes les conditions préalables pour pouvoir satisfaire la demande extérieure persistante malgré la haute conjoncture intérieure. Dans chaque période de haute conjoncture, une plus grande partie de la demande de biens de production provient de l'industrie des biens de production même. Manifestement, à la suite de la dernière • crise de nettoyage », une partie importante de la capacité de production désuète fût nécessairement détruite, les entreprises se réorientant vers des investissements ayant un effet de rationalisation extrêmement élevé. La production et la vente étaient concentrées soit dans la même entreprise par des innovations techniques et organisationnelles, soit en collaboration avec d'autres entreprises, c'està-dire par la coopération dans le domaine des programmes de production.
Des techniques et méthodes économisant le travail étaient développées et mises en application pour la première fois sur une grande échelle, par exemple, la mise en place d'ordinateurs dans la planification, la gestion et le contrôle du processus de production.
Ainsi, la récession de 1966-67 avait produit une pré-condition à des taux de croissance extraordinaire. • En 1969, le taux d'investissement le plus élevé depuis la guerre, celui de 1965, n'était pas seulement atteint mais même dépassé... Les investissements privés en équipement — en fonction du produit social brut - n'ont jamais été aussi élevés qu'en 1969, ce qui a donné une amélioration de la structure d'âge de notre outillage. Aussi le taux de profit avantageux a probablement contribué à ce que plus de projets d'investissements ont été abordés qu'initialement prévus. - (Gutachten, 1969).
Comme dans toute phase de haute conjoncture, il s'ajoute à cela que les patrons, sans tenir compte des possibilités de vente à long terme, essaient fiévreusement d'élargir leur capacité de production pour conquérir une partie du marché aux dépens des concurrents. Ils créent maintenant les surcapacités de la prochaine crise.
Manifestement des stocks qui ont été diminués trop vite pendant la récession et, à cause de l'incertitude causée par l'impôt sur les plus-values, ils n'ont pas été ré-
QUATRI moitié de 1969 -. (Sondergutachten, 25-9-69.)
L'écart entre les salaires réels et l'évolution de la productivité s'est accru pendant la reprise.
La • discipline du travail - qui, d'habitude, faiblissait un peu pendant une période prolongée de haute conjoncture cette fois-ci ne diminue pas aussi fortement que dans les périodes analogues antérieures. Beaucoup de travailleurs n'ont pas encore oublié les conséquences de la dernière récession. Même dans la situation tendue actuelle du marché du travail, on prend soin - surtout dans les grandes entreprises - de maintenir le « moral du travail » tandis que celles-ci ont l'intention de procéder à des licenciements en cas de baisse de rendement ou d'une période adverse.
Par les progrès de la production continue et à la chaine, toujours plus d'ouvriers seront obligés d'observer un certain rythme de travail.
Des accords sur les formes de salaires et des systèmes d'encouragement de salaires nouveaux poussent aussi les travailleurs à des rendements plus élevés. A ceci s'ajoute que, même en cas de salaire horaire, des temps de planification et d'orientation sont prescrits.
Le recul constant de la présence syndicale directe sur les lieux de travail renforce également le fait que les mesures des directions d'entreprises et des sections de planification et d'étude des temps ainsi que l'intervention des supérieurs directs pour obtenir un maintien optimum de la • discipline du travail = portent des fruits.
En outre, la mobilité et la qualité de la main-d'œuvre ont été considérablement améliorées ces dernières années par des mesures des Instituts d'Etat en question. Dans le cadre de la « politique sociale », 23 milliards de D-Marks ont ainsi été investis en 1968 • pour la stabilité de l'emploi, pour l'amélioration du rendement professionnel, mais surtout pour l'intégration dans la vie industrielle =. (FAZ, 4-7-70).
Si la conception de • société établie • d'Erhard n'a pas eu beaucoup de succès parce que l'objectif de cette sorte de formation sociale était trop affiché par ses partisans, « l'action concertée » de Schiller a déjà eu plus de succès.
