Que sont les * délégués d'atelier = ou, pour être plus précis, • d'unité homogène de travail > (chaine, équipe, etc.) surgis dans de nombreuses usines italiennes au cours des luttes ouvrières qui ont culminé dans l'automne chaud de 1969? D'après
Rassegna Sindacale, organe de la C.G.I.L., les délégués sont potentiellement • une nouvelle structure de l' • autonomie = de la classe ouvrière, du pouvoir contractuel articulé, de la représentation homogène d'intérêts, de la poussée organique à l'unité... Les délégués peuvent devenir le réseau de base, le levier de masse et le nerf de classe d'un mouvement syndical rénové et uni. = (1).
Si on analyse cette définition, on se rend compte que les délégués ne sont pas encore quelque chose de défini, qu'ils sont surtout un sujet de heurt entre ceux qui voient en eux l'instrument d'une nouvelle articulation des syndicats dans l'usine et ceux qui voient en eux une fonction nouvelle, d'organes destinés à affronter la condition ouvrière dans son ensemble, à l'intérieur et à l'extérieur des grilles de l'usine, capables de constituer l'ossature d'un mouvement de masse qui se bat pour des mots mots d'ordre transitoires, instances effectives de pouvoir ouvrier.
Pour ce qui est de la solution vers laquelle est porté le syndicat, la première naturellement, la résolution citée révèle toutes les potentialités de la seconde quand ene parle en terme d' • autonomie de la classe ouvrière = (l'appropriation du langage spontanéiste n'est pas seulement une concession verbale, mais la reconnaissance du caractère spontané de l'élection des délégués dans de nombreuses usines) : il faut noter, en même temps, que la C.G.I.L. est toujours dans une position contradictoire, à partir du moment où elle théorise les délégués comme • nerf de classe dans un mouvement syndical rénové et uni » et que, dans la pratique, au contraire, elle insiste spécialement sur l'élection des délégués sur des listes syndicales opposées.
La voie de la réunification syndicale en Italie, semble encore longue et difficile. C'est pour cela que les différents syndicats ne veulent pas perdre la bonne occasion d'avoir chacun leur propre instrument d'articulation dans les usines. Mais cette tentative est vraisemblablement destinée à augmenter les contradictions entre bureaucratie syndicale et ouvriers. Les ouvriers, dans les luttes de l'automne ont vu la force de l'unité et ne comprennent pas, maintenant, le pourquoi de nouvelles oppositions non seulement au sommet, mais à la base aussi. L'appel à l'unité est tellement fort qu'il ne faut pas exclure, dans le cas d'une réunification syndicale à brève échéance, que l'enthousiasme pour un tel événement puisse — même si c'est seulement temporairement — désarmer encore plus les ouvriers face à la rhétorique des dirigeants, et ainsi de les rendre moins capables de définir leurs critiques face aux programmes réformistes ; mais, à l'opposé, la situation italienne n'arrive pas à trouver de débouché stable, les contrastes sur les grandes questions économiques et politiques restent ouverts dans tous les domaines et à tous les niveaux et explosent encore dans le domaine syndical, entre les confédérations et à l'intérieur même de chaque confédération.
C'est une dernière raison pour pousser avec force au développement du mouvement des délégués d'atelier, entendus comme organismes qui doivent • permettre de consolider et de concrétiser les nouveaux rapports de force créés dans les usines, de fournir aux ouvriers un instrument de lutte et de contrôle, constituer des groupes homogènes et organiques de direction des luttes anti-capitalistes et antibureaucratiques. Les délégués devront être élus au nombre de 1 par équipe ou par atelier dans une proportion de 1 pour 30 ou 50 au maximum, sans liste préalable établie d'après la qualité politique ou syndicale. Les élus devront être soumis au contrôle constant des électeurs et seront révocables à tout moment sans formalité particulière. Les conseils de délégués devront établir un minimum de normes de fonctionnement, être complètement autonomes par rapport aux syndicats, élire en leur sein, parce qu'ils seraient trop nombreux pour un fonctionnement collégial permanent, un comité de liaison, chargé de
(1) Cahiers de Rassegna Sindacale n° 24 (année VII. décembre 1969, p.
QUATRIE traduire en pratique les décisions prises, de convoquer régulièrement les réunions, de proposer l'ordre du jour des réunions plénières (2).
