Le ministère de Front unique - domine par la gauche • au Bengale occidental s'est effondré à la suite de la menace du Bangla Congress dirigé par le Premier ministre Ajoy Mukherjee de quitter le gouvernement. Ceci survient dans le sillage d'une série de heurts physiques impliquant différents composants du F.U. notamment dans les zones rurales de l'Etat. Le Parti Communiste de l'Inde (marxiste) [PCI (M)] en tant que partenaire dominant dans le F.U. composé de treize partis a été accusé d'utiliser le service de la police qui se trouvait dans les mains du Premier ministre adjoint, Jyoti Basu du PCI (M). pour supprimer les autres constituants de la coalition
Le ministère de F.U. est tombé parce qu'il y a eu en vérité une tentative patronnée par le PC pro-Moscou et le Bangla Party pour établir au Bengale occidental un gouvernement de • mini-front - d'où le PCI (M) serait exclu. Ce projet avait la bénédiction du Premier ministre de l'Inde, Indira Gandhi du Parti du Congrès et faisait partie de sa stratégie d'isolement du PCI (M) qui est incontestablement aujourd'hui le plus grand parti de masse disposant d'une grande influence parmi les pauvres ruraux de l'Etat. En fait le Parti du Congrès de l'inde, dirigeant, étend son soutien au PCI pro-Moscou et à ses alliés (Ligue musulmane, etc.) au Kerala pour renverser le ministère de F.U. dirigé par le PCI (M) et installer un gouvernement de mini-front dirigé par le PCI pro-Moscou.
Mais, à la différence du Kerala, le Bengale occidental a des organisations de masse du prolétariat urbain et de la population rurale pauvre. En mettant le P.C.. (M) hors du gouvernement, une partie des partis capitalistes, y compris le Parti du Congrès de Mme Gandhi, craignait que le P.C.I. (M) soit forcé d'organiser une résistance de masse contre l'Etat, en dépit de ses propres illusions parlementaires. même comme tactique pour conserver son soutien populaire électoral dans l'Etat - ce qui pourrait avoir des répercussions à longue portée à travers le pays. En fait c'est cette crainte d'une montée des masses qui freinait le Parti du Congrès dirigeant et les autres composants du F.U pour briser le gouvernement de coalition avec l'espoir que le mécontentement de masse pourrait étre contenu dans le cadre constitutionnel.
Mais la lutte de classe telle qu'elle surgit au Bengale occidental, radicalisee par les développements politiques récents dans le pays, a sa logique propre. Contrairement à l'apathie politique relativement grandissante manifestée par la classe ouvrière dans d'autres Etats, y compris dans des centres industriels comme Bombay, au cours de la récente période, la classe ouvrière du Bengale occidental, dans les industries du jute, de la métallurgie, du textile, ainsi que dans les plantations de thé, est entrée en grève et a obtenu certaines concessions économiques importantes des patrons. Les luttes dans les villages. notamment entre les pauvres ruraux d'une part et la paysannerie riche et les paysans capitalistes (jotedars) d'autre part, ont pris des formes spectaculaires. Le soulèvement paysan dans la région de Naxalbari (district de Darjeeling. Bengale occidental) en 1968 au cours duquel les paysans sans terre recoururent à une résistance armée contre la police pour conserver les terres prises par eux ne fut que le début d'une nouvelle montée dans la partie rurale du Bengale. Les diverses tendances maoistes appelées Naxalites — dissidentes du P.C.I. (M) - qui dirigérent le soulèvement de Naxalbari se trouvent en fait aujourd'hui isolées et désespérément divisées en de nombreuses fractions rivales. En premier lieu, les groupes - naxalites • étant paralysés par le concept maoiste des fronts • populaires démocratiques - de quatre classes, y compris les paysans riches, ne pouvaient développer des mouvements de classe indépendants d'ouvriers agricoles et de paysans pauvres. Et ils ne croyaient pas à la liaison de ces luttes avec le prolétariat urbain En outre, le gouvernement de F.U. sous la pression du mouvement de masse présenta des mesures législatives visant a
- redistribuer - les propriétés terriennes en vue de maintenir la montée des pauvres des campagnes dans des canaux • consti-
EME INTERNATIONALE cas. Selon des rapport officiels, plus de deux cents personnes furent tuées ou assassinées au cours de la dernière année dans plusieurs zones du Bengale, au cours de disputes sur la • distribution • de terres.
