Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 44

L'exclusion de Dubcek

Quatrième Internationale, n° 44 · juillet 1970 · p. 8-9 · 880 mots

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Coexistence pacifique avec le capitalisme, pas de coexistence pacifique tout ce qui a pu, volontairement ou non, ouvrir la voie à la démocratie socialiste dans un Etat ouvrier. C'est ce que les staliniens de Prague qui n'existent que par la présence des chars soviétiques dans leur pays viennent de démontrer par l'exclusion de Dubcek du Parti Communiste.

Quel chemin parcouru : emprisonné lors de l'entrée des troupes le 21 août 1968, il fallut le chercher dans sa geôle et le ramener au pouvoir... pour qu'il apaise les masses. Le calme rétabli, il restait à « rétablir l'ordre », selon Moscou. Aussi fallait-il le moment venu éliminer Dubcek du secrétariat du Parti. Des incidents vinrent à point pour le faire. L'opération continua, Il ne fut olus membre du C.C., il fut nommé ambassadeur dans un pays où cela n'avait aucune signification politique. Dubeek n'avait contre lui que ce passé du « printemps de Prague » dans lequel il s'était imprudemment embarqué; il n'avait rien fait de nouveau mais les sanctions s'ajoutent jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le néant.

Il n'a rien fait, il n'a rien dit : mais c'est précisément là le crime qui vient s'ajouter à so responsabilité dans le « printemps de Prague », le crime de refuser de faire son « autocritique ». Car, depuis des mois, Dubeek ne procède pas à « l'aveu » qu'on exige de lui. Le vieux système stalinien se révèle ainsi : il ne suffit pas d'être « coupable » (comme il l'entend), il faut encore se reconnaître coupable.

A Prague, la clique stalinienne est déchaînée par la peur qu'elle a éprouvée pendant les quelques mois du « printemps » de ce pays. Mais elle ne parvient quand même pas à obtenir ce qu'elle veut, y compris d'hommes comme Dubcek qui ont pourtant été fabriqués dans l'appareil et qui n'avaient aucune prédisposition à lui résister.

L'exclusion de Dubcek a été, on ne peut en douter, dictée du Kremlin. La direction du Parti communiste italien a élevé une protestation. A ce jcur (28 juin), elle est pensons-nous - la seule direction de parti qui l'ait fait. La direction du P.C.F. a fait publier, en première page de l'Humanité, la dépêche d'agence de presse annonçant l'exclusion dans un encadré sans le moindre commentaire. Les Marchais et Cie diront en termes mesurés qu'ils ne peuvent intervenir dans les affaires des partis frères.. En cas de répression il vaut miéux être membre d'un Parti communiste d'un pays copitaliste que d'un Etat ouvrier, car la solidarité internationaliste s'arrête aux frontières du « camp socialiste » pour les dirigeants de ces partis.

L'exclusion de Dubcek n'est qu'un témoignage des conditions auxquelles est soumis le peuple tchécoslovaque. Tout est « normalisé » : institutions d'enseignement, télévision, radio, cinéma, littérature... Les choses sont poussées jusqu'à la farce : le C.C. du Parti n'a-t-il pas révoqué Dubcek du poste de député auquel il a été élu par un vote ¿cpulaire à près de 100 % ? Mais, ira-t-on jusqu'à recommencer des « procès » ? Ce n'est certainement pas l'envie qui manque aux staliniens, mais pour être utiles, les procès doivent être publics, et il n'est pas facile de les tenir avec des « accusés » qui non seulement ne sont pas disposés à « avouer » mais qui seraient prêts à utiliser la salle du tribunal pour retourner les accusations contre les agents du Kremlin.

Le peuple de Tchécoslovaquie aujourd'hui paye lourdement pour les frayeurs qu'il avait infligées aux bureaucraties et notamment à la bureaucratie du Kremlin. Mais son échec ni la répression que les bureaucrates affolés exercent n'enrayeront longtemps la marche du temps. A Moscou au cœur même du système bureaucratique - - on a revu le buste de Staline que ses successeurs veulent tout de même un peu « réhabiliter ». Mais, en même temps, il a fallu libérer d'un hôpital psychiatrique le biologiste Jaurès Medvedev. Ce savant qui avait critiqué la politique du Kremlin en matière de relations scientifiques internationales, fut déclaré atteint de schizophrénie parce que, ce faisant, il traitait de questions ne relevant pas de sa spécialité scientifique ! L'incarcération dans un hôpital psychiatrique n'est pas un accident, l'erreur d'un bureaucrate zélé, c'est une politique délibérée du Kremlin. C'est le sort qui a été fait entre autres au plus notoire des oppositionnels de gauche, le général Grigorenko.

Dans le cas de Jaurès Medvedev, la bureaucratie du Kremlin ne s'est pas heurtée seulement aux protestations habituelles, comme celle de très haute tenue de l'écrivain Soljenitsyne ; elle a eu affaire aux plus hautes instances du monde scientifique soviétique. Celui-ci dispose de privilèges matériels et aussi de « privilèges » d'informations qui sont d'ailleurs indispensables à son activité scientifique.

La mesure qui avait été prise contre J. Medvedev montre les difficultés à tracer une ligne entre les informations et les discussions permises aux savants d'une part et les informations et discussions en général. L'intervention en faveur de Medvedev par ses pairs ne visait nullement à mettre en cause le régime bureaucratique; c'était seulement une partie de l'establishment soviétique défendant ses privilèges particuliers. Mais le recul de l'appareil politique soviétique, si médiocre, si méprisé, y compris par les autres catégories de la bureaucratie, ne pourra que constituer un encouragement à l'opposition qui grandit en Union Soviétique.

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