En ce qui concerne les positions des groupes ouvriéristes, elles n'apportent auelles n'apportent aucune contribution à l'approfondissement du problème : bien qu'avec des accents légèrement différents Potere Operaio et Lotta Continua nient toute fonction autonome aux conseils par rapport aux syndicats et en conséquence de cela et de leur thèse sur * syndicat = patron •, ils s'élèvent contre la naissance et l'existence de ces instruments de lutte. Les principales positions sur l'avenir des délégués — sur lesquelles il faudra revenir — étant exposées, voyons ce que sont les délégués aujourd'hui et dans quel cadre s'inscrit leur action. Avant tout, comment sont-ils nés ?
• A la Fiat, les délégués sont nés de trois façons différentes : aux Presses sud et dans d'autres usines, les délégués d'équipes sont nés au cours de la lutte. Peu après la lutte, des délégués ont été élus par les équipes. Enfin sur les chaines sont nés les experts ou délégués de chaine. Ces derniers sont tout à fait différents des délégués d'équipes élus et révocables par les assemblées, car ils ont été élus par les organisations syndicales (un expert pour mille ouvriers pour chacune des quatre organisations syndicales). Les experts ou délégués de chaine, plus que délégués, sont une espèce de commission interne [équivalent du Comité d'entreprise, N.d.T.] élargie, en fait ils sont en charge pendant la même durée que la Commission Interne = (3).
Dans d'autres usines, se sont produits avec quelques variantes un ou plusieurs des cas de la Fiat. Là où les délégués sont nés au cours de la lutte, ils ont été tout de suite confrontés au problème de la coordination en Conseil et de l'élaboration de mots d'ordre qui iraient au-delà du simple schéma revendicatif; là où ils ont été élus à l'initiative des syndicats, durant ou après la lutte, des épisodes différents d'une usine à l'autre se sont produits : élections sur listes syndicales opposées ou sans listes ; mandat à échéance ou révocable, définition des devoirs ou représentation d'ensemble des exigences des ateliers. Là où les délégués ont été acceptés par la direction de l'usine, ils cherchent en plus à développer un contrôle spécifique de l'application des accords : vérification des temps de travail, analyse des conditions de sécurité, etc.
Pour se rendre compte concrètement de la première variante (délégués d'équipes élus en assemblée au cours des luttes) lisons les cinq points du programme de
ME INTERNATIONALE délégués d'équipes de l'Usine Auxiliaire Fiat :
1. Tout déplacement, tout changement imposé à un ouvrier est suspendu si le délégué met son veto ;
2. Toute imposition de tours ou d'heures supplémentaires peut être suspendue par le délégué qui remet la décision à l'assemblée des ouvriers ;
3. Toute initiative de la direction sur les augmentations de primes, les catégories, les paiements par poste peut être suspendue par le délégué qui demandera la décision de l'assemblée des ouvriers :
4. L'assemblée des ouvriers et elle seule doit décider du degré de danger et d'insécurité du travail et mettre en avant des propositions par la voie du délégué afin de diminuer le danger par le ralentissement des cadences, l'augmentation des salaires et l'augmentation des pauses ou la modification technique de l'atmosphère de travail ;
5. L'assemblée, à travers • les délégués doit exercer le contrôle sur le travail aux pièces. Toute proposition de la part de la direction concernant un changement technologique et organisationnel peut être suspendue par le délégué et portée devant l'assemblée des ouvriers qui établira si un tel changement technologique sacrifie ou diminue les intérêts des ouvriers et décidera en conséquence (4).
Naturellement un programme de ce type présenté par les délégués des auxiliaires comme - contrôle ouvrier sur les conditions de travail », ne peut être aujourd'hui une concession du patronat, mais doit s'imposer, point par point, par la lutte. • Le mouvement des délégués - affirme le Giornale cité du 12 septembre 1969 - doit se déplacer sur sa propre ligne : cette ligne est celle du contrôle ouvrier sur les conditions de travail. Mais pour être un mouvement, le mouvement des délégués ne peut rester fermé à l'intérieur d'une section de la Fiat, d'une seule usine. Il doit être lié aux ouvriers des autres usines, il doit être lié à l'organisation des ouvriers dans les quartiers où il est nécessaire de lutter contre les patrons et de contrôler les loyers. C'est-à-dire que le mouvement des délégués doit prendre racine dans toutes les usines et doit agir dans toute la société. Dans ce sens le mouvement des délégués ne doit pas être seulement une forme de syndicalisme d'usine, mais une organisation de toute la masse ouvrière,
(2) Du document du Ille Congrès de Iniziativa
Operala, dans Bandiera Rossa (nº 4 mai-juin 1970).