Le caractère opportuniste de la coalition multiclasse de la gauche traditionnelle avec des partis bourgeois, comme des partis bourgeois, comme le Bangla le bangla Party fut davantage mis en lumière en résultat de ces heurts. Le P.C.I. (M) par exemple qui prétendait être le plus grand champion de la cause des paysans sans terre dans quelques régions, combattait, aux côtés de propriétaires fonciers et de paysans riches, les pauvres des campagnes dans d'autres régions, où d'autres partis dirigeaient les campagnes de prise de terre. On pouvait en dire autant du C.P.I., du R.S.P.. du S.U.C., et d'autres composants du F.U. Chacun peut deviner combien de paysans sans terre pouvaient bénéficier d'une campagne qui assumait un caractère aussi bizarre.
Ainsi ce qui était en réalité une nouvelle manifestation de lutte de classes dans les secteurs ruraux de l'Etat politiquement avancé du Bengale fut déformé et transformé en conflits dépourvus de principe entre partisans des divers partis de gauche. Les classes exploiteuses dans les régions rurales représentées par le Bangla Congress, etc. crièrent que - la loi et l'ordre étaient en danger •.
Ces conflits se trouvaient en fait à la base de la crise du gouvernement de F.U. La presse bourgeoise et les partis capitalistes de droite les ont vraiment utilisés pour discréditer le mouvement de gauche dans son ensemble aux yeux des masses rurales qui ont des raisons d'être déçues par les exploits de leurs leaders traditionnels de gauche.
C'est sur cet arrière-fond que le Socialist Workers Party (section indienne de la IV° Internationale) est entré sur la scène politique au Bengale occidental avec un programme de formation d'organisations indépendantes de classe des ouvriers agricoles et de paysans pauvres dans cet Etat. Les composants de gauche du F.U. ont saboté délibérément les perspectives de création d'organisations indépendantes de classe des pauvres des campagnes, afin de poursuivre leurs buts sectaires étroits.
La Ligue des ouvriers agricoles et des paysans du Bengale occidental (V.W.P.L.). dirigée par le S.W.P., a mené une lutte gréviste victorieuse d'ouvriers agricoles dans environ 65 villages du district de Bankura et des deux districts voisins de Midnapare et de Purulia pendant la dernière saison de la moisson (octobre - notutionnels • plus sûrs.
Le gouvernement de F.U.
sures administratives pour sieurs milliers d'hectares friche et de forêts à des prit des meallouer plude terres en paysans sans terre. Dans quelques cas, des occupations violentes de terres par des paysans furent également légalisées par décrets gouvernementaux. Mais ces mesures ne pouvaient que porter sur la lisière du problème et ne pouvaient satisfaire la faim de terre de la grande majorité des paysans sans terre et des ouvriers agricoles qui se trouvaient fraudés par les • réformes agraires • du gouvernement de F.U. qui n'étaient en rien meilleures que les lois de • réforme agraire • promulguées par les gouvernements du Congrès ou d'autres gouvernements capitalistes dans d'autres Etats. Il ne pouvait en être autrement dans le cadre d'une économie capitaliste arriérée telle que celle qui prévaut en Inde.
