Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 43

Un appel de Hugo Blanco pour la libération du leader paysan péruvien Vicente Lanado

Hugo Blanco · Quatrième Internationale, n° 43 · mai 1970 · p. 17-18 · 1 375 mots

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De la prison du Fronton, Hugo Blanco, le dirigeant paysan et militant trotskyste péruvien bien connu, a lancé l'appel suivant pour la libération immédiate de Vicente Lanado :

« Le camarade Vicente Lanado a été accusé d'avoir envoyé de la nourriture à nous autres, guérilleros de la brigade Remigio Huaman, lorsque nous étions dans la montagne. Pour ce délit, il a été condamné par contumace à deux années de prison par le tribunal de Taena.

Ce camarade a été arrêté ensemble avec deux autres paysans de la région. Ils ont été torturés de manière barbare. En résultat de ces tortures, le camarade Carmen Candia est mort. Vicente Lanado a subi des lésions au cerveau et sa vue a été mise en danger. A différentes reprises, la police a pénétré dans sa maison et l'a pillée complètement. enlevant même de petits instruments de travail agricole. Elle a enlevé ses animaux domestiques. Sa femme a également été arrêtée et torturée. Ses enfants ont subi un tel choc qu'ils hurlent d'effroi chaque fois qu'ils voient l'uniforme d'un Guardia Civil.

Après avoir été torturé pendant dix jours, Lanado fut envoyé en prison le 28 décembre 1962. Il a été libéré sous caution le 30 avril 1963. Après avoir été condamné, il fut arrêté à nouveau le 12 juin 1968. Le 12 février 1970, il avait donc plus que complété la peine de 24 mois de prison qui lui avait été infligée.

Il faut tenir compte du fait que tous ceux qui subissent une première condamnation, sont généralement remis en liberté conditionnelle après avoir accompli les deux-tiers de leur peine. Non seulement pareille remise en liberté a été refusée au camarade Lanado, mais maintenant on le garde en prison après qu'il ait complété sa peine de deux ans et on dit qu'il doit rester en prison pour quatre mois consécutifs. Il n'y a aucun prétexte légal pour cela.

La raison en est que le camarade Vicente Lanado a été le secrétaire général du syndicat des paysans de Paltaybamba. Il a dirigé ce syndicat de manière exemplaire. réussissant à éliminer l'exploitation — qui avait des caractéristiques féodales — pratiquée par le propriétaire foncier Sebastian Pancorbo et ses héritiers.

Les propriétaires fonciers de cette hacienda avaient construit les logements des ouvriers agricoles le long d'une route à trafic assez dense. Ils ont établi une entrée à péage et obligé tous les passants de s'arrêter et de payer leur respect au propriétaire foncier. Une fois, un Guardia Civil même a été giflé par un membre de la famille du propriétaire foncier, parce qu'il l'avait salué sans enlever son chapeau. Les paysans étaient obligés de monter sur les genoux les escaliers conduisant au ranch.

Les communautés paysannes de cette région étaient obligées de travailler sans rémunération sur la hacienda. Les membres de la famille du propriétaire foncier ont saisi beaucoup de plants de café des paysans.

Le propriétaire foncier était membre du parlement et ami du président de la République. Le chef de l'Exécutif a fait cadeau d'une distillerie d'alcool à son ami, qu'il faisait transporter « à dos d'Indien » sur une grande distance, par des routes très dures. Le travail de culture de la canne et celui de la distillerie ne coûtaient rien au propriétaire foncier, mais imposaient un fardeau terrifiant aux paysans.

Un paysan mourut, le propriétaire foncier fit saisir son troupeau sous le prétexte que le décédé lui devait de l'argent.

QUATRI Il ordonna la saisie d'un vacher qui avait fui l'oppression, fit attacher les mains et les pieds du vacher à quatre bâtons enfoncés dans le sol. Il fouetta la victime jusqu'à ce qu'elle fût à bout de souffle. Après avoir pris un peu de repos, il reprit le fouet iusqu'à ce que la fatigue l'arrêta. Après une deuxième pause, il le fouetta à nouveau. Sa main lui faisant mal. il battit le vacher, la main enveloppée d'un mouchoir.