(3) Du Journal des Délégués de Turin (12 septembre 1969).
(4) Appel distribué en juin 1969.
c'est-à-dire une sorte d'Etat des ouvriers que ceux-ci organisent contre l'Etat des patrons dans toutes les usines et dans toute la société. »
Deuxième variante : délégués reconnus par la direction et élus par initiative syndicale. Nous donnons ci-dessous quelques extraits du rapport du syndicaliste Carlo Perna sur la Montedison de Porto Marghera (Venise), publié dans le Cahier n° 4 déjà cité de Rassegna Sindacale.
....En général, on n'a pas assisté à une formation • spontanée • des délégués, mais celle-ci a été sollicitée par les positions du syndicat sur l'articulation et sur les perspectives, en référence aux négociations d'atelier. Le phénomène des délégués est désormais présent dans l'ensemble des usines chimiques de Porto Marghera, exception faite des petites, bien qu'avec des niveaux de participation et de assez différents d'une usine à
• ... En général les délégués ont été élus par vote à main levée ou secret au niveau de l'atelier, et choisis sur la base de la confiance et des capacités des individus. Beaucoup de ceux-ci sont des militants syndicaux, mais la majorité sont de simples travailleurs qui découvrent pour la première fois l'organisation syndicale... Si sur le plan théorique le rapport entre assemblée, organe délibérant sur les choix d'ordre général, et Conseil des délégués, organe à tendance exécutive, est assez clair, en fait dans quelques cas s'affirme une tendance erronée, qui concentre les décisions dans le Conseil, reléguant l'assemblée dans une pure fonction de ratification des choix effectués... L'assemblée par atelier n'existe pas dans les faits, et à sa place se déroule plus une consultation sur le plan individuel qu'une discussion et donc une élaboration et une confrontation sur le terrain de la participation collective. Cette limite est probablement très liée aux contenus que les délégués expriment aujourd'hui, c'est-à-dire la gestion de la lutte, mais il ne fait pas de doute que cela sera surmonté par un approfondissement de l'expérience faite jusqu'ici..
En réalité, les choses se passèrent un peu différemment : à Porto Marghera, dans la phase précontractuelle et dans les premières semaines de lutte pour les contrats, l'écart entre la combativité ouvrière et le bureaucratisme syndical apparaissait assez clairement et les ouvriers s'étaient organisés, de manière plus décidée qu'autre part, dans un comité de base (qul regroupait des éléments de toutes les principales usines chimiques de la zone) qui avait été capable d'organiser des manifestations massives et d'Imposer son point de vue à des assemblées de 5 à 6.000 ouvriers. Les syndicats
IONALE 21 lancèrent la campagne pour l'élection des délégués comme une tentative de récupération d'une situation qui leur échappait et le résultat fut double : d'une part, les ouvriers montraient une certaine méfiance visà-vis de ces instruments (c'est pourquoi les assemblées d'atelier étaient presque vides). d'autre part, les syndicats ne pouvaient pas imposer des mesures comme l'élection sur des listes opposées, le mandat à échéance fixe, la limitation des devoirs à remplir. Le délégué naquit ainsi, comme terrain de lutte favorable pour une bataille anti-capitaliste et anti-bureaucratique; la résistance des ouvriers à le reconnaitre comme tel était déterminée en grande partie par le fait que, plus qu'autre part, les groupes ouvriéristes (en particulier Potere Operaio) pouvaient compter sur la collaboration étroite de quelques ouvriers bien connus pour leur combativité, porte-voix d'un spontanéisme ouvrier effectif assez répandu par réaction aux bureaucraties, et capables de canaliser l'insatisfaction et les critiques des ouvriers envers les directions, dans l'acceptation du mythique • refus total de la délégation =, de l' • autonomie - comprise de façon abstraite et en dernière analyse désorganisatrice. Mais, maintenant, le problème se pose à nouveau : le comité unitaire de base a vu ses fonctions décliner avec l'arrêt de la lutte contractuelle; les délégués restent avec les caractéristiques dont nous avons parlé : ils peuvent