Jusqu'aux élections parlementaires les dirigeants syndicaux se distinguèrent comme des fidèles compagnons de route du S.P.D. Il est vrai que, dans une prise de position sur la politique éconmique pour 1969, le D.G.B. exigeait le 7 janvier 1969
EME INTERNATIONALE Jusqu'en 1973, ces dépenses s'accroitront pour atteindre 38 milliards de D.-Marks.
La situation des salaires causée par l'attitude réservée des bureaucrates syndicaux, liée à un taux d'épargne croissant également en raison de la récession, fait que la consommation se développe beaucoup moins vite que la demande générale, à la différence des cycles précédents, et prolonge ainsi encore les tendances à l'investissement (investissements d'expansion) des patrons. • Le gouvernement fédéral escompte que les investissements d'équipement seront cette année plus élevés qu'en 1969, nominalement de 21 %. réellement de 13 % = (FAZ, 8-6-70).
Manifestement les décisions récentes du gouvernement fédéral et du Parlement d'augmenter de 10 % le paiement anticipé des impôts sur les salaires et les revenus, et de réduire les amortissements dégressifs semblent en relation avec cette série de problèmes. Vu que l'utilisation de la capacité est toujours supérieure à 90 % (92 % selon FAZ, 8-6-70), la conjoncture de la consommation sera prolongée probablement par la diminution provisoire du pouvoir d'achat.
L'étalement des amortissements dégressifs agit dans la même direction. Comme • les plans d'investissement à long terme ainsi que les commandes de machines dont l'exécution dépasse de beaucoup six mois... sont peu affectés » (FAZ, 9-7-70), l'étalement frappe surtout les «achats à court terme ».
les décisions du gouvernement fédéral en matière de conjoncture ont été le signal pour la Bundesbank de déserrer les conditions de crédits. Car le taux d'intérêt élevé semble opérer surtout dans les branches qui, comme le bâtiment et le textile ont des difficultés structurelles. (FAZ, 9-7-70.)
Les éléments du plan économique de Schiller ont profité à la bourgeoisie. Pour les syndicats, toutefois, qui les exigeaient dans leur programme de principe, ils ont tourné à l'opposé pour devenir des chaines. une politique économique et financière • qui contribue à ce que le retard des salaires et traitements résultant de la récession soit rattrapé =, mais il se concentrait surtout dans ses revendications immédiates sur « une augmentation notable des indemnités de salaires, un rétablissement du forfait kilométrique au montant précédent de 0,5 D.M., et l'introduction immédiate du paiement des salaires aux ouvriers tombés malades • (HB., 8-1-69).
La revendication d'une augmentation ap-
LES DIRIGEANTS SYNDICAUX, FIDELES COMPAGNONS DU S.P.D.
LES DIRIGEANTS SYNDICAUX, FIDELES COMPAGNONS DU S.P.D.
propriée des salaires et traitements n'était pas réclamée. D'abord parce qu'on ne voulait pas gêner le S.P.D. aux prochaines élections. En second lieu, • les syndicats (dans « l'action concertée ») étaient d'accord pour faire preuve au début de modération dans leurs revendications de salaire. Dans la deuxième phase de la reprise, ce serait à nouveau au tour des salaires de •monter ». En troisième lieu, la plupart des syndicats étaient encore liés par des conventions salariales pour une bonne partie de l'année 1969... Dans les six mois à venir des conventions pour seulement un tiers de tous les ouvriers étaient renouvelables... • (Die Zeit, 17-1-69.)
Le S.P.D. croyait pouvoir satisfaire la revendication du D.G.D. de stabiliser le niveau des prix par la taxe d'exportation de 4 % et par la demande complémentaire à celle de son partenaire dans la coalition, la C.D.U. d'une réévaluation du D.-Mark.
Ainsi le S.P.D. faisait preuve de prestiqe envers les syndicats et tous deux de loyauté envers le système. Et si, cependant, des difficultés subsistaient, on pourrait les imputer à la C.D.U. Ainsi s'explique l'attitude bienveillante de Schiller envers les ouvriers de Horsch lors du déclenchement de la grève sauvage.