Il v avait aussi un mouvement pour la * redistribution • de terre • excédentaire • tenue par les propriétaires fonciers (jotedars, etc.), au-dessus des plafonds fixés par la loi. Mais les limitations d'un. tel mouvement dans le cadre capitaliste existant étaient évidentes. Tout d'abord, des terres excédentaires tenues frauduleusement par des propriétaires fonciers au moyen de trucs légaux — division des titres de propriété parmi les différents membres d'une même famiile - et par manipulation des lois de fermage, ne pouvaient être remises aux cultivateurs même par le gouvernement de F.U. sans s'engager dans des litiges prolongés. En outre, même si toutes les terres excédentaires de propriétaires individuels étaient occupées, l'expérience a montré que le • fonds commun - ne pouvait répondre à la demande que d'une faible fraction des paysans affamés de terre.
Tel était l'arrière-fond sur lequel les divers composants de gauche du gouvernement de F.U., y compris le P.C.I. (M.), le C.P.I., le Revolutionary Socialist Party (R.S.P.), le Socialist Unity Centre (S.U.C.). le Forward Bloc, etc. organisèrent les campagnes dites de • prise de terre - dans leurs zones d'influence respectives. Les partisans de ces formations étaient encouragés à occuper les terres partout où ils pouvaient les trouver par la promesse qu'une telle occupation serait ultérieurement légalisée. Mais ces campagnes de prise de terre entrainèrent de violents heurts - inter-partis • dans différents districts, impliquant des partisans de différents partis du F.U. dans presque tous les vembre 1969) et a obtenu, pour la première fois, une augmentation substantielle des salaires payés aux ouvriers agricoles par les propriétaires fonciers et les paysans riches.
Ce fut là une nouvelle expérience dans le Bengale rural où tous les partis nationaux s'étaient abstenus d'organiser une action de classe indépendante des ouvriers agricoles qui constituent de 30 à 35 % de la population rurale, de peur de heurter les paysans riches, leurs • alliés • dans le F.U. Le principale revendication des grévistes était une augmentation de salaire. La V.W.P.L. revendiquait un salaire quotidien de six kilos de paddy, en nature, au lieu du taux alors courant de 2,5 kilos (1). Après que la grève eut duré environ pendant sept jours, les propriétaires fonciers dans la plupart des villages acceptèrent d'élever le salaire quotidien à 4 kilos de paddy plus deux repas gratuits par jour. Dans quelques villages, les ouvriers obtinrent jusqu'à 5 ou 6 kilos de paddy.
Le résultat de la grève eut un effet électrisant sur les ouvriers agricoles de Bankura et des districts avoisinants. Rapidement, le leader trotskyste dans le district, Jagdish Jha, devint une figure centrale du nouvel éveil rural. Des sections de la V.W.P.L. furent formées presque spontanément par des ouvriers et des paysans pauvres dans divers villages. De nombreux meetings de masse ont été tenus dans plusieurs villages et villes pour expliquer la charte en 18 points formulée par la V.W.P.L.
Bien que les ouvriers agricoles aient remporté une victoire, ils ont maintenant à faire face à des tentatives des propriétaires fonciers jotedar, avec le soutien indirect des partis de gauche représentés dans le F.U. pour les terroriser.
Craignant l'influence croissante du mouvement trotskyste dans les zones rurales du Bengale, le P.C.I. (M) a tenu une conférence de ses partisans dans la région à Krishnapur, une des plus importantes villes du district de Bankura, pour établir une stratégie visant à détourner les masses paysannes de l'influence du S.W.P La direction du P.C.I. (M) a trouvé qu'il lui était difficile d'attaquer le nouveau mouvement. En tant que stratégie, elle est opposée à la création d'organisations de classe des ouvriers agricoles, qui pourraient aliéner les paysans riches qui constituent sa base réelle dans le Bengale rural. Mais il y a des tentatives de la part de jotedars — qui sont souvent des partisans du P.C.I. (M) - d'intimider les activistes de la V.W.P.L. avec l'aide de
(1) Le paddy est du riz non décortiqué.