être réduits à une simple articulation du syndicat dans l'usine, ils peuvent acquérir une fonction de double pouvoir. Ce n'est pas seulement le problème de Porto Marghera : de nombreuses autres usines se trouvent dans cette situation. La Rhodiatoce de Pallenza est une de celles-ci où les syndicats ont été contraints, par l'ampleur des luttes ouvrières, à accepter le délégué comme instrument élu par les ouvriers en dehors des listes syndicales, toujours révocable et avec des devoirs non Institutionnalisés. Un syndicaliste de la C.G.I.L., Gustavo Ricci, dans le Cahier n° 24, conclut ainsi sa note sur l'expérience des délégués dans cette usine : • Je retiens que le délégué d'atelier est un important instrument de • double pouvoir » que les travailleurs italiens se donnent dans ces mois de grandes luttes dans notre pays. C'est un instrument important, qui ne peut pas être • freiné • par le syndicat, mais qui doit être au service des travailleurs, recomposés en entité de classe ; et surtout on ne doit pas limiter son action et son intervention. >
Une expérience différente de la seconde variante : la Marzotto. Voyons le document voté par les Comités syndicaux d'atelier des trois établissements de l'ensemble lainier (Valdagno, Maglio, Trissino) au congrès unitaire qui s'est tenu à Recoaro le 11 octobre 1969.
• 1. Les comités d'atelier doivent remplir un rôle complètement syndical, avec une autonomie contractuelle totale sur tous les aspects des rapports de travail dans l'atelier, utilisant dans la gestion de leur pouvoir l'exercice de la grève;
• 2. Cette structure syndicale de base, le comité d'atelier doit opérer dans le cadre des choix du syndicat et en liaison avec les autres instances syndicales de l'usine et de la catégorie...
• 6. Le congrès décide la constitution d'un comité syndical de coordination, composé d'un représentant de chaque section syndicale d'usine (S.A.S.) pour chaque établissement, qui a le devoir de diriger les activités des comités d'atelier... »
Naturellement les comités d'atelier de la Marzotto, reconnus par le patron, ont des devoirs bien définis : vérifier et contrôler l'application des systèmes de travail aux pièces et les charges consécutives de travail ; signaler, par l'intermédiaire de la commission interne, à la direction de l'usine tous les problèmes concernant les conditions et les rapports de travail dans l'atelier. Les délégués doivent rester en charge pour deux ans.
La constante que l'on trouve dans tous les exemples considérés jusqu'ici est donnée par le rapport plus ou moins de soumission aux syndicats - définition maximale ou minimale des devoirs du délégué. C'est un rapport faux, si la solution est recherchée seulement dans la délimitation des compétences dans les rapports avec la commission interne. Aris Accornero écrit : * Un équilibre raisonnable entre expérimentation de compétence et codification de rôle est nécessaire. L'essentiel est de ne pas se faire détourner dans les deux camps par une volonté malsaine d'institutionnalisation (5) -. Il est certain qu'un instrument qui - sauf le droit de révocabilité - est institutionnalisé a un plus grand pouvoir d'intervention. Mais là le problème se pose des contenus de cette intervention et de la possibilité pour le patron de les supporter. Il faut donc garder présentes deux phases de la lutte : celle dans laquelle le programme des délégués, encore substantiellement revendicatif, même s'il substantiellement contient des germes de dualité de pouvoir, peut être imposé à la direction sans qu'on en arrive nécessairement à la bataille décisive, et une seconde phase dans laquelle le couronnement organique des conquêtes arrachées se présente clairement aux ouvriers seulement sous la forme de la prise du pouvoir. A ce point les délégués n'auront besoin d'aucune investiture officielle, puisque leur action sera déjà complètement et consciemment dirigée vers l'expropriation des patrons : à ce point le
EME INTERNATIONALE Conseil des délégués récupérera l'expérience historique des soviets et se posera comme instrument de la dictature du prolétariat, basé sur la volonté révolutionnaire de la majorité des ouvriers.
