Commencée dans les années 60 parmi les Noirs et dans la jeunesse, la vague actuelle de radicalisation aux Etats-Unis manifeste des signes indubitables d'expansion à d'autres couches sociales, y compris au mouvement syndical.
La radicalisation de la jeunesse a continué à se développer chez les étudiants des Universités et les lycéens dans le pays, notamment à propos de l'escalade de la guerre en Indochine, de la lutte des Noirs et des rapports de ces questions avec la structure et l'objet de l'éducation elle-même. Tandis que le courant de «Nouvelle gauche » représenté par la Students for a Democratic Society (S.D.S.), en s'efforçant de produire une sorte de pensée politique conséquente qui justifierait une opposition à la « vieille » théorie marxiste, fragmentait finalement dégénérait en divers groupuscules maoïstes et anarchistes, le mouvement étudiant dans son ensemble continuait de progresser. Une manifestation de ce processus a été la remarquable croissance du Student Mobilization Committee pour mettre fin à la guerre Vietnam. En même temps, un nombre grandissant d'élèves des lycées a commencé à lutter.
Une conséquence de la radicalisation de la jeunesse a été la naissance, au cours de l'année dernière, d'un grand nombre d'organisations de femmes concernées par le problème de l'oppression des femmes dans la société capitaliste. L'axe de ce mouvement qui manifeste des signes d'un puissant écho auprès des femmes américaines, est de défier l'institution familiale elle-même, une institution non seulement de la société capitaliste mais de toute société de classe. Ce mouvement a commencé à passer de la discussion à l'action sur certaines questions urgentes auxquelles les femmes ont à faire face, telles que le droit à l'avortement et la revendication de centres et de crèches donnant des soins dans la journée afin d'aider les mères qui sont au travail.
Le mouvement pour la libération des Noirs a contribué à faire naître des sentiments de lutte parmi d'autres minorités nationales, notamment parmi les indigènes américains (Indiens) et les Chicanos (Américano-Mexicains). Une récente conférence de la jeunesse chicano a rassemblé 2.500 jeunes qui ont lancé un appel au peuple Chicano pour qu'il cesse de soutenir le Parti Démocratique bourgeois et forme son propre parti indépendant. Des groupes pour la libération des femmes ont également pris naissance au sein des organisations noires et chicano.
Tout en étant fortement kureaucratisé, le mouvement syndical n'est évidemment pas imperméable à la radicalisation qui se poursuit dans d'autres secteurs. Chez les ouvriers se trouvent des Noirs, des femmes, des Chicanos, des jeunes. Dans quelques syndicats, Noirs ont formé des fractions noires qui, à la fois s'opposent presque partout à la bureaucratie syndicale et soulèvent les revendications les plus fortes auprès du patronat.
La progression d'un nouveau sentiment de militantisme chez les ouvriers a trouvé son expression pendant la grève de la General Electric à la fin de l'an dernier et au début de 1970. Ce fut une grève clé, une épreuve importante pour tout le mouvement ouvrier. Cette industrie était caractérisée d'une part par des syndicats qui étaient faibles divisés, à la suite des coups portés au mouvement syndical à la fois par le gouvernement et la bureaucratie syndicale pendant la période de chasse aux sorcières des années qui jusqu'alors avait réussi à dicter sa loi et d'autre part par une direction arrogante aux syndicats. Cette firme géante provoqua la grève afin de pouvoir définitivement tenir en échec la force syndicale. L'administration Nixon et le reste de la classe capitaliste étaient tout à fait intéressés à cette bataille. Mais la force, la combativité et la solidarité inattendues montrées par les grévistes de tous les syndicats engagés dans la lutte eurent pour résultat une capitulation substantielle de la firme après 113 jours de grève. Cet exemple, en combinaison avec la radicalisation générale, s'est montré de grande importance. La grève des postiers en mars, visant directement le gouvernement, faite malgré une loi fédérale interdisant le droit de grève aux employés fédéraux, la première grève de cette sorte dans l'histoire des Etats-Unis, a donné une indication encore plus frappante des sentiments de lutte dans la classe ouvrière.
Un autre facteur de combativité croissante chez les travailleurs est fourni par l'inflation et les impôts élevés résultant de la guerre et qui frappent le niveau de vie des masses. En même temps, le chômage o commencé à grandir, frappant surtout les Noirs et les femmes.
Cependant, jusqu'à présent, bien que les ouvriers aient manifesté une volonté de lutte, y compris contre le gouvernement et pendant une guerre, et aussi une volonté de s'opposer à leurs « leaders » bureaucratiques, il manque encore une aile gauche organisée dans les syndicats, sur un programme de futte de classe, pour y lutter contre les bureaucrates. Un des éléments clés d'un tel programme serait la rupture avec la politique de collaboration de classe faillie de soutien du Parti Démocratique, et l'organisation d'un parti basé sur les syndicats.
Au fur et à mesure que les luttes de masse se développeront, la question de la rupture avec la politique capitaliste sera posée avec une acuité de plus en plus forte. Dans cette situation, les trotskystes du Socialist Workers Party et de la Young Socialist Alliance, en plus de l'appui qu'ils apportent pour lancer les actions, les manifestations et les grèves des différents secteurs du mouvement des masses, insistent sur la nécessité d'en finir avec la collaboration de classe dans le domaine politique et ont mis en avant les notions de partis indépendants - Noir, Chicano et ouvrier.
La radicalisation qui progresse est de bon augure pour la croissance et l'influence plus grande du SWP et de la YSA dans la prochaine période. A cet effet, SWP et YSA ont mis au point un vigoureux programme d'expansion.