Ensuite, le propriétaire foncier appela un forgeron pour enchainer les mains du vacher à ses épaules. Il fut pris de fureur parce que la chaîne était trop lâche el ordonna qu'elle soit resserrée aver des pinces, jusqu'à ce qu'elle mordit cruelle. ment le poignet du vacher. Il le maintint ainsi jusqu'au lendemain, puis ordonna qu'on fixe une chaine autour de sa ceinture. Il fut envoyé au champ sous le contrôle d'un employé qui le maintint avec une corde attachée à cette chaine. La nuit, le vacher fut enfermé avec sa famille et. pendant la journée, il dut travailler au bout de la corde tenue en main par le surveillant.

Il serait trop long de poursuivre cette histoire de toutes les atrocités commises par ce monsieur, député au parlement de la nation. puis sénateur. Ses héritiers poursuivent sa tradition.

Ces choses ne sont pas des crimes Pérou, mais lutter contre elles constitue un délit impardonnable et éliminer cet état de choses est un crime capital. Voilà pourquoi on ne libère par Vicente Lanado, bien qu'il ait plus que terminé sa peine.

Is ne le relâchent pas parce que le syndicat dirigé par Vicente Lanado, un paysan analphabète qui ne parle que le quechoi, a balayé cette exploitation. construit des écoles, employé du travail social pour le bien publie et. après avoir chassé le propriétaire foncier, rétabli la dignité humaine des paysans de la région.

Le gouvernement des exploiteurs a supprimé le syndicat par la violence, établi un poste de Guardia Civil dans le ranch. el jeté en prison les dirigeants des syndicats. Vicente Lanado a payé pour son « crime » par seize mois de prison au-delà des deux ans pendant lesquels il a été emprisonné pour nous avoir envoyé de la nourriture quand nous étions à la montagne.

De sa prison, le camarade Vicente Lanado a protesté publiquement contre le massacre des paysans de Huanta et Ayacucho.

Le courage avec lequel ce paysan analphabète se sacrifia sans compter pour ses

EME INTERNATIONALE frères de classe, voilà la véritable cause de la cruauté du gouvernement des exploiteurs à son égard.

Personne ne s'occupe des huit petits enfants du paysan Vicente Lanado ; ils n'ont même plus à manger le pain de leur pauvreté. Ce gouvernement s'est démasqué par la manière dont il traite ce paysan et ses enfants. Et c'est le même gouvernement qui proclame : « Paysans, les propriétaires fonciers ne mangeront plus le pain de votre pauvreté ».

Le cas de Vicente Lanado est très important. Il y avait une petite démonstra• tion de révolution permanente à Paltaybamba. Les lopins de terre occupés par les paysans, pour l'usage desquels ils étaient soumis à l'exploitation d'un type féodal, sont devenus propriété privée des paysans fles paysans continuent de posséder terres, refusant de respecter la « loi de la réforme agraire » qui demande qu'ils payent pour leur usage). Par ailleurs, les installations industrielles de cette hacienda - la distillerie de rhum et l'usine de thé, de même que les plantations expropriées du propriétaire foncier - sont devenues la propriété collective du syndicat, qui les exploite collectivement. Mais cette institution n'a existé qu'un mois et demi : le système bourgeois ne pouvait pas tolérer cela.

Autre chose symbolique au sujet de ce syndicat : le propriétaire foncier prolongeant sans nécessité sa présence au ranch. le syndicat envoya officiellement une commission pour lui demander de rendre les clés du ranch et lui notifia que puisqu'il ne jouait aucun rôle dans le processus de production, il avait à quitter la région. Le propriétaire foncier obéit et remit les clés au comité du syndicat de Paltaybamba, qui était accompagné d'une milice armée de Chaupimayo.

Le fait que le dirigeant principal de ce syndicat était un paysan analphabète qui ne parle que le quechoi est une preuve du potentiel révolutionnaire de notre peuple, qui réfute tous les préjugés concernant l'incapacité des Indiens illettrés.

Vicente Lanado est un symbole. Il sem ble que l'ennemi l'a compris. Nous devons le comprendre, nous aussi.

Je lance un appel en faveur d'une large campagne à son appui. Entre autres choses, des télégrammes devraient être envoyés au général Juan Velasco Alvarado, Palais présidentiel, Lima, Pérou. Des copies devraient être envoyées au Dr Alfredo Batillana Maggiolo, Oficina 215, Avenida Nicolas de Pierola 966, Lima, Pérou.

Hugo Blanco.

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