Dans la phase actuelle, le programme de lutte de la classe ouvrière italienne doit tenir compte du fait que nous ne sommes pas encore au moment de la bataille d'ensemble, que l'on a encore besoin de conquérir des conditions de travail meilleures et des positions de force à l'intérieur de la structure économico-sociale actuelle, conquêtes qui donnent confiance aux ouvriers, qui les poussent à l'organisation unitaire de base toujours plus décisive, qui produisent un saut qualitatif dans leur conscience de classe, qui déplacent de manière décisive les rapports de force et accélèrent la crise du capitalisme. Les nouveaux instruments de lutte anti-capitaliste et anti-bureaucratique devront donc se donner un programme axé sur les points suivants (6) :
- défense des conquêtes salariales, par l'imposition d'un nouveau système d'échelle mobile valable pour toutes les catégories, basé sur les indices représentatifs des dépenses réelles des familles ouvrières, indices qui doivent être contrôlés par les ouvriers :
- lutte contre l'intensification des cadences, pour la réduction de l'horaire de travail et une augmentation conséquente du salaire, refus des heures supplémentaires e: du mécanisme des primes et imposition de pauses prolongées pour les travaux lourds et dangereux:
- lutte contre la fragmentation des travailleurs, contre les accords qui accentuent les niveaux de rétribution, contre la cristallisation des catégories, des paiements de poste ou de place, pour des augmentations toujours égales en chiffre absolu et comprises dans le salaire de base.
Ce programme est mis en avant par tous les canaux possibles : délégués, là où ils existent ; organisations syndicales à base ; intervention externe là où ne s'est pas encore formée une avant-garde ouvrière suffisamment mûre pour réussir à mettre en avant un tel programme ou bien là où le contrôle de la bureaucratie syndicale est plus serré et ne laisse pas de place aux débats intérieurs.
Il serait toutefois absurde de cristalliser une des situations et de se fermer ainsi l'une ou l'autre des voies possibles : la
(5) A. Accornero, • | commissari di reparto nel secondo dopoguerra • dans Quaderno n° sité. p. 129
(6) Cf. le document du Ille Congrès de Iniziativa Operala cité.
situation est assez mouvante, et si d'un côté les délégués peuvent devenir le principal instrument de lutte pour ce programme, à son tour la lutte pour ce programme peut et doit causer une autre vague d'élections de délégués dans les usines où ils ne sont pas encore apparus, et leur transformation dans les usines où ils ont un rôle subordonné dans les rapports avec les directions syndicales.
L'expérience de la Fiat (et en particulier de la Mirafiori) doit être étudiée attentivement : la tentative des bureaucrates d'utiliser les délégués se heurte constamment, non seulement à l'opposition des délégués révolutionnaires militants de la section italienne de la IVe Internationale ou de Iniziativa Operaia, et à l'opposition des délégués militants du P.S.I.U.P. (qui à Turin sont sur des positions critiques de gauche), mais surtout elle est contestée du fait que, dans les dernières semaines, face à un attentisme défensif et contradictoire de la part des syndicats, ce sont une fois de plus les délégués qui ont pris l'initiative, qui ont conduit la lutte et en ont déterminé ses formes et son contenu. Le rôle des délégués de la Mirafiori doit se vérifier dans le rôle que les délégués devront remplir dans toutes les grandes usines italiennes. En même temps, la conscience de l'ampleur du conflit devra progresser, dépasser l'atelier, l'usine, les frontières nationales.
Les . ouvriers de l'Italsider de Tarante militants d'iniziativa Operaia (7) écrivent dans leur document pour le Congrès national des Métallurgistes FIOM-CGIL :
• Face à l'unité organique du capitalisme au niveau international, il est impossible de continuer à combattre en ordre dispersé, divisés, sans coordonner l'attaque. Il était possible bien qu'erroné de conduire la lutte dans l'isolement national quand les luttes étaient seulement défensives, quand elles visaient à compenser l'augmentation des prix par une augmentation salariale. Mais, aujourd'hui, dans toute l'Europe la classe ouvrière veut changer radicalement les rapports de force. On ne peut pas dire qu'elle veut le pouvoir aujourd'hui dans son ensemble (en général elle ne se pose pas clairement des objectifs politiques), mais elle veut des changements des conditions de travail, des horaires, des salaires réels, des conditions de vie, des rapports de travail, etc. qui — même si aujourd'hui la •majorité des ouvriers n'en a pas conscience - pour se réaliser doivent pousser constamment à la remise en cause du capitalisme et du pouvoir d'Etat bourgeois. -
10 Juin 1970.
(7) A Tarante, comme a Bari les groupes adhérents a Iniziativa Operala ont pris le nom de Per l'Unità Operaia.