Les négociations sur les salaires étaient • également placées sous ce signe avant les élections. Pour l'Oe.T.V., il s'agissait avant tout d'un nouveau système de salaire et de l'introduction générale du salaire mensuel. Pour le G.d.E.D., il s'agissait aussi en premier lieu du passage au salaire mensuel et de changements structurels dans le système de paiement. A I'I.G. Chemie,
PRECEDER LES
Pour rétablir son contrôle sur la base, la bureaucratie syndicale a été obligée de fouler au pied trois - principes d'ordre » reconnus par elle. La première réaction de la bureaucratie syndicale aux grèves sauvages a été de négocier sur les salaires plus tôt que prévu, avec effet rétroactif au 1° septembre, bien que les conventions étaient encore en vigueur (jusqu'à novembre pour le fer et la sidérurgie, jusqu'à fin décembre pour les mines). Cette réaction est jusqu'à présent très, importante pour l'agitation car les bureaucrates tiennent peu compte de • l'engagement de paix • (3) laquelle doit être maintenue quand la direction' syndicale prend à son compte un litige d'entreprise.
Le syndicat des mineurs Innovait en politique contractuelle : il concluait une convention sans durée fixe, c'est-à-dire qui pouvait être dénoncée à n'importe quel moment, limitant par là considérablemen T • engegement de paix ».
IONALE 29 toutes les commissions de salaires étaient tombées d'accord pour accepter qu'une commission de négociation commune mène les négociations pour toutes les sections régionales (FAZ, 21-1-69). Arendt, du Syndicat des mines, n'excluait pas à la fin de février qu'il faudrait encore, avant l'exoiration des conventions en cours, négocier des améliorations des revenus, mais il n'exigeait alors qu'une prime de fidélité ayant un caractère de capital épargné et l'introduction d'une gratification pour tous les ouvriers du fond.
L'I.G. Metall (Syndicat des métallurgistes) menait au sommet, à huis clos et en ignorant complètement les membres et la plupart des militants, de soi-disant nénociations globales dont Brenner (son secrétaire) ne put faire accepter le résultat dans un vote décisif de la direction que par 14 voix contre 8 grâce au concours de ses chefs de service dans le comité directeur. (Frankfurter Rundschau, 4-8-69.)
En général, on formulait des revendications électoralement admissibles (protection contre les effets de la rationalisation, protection des délégués, salaire mensuel congé, paiement des salaires en cas de maladie, primes de fidélité, etc.), tandis que l'on évitait des déclarations dures pour des hausses de salaire.
* Les patrons hésitants n'étaient pas trop mis au pied du mur pour ne pas compromettre inutilement la lutte électorale par des propos durs sur les salaires. Peutêtre les syndicats tenaient-ils compte des S.P.D. * (Süddeutsche Zeitung, 10-9-69). « SAUVAGES »
Dans leur ardeur à précéder les - sauvages », la plupart des syndicats ne tenaient presque plus compte de - l'action concertée •. Le 9 septembre 1969, le Handelsblatt se plaignait que les syndicats se comportaient comme - s'il n'y avait jamais eu de politique salariale et • d'action concertée » dans laquelle ouvriers et patrons arrivaient encore récemment à une • compréhension collective ›.
En outre la hiérarchie des salaires qui était voulue par les patrons et acceptée par les syndicats était partout considérablement ébranlée. Ainsi la direction syndicale reprenait, plus ou moins de bon gré, des revendications qui avaient été formulées pendant les grèves sauvages, telles
(3) Obligation Juridique de maintenir la paix sociale Dendant la validité d'une convention cal. lective, pénalisable par des amendes énormes au gyndicat s'il déclenche une grève cours cette période. (En 1957-58, l'IG Metall fut condamné à 100 millions de D-Mark pour 100 jours de grève au Schleswig-Holstein.)
que diminution des différences de salaire, partiellement en relevant les salaires au niveau des entreprises ou des régions aux salaires les plus élevés, partiellement en réduisant ou en supprimant les catégories de salaire les plus basses. La revendication d'un relèvement uniforme et non proportionnel était aussi partiellement reprise.