IONALE 21 hooligans et de la police locale. Plusieurs plaintes criminelles mensongères ont été déposées contre les organisateurs de la V.W.P.L. En raison de cette campagne de terreur déclenchée par la police et les jotedars, la V.W.P.L. a estimé nécessaire de créer ses propres gardes de défense pour protéger ses activistes. Un corps de volontaires de la V.W.P.L. ayant une unité dans chaque village est organisé. Le travail de la V.W.P.L. est handicapé par l'absence de ressources et le S.W.P. lancé un appel pour la création d'un fonds d'assistance aux camarades du Bengale occidental.
La charte en 18 points de la V.W.P.L. comporte également les revendications des paysans pauvres. Elle comporte : 1. du travail ou des indemnités de cho-
Image pour tous les jeunes des villages; 2. un salaire minimum de six kilos de paddy pour tout ouvrier agricole:
3. le plein emploi en toute saison par des travaux de mise en valeur ou de secours public: 4. des pensions et des indemnités pour les ouvriers agricoles agés ou physiquement invalides: 5. promulgation de lois interdisant l'éviction de métayers ou de fermiers ; 6. confiscation de toute terre tenue par des jotedars en plus des plafonds légaux et redistribution à de véritables cultivateurs: 7. expropriation des terres tenues par des propriétaires fonciers absents non cultivateurs et distribution de celles-ci aux cultivateurs: 8 annulation des anciens préts gouvernementaux donnés aux paysans pauvres ayant moins de 30 beighas de terre (2,4 hectares): 9. aide étatique aux paysans pauvres
Get fourniture gratuite à ceux-ci d'engrais et de semences; 10. mise en œuvre de projets par l'Etat pour construire ou réparer de petites digues, assécher des terres marécageuses pour la culture, désabler des rivières, canaux et étangs afin d'augmenter la surface de terre cultivée: 11. électrification immédiate des villages à des fins d'irrigation de façon qu'au moins deux récoltes puissent étre obtenues sur chaque lopin de terre: 12. promotion d'industries agricoles lau moyen de coopératives paysannes avec des subsides et une protection étatiques : 13. attribution du contrôle des forêts et des terres gouvernementales à des comités de paysans élus dans chaque village :
UATRI 14. ouverture d'au moins une école primaire dans chaque village avec des facilités , scolaires pour chaque enfant 15. nourriture et livres gratuits à tout enfant de parents possédant moins de 10 beighas de terre ou moins de 3.000 roupies de revenu par an: 16. éducation gratuite jusqu'au niveau préuniversitaire à tous les enfants de familles ayant un revenu annuel infé. rieur à 5.000 roupies : 17. soins d'Etat gratuit pour les enfants orphelins, malformés et infirmes et pour les personnes agées dépourvues de famille ; 18. soins médicaux gratuits pour tous les paysans pauvres et tous les ouvriers agricoles.
Bien que les revendications ci-dessus paraissent modestes et élémentaires. elles acquièrent une signification révolutionnaire
EME INTERNATIONALE dans le contexte actuel du mouvement des masses rurales en Inde. qui. jusqu'alors. étaient restées largement inorganisées. On n'en est encore qu'aux stades initiaux du mouvement de classe des ouvriers agricoles. Se basant sur l'expérience acquise au Bengale occidental, le S.W.P. cherche à organiser des syndicats d'ouvriers agricoles et de paysans pauvres au Kerala, avec un succès considérable, et dans d'autres Etats. Jusqu'à présent, seules des ten. tatives isolées avaient été effectuées pour organiser des syndicats indépendants des ouvriers agricoles. Le S.W.P, inaugure une nouvelle phase des luttes révolutionnaires dans les zones rurales. Si elles sont convenablement coordonnées aux mouvements de la classe ouvrière dans les zones urbaines, ces luttes peuvent jouer un rôle décisif dans la création d'une direction révolutionnaire des masses indiennes.
15 mars 1970