Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 43

Récession économique aux Etats-Unis...

Quatrième Internationale, n° 43 · mai 1970 · p. 6-7 · 803 mots

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Tous les indices confirment qu'une récession économique — pour le moment modérée — a frappé l'économie américaine. La production industrielle diminue depuis huit mois, le volume de la construction depuis près d'un an. Le produit national brut après avoir baissé pendant le dernier trimestre de 1969 est en baisse pour le premier trimestre 1970. Les bénéfices des sociétés sont en baisse sérieuse : plus de 10 % en un an. Le chômage est en augmentation : il est passé de 2,5 % de la main-d'œuvre en mai 1969 à 3,5 % en décembre 1969, 3,9 % en janvier 1970, 4,2 % en février et 4,4 % en mars (près de 4 millions de chômeurs officiellement reconnus). Les syndicats américains accusent l'administration Nixon de vouloir atteindre un taux de chômage de 6 % avant la fin de 1970 si la politique déflationniste se poursuit.

Les stocks continuent à augmenter, même si les ventes de détail ont augmenté plus fortement que les stocks en mars 1970. Ce n'est d'ailleurs pas une cause de réjouissance pour les économistes bourgeois, car cela reflète la persistance de l'inflation. Les experts affirment qu'on peut s'attendre à une hausse des prix de détail de 4 % en 1970, contre une hausse de 6 % en 1969 ; certains en concluent un peu vite que «l'inflation a été battue ». Mais les taux des augmentations de salaires obtenues ces derniers temps par d'importants secteurs de la classe ouvrière - 14 % por les postiers après leur grève spectaculaire ! - donnent l'impression que le peuple américain a une vue fort différente.

Dans l'esprit du grand capital américain, la récession avait pour but de faire peser le chômage sur les salaires; ainsi, la hausse des coûts et la hausse des prix seraient jugulées. Abstraction faite des sources d'inflation que pareille récession ne toucherait guère, évidemment, comme le niveau exorbitant des dépenses militaires, l'endettement ultra-rapide des entreprises et des familles (toute la prospérité capitaliste est assise sur iune formidable masse de dettes).

Mais, dans la mesure où le coût de la vie continue à augmenter et où les syndicats et les travailleurs ressentent les effets de l'inflation plus durement que ceux du chômage, les revendications salariales continuent d'être importantes. Du même coup, l'administration républicaine se trouve placée devant un véritable dilemme : ou bien faire monter l'enjeu (c'est-à-dire viser un chômage si élevé qu'il obligerait les travailleurs à accepter une baisse des salaires réels), ou bien accepter une augmentation continuelle des coûts et des prix. Dans le premier cas risque d'éclater une crise sociale extrêmement grave (ce sont les Noirs, les jeunes et les femmes qui sont les plus frappés par le chômage). Dans le second cas, la position compétitive de l'impérialisme américain par rapport à ses concurrents étrangers risque de se détériorer de plus en plus (par exemple, en 1969, l'importation d'automobiles étrangères aux Etats-Unis a atteint 1,12 million de voitures, soit 11 % du marché intérieur des Etats-Unis).

Le dilemme est d'autant plus douloureux que la baisse des bénéfices des entreprises oblige celles-ci à prendre des mesures radicales de rationalisation et d'économie. Cela ne pousse pas seulement à l'accroissement du chômage, mais aussi à la réduction des investissements. Les dirigeants du capital américain peuvent craindre qu'il en résultera un nouveau désavantage pour eux par rapport aux condurrents européens et japonais.

Les capitalistes américains restent profondément divisés au sujet des priorités. Les uns veulent poursuivre la politique de déflation (celle de « l'argent cher »), pour juguler l'inflation, même au prix d'un chômage massif et d'une grave crise sociale. Les autres veulent éviter une récession grave et relancer « l'argent bon marché », c'est-àdire l'inflation, aussi vite que possible. On peut s'attendre à une lutte tenace entre deux tendances, qui finira par être tranchée en faveur de la seconde dès que le chômage crèvera un plafond déterminé.

Toute la question est de savoir quel sera ce plafond, à quel moment se produira le renversement de la politique de crédit, et à quel moment se feront sentir ses effets par une reprise de la production industrielle. La question est d'autant plus importante que les signes avant-cqureurs d'un arrêt du boom ouest-allemand commencent à se manifester.

Le capital-argent commence à se faire rare en Allemagne occidentale; la pression en direction d'une hausse des taux d'intérêt commence à se préciser. La hausse des prix s'accélère. Dans ces conditions, des mesures de resserrement du crédit et la récession se produiront sans doute en 1971. Les effets de la récession américaine aurontils cessé de se faire sentir à ce moment-là? L'économie impérialiste internationale évitera-t-elle encore une fois une récession simultanée aux Etats-Unis et en Allemagne occidentale ? C'est une question que les dirigeants du monde capitaliste se posent avec d'autant pius d'angoisse que certains experts avancent déjà l'hypothèse d'une récession japonaise en 1972...

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