De plus, pour regagner le contrôle sur les grévistes, le syndicat des mineurs empêchait les directions d'entreprise de payer les jours de grève pour couper toute envie
RETABLIR LE
Tous les intéressés — des organisations patronales aux syndicats en passant par le gouvernement fédéral - s'efforcent de sortir de la situation instable créée par les grèves de septembre et de reprendre contrôle de la situation.
Les premiers, les patrons - non sans s'instruire auprès du syndicat des mineurs - tirèrent • les leçons des grèves sauvages. Incontestablement la plus importante pour les patrons, c'est qu'il ne faut pas céder sans résistance aux revendications appuyées par des arrêts de travail illégaux. Sinon on encourage les ouvriers des autres entreprises et régions à suivre l'exemple donné par leurs collègues. Si, de plus, les ouvriers sont payés pour le temps de travail perdu — un avantage qui n'a jamais été accordé lors d'une grève légale - il ne reste chez les ouvriers aucune trace de mauvaise conscience de mauvaise conscience pour participation a des grèves illégales. Les patrons doivent penser que toute résistance à des grèves sauvages finalement paie. Lorsque les ouvriers escompteront qu'en participant à des grèves illégales ils seront menacés de perdre tout revenu, ils réfléchiront trois fois avant de cesser le travail. Une résistance ferme peut ainsi couper très vite la lutte ouvrière. - (I.K., 9-5-70.) Dans un exposé présenté à l'Institut d'économie mondiale • de l'Université de Kiel au début de l'été de cette année, Brenner tirait des conclusions sur le plan de la politique contractuelle. Dans son exposé ressortait le double dilemme devant lequel se trouvaient les syndicats en politique contractuelle. Comme les syndicats revendiquent une planification souple de
Le S.P.D. s'efforça de se soustraire jusqu'aux élections partielles du 14 juin à la pression de certaines parties de la bourgeoisie pour freiner • l'explosion des salaires » et pour soulager le marché du de nouvelles grèves chez les sauvages. chez les En outre il répandit • la nouvelle que les grévistes n'auraient plus d'assurance contre la maladie et les accidents passé minuit... - (FAZ, 12-9-69).
Le syndicat des métaux se comportait impitoyablement envers ses plus grands adversaires, les dirigeants de la grève chez Brenner Klöckner-Hütte, qui — avec certaines limitations - formèrent provisoirement en quelque sorte une • direction de rechange », en les excluant du syndicat. CONTROLE toute l'économie (programme fondamental) et, par conséquent, soutiennent le plan Schiller, il leur est difficile d'argumenter contre une politique de • planification • des revenus. Ils sont prisonniers de leur propre conception d'une planification dans une économie capitaliste.
Brenner déclare • que les syndicats ne s'opposent pas en principe à l'intégration des salaires et traitements dans une telle planification de toute l'économie, comme c'est à peu près le cas du projet actuel du gouvernement fédéral. L'important, c'est de reconnaitre les limites de la planification économique dans un système économique basé essentiellement sur le marché. Conclusion finale : * Aussi, dans le cadre d'une orientation de toute l'économie, pas de lien de la politique contractuelle à des données ou des directives d'orientation, mais au contraire efforts plus soutenus pour organiser cette politique de façon si souple qu'il soit possible de réagir, plus que par le passé, aux changements des conditions économiques.
Ceci signifierait toutefois organiser la politique contractuelle avec plus d'efficacité, c'est-à-dire la rendre plus proche des entreprises, y incorporer plus d'éléments qui ont été formulés par la base. Cette conclusion qui devrait donner à la base plus d'influence sur la politique contractuelle, Brenner la limitait pourtant aussitôt, juste au moment où il y avait une lutte massive en Hesse dans l'industrie chimique pour une politique contractuelle plus proche des entreprises, en lançant une mise en garde contre un danger d'atomisation de la force syndicale. travail, même au .. risque d'une baisse de l'emploi. > (Sonder-Gutachten, mai 1970.) Schiller fut envoyé faire une cure.
Après les élections partielles des trois Länder, le S.P.D. a abandonné sa tactique
UN TOURNANT DE L'I.G. METALL
UN TOURNANT DE L'I.G. METALL prudente. - Ou bien les syndicats, après la forte hausse des salaires de 15 % des douze derniers mois, limiteront volontairement leurs revendications prochaines ou bien on sera obligé de réduire la demande sur le marché du travail pour que la position des salariés ne soit plus aussi forte dans les négociations que maintenant où il y a huit offres pour une seule demande sur le marché du travail », avertissait Klase de la Bundesbank (FAZ, 11-6-70).
Brandt déclarait le 2 juillet que • les représentants du D.G.B. ont abandonné leur résistance aux plans d'augmentation des impôts. • (F.R., 3-7-70.)
Le S.P.D. a pu ensuite faire passer ses projets au sujet de la conjoncture au Bundestag avec les voix des députés sociaux-démocrates appartenant aux syndicats. Les événements récents à Bonn ont une signification importante pour deux raisons : d'abord, c'est la première fois qu'un gouvernement S.P.D. essaie d'empêcher la classe ouvrière de mettre à profit une situation avantageuse sur le marché du travail ; ensuite ces mesures étaient un test pour voir à quel point on pouvait s'attendre à d'amples grèves sauvages.
Le petit nombre de grèves qui suivirent donna à la direction l'idée que • précisément les organisations ouvrières devraient exprimer le mécontentement prochain dans les entreprises par des protestations publiques afin de le capturer. * (FAZ, 14-7-70.)
En plus de la propagande générale sur le fonctionnement du néo-capitalisme et l'attitude d'intégration et de loyauté au système de la social-démocratie et des directions syndicales, sans laquelle le système ne fonctionnerait pas, nous devons dans notre travail d'entreprise et syndical nous concentrer sur les points de rupture dans la politique contractuelle des syndicats, qui ont été formulés à la base pendant et après les grèves sauvages :
- démocratisation des syndicats,
- le syndicat aux syndiqués,
- les syndicats hors de « l'action concertée »,
- vote dans les entreprises sur les projets de conventions collectives,
- échelle mobile des salaires,
- convention des salaires,
- convention sans durée précise,
- abolition de l'obligation de maintenir
Après ce test, dans une interview le jour précédent la 17° • action concertée », Brenner pouvait déclarer que • l'on n'avait pas, pour diverses raisons, tenu compte de l'augmentation des impôts dans les revendications de salaire. > (FAZ, 18-7-70).
Quoique la bureaucratie ait largement absorbé le choc produit par les grèves sauvages et repris en partie les choses en main, la direction du syndicat des métallurgistes prend néanmoins ses distances pour les négociations salariales de septembre 1970. La décision de mener ces négociations sur le plan régional n'est pas seulement une conséquence de la critique de la précédente négociation. Brenner veut éviter, d'une part, de se lier à nouveau par des directives salariales et, d'autre part, de devoir intervenir publiquement contre • l'action concertée •. C'est pourquoi la formulation du montant et du caractère des revendications est laissée cette année formellement aux régions qui, selon les statuts, sont autonomes dans ces questions. A une certaine étape des négociations, la direction centrale pourra toujours en reprendre le contrôle.
Les pressions, d'une part, de la bourgeoisie et de ses représentants politiques, obligés de combattre les augmentations de salaire, d'autre part, de l'I.G. Metall pour conclure un accord qui ne soit pas trop en-dessous de ce qu'ont obtenu au printemps les autres syndicats, sont soumises à une dynamique propre. la • paix du travail » pendant la durée des conventions collectives,
- augmentation uniforme et non proportionnelle des salaires,
- abolition des catégories de salaire les plus basses.
- adaptation des salaires sur les plus élevés,
— égalité totale entre ouvriers et employés,
— contrôle de la formation professionnelle par les syndicats et les représentants élus des apprentis,
- protection de ces représentants des epprentis contre les licenciements,
— accroissement des droits pour la jeunesse au sein des syndicats.
La tâche suivante sera de jeter un pont pour assurer la compréhension et le rapport entre ces revendications et la revendication du contrôle ouvrier.